Le capitaine Gillot, héros de la Résistance
Georges, Désiré GILLOT, héros de la Résistance
Source : SEHT, bulletin 40, année 2016, Juin 40, l’effroyable bilan des combats livrés au nord-est de Paris, pages 2 à 15.
Né le 3 avril 1905 à Wargnies-le-Grand, dans le Nord, Georges, Désiré GILLOT est de taille moyenne et n’accuse qu’un mètre soixante huit à la toise, mais ses yeux bleus, au regard pénétrant, trahissent le caractère d’un homme énergique. Après un sursis de deux ans, il est incorporé, le 14 novembre 1927. Admis à Saint-Maixent le 17 mai 1928, il est nommé sous-lieutenant de réserve, au 14e bataillon de chasseurs, le 15 novembre 1928. Rengagé pour un an, le 1er octobre 1930, il est admis, après plusieurs affectations et diverses formations, à l’école militaire d’infanterie et des chars de combat de Saint-Maixent. Promu lieutenant le 1er octobre 1932, affecté au 24e BCA, le 1er octobre 1933. Il sera un moment détaché au 7e régiment du génie, pour suivre en Avignon, l’instruction sur la défense passive contre les engins blindés. Parti sur le front avec le 24e BCA, unité combattante, le 2 septembre 1939, il se voit confié le commandement de la 1ère compagnie de cette unité.
L’homme clé du succès du combat de la ligne de défense de l’Ourcq a été sans conteste le commandant de la 1ère compagnie du 24ème BCA. Une de ses citations résume le rôle qu’il a joué, à l’approche de Paris, du 10 au 13 juin 1940. Le 4 juillet 1941, le général d’armée commandant en chef des forces terrestres, ministre, secrétaire d’État à la guerre, l’a cité à l’ordre de l’armée et promu dans l’ordre de la Légion au grade de chevalier * : « Officier ayant un ascendant considérable sur les gradés et les chasseurs de son unité. Le 10 juin 1940, sur l’Oise, en butte à des attaques denses et mordantes d’infanterie, appuyées par des tirs de minen, et quoique débordé sur son flanc gauche, n’en a pas moins maintenu la position qui lui était confiée, repoussant pendant huit heures les assauts de l’ennemi, lui infligeant de lourdes pertes. Ne s’est replié que sur ordre du commandement. Le 13 juin, chargé de tenir avec son unité déjà réduite par les pertes du 10 juin, un point d’appui important sur le canal de l’Ourcq, a contenu de 13 à 24 heures les attaques incessantes, appuyées par l’artillerie et a infligé des pertes supérieures à l’adversaire. Ne s’est décroché que sur ordre, alors qu’il était encerclé, à la faveur de la nuit ; a réussi à s’infiltrer à travers le dispositif ennemi et est rentré dans nos lignes avec le reste de son unité. » Le présent ordre comporte en outre la Croix de guerre avec Palme.
* ordre général n° 571 du 4 juillet 1941
Nous avons pu consulter, à titre dérogatoire*, le dossier individuel de Georges, Gillot qui contient des informations « à caractère personnel et confidentiel », l’homme ayant été, après la guerre, titulaire d’affections spéciales, à plusieurs reprises. Sous l’occupation, il avait déjà fait ses preuves dans ce domaine, comme l’atteste la décoration que lui attribuée, le 10 août 1945, le général de Gaulle président du Gouvernement Provisoire de la république Française, chef des armées : « Officier ardent, énergique et d’une haute valeur morale. A assuré pendant cinq mois, dans des conditions particulièrement dangereuses, le commandement d’un poste de contre-espionnage en France occupée ». Ces citations comportent l’attribution de la Croix de guerre, avec étoile de vermeil.
* dossier individuel Gr 2000 Z 205 3347 autorisation n° 548 du 24 mai 2012, délivrée par le Ministère de la défense, direction de la Mémoire et du Patrimoine et des Archives.

Le capitaine GILLOT (à gauche du cliché), lors d'une revue à Villefranche-sur-Mer, ville garnison du 24e BCA, 1939.
Cliché SEHT, d’après l’original des archives de Marcel FOND. Le capitaine GILLOT est à gauche du cliché.
Le caractère exceptionnel de cet homme de fort tempérament, incarne parfaitement les valeurs de la Résistance. Il nous permet de mieux comprendre le rôle qu’il a joué à la tête de son unité, le 13 juin 1940.
À l’aube du 19 juin 1940, le bataillon est replié dans un petit bois, à proximité de La Motte Beuvron. Il est pratiquement sans arme et sans munitions, lorsque survient une colonne blindée ennemie. Le commandant Valo, décide de ne pas engager un combat trop inégal, qui se traduirait par le massacre inutile de ses hommes. Il accepte la reddition de son unité qui prend le chemin de la captivité. Cette perspective n’est pas faite pour les hommes de la trempe de Georges Gillot qui s’évade en compagnie du lieutenant Marcel Fond et rejoint l’armée d’armistice. Le 29 novembre 1942, il est démobilisé par application des dispositions relatives à l’armée, JO du 27 novembre 1942. Placé en congé d’armistice, il s’engage dans la Résistance et sert dans les FFI, du 15 novembre 1942 au 28 août 1944.

Début du rapport du capitaine Gillot.
Ce rapport, dont le style est empreint de la fureur du combat livré le 13 juin a été utilisé par les journalistes de Vichy pour décrire le combat livré sur les rives de l’Ourcq. Choqués par les expressions du capitaine Gillot ils ont corrigé l’original conservé aux Service Historique de la Défense. Lorsque Gillot écrit « ils sont transformés en cadavres » ils notent en marge « expression à modifier ». Lorsqu’il écrit « Boches », ils barrent et notent « Allemands », etc.
Si Georges, Désiré GILLOT incarne en sa personne toutes les valeurs de la Résistance il n’en est pas de même de tous les hommes de son unité, qui compte en son sein la figure proue de la collaboration qui n’est autre qu’Aimé, Joseph Darnand. Notons au passage que, si le combat du 13 juin figure en bonne place dans Mémorial de France, c’est pour une bonne part en raison des liens très étroits tissés entre ce combattant et l’équipe du maréchal PÉtain. Ancien combattant de 14/18, Darnand a été affecté en 1939, comme lieutenant, dans le corps-franc de 150 hommes du 24ème BCA. Chargé d'actions de commando et de renseignement derrière les lignes ennemies, il est nommé « premier soldat de France » et fait officier de la légion d'Honneur, par le général GEORGES, pour être allé chercher aux mains de l'ennemi, dans la région de Forbach, le 8 février 1940, le corps de son chef et ami, le capitaine Agnely. Ce valeureux soldat, est aussi un homme d’extrême-droite qui rejoindra après l’armistice l’équipe du maréchal PÉTAIN Son principal rôle historique est la fondation de la Milice française, organisation paramilitaire de type fasciste, supplétive de la Gestapo et chargée de la traque des Résistants, des Juifs et des réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO). Marqué par son passage chez les chasseurs alpins, il s’est inspiré de leur uniforme pour créer celui de la milice. Cette initiative a été ressentie douloureusement par les hommes du 24e BCA engagés dans la Résistance, notamment le capitaine GILLOT. Présent à Vaujours, le 13 juin 1940, le corps-franc de Darnand, chargé d’assurer la sécurité du PC du Bataillon, installé au cœur du village de Vaujours, n’a pas pris part au combat. Mais comment les amis du maréchal auraient-ils pu rendre hommage aux combattants, sans mentionner l’unité dans laquelle a servi le créateur de la milice ?
On peut s’interroger sur les mécanismes qui conduisent un soldat courageux à basculer dans le crime. Le Darnand de la période de l’Occupation est un être sulfureux, mais son itinéraire est une aventure personnelle, qui n’a rien à voir avec l’âme du 24ème Bataillon de Chasseurs Alpins, dont la plupart des hommes, à commencer par le capitaine Gillot, se sont illustrés dans la Résistance et ont souffert de la carrière collaborationniste de leur ancien camarade, sentiment aggravé par le sacrilège à leurs yeux commis par celui qui affublait de leur uniforme les supplétifs de l’envahisseur nazi.
Nous donnons pour mémoire la suite de la carrière de Georges, Désiré Gillot. Rappelé à l’activité à compter du 1er septembre 1944, il est affecté à la direction Générale des Études et Recherches (DGER), affecté au SDCE, par arrêté ministériel du 1er septembre 1946, placé « hors cadre » en mission et mis à disposition de la présidence du Conseil des Ministres (SDECE), à compter du 01/09/1946.
Promu au grade de chef de bataillon le 1er avril 1951, il cesse d’être placé « hors cadre en mission » et est mis à disposition du général d’armée, Commissaire général de France en Indochine. Le 19 août 1954, il est remis « hors cadre » en mission, à disposition de M. le secrétaire d’état à la Présidence du Conseil. Il est enfin admis à faire valoir ses droits à pension de retraite, pour limite d’âge, à compter du 03/04/1959 et inscrit au tableau d’avancement au grade de lieutenant-colonel de réserve, au titre de l’année 1960.
Décorations
Chevalier de la Légion d’Honneur (25/06/1940) - Croix de guerre 1939-45 avec Palme. Officier de la Légion d’Honneur (15/12/1953). Citation à l’ordre du corps d’Armée (10/08/1945) – Croix de guerre 1939-45. Médaille de la Résistance 24/04/1946 Jo du 17/05/1946.
Croix des Combattants volontaires, brevet 1319, décision n° 68 du 30/08/1056. Médaille des évadés, décision du 03/02/1950 Jo du 10/02/1050. Citation à l’ordre de l’armée ordre général n° 571 du 4 juillet 1941 le général d’armée commandant en chef des forces terrestres, ministre, secrétaire d’état à la guerre, a fait dans l’ordre de la Légion d’Honneur les nominations suivantes au grade de chevalier. Le présent ordre comporte en outre la Croix de guerre avec Palme.
Citation à l’ordre du corps d’armée en date du 10 août 1945 du général de GAullE, président du Gouvernement Provisoire de la république Française, chef des armées. Ces citations comportent l’attribution de la Croix de guerre, avec étoile de vermeil.
Nous avons tenu à résumer la biographie de Georges Gillot parce que cet homme incarne toutes les valeurs de la Résistance et fait honneur à l’uniforme des chasseurs alpins, qu’il portait en juin 1940. Il est le contretype du lieutenant Darnand, créateur de la Milice française, organisation paramilitaire de type fasciste supplétive de la Gestapo, qu’il a abusivement affublée de l’uniforme prestigieux des chasseurs.

