humour et dérision dans les conflits sociaux et politiques, de 1923 à 1935
HUMOUR ET DÉRISION DANS LES CONFLITS SOCIAUX ET POLITIQUES
À TREMBLAY-LÈS-GONESSE
de 1923 À 1935
À partir de 1923, des lotissements sont créés dans la partie sud de la commune. Aucun investissement n’est consenti par les lotisseurs qui exploitent les carences de la loi. Ils utilisent une loi de 1913 relative aux sociétés d’épargne. Les lotissements sont créés par ces sociétés dont les acquéreurs de lots deviennent sociétaires. Ils n’achètent pas du foncier, mais des parts de la société d’épargne et deviennent ainsi leurs propres lotisseurs, ce qui permet aux créateurs du lotissement de ne pas investir le moindre centime de franc pour l’aménagement du quartier (1).
Pour se rendre compte des conditions de vie déplorables des habitants des lotissements, il suffit de consulter les cartes postales d’époque qui révèlent l’absence de voirie, d’alimentation électrique, de réseaux d’adduction d’eau. Les lots sont des portions de forêt dans lesquelles les rues et avenues ne sont que des chemins de terre.
Selon le Journal Officiel des débats parlementaires (2), les créateurs du lotissement du Bois-Saint-Denis, Messieurs PRUD'HOMME et ARTUS ont acheté le domaine de la Villette-aux-Aulnes en 1923, au prix de 78 centimes le mètre carré, soit un prix de 1 816 000 F, au total. Peu de temps après, ils revendent les 45 hectares lotis au prix de 4 F le mètre carré, ce qui leur permet d'encaisser 1 816 000 F. En revendant 45 hectares, ils récupérèrent le prix d'achat de l'ensemble du domaine. Lors de la vente, ils établissent un bail avec promesse de vente à une société d'épargne, dont le bureau est constitué de quelques hommes de paille. Ils demandent, en outre, aux acquéreurs, un intérêt de 5 %. En sept années, ils encaissent 11 350 000 francs, alors qu'ils n'ont même pas eu à immobiliser la totalité du prix d'achat, lors de l'acquisition du domaine, qui a été acquitté par versements échelonnés.
1 - Cf. De l’âge rural à l’âge urbain, Tremblay-lès-Gonesse 1923-1935, bulletin n° 8 de la SEHT, année 1983.
2 - J.O. des débats parlementaires. Séance du 2 février 1928, discussion du projet de loi sur les lotissements défectueux. Intervention de M. Jean CLAMAMUS, député communiste.

L’avenue Chappe, CPA édition Bouchetal, 9 septembre 1928, cachet de la Poste, collection SEHT © SEHT
Le cahier des charges impose aux acquéreurs de lots des engagements draconiens qui les privent par la suite de tout recours. À titre d'exemple, nous citerons quelques lignes du cahier des charges du lotissement des Cottages.
« Article 1er (...) lesdits locataires avec promesse de vente et acquéreurs devant faire leur affaire personnelle de cet état de sol (...) sans recours contre M. PRUD'HOMME et M. et Mme ARTUS.
Article 6 : par le seul fait de leur location avec promesse de vente et d'achat, les locataires et acquéreurs de terrains et autres se trouveront formés en syndicat, à l'effet de mettre à leurs frais risques et périls, en état de viabilité les voies de communication ci-dessus prévues pour desservir le lotissement (...) ».
C'est l'amour de la nature qui a attiré des Parisiens à Tremblay-lès-Gonesse. Ils viennent là parce qu'ils se plaisent dans ce site boisé, accessible par chemin de fer à partir de la halte du Vert-Galant et de la gare de Villeparisis. Ils viennent à la belle saison et alternent promenades en forêt et baignades dans le canal de l'Ourcq. Ils achètent un terrain pour se libérer des quartiers insalubres de Paris où ils s'entassent. Le divertissement sous toutes ses formes a place dans les lotissements.
Humour et dérision dans le quartier du Bois-Saint-Denis
la fête de la Commune libre
La nomenclature des rues du Bois-Saint-Denis comporte bizarrement une rue de la Poste. Située au coeur du quartier, elle est très éloignée du bureau poste de la localité, situé à cette époque au Vieux-Pays. Pourquoi avoir choisi cette dénomination dans un quartier qui n’a jamais eu de bureau de poste ? C’est parce que l'une des sociétés d'épargne à l'origine du lotissement a été créée par des employés de la poste du Xème arrondissement de Paris.
Parmi eux se trouvent des facteurs qui desservent les Folies Bergère et le Casino de Paris. Ils profitent des relations qu'ils entretiennent avec ces établissements pour obtenir la cession gratuite de décors désaffectés. Ceux-ci sont utilisés à partir de 1924 pour organiser des fêtes au café BRIANT. Ces manifestations, appelées « Fêtes de la Commune libre », expriment la forte identité du quartier, construite sur le sentiment de solidarité, l'esprit libertaire de ses habitants et leur aspiration à l’indépendance. Ils ne se sentent pas en harmonie avec la commune rurale de Tremblay-lès-Gonesse, dirigée par un maire conservateur, Maurice LE GUILLOU, propriétaire terrien et important marchand de cochons.
Comme nous l’avons vu, aucun investissement n’est consenti par les lotisseurs et les nouveaux venus connaissent des conditions de vie déplorables contre lesquelles ils vont mener une lutte dite celle des Mal-lotis. Ils apportent avec eux leurs traditions ouvrières. Habitués aux conflits sociaux, ils savent l'utilité de se grouper pour faire avancer leur point de vue. Aussi, les groupements de défense se multiplient-ils dans les quartiers. Une lettre datée du 6 juin 1928, adressée au préfet de Seine-et-Oise par un membre du Comité de vigilance de la société « Mon Petit' Coin », domicilié avenue Gutenberg, évoque un incident qui traduit l'âpreté des conflits. Le fait s’est produit lors d'une visite du préfet au lotissement du Bois-Saint-Denis : « Vous me permettrez, écrit ce délégué au préfet, de vous présenter également des excuses au sujet des quelques exaltés que vous avez pu rencontrer sur votre passage, faisant des réflexions mal sonnantes (...) ».
L'administration préfectorale n'est pas la seule cible du mécontentement. La municipalité est également visée. En novembre 1928, une lettre du comité de vigilance de l'avenue du Bois-Saint-Denis attaque avec virulence et humour la politique scolaire du Conseil municipal, dans des quartiers dépourvus d’établissements scolaires :
« Messieurs qu'avez-vous fait ? Rien ! Nous venons donc par la présente vous rappeler à vos devoirs car ce que vous avez commencé de faire pour les lotis n'a été qu'un feu de paille que les pompiers du Bois-Saint-Denis n’ont pas eu à éteindre. Alors, Messieurs, qu'allez-vous faire ? » (3).
3 - Une délibération du conseil municipal, en date du 27 juillet 1928, recense les enfants non scolarisés, domiciliés dans les lotissements. À cette date, ils étaient 176, dont 93 garçons, 83 filles. Cette délibération précise qu'ils ne peuvent aller en classe « par suite de la distance de 4 à 5 km qui sépare les lotissements du chef-lieu communal ».

Le café Aux Vrais Amis, Maison SOUQUES. CPA, collection SEHT, © SEHT
Acquis par le facteur BRIANT l’établissement rénové va accueillir la célébration des fêtes de la Commune libre. Cette carte postale témoigne du caractère festif du quartier avec ses convives attablés à l’extérieur devant le phonographe qui diffuse l’accompagnement musical des repas servis.

La fête de la Commune libre archives de la SEHT, fonds Albert BRIANT, © SEHT
La fête de la Commune libre se déroule au café BRIANT, enjolivé de décors provenant des stocks déclassés des Folies Bergère et du Casino de Paris. Cette manifestation parodique rassemble une foule joyeuse, composée principalement des habitants du quartier. Elle affiche, avec humour, sa prise de distance par rapport à la municipalité de Tremblay-lès-Gonesse et à son maire Maurice LE GUILLOU, qui n’a pas su relayer les revendications du quartier.

La reine de la Commune libre et ses demoiselles d’honneur, archives de la SEHT, fonds Albert BRIANT,© SEHT
Fête de la Commune libre : Le char de la reine, accompagnée de ses demoiselles d’honneur, s’apprête à participer au défilé qui va parcourir en chantant les principales rues du quartier. Archives de la SEHT, fonds Albert BRIANT

Fête de la commune libre : inauguration parodique de la manifestation, archives de la SEHT, fonds Albert Briant © SEHT
Dans le cadre de cette fête, l’esprit libertaire du quartier s’exprime avec humour, dans l’organisation de défilés encadrés par de pseudo élus porteurs d'une charpe fantaisiste, image de leurs fonctions parodiques, un pseudo garde-champêtre en uniforme, accompagné de faux pompiers équipés d’une moto-pompe qui serait bien incapable d’éteindre un feu de brindilles.
Humour et dérision dans le quartier du Vert-Galant
Dans le quartier du Vert-Galant, la situation des Mal-lotis est comparable à celle des habitants du Bois-Saint-Denis. À leur exemple, ils organisent une manifestation parodique. Pour dénoncer la situation lamentable de la voirie, ils organisent un défilé inaugural pour montrer l’état pitoyable de la plus longue des avenues du quartier, l’avenue du Vert-Galant.
HENRI IV, habillé avec son habit d’époque et monté comme il se doit sur son cheval blanc, participe à la cérémonie. La mémoire de cet événement parodique nous a été conservée par une carte postale. HENRI IV et sa monture sont précédés d’une voiture automobile pétaradante, roulant sur une voie en terre battue sillonnée d’ornières profondes.

Inauguration parodique de l’avenue du Vert-Galant, carte photo, vers 1924,
archives de la SEHT, © SEHT
L’état de la chaussée, creusée d’ornières profondes, témoigne de la rusticité du cadre de vie des habitants du quartier. Ceux-ci dénoncent avec humour leurs conditions de vie, dans ce défilé parodique auquel participe HENRI IV, dit LE VERT-GALANT, monté sur son légendaire cheval blanc, précédé de la fanfare qui assure l’accompagnement musical du cortège. On aperçoit le monarque, à la gauche du cliché, en habit d’époque.
C’est surtout par la plume acérée du docteur GÉRARD, premier directeur syndic du quartier, que s’exprime avec humour la rage du quartier dans le journal de l’association syndicale autorisée du domaine du Vert-Galant.
Une suite de titres d’article donne le ton :

Comment vous renseigne votre Municipalité, ou l’art de se taire, bulletin de l’association syndicale, octobre 1931, © SEHT
- Le cimetière est-il enterré ? bulletin de l’association syndicale, juin-juillet 1931.
- Le cimetière est ressuscité, bulletin de l’association syndicale, octobre 1931.
Un petit article paru en octobre 1930 évoque les deux maires de proximité : « Mais direz-vous : le lotissement du domaine est situé sur Tremblay et sur Vaujours, nous avons donc deux maires pour obliger les lotisseurs à respecter leurs engagements. C’est exact et l’arrêté préfectoral qui autorise le lotissement sous condition expresse de l’exécution des travaux précise bien en son article 6 : « Messieurs les maires de Tremblay-lès-Gonesse et de Vaujours sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté ».
Il est signé BONNEFOY-SIBOUR, préfet.
Vous ajoutez : Si le maire de Tremblay est trop éloigné pour accomplir son devoir, celui de Vaujours, M. SOHIER, est sur place et pourrait agir. Sans doute, mais M. SOHIER, maire de Vaujours, est le véritable lotisseur du domaine. C’est trop que lui demander de faire respecter « son » cahier des charges.
Avez-vous déjà vu un gendarme, qui, ayant commis un délit se dresserait procès-verbal et exigerait que des poursuites fussent engagées contre lui ? ».
Nous donnons pour conclure un petit article assez prophétique du docteur Gérard.
La dernière avant-dernière de M. LE GUILLOU.

La dernière avant-dernière de M. LE GUILLOU. article prophétique du docteur Gérard
journal de l'association syndicale autorisée, d’octobre-novembre 1932 © SEHT
M. LE GUILLOU n’aime ni la controverse ni surtout la lumière. Il aurait fait un bien mauvais danseur : les feux de la rampe l’auraient ébloui, affolé comme un vulgaire papillon ; il en aurait manqué tous ses effets, et sifflets et tomates l’auraient sorti de la scène. S’il peut encore tenir sur la scène municipale, c’est grâce à quelques étais vermoulus. Mais le vent de la réprobation qui souffle les aura bientôt mis à bas et l’on verra alors M. Le Maire regagner ses écuries qu’il n’aurait jamais dû quitter.
Le même numéro publie un petit tableau affichant le nombre d’électeurs par quartier.
Le Vieux-Pays en compte 215 en 1931, les lotissements 840 soit presque quatre fois plus.
Cette statistique rend inéluctable le changement de majorité qui interviendra en mai 1935.

Journal de l'association syndicale autorisée, d’octobre-novembre 1932 © SEHT
Les habitants du quartier sont invités à s’inscrire sur les listes électorales et les élections partielles de 1932 ne laissent aucun doute sur le changement de majorité qui se profile. Les 27 novembre 1932, trois listes sont en présence. La liste communiste obtient 304 voix, la liste socialiste 265, celle dite d’intérêts généraux 192.
Enterrement festif de la carrière politique
du maire Maurice LE GUILLOU
le résultat des élections partielles de 1932. Au deuxième tour la liste communiste est élue et le 17 mai 1935, Gilbert BERGER est élu maire de Tremblay-lès-Gonesse. Pour fêter l’événement, un défilé est organisé pour célébrer la mort politique du maire sortant. Le cortège en liesse démarre du quartier du Vert-Galant et se dirige vers le Vieux-Pays.
En tête du défilé, un manifestant arbore un pot de chambre et un petit balai de toilette. Le manche de cet ustensile de propreté n’est pas sculpté à l’effigie de l’ancien maire, mais on devine bien que c’est lui qui est visé et que le défilé célèbre le changement de majorité. On vient de nettoyer la représentation politique de la commune ! Derrière lui, les drapeaux rouges signent l’orientation politique de la nouvelle majorité. Si une foule nombreuse participe à l’événement, le héros de la fête est symboliquement présent en la personne d’un mannequin de paille, escorté de ses petits cochons, le tout porté à bout de bras par de vigoureux manifestants.
Nous disposons d’un reportage photographique de la manifestation. Les clichés ont été pris par René, Adolphe CHEVALIER, grand oncle paternel de Michèle GUILLAUME. Celle-ci les a archivés dans son album de famille et les a conservés précieusement. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, gazé à Verdun, adhérent de l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC), René, Adolphe CHEVALIER était un ami personnel de Gilbert BERGER. On imagine sans peine qu’il a partagé la joie des manifestants.
Tête de la manifestation célébrant le changement de majorité municipale, mai 1935, cliché René, Adolphe CHEVALIER.
Nous remercions notre amie Coralie GUILLAUME de nous avoir communiqué les clichés de cette manifestation populaire qui a acté le changement de majorité à Tremblay-lès-Gonesse.

Manifestation festive saluant la victoire électorale du BOP, Bloc Ouvriers Paysans, mai 1935,
cliché René, Adolphe CHEVALIER, archives de la SEHT, fonds Michème Guillaume,
Le manifestant qui conduit la manifestation exhibe un pot de chambre et un balai de toilette qui symbolisent le nettoyage politique auquel vient de procéder l'élection de mai 1935.
Arrivée des manifestants au Vieux-Pays et arrêt du cortège devant le café de la Mairie, pour une halte démocratique rafraîchissante, mai 1935, cliché René, Adolphe CHEVALIER.

Arrivée du cortège des manifestants devant e café de la mairie,
cliché René Adolphe Chevalier, archives de la SEHT, fonfs Michèle Guillaume, © SEHT
Après avoir traversé la commune du sud au nord, le cortège des manifestants arrive place du Petit-Tremblay et s’arrête devant le domicile de l’ancien maire, Maurice LE GUILLOU qui va assister, contre son gré, à l’enterrement de sa vie politique, mai 1935, cliché René, Adolphe CHEVALIER.

Arrivée du cortège des manifestants place du Petit-Tremblay
cliché René Adolphe Chevalier, archives de la SEHT, fonfs Michèle Guillaume, © SEHT
Arrivé enfin chez lui, le mannequin repose sur le sol, serrant affectueusement dans ses bras ses petits cochons, mai 1935, cliché René, Adolphe CHEVALIER.

Installation du mannequin et de son bidon d'essence devant le domicile de l'ancien maire Maurice Le Guillou
cliché René Adolphe Chevalier, archives de la SEHT, fonfs Michèle Guillaume, © SEHT
Tout est prêt pour l’incinération avec des moyens dont n’avaient pas disposé les bourreaux de JEANNE D’ARC. Un bidon d’essence a été prévu pour faciliter la mise à feu du bûcher ! Cliché René, Adolphe CHEVALIER.
Arrivé enfin chez lui, le mannequin repose sur le sol, serrant affectueusement dans ses bras ses petits cochons, mai 1935, cliché René, Adolphe CHEVALIER.

Incinération du mannequin devant le domicile de l'ancien maire Maurice Le Guillou
cliché René Adolphe Chevalier, archives de la SEHT, fonfs Michèle Guillaume, © SEHT
Mise à feu du mannequin, en compagnie des ses petits cochons. Bien que n’ayant exercé aucune fonction politique, ceux-ci ont été condamnés à partager le sort tragicomique de leur maître, mai 1935, cliché René, Adolphe CHEVALIER.
Le point d’orgue de la manifestation saluant le changement de majorité municipale a été l’incinération du mannequin de l’ancien maire et de ses petits cochons. Cette scène d’effroi s’est déroulée sous les fenêtres mêmes du domicile du maire sortant. On imagine sans peine les sentiments qu’il a dû éprouver, au lendemain de son échec électoral. Pour comprendre la liesse de cette foule hostile, il faut faire référence à la lutte des Mal-lotis et aux souffrances des habitants des quartiers périphériques qui ont vécu, de 1923 à 1928, dans des quartiers dont les rues n’étaient que des portions de la forêt sommairement défrichée, envahies par les ronces et la boue. À l’état lamentable de la voirie se rajoutait le manque d’eau, d’électricité, de réseau d’évacuation de eaux usées et l’absence d’écoles pour la scolarisation des enfants. « Des lotis qui sont dans une situation lamentable » avait conclu le ministre de l’intérieur Albert SARRAUT en 1928, lors du débat parlementaire qui a abouti à l’adoption de la loi du 15 mars 1928 pour la résorption des lotissements défectueux. Certes, le maire LE GUILLOU n’était pas personnellement responsable de la cupidité des lotisseurs et des défaillances de la loi qui leur avait permis d’assouvir leur rapacité (3), mais il n’avait pas su accompagner les revendications des habitants des lotissements et était plusieurs fois entré en conflit avec eux.
Arrivé au terme de notre article, nous devons reconnaître que, malgré son caractère festif, la manifestation organisée en mai 1935, contre le maire sortant, heurte quelque peu le respect dû aux personnes. Les organisateurs d’une telle manifestation seraient aujourd’hui passibles de poursuites, notamment en application des dispositions de la loi du 21 mars 2024 renforçant la sécurité et la protection des maires et des élus locaux.
3 - Le lotissement du Bois-Saint-Denis est un exemple éclatant du caractère purement spéculatif des opérations d'urbanisme qui furent alors conduites à Tremblay-lès-Gonesse. Les terrains concernés faisaient partie de l'ancien domaine de la Villette-aux-Aulnes. Ils représentaient une superficie de 231 hectares, dont 45 étaient situés sur le territoire de Tremblay. Selon le Journal Officiel des débats parlementaires (JO des débats, séance du 2 février 1928), Messieurs PRUD'HOMME et ARTUS avaient acheté ce domaine en 1923, au prix de 78 centimes le mètre carré, soit un prix de 1 816 000 F.
Peu de temps après, ils revendent les 45 hectares lotis au prix de 4 F le mètre carré, ce qui leur permet d'encaisser 1 816 000 F. En revendant 45 hectares, ils récupèrent le prix d'achat de l'ensemble du domaine. Lors de la revente, ils établissent un bail avec promesse de vente à une société d'épargne, dont le bureau est constitué de quelques hommes de paille. Ils demandent en outre aux acquéreurs, un intérêt de 5 %. En sept années ils encaissent 11 350 000 F, alors qu'ils n'ont même pas eu à immobiliser la totalité du prix d'achat, lors de l'acquisition du domaine qu’ils ont payé par versements échelonnés.
Élection municipale de mai 1935
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Note manuscrite de la regrettée Michèle GUILLAUME, archives de la famille GUILLAUME
- Liste sortante : Maurice LE GUILLOU, propriétaire terrien et important marchand de cochons.
- BOP : Bloc Ouvrier Paysan présenté par le PC, menée par Gilbert BERGER. Sur les 23 candidats 21 sont des lotis, 2 sont du Vieux-Pays. Le BOP emporte la victoire, la joie éclate dans les lotissements. La population se rassemble pour « enterrer » l’ancienne municipalité. Un mannequin à l’effigie de l’ancien maire (avec petits cochons) est porté à bout de bras dans un défilé du Vert-Galant au Vieux-Pays. La foule en liesse chantant et riant se rend devant le domicile de Maurice LE GUILLOU, place du Petit-Tremblay et dans un feu de joie brûle l’effigie de l’ancien maire et ses petits cochons. L’enterrement est consommé

