L'église du Petit-Tremblay

L'église Saint-Pierre et Saint-Paul du Petit-Tremblay

 

Du  IXème  siècle à la Révolution, la cure de Tremblay releva de l’abbaye de Saint-Denis, qui y cumula les revenus du Seigneur spirituel et temporel. Dès l’an 834 l'empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne et de Hildegarde donnait Tremblay à l’abbaye de Saint-Denis, donation qui fut confirmée en 1183 par le pape Luce Ill, puis le siècle suivant par le pape Alexandre IV.

 

Au Moyen-âge le village était composé de deux parties qui sont encore distinctes de  nos jours. Elles avaient chacune leur église : Saint-Pierre et Saint-Paul pour le Petit-Tremblay. Saint-Médard  pour le Grand-Tremblay.

 

Pendant près de mille ans l’abbé de Saint-Denis fut seigneur de Tremblay. Il percevait la dime, mais devait assurer une partie des frais du culte. A ce titre l'hôtel abbatial de Tremblay avait l’obligation des fournitures suivantes : « feurrre (1) pour jonchier les deux églises de Tremblay à Toussaint, à Noël et à la Chandeleur : item, le jour de Pâques, vin pour donner à boire à toutes les personnes qui reçoivent Notre-Seigneur » il devait également assurer une partie des revenus du curé auquel il devait  « des muids de blé ct d’avoine ».(Livre vert I, Le Tremblay, chapitre « ce sont les debtes que l’hostel du Tremblay doibt ».

(1) terme d’ancien français signifiant paille

 

 

 

Vue générale de l'église du Petit-Tremblay vers 1920 carte postale édition Weival
cliché SEHT d'après l'original de ses collections don de M. Paul DOLLÉ

 

On pout encore voir, rue de Roissy, quelques vestiges de l'église du Petit-Tremblay. Selon Lucien Noël (Montfermeil et sa région, fragments historiques, deuxième série, I933), cette église aurait été construite au XIIIème siècle. Ce n‘était pas l’avis de l’abbé Lebeuf qui signalait en 1754 qu'elle paraissait « être toute neuve à la réserve du portail qui pouvait avoir 200 ans d'antiquité ou environ » (Histoire de la ville et du diocèse de Paris 1754,  15 volumes).

 

 

 

Vestiges de l'ancenne église Saint-Pierre et Saint-Paul, rue de Roissy. Cliché SEHT

 

La dédicace de l'église du Petit-Tremblay avait été faite sous le litre de Saint-Pierre et Saint-Paul, le dimanche 2 juillet 1531, en qualité  de succursale du Grand- Tremblay, par Guillaume Leduc, on présence de Jean Rongemaille, curé. Les indications do l'abbé Lebeuf permettent d'estimer qu’elle avait été rebâtie ou pour le moins restaurée, vars le milieu du XVIIIème  siècle.

 

Le vicaire de Tremblay célébrait quotidiennement l’office dans cette église, mais elle n'était que la succursale de celle du Grand- Tremblay. On y disait la messe on y enterrait, mais on n’y baptisait pas. Le village ne constituait qu’une seule paroisse.

 

La Fabrique de l‘église Saint-Pierre et Saint-Paul possédait sous l’Ancien Régime 29 arpents de terre en 38 pièces. Bien que cette superficie, environ 15 ha fût relativement modeste, cette Fabrique disposait de revenus propres, qui lui permettaient de supporter les frais du culte et de rémunérer partiellement le vicaire, qui complétait ses ressources en exerçant la fonction d'instituteur. Ceci est confirmé par les registres paroissiaux, dans lesquels on relève, à la date du 21 juillet 1560, un état des messes dites à Saint-Médard et à Saint-Pierre et Saint-Paul. Plusieurs de ces messes sont en effet dites par le « magister ».

 

Les biens de la Fabrique du Petit-Tremblay furent vendus, an titre des Biens Nationaux, le 20 décembre 1792, et acquis par Nicolas Coquart, maréchal et laboureur domicilié à Tremblay, pour une somme de 30.300 livres. Le l8 septembre de l’année suivante, il acquit l‘église Saint-Pierre et le cimetière attenant, pour une somme do 3.800 livres.

Lorsque l’église avait été mise à l’adjudication le citoyen Amelot, administrateur des Biens Nationaux avait fait remarquer aux administrateurs du département de Seine-et-Oise qu‘aux termes d‘un décret du 6 mai 1791, les cimetières des églises et des succursales supprimées ne pouvaient être vendus que dix ans après le  jour des dernières inhumations. À leur tour, les administrateurs s’étaient adressés au directoire du district de Gonesse, on le priant d‘insérer au  procès-verbal de vente une clause précisant que l’adjudicataire ne pourrait faire aucune fouille dans ce cimetière, avant le délai fixé par la loi. Souhaitons, pour la quiétude dos défunts, que celui-ci ait respecté cet engagement.

 

Nous possédons l’inventaire détaillé des biens mobiliers de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul.

Il renferme un certain nombre d’œuvres d‘art qui furent vendues par adjudication, le 9 prairial an II. Parmi celles-ci, nous relevons une vierge en bois, un Christ sur sa croix, cinq tableaux

De telles dispersions choquent aujourd’hui notre sensibilité. Elles étaient courantes dans le climat de l‘époque qui faillit, par exemple, disperser les tombes royales de Saint-Denis. Elles furent sauvées par Alexandre Lenoir (2) qui développa, à leur sujet, pour la première fois, la notion de patrimoine national, qui, en matière artistique, était nouvelle

 (2) Grâce à l’action d’Alexandre Lenoir les tombeaux royaux furent sauvegardés et conservés au musée du monument français installé aux Petits Augustins. C’est Louis XVIII qui décida leur retour à Saint-Denis, opération qui fut réalisée en 1817.

 

Lors de la vente du 2 prairial an II, tout le mobilier de l’église du Petit-Tremblay fut vendu avec les objets d‘art, les ustensiles du culte, les vêtements liturgiques. On alla même jusqu’à vendre le petit beffroi  de l’église « à charge pour l’adjudicataire d’ no faire aucune dégradation lors de la démolition ». Le citoyen Coquart, qui avait déjà acquis l‘église, jugea sans doute plus prudent pour la conservation de  l’édifice  de ne pas s’en remettre à la délicatesse des démolisseurs. Il se porta lui-même  acquéreur et remporta l‘enchère, à 36 livres. Propriétaire de l’église et du cimetière, bien qu'il eut l’intension d'utiliser ses acquisitions à un usage profane, il les compléta on achetant une partie du mobilier : la vierge' en bois, 1e Christ sur sa croix, le maître autel ainsi qua trois garnitures d’autel. Cultivateur et maréchal ferrant il en eut sans doute assez peu l‘usage. dans le cadre de sa profession.

 

Désaffectée, l’église fut alors transformée en grange, le cimetière en jardin potager. L’entretien de l‘église-grange fut négligé et le bâtiment se dégrada peu à peu. Elle fut démolie dans les années 1920. II n'en subsiste plus que quelques pans de murs el le portail, en « anse de panier » qui est encore visible depuis le jardin, au n° 70 de la rue de Roissy.



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