Albert Zechetti
Monsieur ZECHETTI, un héros tout simple
Monsieur ZECHETTI, un héros tout simple.
Source : Témoignage de M. Marcel MULLER, recueilli, le 08 décembre 1999
première publication bulletin n° 23 de la SEHT année 1999 -
Monsieur Muller, pouvez-vous nous parler de quelqu’un que vous avez bien connu, Monsieur Zechetti ?
J’ai connu M. Zechetti Albert dans ma plus tendre enfance parce qu’il travaillait avec mes parents, de nombreuses années avant la guerre et jusqu’après les années 50. Monsieur Zechetti Albert avait un petit café à Villepinte qui s’appelait “Au père tranquille”, un nom qui lui convenait très bien parce que c’était un Monsieur très calme et très gentil, que tout le monde aimait bien. Il avait l’estime de tout le monde.

Albert ZECHETTI, cliché pris sur le chantier de l'entreprise MULLER, archives de la SEHT, donation M. MULLER
Albert a eu cette fâcheuse mésaventure en 1940. D’après ce qui a été dit, il était derrière le comptoir de son petit café, où il lavait ses verres. Les Allemands sont rentrés, ils l’ont emmené et l’ont fusillé avec tous les autres otages. Albert était un Monsieur de nationalité italienne qui connaissait les usages de l’armée austro-germanique. Il savait que dans l’armée allemande on ne donnait le coup de grâce qu’à ceux qui n’étaient pas morts.. Il n’était pas mort, il a fait le mort.
Lorsque les Allemands ont abandonné leur charnier et sont partis, il est rentré chez lui par le chemin du Loup. Ce n’était pas une route. À l’époque, c’était véritablement un chemin, je l’ai connu. Il s’est caché dans la paille. Les Allemands sont revenus chez lui, l’ont demandé à sa femme qui a prétendu ne pas savoir où il était. Ils sont partis. Elle l’a mis dans sa chambre. Les Allemands sont revenus plus tard. Il était dans son lit. Il leur a dit : “je suis là.” Il avait le ventre complètement abîmé. Les Allemands lui auraient dit : “on ne tue pas deux fois.” Ils l’ont amené à l’Hôpital de Montfermeil. Longtemps après, il est revenu de Montfermeil à pied, après avoir reçu les soins que nécessitait son état. Il avait reçu une rafale dans le ventre. Albert était très mutilé, mais il n’en faisait jamais état. Il a repris ses activités tout simplement. Albert était un héros tout simple. Une victime, un martyr.
Avait-il gardé des séquelles de ses blessures ?
Sûrement, mais il n’en faisait pas état. Il travaillait avec mes parents, qui faisaient le commerce du charbon. On lui confiait des tâches un peu plus légères, mais c’étaient des métiers extrêmement pénibles. Il a souffert sûrement plus que les autres, mais comme tous les grands, en silence, sans jamais rien demander à personne.
Je suis un peu ému de parler d’Albert, parce que j’avais une affection tout à fait respectueuse pour lui, étant donné qu’il m’a porté sur ses genoux, qu’il m’a monté sur son cheval. Il a fait partie de ma petite enfance et de mon adolescence, et puis il a subi ce grand malheur. Lorsque le travail est revenu, il est revenu aider mes parents, à partir de 1945, 1946. Il est revenu naturellement, comme si de rien n’était et il a repris ses habitudes, comme un grand Monsieur qu’il était. C’était un petit bonhomme, mais un grand Monsieur.
Il avait deux fils. Je crois qu’il a eu la douleur d’en perdre un.

