La Perle de Venise
La Perle de Venise
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Exposé présenté le 16 mai 2017, au Musée National de l’Histoire de l’Immigration, au Palais de la Porte Dorée, à Paris, par Hervé REVEL, président de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France.
En 1931, Tremblay-lès-Gonesse compte 4 385 habitants. Le village historique en compte 891. Les lotissements des Cottages et du Bois Saint-Denis 1 221 habitants, Le lotissement du Domaine du Vert-Galant 2 273 habitants.
Le recensement de 1931, dénombre 322 Italiens domiciliés à Tremblay-lès-Gonesse, pour une population totale de 4 385 habitants. 299 de ces Italiens habitent dans les lotissements, au sud de la commune, 23 habitent le village historique, séparé des lotissements par les terres de culture situées au nord de la route des Petits-Ponts. Malgré son petit nombre, la colonie italienne du village historique frappe les observateurs par le caractère artistique de son activité professionnelle et la renommée de sa ville d’origine, Murano.
À côté de l'artisanat du verre soufflé qui a fait la renommée de la production vénitienne, une autre industrie se perpétue sur l'île de Murano, depuis sept siècles la fabrication des perles de verre. C’est ce genre de produits que l’entreprise de Vittorio MORETTI fabriquait en 1931 au cœur de l’agglomération historique de Tremblay-lès-Gonesse. Son personnel se compose de Dante PRIAMI chef d’équipe, de quatre verriers Gino CAGGIO, Avenire MORETTI, Giuseppe PRIAMI, Ipareo PRIAMI, Marco MORETTI, polisseur, Clementina ROSSo BARBINI, enfileuse de perles, Antonio STAGI, manœuvre. Domiciliée au vieux-Pays cette colonie s’intègre sans problème à la vie locale
en témoigne une photographie d’Anacleto PRIAMI aux côtés de l’abbé PRIN et des enfants du cathéchisme.

Extrait du recensement : Italiens domiciliés rue du Puits Hazard (actuelle rue Louis-Eschard au Vieux-Pays de Tremblay-en-France)

MORETTI Vittorio né en 1898 à Murano, industriel fondateur de La Perle de Venise, STAGGI MORETTI Dina, son épouse, Clara et Anacleto MORETTI, leurs enfants ; STAGGI Antonio, son beau-frère, manœuvre ; GAGGIO Gino, né en 1904 à Murano, verrier, MORETTI GAGGIO Téodolinda, son épouse ; MORETTI Marco né en 1875 à Murano, polisseur, CAMPANELLA MORETTI Teresa, son épouse ; MORETTI Avenire, né en 1906 à Murano, verrier, MORETTI Gina, son épouse, MORETTI Vilma, leur fille.

Le siège de l’entreprise La Perle de Venise est situé rue de la Boulangerie, actuelle rue de la Mairie
Nous avons marqué d’une croix l’entrée de l’établissement
Implantée dans un village de la plaine de France qui ne compte que 891 habitants, l’entreprise de M. MORETTI ne travaille pas pour le marché local. Elle fabrique des perles et des fleurs qui entrent dans la fabrication des couronnes mortuaires. Elle livre dans toute la France.
Les produits de l’entreprise Moretti ne se limitent pas à la fabrication de perles de verre. Ce sont, selon le mot de M. Dino Moretti, petit-fils de Vittorio Moretti, des « conterie ». Ce terme est intraduisible en Français. Il signifie perles, mais désigne d’une façon plus générale toutes les productions de verre, faites selon le même procédé.
Pour montrer l’intérêt économique de l’atelier de M. Vittorio MORETTI nous citerons un article du Progrès Illustré publié vers 1900, sur la Maison Mazoyer, alors réputée pour la fabrication des couronnes mortuaires, qu’elle confectionne à partir d’éléments importés de Venise et Murano.

« Je conduirai mes lecteurs et mes aimables lectrices surtout, à qui incombe le choix et l’achat de ces objets commémoratifs dans la maison Mazoyer. Ses couronnes et bouquets en perles de Venise déjouent toute concurrence par le goût qui préside à leur fabrication, par l’assemblage des éléments floraux qui harmonisent les moindres détails et par l’art vraiment surprenant qui les inspire et conduit les mains habiles des ouvrières.
Ce qui m’a beaucoup étonné, quand on connaît le génie inventif qui dirige une grande cristallerie, c’est d’apprendre que la France est tributaire de la Vénétie pour la fabrication des perles multicolores avec lesquelles on confectionne les plus en vogue actuellement..
Malgré le droit de douane qui frappe ces produits vénitiens, malgré le coût de transport, leur prix de revient n’a pu être abordé par nos plus grandes cristalleries.
Il paraît aussi que le sable de la mer Adriatique convient tout spécialement à une fabrication originale et originelle ».
Organigramme du personnel de La Perle de Venise
Vittorio MORETTI, chef d’entreprise ;
Dante PRIAMI, chef de verrerie ;
Gino CAGGIO, verrier, Avenire MORETTI, verrier, Giuseppe PRIAMI, verrier, Ipareo PRIAMI, verrier.
Marco MORETTI, polisseur,
Clementina ROSSO BARBINI, enfileuse de perles,
Antonio STAGI, manœuvre.

Ipareo Barbini, verrier né à Murano et son épouse Clementina Rosso Barbini, enfileuse de Perles, habitent rue de la Boulangerie, tout près de leur entreprise
Originaires de Crespina (Toscane), Dante Priami, verrier, son épouse Anna et leur famille ; Giuseppe Priami, verrier, son épouse Italia et leur famille habitent place du Petit Tremblay
Les employés de la Perle de Venise se regroupent dans le village selon leur lieu de naissance. Ceux qui sont nés à Murano habitent rue de la Boulangerie et rue du Puits Hazard, au Grand Tremblay, la partie sud du village.
Moins nombreux, ceux qui sont nés à Crespina, en Toscane, habitent place du Petit Tremblay, dans la partie nord de l’agglomération historique.
La fin de « la Perle de Venise »
Lorsque la guerre éclate, Vittorio MORETTI rentre en Italie et met fin à son activité industrielle à Tremblay. Il est embauché par la banque de Sicile et travaillera pour elle jusqu’à sa retraite.
Alessandro Moretti, arrière petit-fils de Vittorio Moretti, compte dans son ascendance maternelle une autre famille de verriers, celle des Constantini. Soumis à la concurrence des Chinois et des Indiens, elle a arrêté la fabrication depuis 2006, date à laquelle Alessandro Moretti est devenu propriétaire de la marque familiale.
Disposant de stocks considérables, il continue la commercialisation des produits de cette entreprise. La raison sociale de son commerce porte un nom anglo-saxon « Constantini glass beads » mais il s’agit bien, selon lui, de la commercialisation d’une fabrication authentique de perles de verre.




Bonjour auriez vous dans vos archives les commandes des industriels en particulier du puy de dome entre 1930 et 1960 mon grand pere Eugène bertaud fabriquait des couronnes mortuaires en perles cordialement
Le 02-10-2022 à 07:50:38
Bonjour et merci pour cet article très émouvant pour moi !
Je suis la petite fille de Dante Priami.
Ma grand-mère, Anna Priami, nous parlait souvent de "La Perla". Vous avez ainsi levé le voile sur cet épisode familial !
Merci encore,
Audrey Priami
Le 29-11-2023 à 22:07:08