La fête révolutionnaire du 30 nivôse an II
La fête révolutionnaire du 30 nivôse an II
Les archives municipales sont, bien évidemment, l’une des sources privilégiées de l’histoire locale. Celles de Tremblay-en-France possèdent une série de registres des délibérations municipales qui s’ouvre le 12 août 1787. Ces délibérations sont très détaillées, pendant la période révolutionnaire. Elles permettent de suivre, dans le détail, tous les aspects de la vie communale. Malheureusement la série est incomplète, elle s’arrête à l’année 1791.
Les archives de Tremblay-en-France ont été inspectées, avant la guerre, par André Lesort, directeur des services d’archives de l’ancien département de Seine-et-Oise. Il signale dans son rapport, qui nous a été communiqué par son successeur, monsieur Delafosse, une lacune des registres, entre le 30 germinal an II et le 1er mai 1816. Cette lacune s’est depuis creusée, elle couvre aujourd’hui la période 1792 à 1816.
Les registres disparus depuis l’inspection de Lesort ont été étudiés, avant 1933, par Lucien Noël, historien local qui a publié d’intéressantes études de la période révolutionnaire. Il a laissé d’abondantes notes qui résument les registres aujourd’hui disparus et citent quelques passages in extenso. Elles sont maintenant dans une collection privée. André Déjouy, alors qu’il était vice-président de la société du Vieux Montfermeil, a eu accès à ces notes, qui couvrent 35 cahiers d’écolier. Il a eu l’amabilité de nous communiquer les passages qui concernent Tremblay, ce dont nous lui sommes très reconnaissants. (cf. publication de l’intégralité des notes qui concernent Tremblay, dans le bulletin n° 38 de la SHT, année 2014, pages 44 à 58.) Grâce à lui nous avons connaissance des solennités républicaines qui se sont déroulées à Tremblay, le 30 nivôse an II (30 décembre 1793).
Lettre d’André Dejouy au président de la SEHT, datée du 02/04/1978
« Les notes de Lucien NOEL sont dans une collection privée ; elles se composent de 35 cahiers d’écoliers (dont quelques-uns manquent malheureusement). Cela représente environ 2 500 pages couvertes d’une écriture minuscule, avec des abréviations, des redites, des flèches en tous sens.
Même s’il était possible de faire 2 500 photocopies, je ne pense pas qu'elles fournissent un texte déchiffrable. Profitant, il y a quelques années, d’un long congé de convalescence après une grave opération, j’avais réussi à me les faire prêter et à en faire une copie dactylographiée.
Ces notes, bien sûr sont avant tout relatives à Montfermeil et Tremblay n’y occupe qu’une place infime. J’ai donc pensé que le plus simple était d'en taper une nouvelle copie à votre intention. J’en ai exclu la vente des biens nationaux car j’ai vu par votre bulletin n° 3 qu’ils sont déjà en votre possession. Je n'ai pas copié non plus les extraits du registre municipal 1789-91, non plus que l'article Tremblay dans le LEBEUF que vous connaissez sans doute déja.
Comme vous le constaterez, NOEL n'a fait que des extraits du Registre de Tremblay, et souvent il en a abrégé le texte. Dans le même paragraphe il est généralement facile de discerner la partie “ NOEL ” et la partie copiée mot à mot. Mais on peut faire une confiance absolue à son objectivité ».
Grâce à Lucien Noël et à ses notes nous pouvons retracer la fête révolutionnaire qui a été célébrée à Tremblay, le 30 nivôse an II. Deux thèmes ont été au cœur de l’événement : la libération de Toulon et le martyre de Michel Le Peletier.
Lucien Noël est l’auteur de Montfermeil et sa région, fragments historiques 1ère série publié 1931, 2ème série publié en 1933, 3ème série en 1935, 4ème série en 1938. Si le travail de Lucien Noël concerne principalement Montfermeil, il s’est aussi intéressé à l’histoire de Tremblay, dont sa famille était originaire. Il a longuement consulté le registre disparu et l’a en partie transcrit. Les notes relatives à l’an II couvrent le carnet 34. Malheureusement elles se trouvaient dans une collection privée et ont été dispersées. Nous possédons des débris de l’un de ces carnets de notes, mais ils ne concernent pas l’an II. Ce carnet découpé par Eugène Soitel nous a été transmis par René Hirgorum, ancien président du CAHRA
Le siège de Toulon s’est déroulé de septembre à décembre 1793, moment où les royalistes se sont emparés de la ville et l'ont livrée aux Anglais. Il a opposé l'armée de la Première République française aux ennemis coalisés. Le 29 août 1793, la flotte anglo-espagnole débarque 17 000 hommes dans la baie des Islettes (2 000 Anglais, 7 000 Espagnols, 6 000 Napolitains, 2 000 Piémontais). Le 29 août la flotte anglo-espagnole entre dans la rade de Toulon et s’emparent de la ville. Le siège de la ville dans lequel Bonaparte va s’illustrer se déroule sur plusieurs mois. Après une série de combats et de duels d’artillerie, le 19 décembre 1793, les troupes de la Convention entrent dans la ville. Le 24 décembre la Convention vote un décret stipulant que « Le nom infâme de Toulon est supprimé. Cette commune portera désormais le nom de Port-la-Montagne ».
Louis-Michel Lepeletier, ci-devant marquis de Saint-Fargeau, est né à Paris le 29 mai 1760. Élu député de la noblesse de Paris aux États généraux de 1789, il renie en juillet ses origines nobles et devient l’un des avocats les plus ardents de la cause du peuple. Le 19 juin 1790, jour de la suppression des titres de noblesse, il fait voter qu’aucun citoyen ne pourra porter d’autre nom que celui de sa famille, réduit à sa plus simple portion. Après avoir été un opposant de la peine de mort, il se ravise et, non sans avoir hésité, il vote la mort de Louis XVI, le 20 janvier 1793. Le soir même de son vote, il se rend chez Février, restaurateur au Palais-Royal. Un ancien garde du roi, Philippe Nicolas Marie de Pâris, qui cache un sabre sous sa houppelande, se présente devant lui et lui dit, selon les témoins de la scène : « C'est toi, scélérat de Lepeletier, qui as voté la mort du roi ? », ce à quoi il aurait répondu : « J'ai voté selon ma conscience ; et que t'importe ? » Pâris lui enfonce alors son épée dans le côté en criant avant de s'enfuir : « Tiens, voilà pour ta récompense ! ».

Buste de Michel Le Peletier, assassiné le 20 janvier 1793
Notons en premier lieu que les événements fêtés par la solennité républicaine de Tremblay sont relativement proches au moment de leur célébration. La libération de Toulon n’est connue que depuis quelques jours, lorsque est prise la décision de célébrer l’événement. Elle l’a été par le Conseil général de la commune, c’est-à-dire la réunion de tous les citoyens.
10 nivôse an II (30 décembre 1793)
Le 10 nivôse an II, le citoyen Gatier est chargé par le Conseil de la commune de la conduite et de la préparation de la fête pour la célébration de la libération de Toulon et de la Fraternité. Il est chargé de se procurer un piédestal sur lequel sera placé le buste de Michel Le Peletier qu’il a pour mission d’acheter. Un vote populaire a élu, à l’unanimité, la citoyenne Opportune Potdevin pour incarner la déesse de la Liberté qui devra à son tour s’entourer de 12 jeunes filles sachant chanter.
Pour financer l’organisation de la fête, une participation de 5 livres par citoyen et de 2 livres 10 sols par citoyenne sera levée. La déesse et ses compagnes en seront exemptées. Le registre de la recette sera clos le jeudi soir.
25 nivôse an II (14 janvier 1794)
Le 25 nivôse an II le Conseil général autorise le maire à se faire délivrer par le citoyen Courtalot, inspecteur des effets déposés aux Menus Plaisirs, rue Bergère à Paris, tous les effets propices à remplir le vœu des citoyens de Tremblay pour la fête de Toulon et celle de la Fraternité qui doit être célébrée le décadi prochain.
26 nivôse an II (15 janvier 1794)
Le 26 nivôse, il est arrêté que chaque individu sera tenu pour être admis à la fête, de se munir de sa « récréation particulière ». Il devra donc apporte une bouteille de vin par participant et enfant de 12 ans et au-dessus. Sa participation comprendra viande et aliments qui seront déposés chez la citoyenne Courtier. Le domicile de la citoyenne Courtier, fermière de la ferme du château a été choisie parce qu’elle possède la Grange aux Dîmes, la salle la plus vaste de la commune et parce que ce lieu, symbole de la pression fiscale exercée sur la commune donne à la fête un air de revanche.

La Grange-aux-Dîmes, lieu de la célébration de la F^pete Républicaine du 30 nivôse an II
30 nivôse an II (19 janvier 1794)
Le 30 nivôse le Conseil municipal, Conseil de surveillance et le Conseil général assemblés pour célébrer la fête de la reprise de Toulon, arrête que tous les citoyens ayant été avertis à plusieurs reprises, la fête serait célébrée avec toute la pompe que demande une cérémonie aussi respectable et républicaine : « Nous n’avons rien cru mieux faire pour rendre cette fête des plus célèbres que de procéder en même temps à l’apothéose d’un défenseur et martyr de la liberté, et avons exposé dans la principale place de cette commune le buste de Michel Le Peletier, mort et assassiné pour la défense de la Liberté, et cela en présence de la citoyenne Opportune Potedevin, choisie dans toute la commune à la majorité des voix pour représenter la déesse de la Liberté ; accompagnée de douze de ses compagnes parmi lesquelles deux représentaient les déesses de l’Égalité et de la Fraternité ; et quand toute la commune s’est transportée sur les lieux avec l’enthousiasme que demandait cette fête, et tous à l’intention de prêter le serment exigé par la Loi, ce qu’ils ont tous juré ».
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Le rituel des Solennités Républicaines : L'Evangile de la Liberté

