Mort d'un antifasciste, Antonio LAMANTEO

Mort en Espagne d’un antifasciste de la colonie italienne du vert-Galant Antonio LAMANTEO

                           Source :  Hervé REVEL, bulletin n° 42 de la SEHT, année 2018

                    

Nous remercions Monsieur Bruno BRACCIALE, neveu d’Antonio LAMANTEO, de nous avoir ouvert les archives de sa famille. Nous les avons utilisées pour rédiger et illustrer la notice biographique que nous consacrons à son oncle, mort en combattant au sein des forces républicaines espagnoles, à Brunete, le 16 juillet 1937

 

 

                          

Le 16 mai 2017, dans le cadre de Ciao Italia ! Un siècle d’histoire et de culture italienne en France 1860-1960, la SEHT a été invitée par le Palais de la Découverte pour présenter à Paris la communauté italienne de Tremblay-lès-Gonesse. Dans notre bulletin n° 40 nous avons publié les travaux du groupe de travail de la SEHT constitué, en 2016, pour étudier cette communauté, sur la base du recensement quinquennal de 1931. Outre l’identité complète des personnes recensées, le document précise leur activité professionnelle, leur statut social (ouvrier, patron, chef de famille, etc.) celle de leur entreprise ou administration. Rappelons que notre groupe d’étude était composé de Maurice BRUNI, Maud COTREL, Thierry GODIN, Maurice DEGRADI, Louis TRITZ et moi-même, Hervé REVEL.

 

On pourrait se demander pourquoi le Musée national de l’histoire de l’Immigration nous a invités à présenter au public parisien la composition de la communauté italienne de Tremblay-lès-Gonesse. Ce qui a motivé cette invitation, selon moi, c’est la présence inattendue d’une fabrique de perles de Venise, au vieux Pays de Tremblay-lès-Gonesse. Nous avons bien entendu détaillé, comme on nous y avait invités, l’activité de l’entreprise de M. Vittorio MORETTI, connue dans le village en 1931, sous le nom de la Perlerie. Son fondateur et la plupart de ses employés étaient originaires de Murano.

 

Après avoir relaté leur activité, nous avons profité de l’opportunité qui nous était offerte par le Musée national de l’histoire de l’Immigration pour rendre hommage à la composante antifasciste de la colonie italienne de Tremblay. Deux figures de cette famille, Antoine CUSINO et Pierre COLONGO sont bien connues, leurs noms étant inscrits dans la nomenclature des rues du vert-Galant. Nous leur avons consacré plusieurs bulletins qui relatent leur action dans le cadre de la Résistance, au sein des FTPMOI. (1) En revanche, le sacrifice du lieutenant Antoine LAMANTEO, tué le 16 Juillet 1937, au cours de la bataille de Brunete, alors qu’il combattait en Espagne, aux côtés des Républicains espagnols, est beaucoup moins connu.

(1) Cf. infra la liste des publications que nous avons consacrées à la Résistance et à la part prise par les FTP MOI.

 

Fils de Cesare LAMANTEO et de Maria CARBONE, Antonio LAMANTEO est né en 1901. En 1931, il habite rue des Alpes, l’une des petites Italies du Vert-Galant, qui compte 16 Italiens pour 31 résidents. Tous ces Italiens sont de la même famille. Ils sont pour la plupart originaires de la région de Cassino, San Biagio Saracinisco, Pontecorvo. Comme beaucoup d’entre eux, Antonio LAMANTEO exerce la profession de maçon. Il milite au parti communiste et entretient des liens d’amitié avec Gilbert BERGER, qui sera élu maire de Tremblay-lès-Gonesse, quatre ans plus tard.

La nièce d’Antonio LAMANTEO * a décrit en 1995 l’état d’esprit des Italiens de la rue des Alpes « Ces Italiens avaient fui MUSSoLInI, mon grand-père s’était établi au Vert-Galant. Il avait monté une épicerie qui est toujours là, d’ailleurs, 80, rue Roger Salengro. Avec Monsieur BERGER,  avant la guerre, il faisait des réunions chez lui. Mon oncle, Monsieur LAMANTE0, était effectivement communiste. Avec M. BERGER il s’était engagé dans les Brigades Internationales, et il est mort en Espagne. D’ailleurs il y a toujours une cellule qui s’appelle du nom de mon oncle. »

*bulletin n° 19 de la SEHT, témoignage de Mme MÉBILLE.

  

 

Recensement quinquennal de population, année 1931, rue desAlpes. Cliché SEHT

 

 

 

 

                                   

 

La bataille de Brunete dans laquelle Antonio LAMANTEO sera tué est un ensemble de combats livrés durant la guerre d'Espagne entre les forces républicaines et les insurgés nationalistes. Elle se déroula, à environ 25 kilomètres de Madrid, près de la ville de Brunete, entre le 6 et le 25 juillet 1937. Elle fait partie de l'ensemble des combats du siège de Madrid. En 1936, Antonio LAMANTEO décide de s’enrôler dans les brigades internationales, pour aller combattre aux côtés des Républicains espagnols, qui font face à l’insurrection du général FRAnCo. Son engagement n’est pas un acte solitaire, il est soutenu par tous les Italiens de la rue des Alpes qui organisent une fête, aux nos 39 et 41, maisons appartenant à des membres de sa famille, qui tiennent à lui exprimer leur affection et leur solidarité, avant son départ. Le souvenir de cette fête a été conservé sur une photographie dont la banderole

Proclame « Nous te remerçîons » écrite avec la lettre C ornée d’une cédille en forme de faucille, et la lettre i couronnée d’un accent en forme de marteau. Ces libertés prises avec les règles de l’orthographe ont pour objectif d’exprimer l’engament politique du héros de la fête.

Antonio LAMANTEO entre en Espagne le 10 octobre 1936. Il s’engage dans le bataillon GARIBALDI, sert dans la 2ème compagnie de cette unité, jusqu’en avril 1937. D’abord enrôlé comme soldat volontaire, il assure ensuite le commandement d’une section et est promu au grade de lieutenant, en mars 1937, après la bataille de Guadalajara.

Au cours des combats qui se déroulent sur le front du centre à Brunete le 16 Juillet 1937, le lieutenant Antonio LAMANTEO, alors qu’il s'apprête avec ses hommes à déloger une position ennemie, est fauché pendant l’assaut par un tir de mitrailleuse franquiste et succombe sur le coup.

 

Dans la bataille qui a coûté la vie à Antonio LAMANTEO, l'objectif de l'armée républicaine est de diminuer la pression nationaliste sur la capitale espagnole, mais aussi sur le front du nord. Bien que victorieux, les Républicains ont ensuite été obligés de se retirer, après avoir subi de lourdes pertes.

C’est après la chute de Bilbao, en juin, que les Républicains ont décidé de mener cette offensive. Leur but était de desserrer la pression des forces nationalistes sur le front nord, pour leur permettre de se réorganiser. D'un point de vue politique, l'offensive répond aux demandes des communistes et des soviétiques qui veulent montrer que les Républicains peuvent avoir l'initiative. Des plans soviétiques sur Brunete existent depuis le printemps 1937. Cette offensive est déclenchée au moment où le blocus des ports républicains par les nationalistes se renforce, gênant l'arrivée de l'aide de l'URSS.

De son côté, le président du gouvernement de la République espagnole, Juan EGRIN, a besoin de convaincre ses homologues anglais et français que son gouvernement peut encore gagner la guerre, malgré les désastres récents de Malaga et de Bilbao.

                                 

La brigade GARIBALDI a édité un journal « Vite della brigata » qui retrace les vies de ses hommes tombés au combat. L’une de ces nécrologies, signée PROVERA, relate le parcours d’Antonio LAMANTEO. Nous donnons le texte de l’article de PROVERA et sa traduction.

«  Antonio LAMANTEO , animatore del Fronte unico di Vert-Galant (una dei migliori organizzazioni di Parigi-Est), accorse in Spagna fin dall’ottobre 1936 e si arruolὸ nel battaglione Garibaldi, che si stava allora organizzando. In seguito fu promoso tenente, e si consacro interamente, ai suoi militi. Esequiva e faceva eseguire gli ordini ricevuti, con entusiasmo, ai suoi militi. con quel senso di disciplina, di responsabilità, di sacrificio che soltante i nostri combattenti posseggono.

Corraggioso, intelligente, modesto, era nello stesso tempo il comandante e l’amico dei suoi volontari, e grazie all’esperienza acquistata nell’esercito italiano, divenne uno degli ufficiali più preparati del glorioso esercito repubblicano.

Dopo otto mesi di durissime battaglie sul fronte di Madrid, cadde a la testa della sua sezzione nell’offensiva di Brunete.

E morto como sanno morire i migliori figli dell’Italia del popolo : Antonio  LAMANTEO resterà per noi tutti un esempio di fede antifascista, un eroe della Libertà ».

                                                               PROVERA

 

« AntonioLAMANTEO, animateur du « Front uni » du vert-Galant (une des meilleures organisations de Paris-Est),  passa en Espagne, dès octobre 1936. Il s'enrôla dans le bataillon GARIBALDI qui venait de se constituer. Il fut ensuite promu au grade de lieutenant et se consacra entièrement à la cause qu’il défendait.

I1 exécutait et faisait exécuter les ordres avec discipline, dévouement et sacrifice. Il avait toutes ces qualités, que seuls possèdent nos combattants. Courageux, intelligent, modeste, il était à la fois le commandant et l’ami de ses soldats volontaires. Grâce à son expérience, acquise au sein de l’armée italienne, il devint l’un des officiers les mieux préparés de l’armée républicaine.

Après huit mois de durs combats sur le front de Madrid, il tomba à la tête de sa section pendant l’offensive de Brunete. I1 est mort comme savent mourir les meilleurs fils de l’Italie du peuple : Antonio LAMANTEO sera toujours pour nous un exemple de la foi antifasciste et restera à jamais un héros de la Liberté ».

                                                                        PROVERA

 

                   La sépulture du lieutenant Antonio LAMANTEO se trouve au cimetière de Guadalajara.

 

Pour l’histoire de la Résistance FTP MOI à Tremblay-lès-Gonesse, voir :

Témoignages sur la vie locale, de l'occupation à la Libération de Tremblay, bulletin n° 19, année 1995,

Les combats de la Résistance contre les nazis au Vert Galant, Jean BLANCHOT, bulletin n° 26, année 2002,

Chroniques 1940-1944, ou l’occupation vécue par un adolescent, Roland COLONGO, bulletin n° 39, année 2015,

La banlieue Nord-est de Paris dans la Seconde Guerre mondiale, Hervé ReveL, éditions Fiacre, 2012.



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