Témoignage : Le groupe de résistance FTPF de Tremblay-lès-Gonesse

Le groupe de résistance FTPF de Tremblay-lès-Gonesse

Rédaction collective signée Madeleine Josko-Blanchot, Jean Blanchot, Fernand Dive, ex-commandant Gourget de la 11ème région Nord FTPF, publié par Madeleine Leveau-Fernandez, dans Tremblay, je t’aime, éditions Messidor, 1985.

 

En 1943, Fernand Dive, prisonnier rapatrié des stalags pour cause de maladie, organise dans la commune, la résistance aux Allemands, au nom des FTPF dont il est déjà membre très actif sur Paris.

Fernand Dive, cliché de 1946, Archives de la SEHT

 

Résidant depuis peu au Vert-Galant, 30 avenue de Villeparisis actuellement avenue Pierre- Colongo, c’est avec prudence qu’il dut agir pour recruter d’éventuels résistants.

Il réussit à constituer un groupe qui participe activement, des le début, a la lutte contre l’occupant. Ayant à leur tête le commandant Dive rattaché a la IIe région des FTPF de Paris, les personnes dont les noms suivent formèrent ce groupe :

Le docteur Brumberg, Georges Sartorio (dit Sand), Sylvie Sartorio, Madeleine Blanchot (dite Sarha), Georges Jaegle, Louise Blanchot, Pierre Dupouy (évadé des camps politiques), Antoine Cusino sergent FTPF, monsieur Cusino père, Lucien Dubois, Robert Noël, Marcel Dupré, Seghezzi, Jean Blanchot, Roland Colongo, Pierre Colongo, Claude Verdoia, Le Faucheur, Peycelon et deux aviateurs russes caches chez Sartorio.

 

Les actions de ce groupe de résistants dans la commune étaient diverses, collage de tracts dans la région la nuit, entre le passage des patrouilles allemandes, sabotage des poteaux indicateurs de la Wehrmacht, semis de pointes sur la RN 3, actions contre les gardes-voies à la solde des Allemands, en particulier attaque du poste des gardes-voies de Mitry-le-Neuf, permettant la récupération d’armes, machines à écrire et documents divers.

Propagande orale et écrite de la Resistance contre le nazisme dans la région et jusqu’à Domont dans le Val-d’Oise. Récupération d’armes sur la police française et les soldats allemands. Rafle de tabac dans les débits et prise de tickets d’alimentation en faveur des réfractaires qui se trouvaient dans l’illégalité. Récupération de carburant pour les engins motorises du groupe.

 

À noter que toutes ces actions se faisaient en bicyclette ! Le sergent FTPF Cusino étant employé à la commune de Tremblay-lès-Gonesse, semblait insoupçonnable et rendit de grands services en indiquant l’arrivée des cartes de ravitaillement à la mairie et les dates où elles étaient déposées dans les annexes.

Madeleine Blanchot se chargeait de porter les tracts, imprimes sur ronéo, à Goussainville et Le Bourget, dans une caissette sur sa bicyclette. Dans la nuit les résistants les distribuaient sur Tremblay, alors qu’il y avait couvre-feu. En 1943, très peu d’habitants se doutaient qu’il y avait un groupe de résistants très actifs. Mais tous ces actes contribuaient à démoraliser les troupes ennemies.

 

 

Madeleine Josko-Blanchot, sœur de Jean Blanchot, Archives de la SEHT

 

En 1944 les actions s’intensifient, car les Allemands deviennent de plus en plus féroces.

Madeleine Blanchot, témoin de l’arrestation de Juifs près de la Coop avenue Pasteur sauve l’un d’eux blessé au pied en le cachant dans un fourré, les Allemands partis, elle le conduit chez l’un de ses amis boulevard Vaillant.

En représailles des massacres d’Oradour-sur-Glane, chaque triangle (c’est ainsi que se nomme chaque groupe) doit abattre un Allemand. Les exécutions sont accomplies sur des nazis.

 

C’est a cette époque que d’autres hommes viennent nous rejoindre : Georges Chaput, Dunouvion père, Robert Lemonier, Henri Bougron, J -J . Gillet. Nos excuses auprès de ceux que nous oublions.

Alors les résistants préparent l’ultime combat. Les Allemands craquent sur tous les fronts et deviennent de plus en plus sanguinaires. Il faut accentuer les actions.

 

Le vendredi 18 août, un informateur inconnu ayant fait savoir à Antoine Cusino que de l’essence doit être livrée à un poste situe sur la route des Petits-Ponts face a la route menant à la mairie de Villepinte, il décide une expédition de récupération et prend six hommes avec lui, et dans une camionnette prêtée par Texier, boucher à Villeparisis, ils la chargent de bidons vides. Antoine a pour toute arme un revolver à barillet qu’il faut tourner à la main pour engager la balle.

 

À peine arrivés à destination, alors que cinq résistants sont déjà entrés dans le café, Cusino, resté près du camion avec Jaegle, voit arriver venant du Château-Bataille, une automitrailleuse allemande.

Les soldats ennemis demandent leurs papiers aux deux hommes. Jaegle fait signe qu’ils sont dans le café et y pénètre en donnant l’alarme. Tous se sauvent par l’arrière, sautant des murs et des clôtures. Cusino, voulant dissimuler le revolver dans le camion, est vu des Allemands et frappé furieusement par les nazis.

 

Deux soldats l’emmènent, baïonnette au canon, lui piquant les reins qu’il aura en sang et le conduisent derrière le Château-Bataille dans les champs, le long d’une voie ferrée désaffectée. Un jeune garçon qui se trouvait dans les champs, dissimulé, a assiste a la scène.

 

Antoine Cusino a chanté la Marseillaise pendant qu’ils braquaient leurs fusils sur lui. Ils ont visé les pieds, les jambes, il est tombé à genoux, ils ont transpercé ses mains et il est tombé terrassé. Ils lui ont donné le coup de grâce qui a laissé une blessure horrible.

 

Les SS ont jeté son corps dans la mairie. De là, il a été transporté au sana où ses camarades ont été chercher sa dépouille le lendemain après-midi dans une charrette à foin bâchée, conduite par un jeune garçon, accompagné du commandant Dive et du docteur Brumberg, jusqu’au domicile de ses pauvres parents au Vert-Galant.

 

Une garde d’honneur a veillé le corps jusqu’au jour de ses obsèques le 22 août 1944, un mardi à 14 heures et où plus de deux mille personnes assistaient aux obsèques pour l’accompagner, sous un monceau de fleurs, à sa dernière demeure au cimetière de Tremblay.

 

Antoine Cusino, fusillé le 18 août 1944 à Villepinte, Archives de la SEHT

 

 

Les jeunes résistants encadraient le convoi dissimulant sous des vestes ou dans des sacoches des Stens dont la crosse dépassait des emballages. Le dimanche 20 août Nino aurait eu vingt ans et des fleurs lui ont été déposées sur son cercueil.

 

En représailles de cet assassinat deux SS ont été descendus. Nino était vengé. Cinq jours plus tard (le dimanche 27 août), Fernand Dive ayant une mission à accomplir sur Paris-libéré ayant été avisé par le docteur Brumberg que les boulangers manquaient de levure, il part en moto avec Seghezzi.

Au retour pensant la voie libre et après maints détours, le brassard FFI au bras, ils prennent la RN 3 a Vaujours. Ils ont déjà essuyé des coups de feu auparavant. Arrivés a la hauteur de l’avenue du Chemin-de-Fer, des Allemands, qui tiraient déjà sur les Américains en position sur les coteaux de Vaujours, leur envoient plusieurs rafales.

 

Fernand Dive est blessé de sept balles, dont deux, une dans la main l’autre dans la cuisse, viendront tuer Seghezzi et tous deux sont éjectés de la moto à 80 km/heure. Malgré ses blessures et perdant son sang, Fernand Dive parvient, au prix d’un courage surhumain, à s’échapper en longeant le mur des ex-usines Chalot. Il essaie de rejoindre son domicile et non loin, des camarades, dont Rosette Blanchot, Robert Lemonier, Claude Verdoia, l’ont aperçu et le ramènent au café Dubois, et partent chercher le docteur Brumberg qui le soigne et l’emporte en charrette à bras chez Sartorio rue de Poitou, car il a perdu son portefeuille dans la chute, ce qui aurait donné lieu à des recherches à son domicile. Tout près de là, dans les greniers de l’école La Plaine, les jeunes résistants ont pris position car des Allemands se dissimulent dans les bois du canal et tirent au hasard.

 

Au cours de ces combats, Pierre Colongo est tué les armes à la main.

 

Pierre Colongo, tombé le 28 août 1944, sur les rives du canal de l’Ourcq, lors des combats de la Libération.

 

 

C’est notre troisième camarade en douze jours et, tous trois sont de souche italienne. Ce sera grâce à Madame Dupré partie alerter les soldats américains à Vaujours, que le canal a pu être dégagé. .

Ensuite les combattants, munis de brassards confectionnés par les femmes, ont été à Villepinte, et avec le soutien des chars américains, ils sont allés déloger les Allemands qui occupaient le Château-Bataille et où ils firent dix-sept prisonniers ennemis qui furent emmenés à Vaujours au QG américain par Pierre Dupouy et Jean Blanchot, Claude Verdoia et deux soldats américains.

 

Un groupe de résistants est parti du Vert-Galant dans la camionnette de monsieur Dunouvionvion (père) pour enlever l’effigie de Pétain et hisser le drapeau français à la mairie du Vieux-Pays, alors que l’ennemi occupe encore la région. La mairie est tombée sans combat car elle était abandonnée par le maire collaborateur, Tétard.

 

Après ces événements, Sylvie Sartorio mère de Georges (dont le mari, délégué CGT au Gaz de France est déporté à Auschwitz et d’où il n’est jamais revenu), sera nommée conseillère municipale, et Peycelon assurant la fonction de maire par intérim, en attendant le retour de Gilbert Berger qui aura lieu le 31 août 1944.

 

Fernand Dive, hospitalisé, n’aura pas la chance de participer à la libération de la commune  qui aura lieu le 30 août.*

Après la libération de la commune un centre de recrutement pour continuer la lutte contre les nazis au sein de l’armée française, a été organisé au Vert-Galant au bal Printania (Ets Coste) où de nombreux jeunes de moins de vingt ans vont venir grossir notre groupe et nous avons rejoint à pied le Fort d’Aubervilliers où nous avons été dispersés dans diverses unités combattantes de la 1ère armée française pour participer à la lutte contre l’ennemi en Alsace et en Allemagne jusqu’à la « victoire finale ».

 

* La libération de la partie sud de Tremblay-lès-Gonesse a été réalisée le 28 août 1944 au soir, pour la partie sud, le 29 août 1944 au soir pour le Vieux-Pays.

 

 

Jean Blanchot, au fort d’Aubervilliers, lors de la contraction de son engagement dans la 1ère armée Française

Archives de la SEHT, fonds Jean Blanchot

 



Les réactions

Avatar Isabelle DEVALOIS

Le jeune garçon qui avait assisté à l'exécution de Antoine Cusino est mon papa , Robert DEVALOIS qui habitait juste à coté de la . Je connais cette tragique histoire depuis toute petite car mon père nous l'a souvent raconté ! D'ailleurs, il n'était pas seul quand il a assisté à cela, il était avec un copain . Ils étaient en train de s'amuser ( ils avaient 12 ans à l'époque ) et se sont cachés quand ils ont vu arrivé les SS et ont tout vu.

Le 07-01-2022 à 10:32:37

Avatar LEFEVRE-JOSKO Isabelle


Il y a une erreur de prénom concernant le début du texte "Rédaction collective signée Madeleine JOSKO-BLANCHOT..." : c'est Louise JOSKO-BLANCHOT. De plus la photo dessous est sa soeur Madeleine LAINE-BLANCHOT, et nom la photo de Louise qui je pense aurait du être sur la page puisque c'est elle qui a rédigé le texte avec la collaboration de son frère Jean et M. DIVE.
 

Le 19-01-2023 à 11:00:05

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