La Grange aux Dîmes au XIIème siècle
La Grange aux Dîmes au XIIème siècle
Au milieu du XIIème siècle le seigneur de Tremblay est Suger, abbé de Saint-Denis. Il s’occupera très étroitement de Tremblay. Conseiller de Louis VI, puis de Louis VII, c'est un homme de pouvoir, très proche de Louis VII qui lui confie la régence du royaume en 1147, lors de son départ pour la croisade.
Administrateur remarquable, Suger quadruple les revenus de l’abbaye. Grand bâtisseur, il sera l’introducteur de l’art gothique en France, avec la basilique de Saint-Denis comme première réalisation. Il accorde un intérêt tout particulier à la terre de Tremblay.
Lorsqu’il est élu à la tête de l’abbaye, Tremblay est sous la coupe du comte de Dammartin qui le frappe de multiples obligations, l’impose à sa convenance, exige la livraison d’un contingent annuel d’ovins et se fait héberger plusieurs fois l’an aux dépens des habitants. En bon diplomate, Suger lui reconnaît un droit de suzeraineté, accepte de lui payer de sa bourse une rente annuelle de 10 livres à l’octave de Saint-Denis, en échange de quoi le bourg appartient entièrement à l’abbaye, à l’abri de toute taille et contribution d’usage.
La paix établie, Suger entreprend des travaux considérables et nous donne une description du village. On y distingue déjà les deux pôles de l’agglomération : le Petit Tremblay au nord, le Grand Tremblay au sud. Au nord, il fait construire un nouveau château et une nouvelle grange, à l’intérieur de laquelle est conservé le produit de tous les champarts avec celui de la terre que l’abbaye met elle-même en exploitation, par quatre charrues (1).
C’est au Grand Tremblay que Suger situe la Grange-aux-Dîmes. Elle est à côté de l’église, dans le château du lieu. Son emplacement est donc, à peu de choses près, celui du bâtiment actuel.
« Nos autem eandem villam ob hoc libentius edificavimus, et in introitu villae novam curiam cum granchia nova erigi fecimus ; et ut in ea campipars universalis et quatuor carrucarum, in altera vero, quae in municipio est, decimae terrae reponerentur, et in utraque usibus nostris stramina reservarentur ».
« Nous en eûmes d’autant plus de cœur à agrandir les constructions du village, à l’entrée duquel nous fîmes édifier une nouvelle cour avec une nouvelle grange, pour que l’on y déposât tout le produit du champart et [la récolte] de quatre charruées et, dans l’autre - celle qui se trouve dans l’agglomération fortifiée (2), les dîmes de la terre, la paille étant réservée à notre usage dans chacune ».
Notons que Suger a entrepris des travaux de fortification dans la partie sud de l’agglomération. On peut voir les vestiges du mur d’enceinte, rue des Fossés.
CURIAM AUTEM ANTIQUAM MURO CINXIMUS, DOMUM ECCLESIÆ INHÆRENTEM PENE DEFENSABILEM IBIDEM EREXIMUS ; QUA MUNITIONE SUCCESSORES NOSTRI ET SUOS ET SUA, SI PLACET, CONTRA OMNEM HOSTEM DEFENDERE POTERUNT.
« Nous avons fait entourer de murs l'ancien château et dans le même lieu nous avons fait construire, attenant l'église une résidence à peu près défendable ; avec ces travaux de fortification nos successeurs, s'ils le désirent, peuvent mettre en sûreté leurs gens et leurs biens contre toutes sortes d'ennemis. »
1 - Il s’agit de la réserve, c'est-à-dire des terres exploitées directement par le seigneur ou son fermier. La superficie de la réserve peut être estimée à 240 hectares environ, soit 80 hectares cultivés annuellement, à raison de 20 par charrue, plus 160 hectares de jachères, pour l’assolement triennal.
2 - Il s’agit de la partie sud de l’agglomération, actuel emplacement de la ferme du Château.

Vestiges du mur d’enceinte construit par Suger, rue des Fossés. Cliché SEHT, 2004.
Curiam autem antiquam muro cinximus Suger, De administratio suo

