2ème partie : libération de Paris
L'APPROCHE DE PARIS PAR LA IVe DI:

Débarquement du général Leclerc à Utah Beach, cliché ECPAD
Mise à disposition de la 3ème armée du général Patton, la 2e DB débarque à Utrah Beach, à Saint-Martin de Varreville dans la Manche, le 1er août 1944. À son arrivée le général Leclerc est accueilli par le général Walker.
LA TÊTE DE PONT DE CORBEIL
Le 22 août, la 4e Division a des ordres lui enjoignent de faire route vers l'aire de rassemblement de Châteauneuf en Thymerais. Ils sont annulés le soi-même et elle est rattachée au Ve Corps, pour participer à la libération de Paris.
À la tombée de la nuit du 22, la IVe Division est déplacée aux environs d'Arpajon avec mission d'établir une tête de pont au-delà de la Seine, entre Paris et Corbeil, tandis que la 2e Blindée française doit occuper la ville (1).
1 – Le 22e régiment d’infanterie de la IVe division américaine ayant opéré avec la 2e Division Blindée de l’Armée des États-Unis commandée parle général Rose et la 2e Division Blindée du général Leclerc, nous précisions 2e Division Blindée américaine et 2ème Division Blindée française lorsqu’il y a risque de confusion. Les documents américains individualisent le 2e Française (2nd French) lorsqu’il s’agit de l’unité du général Leclerc et mentionnent la 2e Blindée (2nd Armored) lorsqu’il s’agit de la division américaine du général Rose.
On savait au PC de la IVe que les FFI avaient pris le contrôle de la capitale, après avoir été rejoints par la totalité des forces de police. On était informé, qu'après trois jours de combat, les Allemands avaient demandé un armistice pour évacuer leurs troupes de la ville. On n'était pas informé des divergences de vues sur l'opportunité de cet armistice, au sein de la Résistance française. On pensait que les forces françaises, en rupture de munitions, et désireuses de le cacher aux Allemands, avaient accepté l'armistice.
Les ordres du général Eisenhower étaient de n'engager aucun combat lourd dans la capitale. En cas de forte résistance, la Division devait se contenter de prendre une position défensive.
Le 22 août la Division boucle l'aire d'Arpajon aux environs de 19 heures. Entre 22 et 23 heures, les ordres sont changés. Le commandement américain redoute que les Allemands ne mettent pas à profit l'armistice pour se retirer réellement, mais pour essayer de renforcer leur position dans la ville. Sans être libérée de la charge de la tête de pont, la IVe Division reçoit l'ordre d'avancer vers le nord jusqu'au centre de la ville, entre la 2e Blindée française et la Seine. Vers 23 heures, le l2e d'Infanterie reçoit l'ordre de faire mouvement dans la ville, à l'heure la plus matinale possible, suivi par le 8e, en réserve de la division. Le 22e exécute ses ordres: établir une tête de pont au Nord de Corbeil.
Le groupement de combat du 22e Régiment, composé du 22e Régiment d'Infanterie, du 44e bataillon d'Artillerie de campagne, de la Compagnie C du 4e bataillon de Santé, de la Compagnie C du 70e bataillon de chars, de la Compagnie C du 893e bataillon de chasseurs de chars est mis en alerte vers 22 heures, le 24 août, avec mission d'établir une tête de pont au -delà de la Seine, au Sud de Paris, dans les environs de Corbeil.
Le 3e bataillon du 22e d'Infanterie, soutenu par des éléments du 893e bataillon de chasseurs de chars, a l'ordre d'effectuer la première traversée aux environs de Corbeil. Au jour, le 25 août 1944, les compagnies K et L sont sur la rive ouest, pour la première tentative, qui est exécutée à 6 h 45. À cette heure-là, seulement quatre canots pneumatiques étaient disponibles. Alors qu'ils traversent le fleuve, ils sont soumis à des tirs de mitrailleuses lourdes et armes antiaériennes ennemies qui les coulent tous les quatre, au milieu du fleuve, occasionnant 17 pertes. Les victimes appartiennent à une unité qui, après avoir traversé la Manche, sur une mer déchaînée, avait constitué la première vague d'assaut de Utah Beach. Leur première tentative de conquête des plages du Cotentin a été un brillant succès, leur première tentative de traversée des eaux tranquilles de la Seine est un échec cuisant. En un instant le fleuve paisible se transforme en enfer. De très jeunes gens sont fauchés par d'invisibles cerbères, retranchés sur l'autre rive. Ils n'ont pas même la possibilité de riposter.
À cette heure-là, le 2e bataillon du 22e d'Infanterie a progressé vers une position 2 500 mètres au nord du 3e bataillon, et là tente la traversée sur un radeau improvisé, aucun bateau pneumatique n'étant disponible. Cependant, en raison de la puissance du feu ennemi, il est obligé de faire demi-tour. Vers environ 14 heures, le 25 août 1944, le 2e bataillon tente une nouvelle traversée sur le même radeau improvisé, et dans d'extrêmes difficultés, la réussit.
Pendant ce temps, le 1er bataillon du 22e d'Infanterie se déplace sur la berge, entre les 2e et 3e bataillons et parvient à passer une compagnie de l'autre côté du fleuve. Cette compagnie assure la protection du flanc gauche du 2e bataillon et s'assure du site, sur la rive Est, là où le 4e bataillon de combat du Génie réussira plus tard à établir un pont. Le 3e bataillon fait ensuite traverser une compagnie à l'endroit déjà utilisé par le 2e bataillon, protégeant ainsi sur l'autre rive le flanc droit du 2e bataillon.
Le site du pont ayant été mis en sûreté, la compagnie C du 4e bataillon de combat du Génie est en mesure d'entreprendre la construction du pont à 6 heures, le 26 août 1944. Il es terminé et ouvert au trafic vers 12 heures, le jour-même.
- Le 15 août 1944, la Police en grève se lance à l'assaut de la Préfecture de Police.
- Le 18 août 1944,les communistes appellent à l'insurrection, la C.G.T et la C.F.T.C lancent la grève générale.
- Le 19 août1944, la foule se rassemble sur le parvis de Notre-Dame, le drapeau tricolore est hissé sur les deux tours de la cathédrale. Les couleurs nationales flottent sur l'Hôtel de Ville et la Préfecture de Police. Des barricades sont dressées dans tous les quartiers.
Un armistice est conclu avec les Allemands par l'intermédiaire du consul de Suède. À partir du 21 août , il n'est plus respecté, mais les Allemands restent maîtres des grands axes de la capitale. Ils tiennent solidement l'Hôtel Meurice, quartier général de vonCholtitz, les Tuileries, le ministère de la Marine, le Luxembourg, le Sénat, le Palais Bourbon, le sinistre Majestic, siège de la Gestapo.
Le colonel Rol Tanguy, chef des F.F.I de l'Île-de-France lance un appel à la population :
« Les F.F.I et la population ont engagé la bataille pour Paris. Chaque fois que nos soldats
ont respecté la tactique mobile de la guérilla, ils ont écrasé l'adversaire. Cependant un danger subsiste : les mouvements rapides des chars ennemis. Ce danger est facile à conjurer, il suffit d'empêcher les Boches de rouler. Pour cela, que toute la population : hommes, femmes, enfants, construise des barricades. Dans ces conditions, le Boche sera isolé et cerné en quelque sorte. Il ne pourra plus exercer de représailles.
Tous aux barricades! » signé Rol
- Le 21 août 1944 le Conseil National de la Résistance (C.N.R) lance à son tour l'appel à l'insurrection générale.

Barricade, rue Saint-Jacques Photo-Presse Libération, Collection SEHT
Dans Paris, le 15 août, la police en grève s'est lancée à l'assaut de la Préfecture de Police. Le 19 août, la foule s'est rassemblée sur le parvis de Notre-Dame et le drapeau tricolore a été hissé sur les deux tours de la cathédrale. Les couleurs nationales flottent aussi sur l'Hôtel de ville, la Préfecture de Police. Des barricades sont dressées dans tous les quartiers. Depuis le 21, l'armistice conclu par l'intermédiaire du consul de Suède n'est plus respecté. Mais les Allemands restent maîtres des grands axes de la capitale. Ils tiennent solidement l'Hôtel Meurice, quartier général de Von Choltitz, les Tuileries, le ministère de la Marine, le Luxembourg, le Sénat, le Palais Bourbon, le sinistre Majestic, siège de la Gestapo, et plusieurs casernes. A court de munitions, la Résistance appelait de ses vœux l'entrée rapide des Alliés.
Dès le 21 août, désireux de voler le plus vite possible au secours de l'insurrection parisienne, le général Leclerc a dépêché en avant le détachement Guillebon formé de deux escadrons, l'un de chars légers, l'autre d'autos-mitrailleuses. Ils sont accompagnés d'une section d'Infanterie portée sur half-tracks.
Le 22, il se rend sur l'aérodrome des avions de liaison, pour attendre jusqu'au soir, le retour du général Bradlay, parti demander à Eisenhower l'autorisation de se porter sur Paris, que les Alliés sont désireux de contourner. Cet accord obtenu, la présence de Leclerc, à sa descente d'avion, permet à Bradlay de lâcher sans délai sur Paris la 2e D.B.
Le Q.G. de Leclerc est alors sous les pommiers, dans un verger situé aux environs d'Argentan, à Fleuré. Il est à plus de 200 km de Paris. Le 23 au matin, il fonce avec sa Division sur la capitale, contourne Chartres et se dirige sur Rambouillet, appuyé sur sa droite par la IVe Division d'Infanterie américaine.
Dans la nuit du 23 au 24 août, la 2e DB bivouaque dans la Forêt de Rambouillet où elle retrouve le groupe Guillebon qui a repéré les positions allemandes. Il a testé la route vers Orléans. Elle est libre jusqu'à Arpajon. En revanche, sur la route de Trappes, à 3 kilomètres seulement de Rambouillet, se trouvent de fortes défenses allemandes, appuyées d'une quinzaine de chars.
Fort de ces données, Leclerc décida de lancer deux colonnes sur Paris. Il dirige sur Arpajon le groupement du colonel Billotte, auquel il compte confier l'effort principal.
Le 24 août, à partir de ses deux bases de Rambouillet et Arpajon, Leclerc se lance à l'attaque de Paris. D'Arpajon, le colonel Billotte suivra l'axe de la nationale 20, en évitant les pièges d'Orly et de Palaiseau.(2)
2 - Cf. La 2e DB du général Leclerc, Combattants et combats en France, présentés par un groupe d’officiers et d’hommes de la Division, Arts et métiers graphiques, 1945, pages 43 et suivantes.
Parti de Rambouillet, le colonel Langlade ne rencontre pas de résistance sérieuse. Il subit en route un feu d'artillerie sporadique, mais latéral et tiré de très loin, jusqu'à ce qu'il atteigne Toussus-le-Noble. À cet endroit, la colonne quitte un défilé bien couvert par des murs et des taillis et avance ensuite en colonne, droit sur une position d'artillerie ennemie. Les batteries et les mitrailleuses allemandes engagent le combat à une distance de 1 200 mètres. L'engagement se poursuit pendant environ 4 heures et demie et se termine par la destruction des canons ennemis, de leurs supports d'Infanterie et de trois de leurs huit chars d'appui, les autres s'étant retirés.
La colonne fait ensuite mouvement vers Paris et est engagée trois fois contre de petits détachements ennemis, soutenus par de l'artillerie. Vers 19 heures cependant elle atteint la Seine au pont de Sèvres, où elle bivouaque en formation serrée sur la chaussée, à côté des usines Renault.
Elle reste là tout le matin suivant, l'ordre d'avancer n'arrivant que peu après midi. La traversée effective du pont a lieu aux environs de 12 h 30-12 h 45. L'artillerie allemande du Champ de Courses de Longchamp tire à cet instant dans la direction générale de cette traversée, mais ne cause aucun dommage à la colonne. Depuis Auteuil, des tirs s'opposent à l'avance dans la ville. L'origine en est obscure. Ils sont nombreux, mais la nature du combat est telle qu'il est impossible d'identifier les tirs amis ou ennemis. Les pertes de la colonne sont négligeables et le corps principal atteint l'Arc de Triomphe vers 15 heures.

Le général Leclerc donne ses ordres à l’approche de Paris, cliché Keystone
Billotte essuie les premiers tirs antichars devant Longjumeau où il délogea une centaine d'Allemands qui occupent la gauche de la route. Il aborde la ceinture des 88 Allemands sur les deux chemins de Massy et Wissous qui relient Palaiseau à Orly. Le combat se poursuivit jusqu'à midi et se prolonge en pleine agglomération. Les Allemands ont mis en batterie une pièce de 88 sur le carrefour de la Croix-de-Berny, prolongeant la prison de Fresnes, organisée en centre de défense.
Le groupement va devoir alors livrer une bataille de rue. Obusiers et mortiers progressent par les ruelles. Les officiers, montés aux étages supérieurs, règlent les tirs depuis les fenêtres, à grand fracas de vitres brisées. La population suit les engagements et encouragea les combattants.
À la tombée de la nuit, il reste encore quelques chars ennemis, mais Leclerc, désireux de faire entrer une colonne dans Paris, opte pour le recours à un itinéraire secondaire, peut-être vers la porte de Gentilly.
Le général charge le capitaine Dronne de cette mission :
- «Passez par où vous voulez, il faut entrer.» Avec sa petite colonne, composée de quelques chars légers et de quelques half-tracks, le capitaine, constamment renseigné sur les positions ennemies par la population, après plusieurs détours, réussit à entrer dans Paris par la porte d'Italie.
Par l'avenue de la porte d'Italie, le boulevard de l'Hôpital, il gagne la Seine qu'il traverse au pont d'Austerlitz pour se diriger ensuite sur l'Hôtel-de-Ville, où il était reçu par Georges Bidault, qui salue en lui le représentant de l'Armée Française, attendue par toute la population parisienne. Après cette réception, Dronne se rend seul à la Préfecture où il est salué par Luizet et Chaban-Delmas, sous l'ovation de tous les assiégés de la Cité.
Le lendemain 25 août, le général Leclerc oriente ses deux colonnes. Le groupement Billotte, par la porte de Gentilly, la Cité Universitaire et la rue Saint -Jacques, gagne la Préfecture de Police. Langlade part du Pont de Sèvres, vers l'Etoile et la Concorde.
Ces deux itinéraires permettent d'éviter, dans un premier temps, les point forts de l'ennemi et de concentrer l'attaque vers l'Hôtel Meurice, siège de Von Choltitz, pour l'acculer à la capitulation de toutes les forces allemandes de l'agglomération parisienne.
Avec l'entrée de la 2e D.B, la maîtrise des grands axes appartient maintenant aux Forces de libération. Ses colonnes foncent vers l' Hôtel Meurice. Comme Moïse ouvrit le passage de la Mer Rouge aux Hébreux, elles livrent les avenues à la foule de Paris. Seul le véhicule de tête est amené à tirer de temps en temps sur l'ennemi. Devant lui s'offrent des avenues dégagées, mais immédiatement après le passage de la colonne, le peuple envahit la chaussée. A l'avant, les FFI soulagent la tâche des assaillants. Ils prennent en charge les prisonniers, font le coup de feu contre les tireurs isolés. Les renseignements affluent vers les assaillants, permettant de débusquer les endroits où l'ennemi tente de se cacher. La liesse populaire s'empare des axes dégagés, la fête se superpose à la bataille, parfois même s'entremêle avec elle.
Le général Leclerc gagne à son tour la capitale par la porte d'Orléans et se dirige vers la gare Montparnasse où il installe son Quartier Général.
Dès son arrivée à la Préfecture, le colonel Billotte a adressé un ultimatum à Von Choltitz.
Il n'est pas dans notre propos d'étudier le détail de la bataille de Paris. En hommage au sergent Bizien, tué lors de l'attaque de l'Hôtel Meurice, nous décrirons le combat qu'il venait de livrer victorieusement contre un char ennemi quelques instants auparavant. Place de la Concorde, un char Panzer barre la route. Connaissant la supériorité de son adversaire, il lance contre lui son Sherman, à pleine vitesse. Avant que le tankiste ennemi n'ait le temps de tirer, il l'éperonne. Tandis que le canon de l'Allemand, en raison de sa longueur, reste bloqué latéralement contre la carcasse de son adversaire, il fait pivoter sa tourelle dans sa direction et le frappe à bout portant d'un coup qui le met hors de combat.
À 11 h 30, le commandant La Horie se rend à l'Hôtel Meurice pour confirmer l'ultimatum de Billotte. N'ayant pas obtenu de réponse à 13 heures, il lance l'assaut final. Au terme d'une heure trente de combat, l'état-major allemand fait sa reddition et Von Choltiz est enfin disposé à signer la capitulation des forces placées sous ses ordres.
À la Préfecture, Leclerc rencontre le Général Raymond O. Barton, commandant de la IVe Division d'Infanterie américaine, qui arrive à la droite de la 2e D.B et prend à sa charge le secteur de la gare de Lyon et Vincennes, assigné à ses troupes comme point de rassemblement, avant la poursuite de l'attaque vers le Nord-est.
Annoncé par les cris hostiles de la foule, le général Von Choltitz arrive à la préfecture avec son état-major. Il est conduit au général Leclerc et fait son entrée dans la salle, en même temps que le colonel Roll Tanguy, chef des FFI de Paris. Le général Chaban était également dans la salle. Von Choltitz signe la capitulation du Gross Pans.

Von Choltitz signe la capitulation du Gross Paris, Journal Cadran, imprimé en Grande Bretagne par HM Stationery Office, septembre 1944, collection SEHT
LA RÉDUCTION DE LA POCHE DE PALAISEAU
Entre 12 et 13 heures, le 25 août, de nombreux rapports ont signalé de puissantes forces à Palaiseau. Quelques rapports français les qualifient de Division Panzer, d'autres l'estimaient à 2 000 fantassins et 44 chars. Le2e bataillon du 8e d'Infanterie est déployé vers 18 heures pour couvrir la Division et le PC du Corps d'Armée d'une éventuelle attaque de cette force ennemie. Après le crépuscule, le 2e bataillon du 22e moins une compagnie, renforcé par le 4e bataillon de Reconnaissance, est rattaché au 8e d'Infanterie qui a reçu l'ordre de nettoyer des Allemands les environs de Palaiseau.
Cette affaire met en évidence les différences de mentalité entre la 2e DB de Leclerc et la IVe DI de Barton. Les premiers étaient déterminés à foncer sur Paris, coûte que coûte, pour voler au secours de l'insurrection parisienne. Les seconds avaient ordre de ne pas engager de combat dan Paris.
Plutôt que de déclencher un tir d'artillerie ou d'attaquer la poche de Palaiseau avec l'Infanterie, le Général Barton suggère que le Corps d'Armée obtienne une copie de l'ordre de reddition du Général Choltitz et l'envoie dans la poche de Palaiseau par l'un des officiers allemands prisonniers. Le Colonel Ford, de l'état major général du Corps d'Armée, est désigné pour prendre les arrangements nécessaires. Un officier allemand du centre américain de détention de prisonniers de guerre est interrogé par le colonel Ford et l'équipe d'interrogatoire de la Division. Toutes les dispositions sont arrêtées pour entrer dans la poche à 21 heures, jeudi 25 août.
Le groupe arrive au point de rendez-vous, environ 400 mètres au sud-ouest de Champlan. Mais en raison de l'obscurité et de la distance entre les lignes alliées et celles de l'ennemi, le colonel Ford ordonne au major H. M. Betty de prendre les accords nécessaires pour faire passer le prisonnier à travers les lignes à l'aube. Le major Betty contacte l'équipe de Renseignement du 8e d'Infanterie, commandée par le lieutenant Hock. Il lui demande de se mettre en relation avec la Résistance française, afin de trouver une route convenable vers les positions supposées des Allemands.
À l’aube du 26 août, le prisonnier allemand, le lieutenant Hock et le major Betty avancent vers Champlan, le prisonnier allemand tenant un tricot de peau blanc attaché à un bâton, à l'arrière de la jeep. Ils sont suivis d'une jeep avec deux guides de la Résistance française. À l'entrée de Champlan, le petit groupe quitte les véhicules et traverse la ville à pied, sans rencontrer d'ennemi. Remontés à bord de leur véhicule, ils poursuivent jusqu'à Palaiseau qui est traversée à pied jusqu'au milieu de la ville, sans rencontrer de résistance allemande.
Les deux guides de la Résistance française rencontrent les Résistants français de Palaiseau. Après plusieurs appels téléphoniques et quelques avis divergents, ils signalent que l'ennemi ést dans le fort Ouest de Palaiseau. En route vers le fort, le groupe reçoit le renfort de 5 membres des FFI qui précisent que les Allemands se sont t retirés sur les collines, à l'Ouest de Palaiseau. Ils se trouvent sur des positions d'artillerie surplombant la vallée de la Morte Rivière.
Rapidement parvenue en jeep à cette position, la mission constate que les Allemands viennent de faire retraite vers le nord-ouest, abandonnant derrière eux environ 15 pièces d'artillerie de campagne tractées par des half-tracks allemands Lar. Tout leur équipement a été détruit et un dépôt de munitions est encore en train d'exploser.
Cette poursuite d'un ennemi toujours fuyant, ces déplacements rapides en jeep, d'une localité à. l'autre, invariablement suivis d'une traversée pédestre du petit groupe, précédé d'un prisonnier, arborant un bâton surmonté d'un tricot de peau, en guise de drapeau blanc, pourrait inspirer le scénario d'un film, dans la grande tradition de l'humour anglo-saxon.
N'ayant pas rencontré d'Allemand dans cette zone, la mission poursuit jusqu'à Saclay où elle apprend que l'ennemi a fait retraite sur Vauhallan. Parvenue là, elle constate que les FFI ont capturé 400 Allemands un quart d'heure auparavant. Sur la route en contrebas, ils marchent en direction de Versailles, gardés par 11 FFI.
L'interrogatoire des prisonniers allemands permet au lieutenant Hock d'établir que la garnison originelle comptait 1200 Allemands et qu'il était notoire qu'ils avaient l'intention de se rendre.
ENTRÉE DE LA IVe DI DANS PARIS, LE 26 AOÛT 44 (3)
3 - d'après Special operations Report - Action North of Paris, 4th Infantry Division, august 44, US Army Records, 304.0.3.0.
L'ennemi tente de retarder le nettoyage de la ville de Paris en engageant un combat de retardement par de petits groupes de fantassins et des chars abrités dans les immeubles ou derrière des murs. À la Division, on craint qu'il n'ait l'intention de retirer ses forces pour les réorganiser à la périphérie, avant de les renvoyer sur des positions plus proches du centre de Paris.
Les contacts réels sont rares, mais la progression des colonnes est ralentie par l'action de harcèlement des tireurs isolés et de détachements de sécurité. L'artillerie ennemie est inexistante et l'action des blindés limitée à des frappes, suivies de retrait immédiat. Les prisonniers de guerre identifient les unités suivantes : 11e Régiment d'Artillerie Antiaérienne, 1er et 190e Régiments Sicherungs, 1071e Régiment d' Artillerie Antiaérienne, 3e Régiment d'Artillerie Antiaérienne, et 1130e Régiment d'Artillerie Antiaérienne Aéroportée.
Le 26 août, le 12e d'Infanterie commence à faire mouvement vers Longjumeau à 7 heures. La colonne vire vers l'Est à Longjumeau et a prévu à l'origine de suivre la route, par Athis-Mons et Villeneuve-le-Roi. Cependant, en raison de la résistance allemande sur la rive Est, elle prend la direction Nord au croisement de la Nationale 7, ses bataillons dans l'ordre 3,1,2. Un moment après 10 heures, le 3e bataillon remonte vers les boulevards extérieurs, tandis que le 1er bataillon fait halte, en attendant que la situation se clarifie. Le 3e Bataillon avance jusqu'à l'Ile de la Cité, sans rencontrer de résistance, le seul arrêt à la progression étant dû à la foule énorme des Parisiens acclamant les troupes. La tête de la colonne atteint Notre-Dame aux environs de 12 h 15. Le reste du régiment suit le 3e bataillon et stoppe au centre de la ville, dans le milieu de l'après-midi.
Le 12e d'Infanterie passe la journée du 26 sur l'aire de rassemblement dans le Bois de Vincennes, avec mission de nettoyer les quartiers voisins de Paris intra muras, mais il n'a pas à combattre, aucun Allemand ne se trouvant là, à l'exception de quelques traînards.
Le 8e et les 22e régiments, déchargés de leurs têtes de pont au sud de Paris, font route à travers la capitale vers l'aire de rassemblement qui leur est assignée à Vincennes

Accueil des troupes américaines par les Parisiennes, Photo-Presse Libération, collection SEHT
La capitulation signée par Von Choltitz n’est pas suivie d'un effet global et immédiat. Le lendemain, l'ennemi essaie de retarder le nettoyage de la ville. Le 27 août 1944, dans la zone de progression de la 4e Division d'Infanterie, de nombreux engagements l'opposent aux forces FFI vers Neuilly-Plaisance et Neuilly-sur-Marne. Cependant, quand les troupes américaines arrivent dans ce secteur, il se retire dans la forêt de Bondy. Il tente ensuite de retarder la progression en formant des poches de résistance le long des routes. Dans la plupart des cas, elles sont constituées de fusiliers et d'armes automatiques installées dans les immeubles, ruelles et derrière des murs de clôtures. Les groupes sont de temps en temps appuyés par un canon d'assaut ou un char.
La présence des unités suivantes es relevée : 11e Régiment d'Artillerie Antiaérienne, 510e bataillon motorisé, 6e Division Parachutiste, 266e Division d'Infanterie, 220e Bataillon de la Flak, 1070e bataillon Flak. Le 509e et le 511e bataillons motorisés sont identifiés sur le front de la IVe DI, par les prisonniers de guerre. Des chars sont signalés comme opérant à l'unité ou en groupes de trois à cinq.
Le 28 août 1944, l'ennemi oppose aux alliés des éléments des 509e et 510e bataillons motorisés, de la 47e Division d'Infanterie, et de la Panzer Lehr Division pour retarder son avance. En dépit des armes légères déployées et des tirs antichars, à partir de positions enterrées et d'immeubles, la progression se poursuit jusqu'à Villepinte, Mitry et Claye-Souilly. De nombreux chars sont signalés dans la zone de combat de la IVe Division, mais ils semblent opérer seuls ou en petits groupes. Aux environs de 16 h 45, 20 salves à cadence rapide de gros calibres touchent le secteur des collines de Vaujours. À part cela, le feu de l'artillerie ennemie est négligeable. Son intention semble être de laisser de . petits groupes de retardement, tandis que l' essentiel de ses forces se retirait, en attendant de trouver le temps et les moyens de se réorganiser.
Le 29 août 1944 les lignes de front sont rompues. Les unités de la IVe progressent jusqu'au Mesnil-Amelot, Dammartin et Montgé. Elles essuient des tirs d'armes légères, de canons antichars et de pièces antiaériennes de 20 mm. Ils proviennent de groupes de défense très dispersés. Les positions défensives utilisées par l'ennemi sont la plupart du temps enterrées pour permettre de bonnes positions de tir, le long des routes nationales, vers le Nord et le Nord-est. Les chars continuent à agir en petits groupes. Au-delà de Mitry-Mory, les assaillants rencontrent très peu de résistance en direction Nord-Est.

