Le cartulaire de l’abbé Philippe, 1411
Le cartulaire de l’abbé Philippe, 1411
Nous avons évoqué dans la première partie de notre étude le cartulaire de l’abbé Philippe, établi en 1411 sur instruction de l’abbé de Saint-Denis, Philippe de Villette. Successeur de Guy de Monceau, il est à la tête de l’abbaye depuis près de vingt ans. Le village est alors en pleine prospérité et le document nous présente un tableau exhaustif de la vie locale, juste avant le déchaînement des violences.
Le chapitre du cartulaire qui concerne Tremblay a été rédigé, entre 1404 et 1408, par Mahiet de Villeroy dit Mahiet Poupence, commis à cet office par le fermier de la seigneurie Dromin Le Gouy dont il est l’associé. Le document détaille les diverses taxes qui frappent le village. Les principales sont le cens et le champart. Souvent appelé Le Livre vert, le document est conservé aux Archives nationales sous la cote LL1209 (1).
L'abbaye de Saint-Denis cumule à Tremblay les prérogatives du seigneur temporel et du seigneur spirituel. À ce titre, elle perçoit la dîme, c'est-à-dire la fraction de récolte due au clergé pour l'entretien du culte et les œuvres de charité, nous dirions aujourd'hui les dépenses de solidarité sociale.Toutes les personnes domiciliées à Tremblay sont assujetties à cet impôt, à l'exception de la noblesse et du clergé.Toutefois, si nobles ou clercs exploitent des terres en fermage, ils sont soumis aux mêmes charges que les roturiers.
1 - Cf. La seigneurie de Tremblay au début du XVème siècle d’après le cartulaire de l’abbé Philippe, bulletin n° 10 de la SEHT, année 1986

Le cartulaire de l’abbé Philippe, LL 1209 folio 147 recto, feuille de tête du chapitre relatif à Tremblay
(transcription ligne à ligne respectant l’orthograpphe du document)
SAINT DENYS
Cest le pappier des cens rentes et autres revenus appartenant
a mes seygneurs les religieux abbé et convent de lesglise mons. Saint
Denys en france en leur ville et chastellenie de tramblay
fait par mahiet de Villemoroy dit pourpence naguaires clerc
de la commanderie dicelle eglise lequel mahiet estoit pleige d’un
appelé Dromin le Gouy fermier de la ferme que mes diz seigneurs
ont a tramblay
L'abbé de Saint-Denis perçoit la moitié de la dîme due par les habitants de Tremblay pour les terres qu'ils exploitent à Roissy, Villepinte ou Vaujours. En contrepartie, si des paysans, domiciliés dans l'une de ces paroisses, exploitent des terres à Tremblay, les décimateurs de ces lieux peuvent prétendre à la perception de la moitié de celle due par eux à Tremblay. Les autres charges qui pèsent sur les terres sont le cens et le champart. Le premier est une redevance annuelle foncière acquittée en espèces. Le second est également une rente foncière, mais elle est acquittée en nature, semblablement à la dîme, une partie de la récolte revenant au seigneur. Comme on est en période d’inflation, due à l’insécurité, le champart pèse plus douloureusement que le cens sur les revenus du paysan.
Le champart et la dîme étant acquittés en nature, les deux redevances sont liées et donnent lieu à un prélèvement unique de 18 gerbes sur 100 pour les habitants de la paroisse, de 14 sur 100 pour les habitants des paroisses de Villepinte, Roissy et Vaujours, exploitant à Tremblay des terres à champart. La différence de traitement s’explique par le fait que ces derniers acquittent la dîme dans leur paroisse de résidence.
Le registre tenu par Mahiet de Villemoroy, pour le montant cumulé de la dîme et du champart, représente un prélèvement total de 7 226 gerbes dont 3 644 de blé et 3 582 d’avoine. Si l’on estime à 6% le montant de la dîme et à 20 % celui du champart le montant total de la dîme est de 1 094 gerbes de blé, 1 075 gerbes d’avoine. Les céréales étant stockées en gerbes, il faut une grange aux dîmes de grande dimension pour les entreposer.
Notons que les nobles sont exempts de payer ces deux impôts, comme le confirme le registre qui mentionne les terres exploitées sans aucune charge par : Jehan Deve, « escuyer, héritier en partie défunt Guy de la Croix à cause de damoiselle Denise des Essarts sa femme ».
« Mahiet de Villemoroy dit Pourpence héritier en partie de feu Pierre des Essarts jadis escuyer et seigneur de Thoiry, à cause de damoiselle Marie des Essarts, sa femme, fille du dit défunt ».

Cartulaire de l’abbé Philippe, Archives Nationales LL 1209 folio 149 recto, cliché SEHT
Le folio 149 du cartulaire précise les modalités de fonctionnement du four banal. Tous les habitants de Tremblay sont soumis à l’obligation de « boiser », c’est-à-dire qu’ils doivent approvisionner, à tour de rôle, le four en bois. à propos de l’exemption dont jouissent plusieurs notables, notamment le sieur Baillet, le cartulaire nous apprend que les fortifications de la tour de Tremblay ont été l’objet de travaux de renforcement. Nous avons souligné en rouge la dernière ligne du passage qui nous l’apprend.
« Item les deux fours de la ville ou il fault que toutes les personnes de tramblay boisent outre excepté Robert de nanthouillet ou celuy qui demourroit en lostel du dit Robert et de present en sont exempts lostel des chantres de saint Denys et pour icelle franchise leur est rabattu sur le grain quilz ont droit de prendre sur leglise 3 septiers de blé et aussi en est exempt l’hôtel de milet baillet. Et pour cette franchise il a laissé à l’église de 14 à 16 sols de rente qu’il avait droit de prendre chaque année sur certaines masures mouvant et tenues de lui, lesquelles masures furent abattues pour la fortification de la tour de tramblay ».
(notre transcription respecte l’orthographe du document original, y compris l’emploi de minuscules pour les noms propres.)

