La charte du développement

LA CHARTE DU DÉVELOPPEMENT

 

Cette charte a été adoptée à l’issue du VIIIème Congrès de la FMVJ qui s’est tenu à Dakar (Sénégal) en décembre 1973. Basée sur le rapport de M. Jean Rous, elle résume les grands principes découlant des expériences du passé, notamment de la première Décennie du Développement de l'ONU.

 

 

La coopération mondiale des peuples  est la base d’une nouvelle stratégie du développement.

 

Le développement, dont la finalité est le bonheur des peuples et des hommes, et leur épanouissement, ne saurait être confondu avec la croissance ; celle-ci est aujourd’hui remise en question par la menace de pénurie de matières premières, et par ses effets destructeurs (crise, guerres et interventions militaires, pollution de la planète, épuisement des sols, etc.

 

La croissance ne se justifie que si elle est maîtrisée par une stratégie du développement dans le but d’harmoniser, par la justice, les conditions de vie des peuples des divers continents, et de combler le fossé sans cesse grandissant qui sépare les masses des continents sous-développés de la minorité des contrées développées.

 

L’aide au développement et la coopération internationale actuellement pratiquée sont justement critiquées par les peuples intéressés et par la plupart des organisations internationales. Le bilan de la Décennie d Développement a été ressenti comme un bilan de déception. C’est pourquoi l’aide et la coopération doivent être reconsidérées dans leurs aspects quantitatifs, qualitatifs et dans leurs modalités.

 

Tout d’abord l’aide demeure une nécessité impérieuse en ce qui concerne les pays les plus démunis qui ont besoin d’installer les infrastructures de base pour permettre le démarrage. Elle s’impose également pour des raisons de solidarité en vue de mettre un terme aux misères les plus révoltantes, ou de faire face à des situations résultant de calamités naturelles.

 

Il convient de dénoncer certaines pratiques dans la mesure où elles agissent au nom de l’aide ou de la coopération, alors que bien souvent elles ne constituent qu’une forme de crédit à l’exportation, ou ne bénéficiant qu’à des intérêts privilégiés, ou encore comportant des charges exorbitantes sous la forme d’intérêts excessifs, de rapatriements incontrôlés de profits, ou de frais administratifs disproportionnés par rapport aux résultats.

 

Au contraire de ces formes d’ « aide », l’aide véritable est celle qui accroît le développement de l’économie ou de la culture des pays intéressés, au lieu de profiter, comme il arrive fréquemment, à de grandes sociétés internationales.

 

L’aide doit d’abord être orientée vers la formation de cadres ou de formateurs. Elle doit favoriser le développement du modèle culturel propre à chaque pays. Elle ne saurait rechercher exclusivement l’accroissement du produit national brut, mais également l’amélioration du logement, de l’emploi, de l’éducation.

L’action pour le développement pourra être facilitée

Si, selon les propositions de l’ONU en septembre 1973, ou les résolutions adoptées par les VIe et VIIe Congrès de la FMVJ, une partie croissante des crédits de guerre est consacrée aux œuvres de paix.

 

L’aide qu’elle soit bilatérale, régionale ou internationale, selon le libre choix des intéressés, doit favoriser la formation de grands ensembles régionaux en vue de créer une économie viable et équilibrée.

 

Enfin l’aide doit déboucher sur une véritable coopération en vue du développement réciproque de partenaires égaux en droits.

L’aide et la coopération n’atteindront pas leurs objectifs tant que sévira dans l’économie et le commerce international la détérioration des termes de l’échange. Cette détérioration constitue la forme la plus grave de l’injustice dont souffrent les pays sous-développés. C’est pourquoi seule la stabilisation des prix par des stocks régulateurs de matières premières permet d’assurer le minimum vital des populations prolétaires. Et cette stabilisation ne pourra être satisfaite que par de profondes réformes de structure dans le commerce mondial, et par le changement du rapport des forces résultant notamment de l’organisation des producteurs et de contrats de complémentarité et de développement entre pays producteurs et pays consommateurs de matières premières.

 

Qu’il s’agisse de la fixation des prix ou de la réforme monétaire internationale, des pays sous-développés doivent participer à égalité de droits aux décisions qui ne sauraient être l’apanage de quelques pays riches.

 

La coopération et le développement comportent des obligations réciproques. Il n’y a pas de développement sans conscience du développement, ni sans l’effort propre des intéressés pour se développer. L’essentiel est de promouvoir un développement autonome et centré sur une économie contrôlée par les peuples. Le devoir des pays industrialisés est, à cet égard, de créer un climat international favorable pour que les pays sous-développés puissent réaliser ces réformes dans le respect de leur indépendance. Les pays du Tiers-monde doivent pouvoir devenir les maîtres de leurs ressources et réaliser leur décolonisation non seulement politique, mais économique et culturelle, en étant assurés de la sécurité internationale.

 

La coopération quelle que soit l’inégalité des apports, doit être, pour chaque participant, une source d’enrichissement mutuel et l’occasion privilégiée où doit s’exercer, dans la dignité et le respect réciproque du partenaire, la règle du « donner et du recevoir ».

 

La coopération doit être synonyme de libre choix ente les formes de la coopération, ainsi que d’adhésion et de participation consciente des intéressés à tous les niveaux. C’est pourquoi elle ne saurait être seulement une coopération entre États, mais doit devenir une coopération entre peuples. Pour que la coopération devienne l’affaire des peuples, et soit fondée sur l’adhésion de l’opinion et la participation concrète des intéressés, la Fédération Mondiale des Villes Jumelées-Cités Unies (FMVJ) a défini, lors de sa conférence de Dakar, en 1963, les principes et les modalités d’une coopération mondiale intercommunale, par le moyen des jumelages entre commune du Nord et du Sud du monde, appuyés sur des comités populaires de jumelage représentatifs des forces vives de la commune.

 

L’ONU, l’UNESCO, le Conseil de l’Europe ont encouragé cette forme de coopération populaire et complémentaire sous l’égide de la FMVJ. Ainsi pourra se situer concrètement la participation des peuples à la vie internationale à partir des communes, fondement même de la démocratie.

 

LA FMVJ INVITE EN CONSÉQUENCE LES ÉTATS

 

à reconnaître

  • qu’on ne peut faire de la coopération sans coopérateurs de la base ;
  • que la consultation et la participation des intéressés, c'est-à-dire des masses populaires, des masses de la jeunesse en particulier, organisées dans leur vie collective : la commune, sont le fondement même de la démocratie ;
  • que sans une sensibilisation, une éducation et une mobilisation de l’opinion mondiale à la base, la coopération demeurera ce qu’elle est : des états-majors à la tête d’un armée fantôme, travaillant au niveau d’une technocratie abstraite et d’une conception aristocratique de la culture.

 

à prélever

un pourcentage sur les budgets de la coopération officielle pour financer la coopération mondiale intercommunale.

 

à concerter

une politique qui rappelle aux organisations mondiales du système des Nations Unies qu’elles sont au service de l’Homme et non pas l’homme à la discrétion de leurs services.

 

C’est pour une démocratie directe de peuple à peuple, faite de contacts entre les cades locaux, les jeunes, les producteurs, les enseignants, caractérisée par des échanges de services concrets, que tissera un réseau de solidarités horizontales, complétant les accords de coopération verticale d’État à État, qui permettra à cette coopération de devenir l’affaire de tous les peuples et de tous les hommes, pour un véritable développement solidaire et humain



Réagir