ANTOINE LUSSON FILS À SAINT-MÉDARD : les vitraux
UNE RÉALISATION MAJEURE DE L’ART DU VERRE AU XIXème SIÈCLE
Méprisé parce que méconnu, le vitrail du XIXème siècle a longtemps été considéré par bien des historiens d’art comme une production quasi-industrielle permettant la diffusion de l’iconographie sulpicienne. Davantage étudié depuis une vingtaine d’années, il connaît aujourd’hui une lente réévaluation liée aux deux principaux pôles d’intérêt qu’il suscite : son iconographie et ses auteurs. Sur ces deux points, les verrières de SAINT-MÉDARD présentent un grand intérêt par la cohérence de leur programme iconographique et par l’origine unique de leur concepteur, l’atelier LUSSON. Grâce aux archives de la paroisse, qui nous ont été ouvertes en 1979 par l’abbé DARIDAN, nous avons pu étudier les circonstances précises de leur financement et de leur mise en place.*
* Ordonné prêtre en 1938, l'abbé DARIDAN, a terminé son sacerdoce à Tremblay, où il a été chargé de la paroisse SAINT MÉDARD pendant 13 ans. Il est décédé en 1997 à Bobigny. Nous lui savons gré de l'aide qu'il nous a apportée en 1979. Nous remercions également son successeur, le Père Louis LARCHER, qui a facilité nos observations in situ, ainsi que le Père Yves ABERT pour ses avis sur notre étude.
L'atelier Lusson
Lorsque Alexandre Brongniart ouvre son atelier de peinture sur verre à la manufacture de Sèvres, il bénéficie de commandes du roi et de la famille d’Orléans. il recrute des collaborateurs renommés pour la facture des cartons, comme les peintres Ingres et Delacroix ou l’architecte Viollet-le-Duc. En 1837, Louis-Philippe décide de faire restaurer la Sainte-Chapelle. Les travaux sont lancés en 1845 et confiés à Félix Durban, aidé d’Eugène Viollet-le-Duc. en 1849, un concours est organisé pour recruter les restaurateurs des vitraux. Le lauréat, Henri Gérante meurt peu après et le chantier est confié à Antoine Lusson, arrivé second au concours.
De nombreux panneaux sont en désordre ou installés dans de mauvaises fenêtres. Les vitraux sont démontés puis restaurés, l'un après l'autre, en commençant par la Genèse. Le but est de tout restituer dans son état de 1248. On élimine donc les scènes restaurées aux XIIIe et XIVe siècles, ainsi que les pièces insérées aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais chaque élément déposé bénéficie d'un relevé sous la forme d’une aquarelle extrêmement détaillée. Puis les scènes manquantes sont repeintes, en prenant comme modèle des personnages, représentés dans des postures analogues, sur d'autres vitraux du XIIIe siècle.
Les panneaux anciens sont nettoyés, les plomberies refaites, puis l'ensemble est monté. Cettrestauration remarquable va générer le style « archéologique » qui va être adopté par l’atelier LuSSoN et tous les créateurs de vitraux de l’époque.
Né en 1840, Antoine Lusson fils n’a que 9 ans lorsque la candidature de son père est retenue pour la restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle, mais pendant toute cette période, il va baigner dans l’élan de créativité qui est au cœur de l’atelier. Lorsque son père meurt, le 19 décembre 1853, il va prendre sa succession. Comme il porte le même prénom, l’atelier poursuivra son activité en profitant de la renommée de la signature Antoine Lusson. Edouard Bourdon, gendre et associé d’Antoine Lusson père assure la direction de l’entreprise. Les frères Carl et Frédéric Küchelbecker qui travaillaient avec Antoine Lusson père entrent en conflit avec son successeur, quittent l’atelier et se mettent au service du carmel du Mans qui ouvre une fabrique de vitraux.
La charge de travail étant insuffisante pour l’atelier Lusson dans la Mayenne, une succursale est ouverte à Paris, rue Laval.*
* La rue LavaL, dénommée à l’origine en mémoire de Marie-Louise de LavaL-Montmorency, abbesse de Montmartre, a été rebaptisée « rue Victor Massé » en 1887, du nom du compositeur et professeur français (1822-1884).
En 1855, à l’âge de 15 ans, Antoine Lusson fils signe un vitrail représentant la vie de la vierge pour la cathédrale Notre-Dame de Paris. L’a-t-il créé tout seul ? On pourrait en douter. Ce vitrail se trouve encore en place, selon le site de la cathédrale, mais il est inaccessible, depuis l’incendie. La même année ; il signe, en association avec Léon Lefèvre, une Annonciation à Saint-Maur-des-fossés, Val-de-Marne.
Ce qui frappe dans la carrière d’AntoineLusson fils, c’est la précocité de son travail. Lorsqu’il réalise la grande verrière de l’église SaiNt-Médard, en 1863, il n’est âgé que de 23 ans. dDe 1855 à 1876, son atelier connaît une activité intense : il réalise des verrières figurées et des grisailles pour toute la France. Lorsqu’il décède, en 1876, à lâge de 36 ans, il laisse derrière lui une œuvre considérable. À son actif, nous recensons des dizaines de chantiers à travers la France, avec des oeuvres réalisées en collaboration avec Léon Lefèvre ou en solo, d’après des cartons signés de nombreux peintres. Réalisés entre 1863 et 1870, les vitraux de l’église Saint-Médard de Tremblay-en-France sont tous l’oeuvre d’Antoine Lusson fils, seul ou en collaboration avec Léon Lefèvre.
Ectrait des comptes de la Fabrique de Saint-Médard, Archives de la Paroisse, année 1863
Cliché SEHT
Extrait des comptes de la Fabrique de la paroisse Saint-Médard, année 1863
"Payé à M. Lusson peintre sur verres en acompte
pour le solde de la verrière principale de l'église : 1597 francs 40"
Nous avons souligné la phrase dans le texte
La cohérence du récit iconographique qu’ils développent doit beaucoup à la personne de l’abbé Trébéden**, curé de Saint-Médard, qui l’a programmé avec son équipe paroissiale.
**Nous avons évoqué l’abbé Trébéden, curé de Tremblay, dans le bulletin n° 15, pour le témoignage qu’il a laissé sur l’occupation du village pendant la guerre de 1870-1871. Ses carnets ont été largement cités par André Hustin, dans Les Allemands à l’est de Paris, du canal de l’Ourcq à la Marne,1870-71, Paris 1912, Librairie Contemporaine.
RÉALISATION ET POSE DES VITRAUX : 1863-1887
- Par leur style et leur localisation, les vitraux de l’église SAINT-MÉDARD se divisent en deux groupes
- Ceux de l’avant-nef, sont consacrés à des saints, représentés en pied, dans un style sulpicien.
- Ceux du choeur illustrent des passages de l’Ancien et du Nouveau Testament, réalisés dans un style que nous qualifierons de néo-gothique, en raison de ses références au Moyen-Âge, par le choix des vêtements et des décors.
Les vitraux de l’avant-nef ne portent pas de signature. Consacrés à des représentations de saints, ils constituent probablement des réalisations d’atelier faites en série, selon des cartons que l’on reprenait à la demande. D’un format identique, les saints sont présentés dans des niches encadrées d’une même décoration, formée de deux colonnes de marbre, dont le chapiteau est inspiré librement de la forme corinthienne, tandis que la base est cannelée.
L’ensemble est surmonté d’une ornementation chargée et ne couvre qu’une partie de la superficie des vitraux,complétée par un remplissage de dessins géométriques, ce qui confirme que ces vitraux n’ont pas été conçus spécialement pour Tremblay.
Signature d'Antoine Lusson fils, au bas de la grande verrière
cliché SEHT
LES VITRAUX DE LA PARTIE ORIENTALE
vitraux numérotés de 1 à 12
L’église Saint-MÉDARD se compose de deux parties :
- la partie orientale construite au XVIème siècle,
- la partie occidentale ajoutée au XVIIème siècle, par l’architecte Jean-Jacques CELLÉRIER.
Conçus par l’atelier LUSSON entre 1863 et 1887, les vitraux de la partie Renaissance de l’édifice constituent un programme iconographique cohérent, dont le style néogothique est marqué dans le dessin des visages, inspiré des gravures du XVème siècle, dans celui des vêtements et des armures et dans celui des décors, montrant des fortifications moyenâgeuses.
Parmi les scènes représentées, les plus caractéristiques de ce style sont peut-être l’offrande de la dîme du butin par ABRAM à MELKISÉDEK où le futur ABRAHAM est curieusement revêtu d’une armure dorée du XVIème siècle ; MOÏSE dressant le serpent d’airain où l’on aperçoit la tour d’un donjon qui domine, à l’arrière-plan, deux chevaliers en armure et leur monture ; le sacrifice d’ABRAHAM dans lequel le patriarche coiffé d'un turban est est armé d’un énorme cimeterre.
Les chapelles latérales de la 9ème travée sont consacrées à la Vierge au nord, àla Sainte Famille au sud.
De la cinquième à la huitième travée, les bas-côtés de la partie orientale possèdent deux séries de quatre baies dédiées aux apôtres PIERRE et PAUL.


Source :
article de H. Revel, Les vitraux de Saint-Médard, chef d'œuvre de l'art du verre au XIXème siècle, bulletin n° 44 de la SET, année 2020



Madame, Monsieur,
Votre site est remarquable. Remarquable d'intérêt archéologique sur ce sujet peu abordé qu'est encore le vitrail.
J'ai résidé 25 ans à Aulnay sous Bois et étais passée à coté de vos richesses.
Je les découvre aujourd'hui, alors même que je viens de découvrir 3 signatures Lusson fils sur 3 de nos vitraux de notre église Saint Aubin de Jouy-le-châtel 77;
J'admire vos pièeces justificatives. Je cherche trace dans nos quelques comptes de fabrique d'une dépense afférente à leur pose.
Je vous rendrai prochainement une visite et souhaiterais vous rencontrer.
Bien cordialement
Isabelle Denant
isadenant@gmail.com
Le 16-06-2021 à 14:29:18
Bonsoir,
Notre église Notre Dame de l'Assomption à Renescure (Nord) a bénéficié des talents d'Antoine Lusson fils vers les années 1867-68. Beaucoup de décors géométriques,
Hélàs, ils ont été détruits en mai 1940 lors des bombardements des alliés.
Il n'en reste rien, hormi quelques fragments retrouvés dans le cimetière.
Hervé Devassine,
président de l'association Renescure d'hier
Le 03-08-2023 à 20:31:14
Bonsoir,
Notre église Notre Dame de l'Assomption à Renescure (Nord) a bénéficié des talents d'Antoine Lusson fils vers les années 1867-68. Beaucoup de décors géométriques, de grisailles à motifs feuillagés.
Hélàs, ils ont été détruits en mai 1940 lors des bombardements des alliés.
Il n'en reste rien, hormi quelques fragments retrouvés dans le cimetière.
Hervé Devassine,
président de l'association Renescure d'hier
Le 03-08-2023 à 20:33:11