Classement des ruines de Loropéni au Patrimoine mondial de l'Humanité
CLASSEMENT DES RUINES DE LOROPÉNI
AU PATRIMOINE MONDIAL DE L'HUMANITÉ
Source
Hervé REVEL, bulletin n° 33 de la SEHT, année 2009.
Depuis sa création la Société d’Études Historiques s’est consacrée à l’histoire de TREMBLAY, mais elle s’est aussi intéressée aux relations que la localité a entretenues avec d’autres cités, au premier rang desquelles Saint-Denis, ville de résidence de l’Abbé de SAINT-DENIS, seigneur de TREMBLAY. Avec le développement des transports de l’ère moderne, dépassant le cadre des relations historiques anciennes, des liens d’un type nouveau ont été tissés dans le monde, par notre ville, au sein de la Fédération Mondiale des Cités-Unies.
Le 16 octobre 1982, un protocole d’amitié a été signé à TREMBLAY entre Georges PRUDHOMME, alors maire de TREMBLAY-LÈS-GONESSE et Luciano CAPUCCELLI, maire de MARSCIANO, Italie. Entre 1982 et 1986, les villes de MARSCIANO et TREMBLAY ont multiplié les échanges dans les domaines du sport, de la culture et de l’économie. Elles auraient pu se contenter de cette réussite et rester entre partenaires de pays développés. Elles ont choisi au contraire d’ajouter à leur relation des liens de solidarité avec les Pays du Sud. Elles ont tourné leur regard vers l’Afrique de l’Ouest et, en 1987, elles ont envoyé une délégation des deux villes au BURKINA FASO, ancienne HAUTE-VOLTA, pour y jeter les bases d’un jumelage coopération avec le département de LOROPÉNI. Celui-ci fait partie des 10 départements de la province du PONI, située au sud-ouest du BURKINA FASO. Elle est limitée au nord par la province de la BOUGOURIBA, à l’est par la République du GHANA, au sud par la République de la CÔTE D’IVOIRE et à l’ouest par la province de la COMOÉ. Le climat appartient à la zone climatique de type soudanien avec une saison sèche d’octobre à mai et une saison pluvieuse de juin à septembre.

Localisation du département de Loropéni (dans la province du Poni, au sud-ouest du Burkina Faso)
De 1987 à 1999, les deux villes de MARSCIANO et TREMBLAY ont contribué à l’amélioration des conditions de vie des habitants de ce département de l’Afrique profonde en l’aidant à se doter d’équipements dans les domaines de l’éducation et de la santé. De 2000 à 2004, avec l’appui du ministère de la coopération, elles ont financé un plan de développement local. Avec mes amis du Comité de Jumelage de TREMBLAY-EN-FRANCE, j’ai activement participé à toutes ces actions et je me suis particulièrement intéressé à des vestiges de fortifications anciennes, situés sur la commune de LOROPÉNI. Ce site a retenu récemment l’attention de l’UNESCO. Le 26 juin 2009, cette institution a décidé à SÉVILLE le classement du site au patrimoine mondial. Ce classement est un grand pas pour la valorisation de la culture noire en général et du BURKINA FASO en particulier.
Le continent africain ne recèle que 7 % des sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et LOROPÉNI est le seul et unique du BURKINA FASO. Avant notre amie, la regrettée Madeleine PÈRE, les auteurs qui avaient écrit sur ce site en attribuaient la paternité à des Portugais ou des Arabes, pas à des Noirs, incapables de telles réalisations pensaient-ils....
Les sondages archéologiques demandés par l'UNESCO ont permis de dater les parties les plus anciennes du site RUINES DE LOROPÉNI, ENCEINTE PRINCIPALE : 105 MÈTRES DE CÔTÉ, 6 MÈTRES DE HAUTEUR, 1,40 MÈTRE D’ÉPAISSEUR, À LA BASE. Cliché SEHT-HR au XIème siècle. Celui-ci est donc l'œuvre de populations autochtones, comme le souligne le dossier de classement
« Il s’agit donc bien de créations endogènes, preuve indiscutable de l’existence des capacités des peuples africains à développer des solutions techniques et des modes d’organisation élaborés, permettant des réalisations grandioses et ingénieuses, utilisant de façon judicieuse les matériaux disponibles dans l’environnement immédiat. En l’occurrence il s’agit ici d’une création du peuple qui rassemble les Nabé, Lorhon, Koulango, Touna, appellations diverses qui ont été données à ces spécialistes de l’extraction et de la transformation de l’or en divers lieux et périodes. »
Les ruines ont une forme très proche du carré, avec des longueurs des murs périphériques variant entre 105 et 106 m, pour une surface totale d’environ 11 130 m2. Elles sont situées dans une zone de savane arborée, en partie cultivée. Elles sont le témoignage le plus imposant et le mieux conservé de l’importance, à partir du XIème siècle, du développement de l’exploitation de l’or en Afrique de l’Ouest, en liaison avec le commerce de plus en plus florissant entre les grandes villes du SAHEL comme BOBO-DIOULASSO et de la boucle du NIGER : DJÉNNÉ, MOPTI, TOMBOUCTOU et, au-delà, vers l’Afrique du Nord.
L'enceinte principale, d'environ 105 m de côté, est orientée Nord-Sud et Est-Ouest. La muraille fait environ 6 m de hauteur et a une épaisseur d'environ 1,40 m à sa base. Elle diminue progressivement vers le sommet où elle n'a plus que 25 à 30 cm d'épaisseur.

Ruines de Loropéni, enceinte principale
Les pans de la muraille sont presque rectilignes, avec toutefois des irrégularités, dues aux poussées de la végétation ou encore à des mouvements de terrain. Les angles ont été bâtis avec une forme arrondie, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. La muraille est encore présente sur 80 % du pourtour, certaines zones présentant des parties écroulées, plus ou moins importantes, dont certaines servent actuellement de points d’accès.
Une seule porte d’accès a été identifiée. Si des témoignages oraux signalent l’existence d’autres portes, les fouilles réalisées n’ont pas permis de certifier leur existence aux endroits indiqués.
Malgré l’absence de preuves formelles, un consensus existe entre les chercheurs issus de disciplines variées qui ont travaillé dans la région : c’est l’association de ces forteresses à l’extraction et au commerce de l’or. Il est vrai que plusieurs données vont dans le sens de cette interprétation. Les populations qui ont fréquenté les lieux, à l’exception des Gans, sont connues pour être des spécialistes de l’extraction et de la transformation de l’or. De nombreux vestiges de mines d’or ont été découverts dans la région. Une authentique ancienne balance à or a été mise à jour sur l’un des sites.
Il est enfin à noter que la hauteur des murailles est vraiment exceptionnelle. Aucun modèle des habitats fortifiés de la région ne s’élève à plus de 4 m de hauteur. Les murs qui protégeaient les villes ou lieux de pouvoir ne dépassaient que très rarement les 4,50 à 5 mètres.
Ce classement est un événement majeur pour le BURKINA FASO, aussi la fête qui l’a célébré a-t-elle réuni les plus hautes autorités du Pays avec la présence de Roch Christian KABORÉ, président de l'Assemblée nationale, de Filippe SAWADOGO, ministre de la culture et de la communication, Théodore KILIMITÉ, gouverneur de la région de l’Est, de Jacob HIEN, maire de la localité, entouré de son conseil municipal et des autorités coutumières. J’ai relevé également la présence des ambassadeurs du Japon, du Canada et d’Égypte, et celle de la directrice du Centre culturel français HENRI-MATISSE de BOBO-DIOULASSO. Lors des manifestations officielles le docteur Lassina SIMPORÉ a été nommé conservateur des ruines de LOROPÉNI. La fête populaire qui a suivi a eu pour marraine Dana DIANÉ, députée. Notons enfin que le charme du site ne se limite pas à des vestiges de fortifications, il possède également une flore d’une richesse exceptionnelle. Outre les différentes variétés forestières de la région, les botanistes relèvent qu’il présente également une espèce rare dont le nom est Anthostema senegalense A. Juss. Cette espèce originaire de la forêt marécageuse se trouve habituellement aux environs de Dakar, en Côte d’Ivoire au Gabon.

Jacob Hien, maire de Loropéni, lors de la visite inaugurale du site
En janvier 2000, accompagné de France, mon épouse, j’ai rencontré M. Francis SAUDUBRAY, conseiller culturel de l'ambassade de France à Ouagadougou, pour faire le point du Plan de développement local de LOROPÉNI soutenu par TREMBLAY et MARSCIANO, avec l’appui du ministère de la coopération. Au cours de cet entretien, je m'étais appuyé sur l'existence des ruines, et sur les travaux de Madeleine PÈRE,* pour argumenter la nécessité de doter LOROPÉNI d'une capacité d’accueil pour les hôtes de passage. Connaissant lui-même le site, M. SAUDUBRAY donna une suite positive à notre requête, débloquant les fonds qui permirent la construction de la Maison de l'Amitié GEORGES PRUDHOMME, inaugurée en octobre 2002.
*La thèse de Madeleine PÈRE, intitulée LE ROYAUME GAN D’OBIRÉ, INTRODUCTION À L’HISTOIRE ET À L’ANTHROPOLOGIE BURKINA-FASO, a été publiée aux éditions Sépia, en 2004, avec le soutien de ville et du Comité de Jumelage de Tremblay-en-France.
Convaincu de l'intérêt de la promotion des ruines de Loropéni au patrimoine mondial de l'humanité, je me suis rendu sur place à l'invitation de mes amis africains, pour assister à la fête donnée, les 30 et 31 octobre 2009, et saluer la décision de l'UNESCO. J'ai pu constater la forte motivation des autorités locales et nationales, déterminées à valoriser ces vestiges d'un passé prestigieux.

Ruines de Loropéni, porte d'accès
À ce jour, une seule porte d’accès a été identifiée sur tout le pourtour de l’enceinte. L’étroitesse de ce passage atteste le souci sécuritaire des occupants du lieu qui contrôlent étroitement les entrées. Cliché SEHT-HR
Je suis convaincu que ce classement contribuera au désenclavement de la zone et au développement local, par la promotion de la culture et du tourisme. Formons le vœu que TREMBLAY-EN-FRANCE et MARSCIANO apportent leur appui aux initiatives qui seront prises pour la concrétisation de ces objectifs.

VISITE INAUGURALE : Au premier plan, de dos, le professeur Lassina SIMPORÉ, conservateur des ruines de Loropéni, commente la visite inaugurale en présence de Théodore KILIMITÉ, gouverneur de la région de l’Est, repérable à son uniforme, avec à ses côtés Roch, Christian KABORÉ, président de l'Assemblée nationale, l’ambassadeur du Japon, puis Filippe SAWADOGO, ministre de la culture et de la communication.
Les ambassadeurs d’Égypte et du Canada étaient également présents. Les autorités traditionnelles étaient représentées par le roi des Gans, identifiable à son chapeau et à l’ombrelle portée par l’un de ses suivants. Cliché SEHT-HR

