Sécularisation de la Grange-aux-Dîmes
Sécularisation de la Grange-aux-Dîmes
Jusqu’à la Révolution, la Grange-aux-Dîmes est l’élément clé de la gestion de la seigneurie de Tremblay. Située dans l’enceinte de la ferme du Château, elle est à la fois le lieu où l’on conserve le produit de la dîme et des champarts et les récoltes de la réserve seigneuriale.
Lorsque les terres du clergé situées au terroir de Tremblay sont mises en vente, au titre des Biens Nationaux, le Conseil général de la commune, réuni le vendredi 30 juillet 1790, estime le bien à une valeur de deux cent mille livres.
Sa délibérations précise « La ferme dite le Château de Tremblay consistant en un grand corps de ferme contenant plusieurs bâtiments et lieux grande cour et jardin, avec la quantité de quatre cent cinquante deux arpents de terre labourable ou environ, dix arpents vingt perches de prés ou environ, une saussaie en bosquet dite la Remise du bateau, contenant quatre arpents ou environ, et tous les champarts sur environ deux cent quatre-vingt trois arpents, et les demis champarts sur environ 127 arpents dans la paroisse et territoire du dit Tremblay, estimé à la somme de deux cents mille livres, louée au sieur Louis Courtier ».
La qualité des terres et la dimension des fermes attirent les grands financiers de l’époque et le vœu de la commune ne pourra se concrétiser. La ferme du Château est adjugée le 13 janvier 1791. Le tableau des ventes des Domaines Nationaux effectuées dans le département de Seine-et-Oise en exécution des lois antérieures à celle du 28 ventôse an IV, district de Gonesse, nous apprend que la ferme est adjugée à un financier parisien, Jean Girardot de Marigny, ancien gérant de la banque de Necker et Thélusson, devenue en 1789 la Société Greffulhe, Montz et Cie (1). L’homme est un représentant éminent de la banque protestante. La fortune de sa famille était déjà solidement établie au XVIIème siècle. Au début de l’année 1791, il entreprend à Tremblay une série d’acquisitions, conduites en 3 mois. Elles portent sur une superficie de 1 240,75 arpents pour la somme de 1 079 700 livres. Il réunit les terres de la ferme du Château, de la ferme de Conac et celles des bénédictins de Saint-Martin-des-Champs, des dames carmélites de Paris, celles des abbayes de Longchamp et d’Yerres. À lui seul, il emporte 50,15 % des Biens Nationaux de Tremblay. Les dimensions de la Grange-aux-Dîmes permettront l’accueil de l’ensemble des récoltes de céréales du domaine qu’il vient de constituer.
Jean Girardot de Marigny décède à Paris le 10 pluviôse an IV. Le 18 juin 1808 la ferme du Château est vendue au profit des descendants de la famille. Elle est adjugée pour 421 000 francs au baron de Meneval. Le 11 mars 1832 elle est acquise conjointement avant leur mariage par le comte de Gourgues et sa future épouse.
En 1859 la ferme du Château constitue le 3ème lot de la succession de Mme Aimardine de Fouquet comtesse de Gourgues. Elle est acquise par François, Eustache Fontaine. Il regroupe dans la ferme du Château les terres mises aux enchères le 10 mai 1859 par la famille de Gourgues et celles mises en vente le 12 mars 1867 par la famille Turgot (2).
La propriété de la ferme du Château passera ensuite de François Eustache Fontaine à la famille Bernier, puis à Monsieur Pierre Dubois. La vente envisagée en 2021 par Monsieur Christian Dubois ne porte pas sur les terres. Elle concerne seulement les bâtiments d’exploitation, y compris la Grange-aux-Dîmes, bâtiment classé à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en mai 1939.
1 - Tableau des ventes des Domaines Nationaux effectuées dans le département de Seine-et-Oise, Archives départementales des Yvelines. Q 354.
2 - Pour le détail de ces ventes et l’histoire de la ferme du Château voir Les Turgot et les de Gourgues à Tremblay, galerie des propriétaires et gestion de leur ferme, bulletin n° 30, année 2006, pages 2 à 36.

Délibération du Conseil général de la commune de Tremblay en date du 30 juillet 1790, Archives municipales
La délibération estime le bien à une valeur de deux cent mille livres et déclare vouloir en faire l’acquisition.

La cour enneigée de la ferme du Château vers 1908, archives de la SEHT, fonds Paul Dollé
Réalisé au creux de l’hiver, ce cliché nous présente les propriétaires, Madame et Monsieur Bernier, entourés d’une partie de leurpersonnel. Ils encadrent leurs enfants. Le fils est assis dans un petit chariot dont le timon est tenu par sa soeur. Aux côtés de lamaman se tient M. Deseaux, le premier charretier.
On reconnaît les valets de fermes à leur fourche, les charretiers au fouet qu’il portent à l’épaule.
