Le décret nazi du 3 décembre 1943 conte l'apostolat catholique eu sein du STO

Décret nazi du 3 décembre 1943 contre l’apostolat catholique

             au sein du STO en Allemagne nazie

Ordonnance KKALTENBRUNNERALTENBRUNNER Direction de la Sûreté du Reich IV B 1 - 1255/43

 

Feuille de tête du décret du 3 décembre 1943 contre l’apostolat catholique au sein du STO
Source : Archives fédérales d’Allemagne, R58/1030, fol. 263-265

Traduction française parue dans Mgr Charles MOLETTE, La « Mission Saint PAUL » traquée par la Gestapo – Persécution et déportation des militants de l’apostolat catholique français en Allemagne, édition François-Xavier DE GUIBERT, 2003. Révisions et relecture de la traduction : Ingeborg MALIVET.

                                         Ernst KALTENBRUNNER
                                          Holocaust Encyclopedia
Originaire comme Adolph HITLER de la région de Linz en Autriche, Ernst KALTENBRUNNER est né le 4 octobre 1903.
D'abord nazi dans la clandestinité en tant que citoyen autrichien, il milite pour l’Anschluss, le rattachement de son pays au Troisième Reich. Le 12 mars 1938, l’Autriche est annexée. Il est alors officiellement nommé chef de la SS, aux niveaux politique et policier, pour son pays, devenu région allemande. Il exerce cette fonction de 1938 à janvier 1943.
En janvier 1943, il est désigné pour prendre la tête de l’Office principal de sûreté du Reich à Berlin. Il devient alors le chef du renseignement de l’État nazi et le numéro 2 de la SS après Heinrich HIMMLER.
Au procès de Nuremberg, il est condamné à mort par pendaison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La sentence est exécutée le 16 octobre 1946.
Dans son décret du 3 décembre 1943, il ne rapporte pas très exactement les propos du cardinal SUHARD. Il les évoque approximativement, pour exciter ses services contre les envoyés du cardinal auprès des jeunes du STO et contre les militants de la JOC

 

Berlin, le 3 décembre 1943
À tous les postes de direction de la police d’État
Aux chefs de la police de sécurité et du service de sécurité
Aux agents du chef de la police de sécurité et du service de sécurité
Bruxelles
Aux commandants de la police de sécurité et du service de sécurité
Pour information Aux inspecteurs de la police de sécurité et du service de sécurité
Aux unités et groupes ci-désignés IV D 4, IV A 1, IV C 2, IV D – travailleurs étrangers –, III B, III D et VI B
Concerne : Activité de l’action catholique française parmi les travailleurs français civils dans le Reich
Référence : Néant
Du fait de l’emploi croissant de travailleurs civils français dans le Reich, l’Église catholique de France a essayé d’obtenir, d’abord par voies de négociation, une assistance pastorale régulière de ses compatriotes en Allemagne par des prêtres de leur propre nationalité . Du côté allemand, ces demandes ont été rejetées par principe en raison de l’attitude germanophobe manifestée dès le début par les cardinaux, évêques et prêtres français et à cause du sabotage constant dont l’emploi de travailleurs français dans le Reich était l’objet. Le secours religieux des travailleurs civils français, belges, hollandais etc., par des ecclésiastiques de leurs nationalités est, et reste, illicite et doit être jugulé par tous les moyens.
Par de nombreux renseignements récents, il est désormais établi que l’Église catholique de France a entrepris sur une vaste échelle, par des procédés illégaux, non seulement de gagner aux idées catholiques les travailleurs civils français, mais encore de les influencer d’une façon intensive dans le sens de ses objectifs politiques anti-allemands et de les rassembler dans des groupes avec une structure fortement organisée.
L’action catholique française cherche à atteindre son but :
1° par le déploiement de nombreux prêtres et séminaristes français venus dans le Reich, sous couverture de travailleurs civils volontaires ;
2° par l’organisation catholique de jeunes travailleurs « Jeunesse ouvrière chrétienne » (JOC, nommée aussi « Jocistes »).
Annexe 1. Au début de cette année, le cardinal de Paris SUHARD a invité tous les évêques français à donner pour chaque diocèse les noms de 15 prêtres prêts à se rendre en Allemagne sous couverture de travailleurs civils français, pour y assurer illégalement la prise en charge religieuse de leurs compatriotes. Au milieu d’avril, le cardinal SUHARD a officiellement salué, avant leur départ, les prêtres désignés à la suite de cela par leur évêque et il leur a alors donné les directives suivantes pour leur activité dans le Reich :
« Vous êtes soldats de Dieu et irez bientôt dans un pays où la puissance du mal est très forte. Vous partirez de façon illégale sous couverture de travailleurs civils ; et officiellement vous ne devrez pas dire de messe ni dire à quiconque que vous êtes prêtres, car nous ne voulons pas avoir de conflit diplomatique avec le Reich. Votre départ est connu du Vatican par l’intermédiaire d’un prêtre qui s’y trouve en ce moment en mission spéciale. Mais j’espère obtenir pour certains d’entre vous une autorisation officielle de séjour en Allemagne. Votre mission là-bas est de prendre contact avec l’Église allemande. Là-bas vous devrez observer et nous apporter en permanence des informations pour que nous puissions définitivement détruire les fausses théories de ces hommes. Les peuples doivent voir à quel abîme les conduit le national-socialisme. Vous devrez faire se rencontrer les ouvriers français et ramener à l’Église les ouvriers qui en ont perdu le chemin. Ce travail ne sera pas spécialement difficile, car ces personnes se trouvent seules et souffrent beaucoup, de sorte qu’il est facile à l’Église de les ramener à elle ».
Ainsi, plusieurs centaines d’ecclésiastiques français et de prêtres ou séminaristes formés pour cette tâche sont venus en Allemagne, et parce qu’ils ont caché leur profession réelle, une partie d’entre eux ont été affectés dans les camps de travailleurs civils français, comme chefs de camp ou dans quelque autre poste important, leur permettant facilement d’y exercer un vaste travail de subversion sous le couvert de la religion, selon leur mission secrète, en étant souvent aidés activement dans leurs agissements illégaux par des ecclésiastiques catholiques allemands.
De plus, avec l’envoi des ecclésiastiques français a commencé l’organisation du service social français sous la direction de l’assistante sociale LA MORLAIS, et des informations irrécusables montrent que ce service social sert les aspirations sus-indiquées de l’action catholique française. LA MORLAIS avait la mission de repérer dans les camps de travailleurs civils français des ecclésiastiques sous couverture de travailleurs civils, de les intégrer à son service social et de les faire embaucher comme délégués sociaux dans les directions régionales nazies de la D.A.F. pour leur permettre une plus grande liberté de mouvement et d’influencer plus facilement les travailleurs dans le sens des cardinaux français germanophobes. Au cours de réunions régulières des délégués sociaux, par exemple à Düsseldorf, on attaqua très ouvertement l’Allemagne national-socialiste et on mena une propagande gaulliste.

Annexe 2. C’est en liaison étroite avec le déploiement illégal des ecclésiastiques français et des prêtres et séminaristes que se forment les groupes de l’organisation française des jeunes travailleurs J.O.C. dans les camps des travailleurs civils français dans le Reich. La tâche des ecclésiastiques sous couverture de travailleurs civils, qui pour leur travail ont été pourvus d’importants instruments de propagande et de moyens financiers, comprend aussi l’organisation et le soutien régulier des groupes de la J.O.C.
Cette organisation qui, en raison de son activité résolument anti-allemande a dû être interdite dans les zones françaises occupées de longue date ainsi qu’en Belgique, était autrefois sous une forte influence anglaise, recevait de l’argent de sources anglaises pour son recrutement et déploie encore aujourd’hui une active propagande parmi les masses ouvrières en France. La J.O.C. cherche délibérément le contact avec les communistes parce que, par nature, ils sont radicalement adversaires du nouvel ordre allemand, et elle leur recommande, pour leur propre sécurité et leur activité clandestine, de se joindre à elle.
Depuis qu’il y a une plus grande quantité de jeunes français venus pour le service du travail, sont également apparus en plus grand nombre des membres de la J.O.C. Ils se reformèrent immédiatement en groupes dans leurs camps et parmi leurs compatriotes déployèrent une intensive activité de recrutement. Ils organisent des réunions régulières et des célébrations avec un contenu politique anti-allemand, dans des lieux protégés en plein air, dans des pièces isolées qui sont souvent mises à leur disposition par des ecclésiastiques catholiques allemands, etc., ils tiennent aussi des réunions avec des groupes de camps et de villes des environs. De plus, ils essaient d’avoir une influence subversive sur les travailleurs allemands. La déclaration suivante d’un de ses membres est révélatrice et caractéristique du travail de la JOC en Allemagne : « Nous (la J.O.C.) avons déjà infiltré 200 usines dans le Reich et formé 50 sections parmi les travailleurs français en Allemagne. Dans ce but, nous sommes d’ailleurs aussi entrés en contact avec le clergé allemand. Les prêtres allemands sont enthousiasmés par cette renaissance catholique qu’ils ne tenaient plus pour possible et qu’ils n’espéraient plus. Mais le but à atteindre n’est pas forcément la religion, mais plutôt la division de la classe ouvrière allemande. Avant tout nous voulons faire des travailleurs des antinazis ».
En outre, les groupes de la J.O.C. sont apparus en lien avec les scouts français (« Scouts de France ») animés des mêmes sentiments anti-allemands. Selon une déclaration de la susdite assistante sociale Mme DE LA MORLAIS, les jeunes français qui travaillent en Allemagne doivent être étroitement liés entre eux dans de tels groupes pour être disponibles au jour de la libération du joug allemand.
Dans de nombreux cas, il a été constaté que les ecclésiastiques français sous couverture de travailleurs civils aussi bien que les membres de la JOC, ont procédé à la transmission d’importantes informations anti-allemandes aux instances religieuses et civiles en France. Dans leurs comptes rendus qui fréquemment répondent à la demande expresse d’organismes français, ils ne se limitent pas à des explications sur le traitement des ouvriers français ou sur la situation sociale et idéologique en Allemagne, mais ils donnent aussi des descriptions de leurs entreprises et d’autres renseignements qui peuvent être importants pour l’ennemi.
Mesures policières
Afin d’enrayer l’influence anti-allemande destructrice des instances et organisations d’église françaises sur les travailleurs civils français dans le Reich, j’ordonne ce qui suit :
1° Tous les prêtres, séminaristes et étudiants en théologie français et belges, qui sont venus dans le Reich sous couverture de travailleurs civils, doivent être enregistrés nominativement avec indication de leur lieu actuel de séjour et être signalés à la direction de la Sécurité du Reich (IV B 1).
2° La direction de la Sécurité du Reich, par l’intermédiaire du délégué général à la main-d’oeuvre, opérera leur retour vers la France ou la Belgique.
3° Dans la mesure où des prêtres, séminaristes, etc., français se sont d’une manière quelconque manifestés par des actes ou des déclarations préjudiciables, je prie de les arrêter et de m’en exposer les circonstances.
4° Les ecclésiastiques français, séminaristes, etc., qui ont été mis en place comme chefs de camp ou à d’autres postes importants doivent être immédiatement relevés de leur fonction et employés à un travail normal jusqu’à leur expulsion vers la France qui doit être menée rapidement.
5° Je prie de dissoudre immédiatement les groupes de l’organisation « Jeunesse ouvrière chrétienne », qui sont découverts dans les camps de travailleurs français, et de leur interdire toute activité ultérieure, sous peine de sévères mesures policières. Quant aux travailleurs civils français qui se sont montrés et se montrent encore particulièrement actifs au sein de la J.O.C., ils doivent être mis en détention pour une durée de 21 jours et, après un sévère avertissement, affectés à une autre entreprise la plus éloignée possible de l’entreprise initiale. À moins que l’activité anti-allemande ou d’espionnage constatée nécessite un transfert dans un camp de concentration.
6° Contre les ecclésiastiques catholiques allemands, qui ont soutenu la JOC ou l’activité illégale des ecclésiastiques français, des mesures sévères appropriées doivent être prises en fonction de chaque cas et en tenant compte des signalements policiers dont ils auraient fait l’objet.
7° Pour une efficace exécution des mesures édictées, il est requis qu’en ce domaine soient étendus et activés les services de répression.
Au sujet de l’exécution de ces dispositions j’attends un rapport en temps voulu. Signé : Dr KALTENBRUNNER


 



Réagir