Les Justes parmi les Nations du quartier du Vert-Galant

Victorine LEGENDRE et Charles, Henri VIGIER

Justes parmi les Nations

 

Source

Institut International pour la Mémoire de la Shoah, Yad Vashem,

lettre de Michel Golstein à Yad Vashem.

Charles Henri Vigier

Année de nomination : 2022
Date de naissance : 29/03/1894
Date de décés : 27/03/1976 à Tremblay-lès-Gonesse

Marié le 10 septembre 1921 avec Victorine Legendre à la mairie des Lilas

Dossier n°14148 - Juste(s)

Domicile : 23, rue du Limousin (depuis le 17 juillet 1936)

Quartier du Vert-Galant

93290 Tremblay-lès-Gonesse


Victorine Legendre épouse Vigier

Année de nomination : 2022

Née le 16 février 1894 à au Lilas

Mariée le 10 septembre 1921 avec Charles Henri Vigier à la mairie des Lilas

Décédée le 6 décembre 1985 à Montfermeil

Dossier n°14148 - Juste(s)

Domicile : 23, rue du Limousin (depuis le 17 juillet 1936)

Quartier du Vert-Galant

93290Tremblay-lès-Gonesse

Personne sauvée

Michel Golstein, né en 1937 à Paris 12ème .

 

 

domicile de la famille Vigier, 23 rue du Limousin à Tremblay-en-France. Cliché SEHT Maurice Cuvelette

 

Enfance cachée dans le quartier du Vert-Galant

à Tremblay-lès-Gonesse

 

Le 5 octobre 2021, L’Institut International pour la Mémoire de la Shoah, Yad Vashem, a décerné à Charles, Henri Vigier et à son épouse Victorine LEGENDRE le titre de Justes parmi les Nations. Cette distinction leur a été décernée, à titre posthume, pour avoir caché pendant le Seconde Guerre mondiale Michel Golstein, fils unique de parents immigrés de Pologne, né en 1937 à l’hôpital Rothschild dans le 12ème  arrondissement de Paris.

 

Charles, Henri Vigier et son épouse Victorine Legendre, vers 1950, archives de Michel Golstein

 

Jankiel Szlama Goldsztejn, père de Michel Golstein, est né le 6 septembre 1904 et a vécu dans la ville de Biala Posdslaska en Pologne. La mère de Michel, Ryfka Kruszewska, est née le 14 novembre 1913 à Cechowska en Pologne et a vécu dans la ville (ou le village) de Milosne, situé au sud de Varsovie.

 

La vie en Pologne lui étant devenue difficile, en raison du chomage et de l'antisémitisme, Jankiel Goldsztejn prend le chemin de l'exil et se rend d'abord en Belgique où réside une de ses sœursRyfka Kruszewska est déjà en Belgique où elle a été accueillie par un de ses oncles, maroquinier. Jankiel travaille chez lui et fait la connaissance de Ryfka qu'il épouse.

 

Ayant perdu son travail, Jankiel Szlama Goldsztejn est contraint de quitter la Belgique. À cette époque, en Belgique, on ne peut pas obtenir de carte de séjour si l'on n’a pas de travail, ce qui n’était pas le cas en France, détail administratif qui a motivé le départ de Jankiel et de sa jeune épouse vers ce pays !

 

En 1942, Jankiel Szlama Goldsztejn et son épouse sont domiciliés dans le 3ème arrondissement de Paris, au n° 2, rue Au Maire. Leur appraterment est situé au 4ème étage d'un immeuble sans ascenseur. Jankiel exerce la profession de maroquinier. Ils ont un enfant Michel, né le 28 mai 1937 à l'hôpital Rotschild.

 

Prévenu la veille de la rafle du Vel d’hiv par un inspecteur de police, Jankiel Goldsztejn n’ouvre pas la porte, lorsque les gendarmes frappent à l’entrée de leur appartement. Terrorisé, Michel se cache sous le lit. Par chance, les gendarmes ne font pas de zèle et n’insistent pas, alors que certains de leurs collègues n’auraient pas hésité à enfoncer la porte. S'ils l'avaient fait, ils auraient arrêté la famille et un de leurs amis, présent à ce moment-là, M. Piterman. Moins chanceux que les Golstein, il sera arrêté un peu plus tard et déporté vers les camps d'extermination.

 

Michel Golstein, vers 1946, archives Michel Golstein

 

Consciente du danger, la famille Goldsztejn part s’installer en banlieue, dans le quartier du Vert Galant à Tremblay-lès-Gonesse. Michel, cinq ans à l’époque, est placé par ses parents dans diverses familles où il n’est pas bien traité. Il est ensuite confié à Charles et Victorine VIGIER, dite Alice, domiciliés au 23, rue du Limousin, pavillon dont ils ont fait l’acquisition en juillet 1936. Sans enfant, le couple s’attache à Michel et promet aux Golstein de l’adopter, s’ils sont pris par la police et ne reviennent pas.

 

Charles dit Henri Vigier travaille en qualité de vendeur d’appareils de chauffage, son épouse Victorine exerce la profession de cordonnière. Lors de la mise en place du Service du Travail Obligatoire, Charles, Henri refuse de répondre à la convocation qui lui est adressée et se cache chez lui, dans la cave. Son choix de réfractaire est d’autant plus risqué que Michel n’a que cinq ans et peut, sans le vouloir, trahir sa présence.

 

Les parents de Michel, quant à eux, se cachent jusqu’à la fin de la guerre chez Bachir Ben Kaddour, domicilié dans une rue voisine, l'avenue du Vert-Galant (actuelle avenue Roger Salengro), à quelques dizaines de mètres du domicile des Vigier. Pourquoi ce choix ? Les parents de Michel ont décidé de privilégier le salut de leur fils. Confié aux Vigier, il échappera plus facilement aux recherches de la police que s’il était resté avec des parents qui n’ont pas d’existence légale et sont contraints de se cacher. Comment des clandestins pourraient-ils scolariser leur enfant, assurer son suivi médical, faire les achats pour lui nécessaires ?

 

Alice Vigier et la maman de Michel Golstein, archives de Michel Golstein

 

D'après le recensement quinquennal de populatiion de 1936 Béchir Ben Kaddour qui a caché les parents de Michel est né le 24 juillet 1896 à Aïn Seffa (Algérie), son épouse Françoise est née en 1901. D'après Michel Golstein, Béchir Ben Kaddour serait décédé peu de temps après la Libération.

Nous entreprenons des recherches pour retrouver les descendants de cette famille qui aurait également mérité le titre de Justes parmi les nations.

 

Plan du quartier du Vert-Galant, édition Notre-Contrée à Montfermeil, non datée, archives de la SEHT

Nous avons marqué d'une flèche le croisement de l'avenue du Vert-Galant (actuelle avenue Roger Salengro) avec la rue du Limousin. Les Kaddour, qui hébergent les parents de Michel Golstein, habitent avenue du Vert-Galant, une maison située presque en face de celle des Vigier, qui ont pris Michel en charge et résident 23, rue du Limousin.

 

Avant de confier Michel aux Vigier, ses parents ont fait plusieurs tentatives de placement, pas très heureuses. Dans une époque de pénurie, il n’est pas évident d’accueillir une bouche supplémentaire et Michel connaîtra des conditions d'accueil décevantes. La plus éprouvante a sans doute été chez une certaine Mme Q...... Elle administrait aux enfants des suppositoires de savon qui leur "brûlaient"  littéralement l’anus. Une fois même, au cours d’un repas avec au menu de la soupe à la citrouille que Michel n’aimait pas, elle l’avait obligé à la manger quand même. Il avait  vomi dans l'assiette et elle l'avait contraint de manger la soupe et le vomi ! On comprend, qu’après être passé par là, Michel ait beaucoup apprécié l’accueil prévenant et attentionné des Vigier qui lui dispensaient, sans compter, l’amour qu’ils auraient aimé accorder à l’enfant qu’ils n’avaient pas pu avoir !

 

De septembre 1942 à septembre 1944, Michel n'a pas vu ses parents, mais ceux-ci ont eu régulièrement de ses nouvelles. Les parents sont restés cachés chez Mouloud Kadour jusqu'à la Libération. Leur hôte est décédé peu après le retour à la paix.

 

 

Charles Henri Vigier avait un frère, Eugène, handicapé mental, entièrement à sa charge. Âgé d'une trentaine d'années, il habitait avec les Vigier faisant des petits travaux. Il jouait avec Michel comme un enfant, sans se rendre compte quelquefois qu'il était beaucoup plus plus fort qu'un enfant de six ans. Il a vécu chez les Vigier jusqu’à sa mort en 1960. Il repose dans le caveau de la famille, aux côtés de son frère et de sa belle-sœur

 

Michel a vécu pendant trois ans comme un membre de la famille Vigier et n’a manqué de rien. Il a été scolarisé, à l'école La Plaine, rue d'Anjou. Il a appris à lire et à écrire et est resté chez les Vigier jusqu’à la Libération. Les liens tissés avec sa famille d'accueil étaient si forts qu’il est, par la suite, revenu chez eux, toutes les vacances scolaires de l’après-guerre. Adulte, il a continué de leur rendre visite, jusqu’à leur décès.

 

L'école La Plaine, rue d'Anjou, vers 1938, CPA collection SEHT

Les éditeurs de la carte ont commis une erreur d'identification. Il ne s'agit pas de l'école Jaurès, mais bien de l'école La PLaine, rue d'Anjou, où était scolarisé Michel Golstein, pendant l'année scolaire 1943-1944.

 

Après le Lycée, Michel a fait des études de médecine et entamé ensuite une carrière de chirurgien orthopédiste. Au plus fort de ses études, il a un peu perdu le contact avec les Vigier, mais il est revenu ensuite vers eux et a entretenu cette relation jusqu'à leur décès. Le pavillon n° 23, rue du Limousin, a relativement peu changé depuis l'enfance de Michel. Les nouveaux propriétaires ont ajouté une pièce supplémentaire, à l'arrière, côté jardin, mais la façade n'a pas changé. Le passé a ressurgi lorsque Michel est revenu sur les lieux et a fait la connaissance des nouveaux propriétaires.

 

Ce n'est que lors de leur décès que Michel Golstein a découvert les prénoms des Vigier, inscrits à l'état-civil. Leurs prénoms d'usage étaient Henri et Alice. Lorsqu'il évoque son enfance au Vert-Galant, c'est toujurs avec les prénoms d'Alice et Henri qu'il parle d'eux, avec beaucoup de respect et de reconnaissance..

 

 

Maison de famille des Vivier, 23 rue du Limousin à Tremblay-en-France. Cliché SEHT Maurice Cuvelette

Le pavillon a relativement peu changé depuis l'enfance de Michel.

 

 

Cérémonie des noces d'or de Charles, Henri Vigier et Victorine Legendre,

Le maire de Tremblay, Georges Prudhomme, félicite le couple

cliché Roger Coz, archives de Michel Golstein

 

 

Le docteur Michel Golstein a fait rénover la concession dans laquelle reposent les Vigier, au vieux cimetière de Tremblay-en-France et a prolongé pour eux une une concession supplémentaire de trente ans. 

 

C’est à sa demande que, le 5 octobre 2021, l’Institut International pour la Mémoire de la Shoah, Yad Vashem, a décerné à Charles et Victorine Vigier le titre de Justes parmi les Nations.

Sépulture des Vigier, rénovée par le docteur Michel Goilstein, cliché Michel Golstein

L'inscription Justes parmi les nations est gravée sur la pierre tombale



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