Monument à vendre

Monument à vendre
(éditorial du bulletin n° 46 de la SEHT, année 2023)
L’article 2 des statuts de la SEHT précisant que l’association a pour mission de contribuer à la renommée et à la sauvegarde des monuments classés de Tremblay-en-France, nous avons pris position, dès que nous avons eu connaissance de la mise en vente de la Grange-aux-Dîmes et de la Ferme du château.
Le Conseil d’administration en a délibéré le 16 octobre 2021. L’assemblée générale, réunie en l’Hôtel-de-Ville, le 12 mars 2022, a adopté à l’unanimité un vœu précisant les propositions de la SEHT pour assurer l’avenir du monument. L’implantation du monument et de la Ferme du Château remonte au IXème siècle, lorsque l’empereur LOUIS LE PREUX, fils de CHARLEMAGNE et de HILDEGARDE, a donné la terre de Tremblay à l’abbaye de Saint-Denis. Jusqu’à la Révolution, l’abbaye en est restée le seigneur. Parmi les milliers de textes conservés dans les archives de l’abbaye, nous choisissons une phrase de SUGER, abbé de Saint-Denis (1), pour localiser le monument : « NOS AUTEM EANDEM VILLAM OB HOC LIBENTIUS EDIFICAVIMUS, ET IN INTROITU VILLAE NOVAM CURIAM CUM GRANCHIA NOVA ERIGI FECIMUS ; ET UT IN EA CAMPIPARS UNIVERSALIS ET QUATUOR CARRUCARUM, IN ALTERA VERO, QUAE IN MUNICIPIO EST, DECIMAE TERRAE REPONERENTUR, ET IN UTRAQUE USIBUS NOSTRIS STRAMINA RESERVARENTUR
« Nous eûmes d’autant plus à cœur d’agrandir les constructions du village, à l’entrée duquel nous fîmes édifier une nouvelle cour avec une nouvelle grange, pour qu’on y déposât le produit du champart et la récolte de quatre charrues, dans l’autre, celle qui se trouve dans l’agglomération fortifiée, les dîmes de la terre, la paille étant réservée à notre usage dans chacune » (2).
La Grange-aux-Dîmes de SUGER a été détruite en janvier 1420, lorsque les Anglo-normands ont attaqué la tour de Tremblay. Elle a été reconstruite, sur le même emplacement, à la fin de la Guerre de Cent ans. Comme une pénurie de matériaux sévissait à cette époque, les constructeurs ont utilisé une charpente de réemploi, datant du XIIème siècle. C’est la qualité de cette charpente qui a justifié l’inscription de la grange au titre des monuments historiques, à l’inventaire supplémentaire de mai 1939. Cette charpente monumentale confère de remarquables qualités acoustiques au monument. Elles ont été mises en lumière lors de la série de concerts donnés là, dans le cadre du festival de l’Ile-de-France. L’orchestre du Palais Royal, dirigé par Kléber BESSON, a été le premier à se produire dans le monument, en juin 1978.
Si les propositions de la SEHT ont été dictées par des considérations patrimoniales, elles sont conciliables avec des préoccupations économiques. On pourrait par exemple, à côté du musée éco responsable que nous proposons, aménager un espace d’accueil pour séminaires et colloques. C’est une activité rentable, surtout si elle est exercée dans un lieu prestigieux, auquel sont liés de grands personnages de notre histoire, comme l’abbé SUGER. On peut aussi y accueillir un grand restaurant qui aurait pour clientèle le personnel de la zone aéroportuaire et travaillerait en liaison avec les acteurs culturels programmant séminaires, concerts et expositions dans la Grange-aux-Dîmes. On pourrait même avoir dans les jardins une ferme pédagogique qui aurait des productions maraîchères respectueuses de la planète.
Disons pour conclure que nous souhaitons que la solution retenue pour la reconversion du monument et de la Ferme du Château s’appuie sur les propositions d’une commission d’étude, mise en place avec la participation des collectivités territoriales, de l’architecte des Monuments historiques, de la DRAC, des opérateurs départementaux et régionaux de l’office de tourisme, des territoires Roissy Terre d’Envol, Roissy Terre de France et d’experts en communication, histoire, etc. Cette commission serait chargée de proposer un programme conciliant les données économiques et patrimoniales, capables d’assurer l’avenir de la Grange-aux-Dîmes et de la Ferme du Château et d’en faire un lieu de prestige qui rehausserait l’image de la ville de Tremblay-en-France et du département de Seine- Saint-Denis, en mettant en valeur les racines qui les rattachent au passé prestigieux de la plaine de France.
1 - SUGER De administratio suo, De Trembliaco. OEuvres complètes de SUGER, annotées et publiées d’après les manuscrits pour la société de l’Histoire de France par A. LECOY DE LA MARCHE, à Paris chez la veuve Jules RENOUARD, 1867.
Principal ministre des rois LOUIS VI LE GROS et LOUIS VII LE JEUNE, SUGER est l’un des grands personnages de l’histoire de France. Ses écrits sont si importants qu’ils ont généré la création de l’art gothique, dont la première réalisation au monde est la basilique de Saint-Denis.
2 – Les propositions de la SEHT ont obtenu de nombreux soutiens : Augustin ROMANET, PDG d’Aéroports de Paris ; de Jean-Marc MORICEAU, Professeur émérite d’histoire à l’université de Caen, Membre honoraire de l’Institut universitaire de France, Président de l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales ; de Jean-Pierre de RÉGIBUS, Président de JPGF, Section du Blanc-Mesnil / Le Bourget. Elles ont également obtenu le soutien
des sociétés d’Histoire et associations patrimoniales réunies à Bobigny, le 17 mai 2022.
3 - Si Tremblay a ses racines dans le Moyen-Âge, il a été également le siège d’événements prestigieux lors de la Première Guerre mondiale. Situé à la pointe nord-est du camp retranché de Paris, le Vieux-Pays de Tremblay a accueilli, le 3 septembre 1914, l’escadrille MF-16 de l’aviation de la 6ème armée. L’équipage PROT-HÜGEL, décollant de Tremblay le 03 septembre 1914, a été le premier à découvrir le changement d’orientation de l’armée allemande qui présentait son flanc à l’armée de Paris, information qui est à l’origine de la contre-offensive victorieuse de la bataille de la Marne. Le 6 septembre 1914, le 1er convoi des taxis de la Marne commandé par le lieutenant LEFAS a eu Tremblay-lès-Gonesse, pour point de ralliement. 1
L’article 2 des statuts de la SEHT précisant que l’association a pour mission de contribuer à la renommée et à la sauvegarde des monuments classés de Tremblay-en-France, nous avons pris position, dès que nous avons eu connaissance de la mise en vente de la Grange-aux-Dîmes et de la Ferme du château.
Le Conseil d’administration en a délibéré le 16 octobre 2021. L’assemblée générale, réunie en l’Hôtel-de-Ville, le 12 mars 2022, a adopté à l’unanimité un vœu précisant les propositions de la SEHT pour assurer l’avenir du monument. L’implantation du monument et de la Ferme du Château remonte au IXème siècle, lorsque l’empereur LOUIS LE PREUX, fils de CHARLEMAGNE et de HILDEGARDE, a donné la terre de Tremblay à l’abbaye de Saint-Denis. Jusqu’à la Révolution, l’abbaye en est restée le seigneur. Parmi les milliers de textes conservés dans les archives de l’abbaye, nous choisissons une phrase de SUGER, abbé de Saint-Denis (1), pour localiser le monument : « NOS AUTEM EANDEM VILLAM OB HOC LIBENTIUS EDIFICAVIMUS, ET IN INTROITU VILLAE NOVAM CURIAM CUM GRANCHIA NOVA ERIGI FECIMUS ; ET UT IN EA CAMPIPARS UNIVERSALIS ET QUATUOR CARRUCARUM, IN ALTERA VERO, QUAE IN MUNICIPIO EST, DECIMAE TERRAE REPONERENTUR, ET IN UTRAQUE USIBUS NOSTRIS STRAMINA RESERVARENTUR
« Nous eûmes d’autant plus à cœur d’agrandir les constructions du village, à l’entrée duquel nous fîmes édifier une nouvelle cour avec une nouvelle grange, pour qu’on y déposât le produit du champart et la récolte de quatre charrues, dans l’autre, celle qui se trouve dans l’agglomération fortifiée, les dîmes de la terre, la paille étant réservée à notre usage dans chacune » (2).
La Grange-aux-Dîmes de SUGER a été détruite en janvier 1420, lorsque les Anglo-normands ont attaqué la tour de Tremblay. Elle a été reconstruite, sur le même emplacement, à la fin de la Guerre de Cent ans. Comme une pénurie de matériaux sévissait à cette époque, les constructeurs ont utilisé une charpente de réemploi, datant du XIIème siècle. C’est la qualité de cette charpente qui a justifié l’inscription de la grange au titre des monuments historiques, à l’inventaire supplémentaire de mai 1939. Cette charpente monumentale confère de remarquables qualités acoustiques au monument. Elles ont été mises en lumière lors de la série de concerts donnés là, dans le cadre du festival de l’Ile-de-France. L’orchestre du Palais Royal, dirigé par Kléber BESSON, a été le premier à se produire dans le monument, en juin 1978.
Si les propositions de la SEHT ont été dictées par des considérations patrimoniales, elles sont conciliables avec des préoccupations économiques. On pourrait par exemple, à côté du musée éco responsable que nous proposons, aménager un espace d’accueil pour séminaires et colloques. C’est une activité rentable, surtout si elle est exercée dans un lieu prestigieux, auquel sont liés de grands personnages de notre histoire, comme l’abbé SUGER. On peut aussi y accueillir un grand restaurant qui aurait pour clientèle le personnel de la zone aéroportuaire et travaillerait en liaison avec les acteurs culturels programmant séminaires, concerts et expositions dans la Grange-aux-Dîmes. On pourrait même avoir dans les jardins une ferme pédagogique qui aurait des productions maraîchères respectueuses de la planète.
Disons pour conclure que nous souhaitons que la solution retenue pour la reconversion du monument et de la Ferme du Château s’appuie sur les propositions d’une commission d’étude, mise en place avec la participation des collectivités territoriales, de l’architecte des Monuments historiques, de la DRAC, des opérateurs départementaux et régionaux de l’office de tourisme, des territoires Roissy Terre d’Envol, Roissy Terre de France et d’experts en communication, histoire, etc. Cette commission serait chargée de proposer un programme conciliant les données économiques et patrimoniales, capables d’assurer l’avenir de la Grange-aux-Dîmes et de la Ferme du Château et d’en faire un lieu de prestige qui rehausserait l’image de la ville de Tremblay-en-France et du département de Seine- Saint-Denis, en mettant en valeur les racines qui les rattachent au passé prestigieux de la plaine de France (3).
1 - SUGER De administratio suo, De Trembliaco. OEuvres complètes de SUGER, annotées et publiées d’après les manuscrits pour la société de l’Histoire de France par A. LECOY DE LA MARCHE, à Paris chez la veuve Jules RENOUARD, 1867.
Principal ministre des rois LOUIS VI LE GROS et LOUIS VII LE JEUNE, SUGER est l’un des grands personnages de l’histoire de France. Ses écrits sont si importants qu’ils ont généré la création de l’art gothique, dont la première réalisation au monde est la basilique de Saint-Denis.
2 – Les propositions de la SEHT ont obtenu de nombreux soutiens : Augustin ROMANET, PDG d’Aéroports de Paris ; de Jean-Marc MORICEAU, Professeur émérite d’histoire à l’université de Caen, Membre honoraire de l’Institut universitaire de France, Président de l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales ; de Jean-Pierre de RÉGIBUS, Président de JPGF, Section du Blanc-Mesnil / Le Bourget. Elles ont également obtenu le soutien
des sociétés d’Histoire et associations patrimoniales réunies à Bobigny, le 17 mai 2022.
3 - Si Tremblay a ses racines dans le Moyen-Âge, il a été également le siège d’événements prestigieux lors de la Première Guerre mondiale. Situé à la pointe nord-est du camp retranché de Paris, le Vieux-Pays de Tremblay a accueilli, le 3 septembre 1914, l’escadrille MF-16 de l’aviation de la 6ème armée. L’équipage PROT-HÜGEL, décollant de Tremblay le 03 septembre 1914, a été le premier à découvrir le changement d’orientation de l’armée allemande qui présentait son flanc à l’armée de Paris, information qui est à l’origine de la contre-offensive victorieuse de la bataille de la Marne. Le 6 septembre 1914, le 1er convoi des taxis de la Marne commandé par le lieutenant LEFAS a eu Tremblay-lès-Gonesse, pour point de ralliement. 1

