Le terrain d'assiette du Grand-ensemble de Tremblay

AVERTISSEMENT

 

Dans le dossier que nous publions sur le Grand-ensemble de Tremblay-en-France, nous limitons le regard que nous portons sur la création du nouveau quartier   aux années 1970, respectant la règle des cinquante ans qui ouvre les documents aux historiens.

Nous nous abstenons de tout commentaire partisan, réservant les opinions émises aux acteurs de cette époque, pouvoir central, administration, élus locaux.

En raison de l’abondance des documents édités, nous avons dû sélectionner les plus importants pour retracer l’histoire du Grand-ensemble. Nous avons souvent dû les transcrire, afin d’adapter leur présentation au format d’une publication qui, sans cela, aurait nécessité des centaines de pages.

Nous rappelons que la dénomination de la commune était Tremblay-lès-Gonesse, jusqu’au décret du conseil d’État du 16 août 1989. Les documents émis avant cette date mentionnent la localité de Tremblay-lès-Gonesse, mais il s’agit bien entendu du Grand-ensemble de l’actuelle commune de Tremblay-en-France.

CRÉATION DU GRAND-ENSEMBLE DE TREMBLAY

Le terrain d’assiette du Grand-ensemble de Tremblay

 

L’urbanisation de Tremblay démarre au début des années 1920, lorsque MM.Arthus et PruD’homme achètent le domaine de La Villette-aux-Aulnes, en 1923. Soixante douze hectares cinquante deux de cette propriété, situés sur le territoire des communes de Tremblay-lès-Gonesse et Mitry-le-Neuf, sont vendus à des sociétés écran qui seront à l’origine du lotissement du Bois-Saint-Denis.

Au sud du canal, l’urbanisation débute avec la création de la société Civile Immobilière du Domaine du vert-Galant qui divise en lots les 150 hectares de la famille sohier.

Entre les deux pôles urbanisés de la commune s’étend une zone boisée vide de toute habitation.

 

On connaît bien l’histoire de cet espace boisé. À l’origine il appartient au seigneur de Montjay. En 1204, Gaucher de Chastillon seigneur de Montjay, conjointement avec son épouse Élisabeth, lègue à l’abbé de Saint-Denis, seigneur de Tremblay « toute la gruerie des forêts sises au territoire de Tremblay et tout ce qui lui appartenait au dit territoire, tant en fief qu’en seigneurie » (1). La donation approuvée par les parents du donateur, Raoul de soIssons et son épouse ADÈLE, sera confirmée par Philippe-Auguste (2).

 

Donation , Gaucher de Chastillon seigneur de Montjay, 1204

« Lettres par lesquelles Gaucher de Chastillon seigneur de Montjay donne à Messieurs de Saint-Denis toute la gruerie des forest sises au territoire de Tremblay et tout ce qui lui appartenait au dit territoire tant en fief qu’en seigneurie et ce du consentement et volonté de sa femme à la charge que Messieurs de Saint-Denis n’y pourront bastir de forteresse et y a deux lettres semblables les dites lettres en date de 1204. »

Archives nationales S 2432, Inventaire des titres et propriétés de l’abbaye de saint-Denis.

 

 

 

Legs Gaucher de Chastillon janvier 1204, Archives nationales S2432

La donation, approuvée par les parents du donateur Raoul de Soissons et son épouse Adèle est approuvée dans l’année par le roi Philippe-Auguste.

 

Plan général de la forêt de Bondy-Livry, levé par ordre de M. Devaucel, grand maître des eaux et Forêts, par Rivière, géomètre arpenteur, en l’année 1776, Archives nationales N2 S-et-O 170, cliché SEHT
En 1776, les bois de Tremblay s’étendent jusqu’au grand chemin de Paris à Meaux, actuelle Rn3. Cliché SEHT.

 

Tremblay-lès-Gonesse, un sous-bois, CPA Photo-édition , 18/06/1940, cachet de la Poste, collection SEHT

 

Le Bois de Tremblay-lès-Gonesse, à la veille de l'urbanisation, 1960

                                                          cliché Jean Biaugeaud, Archives CDC 

 

Le Bois de Tremblay-lès-Gonesse, à la veille de l'urbanisation

1960, cliché  Jean Biaugeaud, Archives CDC

L a Maison du Garde

 

Les bois de Tremblay ont constitué, pendant des siècles, une double source de revenus pour l’abbaye de Saint-Denis ceux de l’exploitation forestière (3) et ceux de la location des chasses (4). Jusqu’à la Révolution, l’abbaye loue les chasses à de grands seigneurs. Les gardes-chasses résidant sur place veillent au respect des privilèges de leurs employeurs. Après la nationalisation des biens du clergé opérée sous la Révolution, les bois passent en diverses mains, mais la maison du garde, recyclée en ferme d’élevage subsiste jusqu’aux années 1960. Beaucoup de légendes ont couru sur cette bâtisse. Certaines, sans doute inspirés par la dénomination du quartier du vert-Galant, prétendaient qu’elle avait abrité les amours de Gabrielle D’estrÉe et d’henri IV.

En 1930, les bois appartiennent à la banque Bernheim qui dépose un projet d’urbanisation, le lotissement du Domaine de la Couronne. La faillite de cette banque entraîne l’abandon du projet. Après la seconde Guerre mondiale la propriété des bois tombe dans les mains de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Louée à un fermier au début des années 1960, elle était plus prosaïquement appelée la Ferme aux cochons. Les premiers résidents du Grand-ensemble allaient y acheter leur lait. Mais la poursuite du programme de logements collectifs sera fatale à la maison du garde. Elle sera détruite pour laisser place à des immeubles.

(3) Cf. bulletin de la SEHT n°19 année 1995, La part des bois de Tremblay dans les ressources de l’abbaye de Saint-Denis.

(4) Cf. bulletin de la SEHT n° 11 année 1987, Le droit de chasse à Tremblay sous l’Ancien Régime, de 1759 à la veille de la Révolution.

La Maison du Garde, dite La ferme aux cochons, cliché pris en 1968 Archives de la SEHT.

 

Démolition de la Maison du Garde

La création du Grand-ensemble sera fatale à la maison du garde. Anticipant sur les documents qui retracent l’histoire de la naissance du nouveau quartier, nous citerons un extrait du règlement du PAZ (Plan d’Aménagement de zone) de la ZUP (zone à urbaniser en priorité) rédigé par le cabinet d’experts missionné par le Conseil Municipal de Tremblay-lès-Gonesse, (délibération en date du 21 mars 1970). Ce document répertorié A2, référence 242.201 donne une estimation de travaux incluant la démolition de la maison du garde estimée à 36 000 Francs. On aurait pu projeter un autre avenir pour cette demeure séculaire, exploitée par un fermier qui tirait l’essentiel de ses revenus de ses vaches laitières. On aurait pu la conserver pour en faire, par exemple, une ferme pédagogique qui eût mis les enfants du Grand-ensemble dans une relation plus profonde avec la nature. Cette hypothèse n’était pas portée par l’esprit de l’époque, celle de l’urbanisation galopante des années 1960.

 

DÉPARTEMENT DE LA SEINE-SAINT-DENIS - ZUP De TREMBLAY-Lès-GONESSE VERT-GALANT

PAZ - RÈGEMENT (extrait)

A2 241.2011

J.M LEGRAND - J. RABINEL & J. DEBOUIT Architectes, 3, rue GAAGUET à PARIs 14ème

Archives Municipales, cliché SEHT

 



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