Mort du résistant FTPF Antoine Cusino, le 18 août 1940
Mort du résistant FTPF Antoine Cusino le 18 août 1940
Source
- Maurice Decorzant, Témoignage, bulletin n° 19 de la SEHT, année 1995.
- Hervé Revel, La banlieue Nord-Est de Paris dans la Deuxième Guerre mondiale, éditions Fiacre 2012.
- Jean Blanchot, Les combats de la Résistance contre les nazis au Vert Galant, bulletin de la SEHT n° 26, année 2022.

Le résistant Antoine Cusino, fusillé le 18 août 1944, archives de la SEHT, fonds Jean Blanchot
Antoine Cusino appartient au groupe FTPF de Tremblay-en-France, commandé par Fernand Dive, dit Gourget, commanandant de la 11ème Région FTPF.
Le 18 août 1944, le groupe monte une expédition pour récupérer de l'essence. Il est informé d'une livraison effectuée à l'un des postes de la route des Petits Ponts, à Villepinte, à l'angle de la rue conduisant à la Mairie. Le caporal Antoine Cusino conduit l'opération. Une camionnette prêtée par un boucher de Villeparisis emmène sur place les six hommes qui accompagnent Antoine Cusino. Celui-ci n'est armé que d'un vieux pistolet qui fera l'affaire pour intimider un quelconque gêneur, mais ne serait d'aucun secours en cas de rencontre avec les Allemands. La proximité du château Bataille, siège de la Kommandantur locale, rend cette expédition particulièrement dangereuse, le véhicule risquant à tout moment d'être repéré et contrôlé par les nazis.
À l'arrivée du groupe, cinq des membres de l'expédition pénètrent dans le café, tandis qu'Antoine Cusino reste à l'extérieur, en compagnie de Georges Jægle. C'est alors que surgit une automitrailleuse allemande qui, venant de la Kommandantur, se dirige sur le véhicule. Jægle se précipite à l'intérieur du café et donne l'alerte. Tandis qu'il prend la fuite avec ses compagnons, Antoine Cusino est surpris alors qu'il tente de dissimuler son pistolet dans la camionnette. Emmené baïonnette au canon par deux soldats, il est conduit séance tenante derrière le château Bataille où il est fusillé. Après cela, les nazis jettent son corps devant la Mairie, pour effrayer la population.
L’action du groupe Dive se situe pour l’essentiel sur le plan de la propagande, elle ressemble aux activités militantes menées avant guerre. Maintenant, il ne s’agit plus de gagner les esprits aux idéaux de la révolution communiste, mais de discréditer le régime collaborationniste de Vichy, démoraliser l’adversaire, appeler les Français à se dresser contre l’Occupant. Les tracts, affiches, prises de paroles, ne sont pas les seules armes. Les manifestations de masse sont plus efficaces encore. Ainsi, à la veille de la Libération, les obsèques du caporal FTPF Antoine Cusino, membre du groupe Dive, fusillé par les nazis, sont-elles l’occasion d’organiser une manifestation de masse qui marquera l’opinion locale. Transportée au sanatorium de Villepinte, la dépouille du jeune partisan est récupérée par ses camarades et ramenée au domicile de ses parents, où une garde d’honneur veille le défunt jusqu'au jour de ses obsèques, fixées au mardi 22 août 1944. Elles donnent lieu à une imposante manifestation populaire.
Le cortège qui se rend au cimetière s'étire sur une distance d’environ 2 kilomètres. La foule est évaluée à 2 000 personnes par le commandant Gourget, dans son rapport. Encadrée par un service d'ordre dissimulant des armes sous les vestes ou dans des sacoches, le convoi est accompagné d'un véhicule occupé par des partisans en armes. Fort heureusement, le régiment que les Allemands opposeront au 22ème d'Infanterie de l’armée américaine, le mardi suivant, n'est pas encore arrivé sur place.
Les obsèques du jeune supplicié donnent lieu à une imposante manifestation populaire. Le receveur des postes, Monsieur Oddou, se souvient avoir rejoint le cortège route des Petits-Ponts. Il rapporte que la foule s'étirait sur la chaussée, de la route des Petits-Ponts jusqu'au Vieux-Pays, soit sur une distance d’environ 2 kilomètres.
Avant la cérémonie, une veillée d’armes a été organisée auprès du corps, un registre de condoléances a été ouvert pour recueillir les signatures de la population. Au cimetière, Fernand Dive, sous son pseudonyme de commandant Gourget, prend la parole au nom de la compagnie «Commune de Paris» qu'il commande et à laquelle appartenait le caporal Cusino, matricule 311, tombé en service commandé. Le président du Comité de Libération rend hommage au défunt, au nom de la population résistante. Tout cela relève de l’hommage légitime rendu à un combattant, mais procède d’une mise en scène qui a pour objet de gagner les cœurs à la cause de la France combattante. Au terme de la cérémonie, le commandant Dive alias Gourget, en donne le compte rendu suivant :
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Rapport du résistant Fernand DIVE, alias commandant Gourget, archives de la SEHT, fonds Jean Blanchot
« Le caporal Cusino, matricule 311 est tombé en service commandé, dans une opération. Pris par les Boches il fut fusillé (rapport déjà fourni).
J’ai eu le douloureux devoir de régler tous les détails des obsèques et toutes les démarches officielles concernant la reconnaissance du corps, l’ensevelissement, le transport du corps entre deux communes.
La famille et moi-même avons reçu la proposition de la part du maire actuel que les frais des obsèques et une concession perpétuelle seraient à la charge de la commune.
J’ai refusé formellement la proposition en ce qui concerne les frais des obsèques car elle émane d’une personne publique qui s’est mise d’elle-même, de par son action, en dehors de la communauté nationale. Quant à la concession perpétuelle, j’ai cru devoir accepter, disant au représentant de ce monsieur, que la Terre de France, appartient à ceux de ses fils qui savaient la défendre et mourir pour elle et qu’il était normal qu’Antoine Cusino en ait un morceau pour l’éternité. Depuis que nous avons pu récupérer le corps, ce camarade est veillé de jour et de nuit par nos hommes et j’ai donné l’ordre de s’opposer par les armes à une reprise du corps par les Boches.
Dimanche après-midi, ente 15 heures et 19 heures, une garde d’honneur a été montée près du corps et une écritoire FFI-FTPF a reçu un grand nombre de signatures. Les obsèques ont eu lieu mardi à 14 heures, avec le concours d’une nombreuse assistance (2 000 personnes environ). Nous avons assuré le transport de la mère, de la sœur et de la jeune fiancée. Je signale ici la haute valeur morale du père, notre camarade du Parti communiste Cusino qui surmonte sa douleur, nous a demandé de poursuivre plus que jamais notre lutte militaire et politique. Au nom de notre compagnie « commune de Paris » j’ai adressé, au cimetière, un suprême adieu à notre camarade, et le président du Comité local de Libération lui a exprimé l’adieu de la population résistante.
Les obsèques se sont déroulées sans incident. Il est mort pour que vive la France. »
Le CO de la 11 – au CE inter-régions

