Évasion du lieutenant FOND et du capitaine GILLOT
RÉCIT DE L’ÉVASION DU LIEUTENANT FOND* Et DU CAPITAINE GILLOT
par Marcel FOND
* Témoignage recueilli par la SEHT en juin 2000, dans le cadre de l’exposition donnée à Tremblay-en-France, pour le 60ème anniversaire du combat de la Ligne de défense du canal de l’Ourcq. Marcel Fond était alors l’un des deux seuls anciens officiers du 24ème bataillon, encore en vie.
Au terme de sa retraite, le 24e bataillon est accueilli au château d’Ormesson. Le 14 juin après-midi, il doit repartir pour prendre position à la Queue-en-Brie. Détachée en éclaireur, une patrouille motocycliste est mitraillée et perd deux hommes.
Nouvel ordre de repli. Le bataillon doit marcher encore une troisième nuit pour la gare de Ballancourt, où il est embarqué sur des wagons plate-forme. Il arrive le lendemain à la gare des Aubrais, desservant Orléans. Elle a été abandonnée par son personnel. Il se met en route pour traverser Orléans, durement bombardée. À midi, le bataillon arrive près du pont sur la Loire. Au moment où il commence à le traverser, la ville est à nouveau bombardée par des avions italiens qui pulvérisent les quartiers au nord du pont. Le sous-lieutenant Fond se trouvait avec les restes de sa section vers les Halles, à proximité du pont. Il n’est pas touché, mais apprend qu’il y a des tués et des blessés, dont son camarade, le sous-lieutenant ACOULON, grièvement atteint.

Le 13 juin 2000, Marcel FOND, l’un des deux anciens officiers du 24e BCA, encore vivants à cette date, reçoit des mains de François ASENSI, maire de Tremblay-en-France, la médaille de la ville.
Exposition commémorative du soixantième anniversaire des journées des 13 et 14 juin 1940, archives de la SEHT.
Après avoir traversé le pont, le reste du bataillon, réduit de moitié, a moins de 400 hommes. Avec quelques fusils mitrailleurs, il va prendre position derrière la Loire, à l’Est de Sandillon. Le 18 juin, il reçoit l’ordre de contre-attaquer, ordre chimérique compte tenu des effectifs et de l’absence presque complète d’armement. Puis, quelques heures après, il lui est demandé de se replier sur Lamotte-Beuvron où il parvient dans la nuit et s’installe dans un petit bois. Au matin, les sentinelles postées sont surprises par une colonne blindée allemande.
Le premier char porte un drapeau blanc et un Allemand crie en français « Français ne tirez pas ! l’armistice est signé. » Une grande confusion se produit alors et le commandant VALO, alerté par les sentinelles, se rendant compte que tirer avec les quelques armes qui restent entraînerait un massacre, accepte de se rendre.
Les chasseurs, regroupés en colonne, accompagnés de leurs officiers et encadrés par les chars allemands prennent le chemin d’Orléans et de la captivité.
Au moment de repartir, des officiers allemands font monter certains officiers du bataillon, dont je suis, dans des voitures conduites par des soldats allemands. On me fait monter dans une voiture genre command-car, dans laquelle se trouve un officier allemand qui se montre correct. On roule jusqu’à Olivet faubourg d’Orléans, et je suis déposé dans la cour d’une école dans laquelle se trouvent d’autres officiers du bataillon et de la division.
Nous passons la nuit dans cette cour et j’éprouve une forte envie de m’évader, car je ne suis plus responsable de ma section, dont j’ai été séparé.
En fouillant au premier étage du bâtiment, je trouve deux pantalons civils. Je me dis qu’en me débarrassant de la culotte de cheval bleu marine à passepoil jaune et de la vareuse de mon uniforme, et en enfilant l’un des deux pantalons, je pourrais passer pour un réfugié. J’ai constaté que la porte vitrée qui se trouve dans le couloir donnant accès aux salles des blessés n’est pas fermée à clé. Elle donne sur la cour des réfugiés.
Je propose donc à mes camarades de tenter une évasion par ce moyen. Plusieurs me disent que c’est bien risqué, car on dit que les Allemands fusillent les évadés, et qu’en plus, l’armistice est peut-être déjà signé. Mais le capitaine GILLOT accepte et nous descendons rapidement dans l’escalier de la cave, pour nous débarrasser de nos vareuses et de nos culottes militaires, et enfiler chacun un des vieux pantalons civils. Nous nous hâtons vers la porte donnant dans la cour des réfugiés.
La sentinelle allemande regardant vers la rue et tournant le dos, le capitaine sort. Je le suis et juste au moment où je ferme la porte derrière moi, la sentinelle se retourne.
Je ne bouge plus et prends un air négligent. Au bout de quelques instants la sentinelle se tourne à nouveau vers la rue. Je saute dans la cour, me mêlant aux réfugiés. Nous attendons un peu et ensuite, avec le capitaine GILLOT, nous sortons dans la rue et passons devant la sentinelle allemande.

Un peu plus loin, dans la rue, se trouvent de nombreuses bicyclettes abandonnées. Nous en prenons chacun une et nous nous hâtons de sortir d’Olivet. Nous pédalons tout l’après- midi du 20 juin à travers la Sologne, apercevant dans des villages, les habitants qui font la queue devant une boulangerie pour avoir du pain, surveillés par une sentinelle allemande. Nous nous renseignons plusieurs fois, auprès du curé du village, pour savoir où se trouvent les Allemands et s’il n’y a pas trop de danger. Le soir, nous arrivons sur le Cher, près de Montrichard. Les ponts ayant sauté, il y a un pont de bateaux gardé par les Allemands. Nous hésitons, mais nous décidons néanmoins de tenter le passage. Nous ne sommes pas arrêtés et poursuivons notre route vers le sud. Le soir, nous couchons dans une ferme dans laquelle le capitaine GILLOT a la surprise de retrouver des réfugies de Villefranche-sur-Mer.
Le lendemain 21 juin, nous roulons sur les routes, doublés par des colonnes motorisées allemandes qui ne font pas attention à nous. L’après-midi, nous décidons de nous séparer.
Le capitaine tentera de rejoindre Villefranche et moi ma famille à Saint-Etienne de Saint-Geoirs, dans l’Isère, à 40 km de Grenoble. L’armistice est signé le 22 juin. Après 5 jours de pédalage supplémentaire, j’arrive à Saint-Etienne de Saint-Geoirs.

Le capitaine Gillot arrivant sur les bords du Lot, le 27 juin 1940
Cliché extrait de Henri Giraud 1939-1940, La 29e DI et le 141e RIA au feu

