Commémorations de l'armistice du 11 novembre 1918
Commémorations de l'armistice du 11 novembre 1918

Les signataires de l'armistice, CPA édition Monument de l'Armistice, collection SEHT
La 11 novembre 1918, à 6 heures du matin, les généraux allemands signent l'armistice avec les alliés près de la gare de Rethondes dans l'Oise. Dans le wagon-restaurant aménagé en salle de réunion, figurent de gauche à droite : le général Maxime Weygang, le maréchal Foch, l'amiral Rosslyn-Wemis, l'amiral George Hope, le capitaine Leperche, le capitaine von Heildorf, le comte von Oberndorff, Mathias Erzberger, le général von Winterfeld, le capitaine de vaisseau Vanselow.
Leur signature met fin à quatre ans de guerre.
Le 11 novembre, par le docteur Pierre PETITBON, Officier de la Légion d’honneur
11 novembre. Date symbole de tous les morts pour la France dans toutes les guerres. Toutes horribles. Sous l’Arc de Triomphe, brûle une flamme réellement sacrée. Cet article est un retour sur le passé - de ce 11 novembre 1918 - qui s’annonçait heureux et glorieux mais dont le bénéfice et les enseignements ont peut-être été perdus.
La préparation des guerres :
“ La sueur épargne le sang” a dit Vauban en ceinturant la France de fortifications, remarquablement construites, sur des sites soigneusement choisis, aux marches du territoire exposé. Cette remarque de Vauban réécrit le “si vis pacem, para bellum” de Végèce, chrétien (4ème siècle). L’impréparation de la 2ème guerre mondiale a validé l’ignorance de ces préceptes. On pensait, certes, que celle de 14/18 était “la der des der”
La Grande guerre :
La première guerre mondiale a permis, en revanche, de prouver la ferveur nationale et la préparation significative, certes imparfaite, du conflit. On le sait l’attaque s’est déroulée en Belgique et non à partir de l’Alsace Lorraine. La guerre devait être courte, elle dura plus de 4 ans. Les blessures seraient légères par carabine, comme en 1870, elles furent effroyables par mitrailleuses, éclats d’obus et de grenades enfin de gaz toxiques. Le pantalon garance était une cible, il fut remplacé par le bleu horizon, « le bleu de la ligne des Vosges » de Jules Ferry. Certaines autorités responsables, avaient vu venir cette guerre qui leur semblait inéluctable. La Loi Barthou, Président du Conseil, (avec Joffre Chef d’État-major des armées, et Poincaré Président de la République) instaure en Juillet 1913 le service militaire obligatoire. La déclaration de guerre de la France a lieu le 3 août 1914.
Tout commence mal au début, 24000 morts français le 21 août 1914,
Record terrible toujours valide fort heureusement. Ce même jour d’août mourront à Ethé, village voisin de Rossignol en Belgique, le lieutenant-colonel Wallerand de Hauteclocque et son fils. 30 ans plus tard son neveu le Général Leclerc, libèrera Alençon. Le colonel est le commandant du 14ème régiment de hussards, stationné à Alençon, composé de soldats ornais qui sera plus que décimé ce 21 août. Les monuments aux morts ornais portent leur nom. Ces hussards peu ou pas entraînés avaient été envoyés en Belgique, front supposé calme. 24000 morts français ce jour funeste dans ces deux villages et leurs alentours.
Les journées de répit
offertes par la résistance formidable du Roi Albert 1er et des Belges, associés aux corps français décimés, permettra à Joffre de se replier et d’offrir une résistance qui sauve Paris par la bataille de la Marne. Tout le monde se rappelle les taxis de la Marne de Galliéni, qui font affluer des renforts. Certes symboliques, mais qui réarment le moral des troupes françaises. La France perd la guerre des frontières mais pas celle de la mer. 9 villages français anéantis (lors des combats du Chemin des Dames en 1917) seront déclarés, plus tard, « morts pour la France ». Un conseil municipal de villages voisins continue à commémorer et à perpétuer leur souvenir : Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux, Louvemont-Côte-du-Poivre, Ornes, Vaux-devant-Damloup.
Que se passait-il auparavant :
Jadis la levée en masse de 1793 avait été une nouveauté sans limite de durée (jusqu’à une durée de 24 ans le citoyen était réquisitionnable si besoin!). Tout français en âge et en état de porter les armes, était soldat. La Loi Jourdan, général, Delbrel, parlementaire, avait créé le 5 septembre 1798 une “conscription” qui ne souhaitait pas le nom. Des fractions de population constitueraient des “défenseurs de la patrie” appelée sous le drapeau tricolore (le blanc de la royauté ou pour certains de la France, utilisée par le roi depuis Henri IV? encadré du bleu et rouge de la ville de Paris). Les jeunes à partir de 20 ans sont le terreau. Le “service de patriotes” devait conjuguer égalité et impératifs des métiers à épargner. Le service sera censitaire, par tirage au sort, en 1870 avec possibilité de substitution d’un appelé par un autre appelé qui a tiré un bon numéro. Ce tour de passe-passe est rémunéré.
En 1914 les soldats :
Les “conscrits” seront composés à 85% d’agriculteurs et d’ouvriers agricoles. Ils sauront, habitués aux dures conditions de leur vie professionnelle, résister à l’inhumaine vie des tranchées, à la boue, au froid et aux “pieds des tranchées” (engelures terribles). La pyramide des âges joue en faveur des allemands. La France agricole sait que pour l’héritage on ne peut diviser indéfiniment les parcelles. Bien que pour la quasi-totalité catholique, le monde agricole pratiquera un « contrôle des naissances ». La France semble vieille. L’encadrement des troupes, comporte, outre les officiers de métier, des instituteurs et professeurs essentiellement. Ceux-ci ne sont pas encore les « Héritiers » de Bourdieu, mais fils ou petits fils d’agriculteurs élevés comme eux à la dure.
La composition des armées :
Les deux armées ennemies qui regroupent trois années de conscriptions pour la France aligneront 3, 750 millions d’hommes. Une seule femme médecin, Nicole Girard-Mangin, jamais décorée de son vivant (la Médaille de la Santé des Armées lui a été décernée en 2021) et seule femme médecin à officier au front. Mme Marie Curie radiologue, non-médecin, remarquable organisatrice, juste derrière les premières lignes, des services de radiologie autonomes, dans les « autochir » (11 véhicules équipés avec bloc opératoire buanderie, réserve de médicaments, radiologie, pansements, convoi qui se déplace selon les besoins du front etc..,) sera l’autre femme emblématique de cette guerre. Marie Curie, 2 fois prix Nobel, refusera la Légion d’honneur qu’elle aurait souhaité se la voir attribuer à titre militaire. Les services médicaux doivent requinquer les blessés avec mission de les renvoyer au combat. Les progrès médico chirurgicaux seront très importants. Certes les antibiotiques ne seront découverts et utilisés que bien après cette guerre mais pour la …suivante.
107 ans
Il y a 107 ans sonnait le cessez le feu définitif. “Attendre 107 ans” interjection française fameuse. Jadis fin du XII et jusqu’à la moitié du XIIIè siècles on attendait, lors de la construction de Notre-Dame, la possibilité de franchir l’Ile de la Cité encombrée des matériaux et de l’activité des corps de métiers. C’est joli de penser que même “si non e vero, e ben trovato”* (si non exact, c’est bien trouvé*). Il fallut, en fait, près de deux siècles, fin en 1345, elle avait commencé en 1163, pour achever la Cathédrale voulue par Sully, évêque de Paris.
L’armistice du 11 novembre :
Le 7 novembre le caporal Pierre Sellier à 20h20 sonne au clairon (déposé au musée des armées aux Invalides) le cessez-le-feu, pour permettre à une délégation allemande de venir discuter des conditions du cessez-le-feu définitif. Celui-ci sera sonné le 11 novembre à 11h par tous les clairons, le long des fronts. Il est difficile d’imaginer l’émotion, les pleurs, la joie des soldats Français et le soulagement associé à l’amertume des Allemands qui permettra plus tard la montée du nazisme d’Hitler.
Les saignées :
1 800 000 morts français (plus 1 000 000 de morts civils moitié par faits de guerre puis moitié par grippe espagnoles et autres maladies et épidémies, 3 600 000 blessés (dont certains mourront dans les années à venir), 1 000 000 d’invalides permanents, 56 000 amputés, 15 000 gueules cassées (expression du colonel Picot, le chirurgien Morestin sera l’artisan et l’initiateur de la chirurgie maxillo-faciale réparatrice). On ajoute 600 000 veuves, 1 million d’orphelins avec le statut de pupille de la nation voté en 1917. Foch lucide déclarera “qu’il s’agit d’un armistice de 20 ans, mais pas d’une paix”.
Les Gueules cassées :
Le Dr Morestin, va accéder au souhait de Clemenceau (jamais décoré de la Légion d’honneur « que l’on ne devait pas demander, ni refuser, ni porter disait-il « ), pour prévoir 5 gueules cassées afin d’ assister à la signature du Traité dans la Galerie des glaces de Versailles le 28 juin 1919. Le chirurgien maxillo- facial désignera un ancien, Albert Jugon, breton décédé en 1959, blessé le 19 septembre 1914 en Argonne.
Versailles :
Albert Jugon désignera 4 camarades « gueules cassées », pour assister dans l’embrasure d’une fenêtre de la Galerie des Glaces à la signature du traité de Paix de Versailles, le 28 juin 1919. Vivants reproches non pas seulement aux Allemands, mais à l’atrocité de cette guerre. Ces « 4 gueules cassées témoins » sont : Eugène Hébert, un ami d'enfance de Jugon, mobilisé au 315e régiment d'infanterie, décédé en 1957. Henri Agogué, du 4e bataillon de chasseurs à pied, mort en 1935. Pierre Richard, du 102e bataillon de chasseurs à pied, mort en 1965 et André Cavalier, du 2e zouave, blessé à Dixmude le 4 mai 1915 et décédé le dernier, en 1976. Les délégations des signataires devront passer devant eux avant de s’installer à leur place. Tous les sélectionnés fantassins relèvent, le plus souvent, d’unités de choc.
Georges Duhamel
(médecin au front durant la guerre, (écrivain puis académicien français) décrivant les « gueules cassées » dans « Civilisation » à propos du personnage de LOUBA : « De lui nous ne pouvons plus entendre de parole, l’éclat d’obus lui a défoncé la face. Il ne restait plus rien de son visage qu’une immense plaie barbare, un œil dévié, déjeté et le front, un horrible front. Un jour pourtant comme nous lui disions fraternels des choses banales, Louba voulut nous témoigner son contentement et il nous fit un sourire. Ils s’en souviennent ceux qui ont vu l’âme de Louba sourire sans visage ».
Le bleuet :
fabriqué aux Invalides à l’initiative d’infirmières de très grande classe, Mmes Suzanne Lenhardt et Charlotte Malleterre pour occuper les blessés. Ces bleuets car ce sont « les bleus de la Classe 1917 » arrivés pour la bataille du Chemin des Dames qui donneront ce nom (le bleuet était par ailleurs la seule fleur de couleur qui poussait dans les tranchées). Ce symbole sera vendu, en grand nombre entre les deux guerres, les 11 novembre et améliorera les conditions des blessés, pupilles de la nation et invalides. Le nombre des ventes décroîtra de façon significative au cours des années suivant la deuxième guerre mondiale puis celle d’Indochine. Au « Bleuet » s’adjoindra la Loterie Nationale, crée par l’État pour financer pensions et retraites des « Gueules cassées » ainsi que les calamités agricoles. Les « dixièmes », moins onéreux qu’un carnet de dix billets, vont faire un tabac.
Le soldat inconnu :
107 ans pour continuer à respecter le tombeau du soldat inconnu. La Wehrmacht le 18 juin 1940 lors de son occupation de Paris (déclarée ville ouverte le 14 juin), défilera en contournant l’Arc de Triomphe !!! Il est rappelé que c'est le ministre des pensions de guerre, André Maginot (un ancien « poilu », blessé et mutilé) qui fera sélectionner, à Verdun, le soldat inconnu, parmi 8 cercueils de soldats français non identifiés. Le jeune soldat Auguste Thin est désigné. Engagé, gazé, fils d’un soldat mort pour la France il officie le 10 novembre 1920. Il calcule qu’il est du 6ème corps, 132ème régiment (1 + 3 +2 = 6). Il dépose le bouquet d’œillets rouges et blancs, qu’André Maginot lui a remis, sur le 6ème cercueil exposé. Le transfert au Panthéon aura lieu le lendemain.
La flamme sous l’arc de Triomphe et son ravivage :
La cérémonie officielle de l’inhumation sous l’Arc de Triomphe se tiendra le 28 janvier 1921 en présence du Président de la République (Alexandre Millerand), des maréchaux Joffre, Foch et Pétain et d’une foule énorme. La décision de l’inhumation de ce soldat inconnu sous l’arc de Triomphe de l’Etoile a fait l’objet d’une loi votée à l’unanimité, le 8 novembre 1920. Cette même décision prévoit le transfert, au Panthéon, de Léon Gambetta, héros de la guerre perdue de 1870. La flamme est installée en 1923 à l’initiative d’un journaliste, Gabriel Boissy.
Winston Churchill la Paix mais pas au prix de Munich :
« Il nous faut apprendre notre leçon. Jamais, jamais, jamais on ne doit croire que la guerre sera simple et facile, ou que quiconque entreprend ce singulier voyage est capable de prévoir les marées et les ouragans auxquels il devra faire face. L’homme d’État qui cède à la fièvre de guerre doit prendre conscience du fait qu’une fois le signal donné, il n’est plus maître de la politique, mais l’esclave d’évènements imprévisibles et incontrôlables. Des ministres de la guerre surannés (War Office), des commandants en chef faibles, arrogants ou incompétents, des alliés peu fiables, des neutres hostiles, un destin malveillant, de mauvaises surprises, d’effroyables erreurs de calcul – tous prennent leur place à la direction suprême au lendemain, de la déclaration de guerre. Si sûr que vous soyez de pouvoir l’emporter facilement souvenez vous qu’il n’y aurait pas de guerre si l’adversaire ne pensait pas, lui aussi, avoir une chance de l’emporter ». « Mes jeunes années » 1930, traduction Kersaudy.
Les commémorations (rappels de souvenir) du 11 novembre :
La flamme, sous l’Arc de Triomphe, illumine les cœurs, les souvenirs et l’avenir de tout le pays. Elle brûle en permanence et est ravivée à 18h30 symboliquement et officiellement tous les jours en présence d’un officier général et d’enfants des écoles. « Le comité de la flamme » fait respecter ordre et protocoles. On ne doit pas oublier les morts pour la France. Leur souvenir maçonne le patrimoine immatériel de la France. Partout où la commémoration, se déploie venez nombreux aux monuments aux morts de vos villes et villages, auprès des édiles, drapeaux tricolores au vent symboles mouvants de notre histoire. Le 11 novembre le Peuple, le Président de la République, entouré de ministres, de parlementaires, des chefs d’État- Major des Armées rendent officiellement hommage aux morts des guerres pour la France et du terrorisme.
Docteur Pierre Petitbon
Officier de la Légion d’honneur
Diplômé de Sciences Po Paris
Président d’honneur de la SMLH61

Le wagon de l'Armistice, CPA collection SEHT
Cette voiture, numérotée 2419 D, avait été mise en service en 1914 par la Compagnie des Wagons-lits. Après la signature de l'armistice, elle a été exposée aux Invalides, puis dans la clairière de Rethondes jusqu’en 1940. Emmenée en Allemagne, après la signature de l'armistice du 22 juin 1940, elle a été exposée à Berlin. Elle a été détruite en avril 1945, lors d'un incendie, à Crawinkel, un mois avant la capitulation de l’Allemagne.


Très surpris et honoré de la publication de ce travail très parcellaire mais très ému à l'evocation de cette guerre terrible et de ce 11 novembre 18. Il est difficile d'imaginer le retentissement immense et chargé d'emotion de cette annonce de cessez-le-feu. Transportez vous à l'époque. Merci M. REVEL franchement très étonné de cette reconnaissance. J'espère que cet article recevra un accueil favorable de vos lecteurs habituels et recevra éventuellement critiques et précisions.
Le 09-01-2026 à 07:07:02
Merci de nous appeler à réfléchir sur la Paix dans le monde.
L’armistice de 1918 a été suivi d’une paix instable qui a débouché sur la Deuxième Guerre mondiale.
Celui du 22 juin 1040 à ouvert les portes à l’horreur de la Shoah.
Le 08-02-2026 à 18:00:39