Mortuaire de Tremblay, Procès-verbal du 14 juin 1656

Extrait du mortuaire tenu par Jehan Turquan, curé de Tremblay

14 juin 1656

Mortuaire de Tremblay, Procèes-verbal en date du 14 juin 1656, cliché SEHT

Archives municipales, ville de tremblay-en-France

Transcription du Document

(notre transcription respecte l'orthographe du document)

 

 

Proces verbal de l’attentast commis au tres Saint, tres Adorable Sacrements de l’autel dont les coppie ont estés fournyes au Conseil de son Eminence. Le tout fait par l’ordre de Messieurs les grands vicaires de l’Archeveché, suivant l’advis à eux donné par le Sieur Curé, porté par son vicaire.

 

Aujourduy mercredy quatorziesme jour du mois de juin  mil six cents cinquante six, environ les cinq heure du matin, nous, Jehan Turquan, pretre bachelier en théologie et curé des eglises de St Medar et St Pierre du Grand et Petit Tremblay en France, diocese de Paris, certifions a tous qu’il appartiendra que , sur l’advis qui nous auroit esté donné par le maistre d’escole, nommé Jehan Benoist, allant sonner le pardon et allumer la lampe a l’eglise de St Medar que la dite eglise estoit vollée et, par un malheur estrange,(1) le tabernacle enfoncé et, par un ung accident plus surprenant que tous les autres, le St cyboire vollé et les Stes hosties, par un outrage qui ne se peult exprimer sans larmes, dispersée sur le marchepied de l’authel en plusieurs endroits et jusqu’à terre ; sur lesquelle advis, estant accourus à l’eglise et fait appeler pour nous assister nostre vicaire et convenir le plus qu’il nous auroit esté possible de nos paroissiens, nous aurions trouvé la plus notable partie du marchepied de l’authel couvert des Stes hosties dispersée et respandue, et une dessus le premier degré (2), une autre vis-à-vis, à terre, dans le pourpris (3) du sanctuaire ; toutes lesquelles Stes hosties, apprès les avoir adorées et fait mettre le peuple là présent en dévotion et prière, nous les aurions recueillis dans des corporaux (4) et les parcelles qui ne se pouvoient separement reprandre ny distinguer que confusement, recueillir en autre linge pretieux, où, apprès avoir posé les Stes hosties sur l’authel, fait entendre au peuple que nous avions plus besoing de larmes et de soupirs que de parolles et que si il fallait detester de telles sacrileges infames pour ung tel attentat, il estoit incomparablement plus utile d’aller à la source et d’en considér(er) la cause que de vouloir en esplucher les effects qui n’estoient autres que nos pechez et des uns et des autres, qui, sans doute, avoient irrité la colere de Dieu, voilé soubz ces especes adorables et ainsi, du reste, pour le peu de reverence, de modestie et de silence que nous gardions dans son St Temple ; les blasphemes, les execrations et les desbauches, et ainsi, du reste, des autres impietez demeurant impunies ; et qu’enfin nous avions juste subjet si ces outrage que Notre Seigneur avoit permis de luy estre faites par les mains sacrileges de ces volleurs infames, ne nous faisoient rentrer en nous mesme ; qu’il falloit aprehender avec aultant de justice que de verité que les traits de Sa Sainte Colere ne fussent desjà lancéz, contre nous.

 

Et, comme nous estions en la recherhe des lieux et des circonstances pour cognoistre plus à fonds du fait de cest horrible accident, ung garson aagé de quinze à seize ans nous auroit apporté un petit pavillon (5) de damas rouge servant à couvrir l’un des ciboires vollés, tout ramassé en toupillon (6), dans lequel nous aurions trouvé cinq hosties qui estoient celles renfermez, dans une petite boite d’argent, laquelle boite estoit enclose dans un ciboire de cuivre doré (aussi emporté et vollé) employé à porter le tres St Viatique aux malades quand le cas le requiert ; lequelle garson interrogé ou il auroit trouvé ledit pavillon et si il estoit en la façon qu’il le nous auroit apporté, nous auroit dit qu’ouy et l’avoir trouvé dans les herbes, derriere l’eglise, ou dessous de la vitre cassée par où ces sacrileges seroient entrés et sortis de l’eglise ; qui au mesme instant aurions esté sur la place avec ledit garson pour cognoistre, visiter et chercher si nous pourrions rencontrer quelque chose de Sacré ou prophane sur ce lieu ; ou n’ayant rien trouvé d’advantage sinon quelque cordage et une grosse piece de bois que l’on nous a dit pouvoir servir à quelque puis ou à quelque profondeur de terre pour tirer en hault (ce que nous aurions fait porter à notre presbytaire) ; où, par appres, estant sortis du cymetiere et revenu à l’eglise pour ratisser, laver (et baiser auparavant) les places ou nous aurions recueillis les tres Stes et Adorables Hosties, nous aurions esté advertis par un autre garson que, sur le coffre ou l’on ressere les cierges, derriere l’authel, estoient encore des Stes Hosties ; où estant arrivez, nous les aurions recuellis et adorez tout ensemble et ycelles portéz avec les premieres. Nous reservant à faire le reste.

 

Et le jeudy quinziesme, nous aurions, apres le peuple assemblé pour la reverence de la feste du tres St Sacrements de l’authel, fait entendre que, suivant l’ordre receu de nos supérieurs, Monseigneur l’archevesquen par Monsieur son Grand Vicaire et Official, Monsieur Du Saussay, eslu (7) et confirmé par le St Siege evesque de Toul, que chaque jour de l’octave (8) de ceste Ste feste se feroit ung salut, le plus solennel qu’il nous seroit possible : commancé par les sept pseaulmes poenitentiels en chant mediocre (9) et en esprit de poenitence ; qu’un sierge brusleroit et seroit allumé incessament pandant chaquun jour, posé sur le marchepied de l’authel ; que le vendredy suivant se feroit et s’observeroit par ung chaquun ung jeune le plus regulier qu’il se pouroit, et le dimanche suivant, l’office et service se feroit le plus solennel avec procession et station aux lieux ou les Stes Hosties avoient esté retrouvéz ; et chaquun an, à pareil jour de dimanche dans l’octave de mesme. Que pour ce nous ferions convenir le plus grand nombre d’ecclesiastiques, nos chers confreres pour nous assister.

 

Et, pour ce, la venerable Congregation de l’Oratoire de Nostre-Dame des vertus nous auroit envoyez, ledit jour de dimanche, six pretres de leur communalte qui, par leur piété, n’auroient pas seulement servy à faire le St Office, mais donné tous les veritables sentiments au peuple et inspire au cœur des asistants la veritable douleur qu’ils debvoient concevoir en tel action, tant par leur silence respectueux que par l’exageration contre ce peche (cause formelle et moralle d’un tel accident) représenté au peuple dans le sermon fait pour ce subject et pour la reverence de la Ste solennité. Qu’ensuitte, tous les dimanche, une année durant, apres la benedietion de la messe de paroisse, seroit chanté l’antienne (10) « Domine nos secundum » et les deux versets suivants avec oraison et versicule (11) et respons le célébrant à genoux sur le marchepied de pour là, en esprit de poenitence, detester non seulement le sacrilege et l’attentat commis, mais tascher, aultant qu’il peult estre en l’homme, de reparer à Nostre Seigneur les outrages qu’il a receus en ce funeste et detestable rencontre de profanation des Sacrez vaisseaux (12) et de l’horrible mespris de son sacré corps et de sa divinité, tout ensemble voilez soubz les especes adorables du pain.

 

Tout ce que dessus ayant este par sa misericorde observé au moins mal qu’il nous a esté possible, Mondit Sieur le Grand Vicaire nous ayant laissé liberté playne et entiere d’ordoner pratiquer et faire tout ce que nous jugerions convenable et utile, et suivant la discretion et le zele qu’il plairoit au St Esprit nous inspirer sans nous vouloir astaraindre ny obliger, mais laisser le tout en nos mains, mesme le pouvoir de bénir d’autres vaisseaux pour reposer les tres Ste Hosties, ainsi qu’il est convenu au mandement (13)  escrit et signé de sa main, au bas de la requeste et advis que nous luy aurions donné et fait donner ; où par appres nous aurions esté à Paris luy rendre compte de ce qui se seroit fait et le suplier tres humbement de vouloir confirmer et ratifier ce que suivant le pouvoir a nous donné, nous aurions fait et ordonné au peuple commis (14) à nostre charge par la providence divine et où la Ste Misericorde jà nous soufre depuis si longtemps.

 

Une chose est digne de remarque à la posterité, c’est que le peuple de Tramblay à tesmoigné de la douleur et de la piété, à la réserve des officiers de justice, sçavoir : Henry Cheron, lieutenant et cabaretier, chez lequelle le jeusne ne fust guere pratiqué, quoyque sans excuse puisqu’il est marryé et se porte bien ; de mesme que le procureur fiscal nommé Claude de La Mare, cy devant domestique de Michel Fermelis, trésorier de Monsieur leprince de Conty ; le gresfier, nomé Estiennes Beauharnois. Pas ung desquelles n’a assisté à aulcune des actions de piété et tant s’en fault ; divertis et empeschés par ung injustice sang pareil que la vérité ne fust cogneus d’un cas si horible et d’un crime qui passe pour le premier de ceux que nous estimons par les loix de leze majeste au premier chef et par une malice qui n’a de pareille que dans l’enfer, mesprise et fait raillerie de tout ce qu’il s’est fait ; et, au moment que l’on estoit en devotion, eux estoient au cabaret a yvrogner et pour terme de leur insupportable insolence, mettre des prisoniers dehors des prisons, sans autre forme ny procedure, sinon que Monsieur le Lieutenant  et procureur et grefier l’ont juge a propos : prisoniers qui ont este pris à my-nuit du jour du vol ; et le lendemain, à midy, sans interrogatoire que fort legere, on les met dehors : dont nous aurions fait nostre plainte et fourny le proces verbal cy devant escrit au Conseil de Monseigneur l’Eminentissime Cardinal Mazaryns, Abé de St Debis, qui auroit blasmé telle procedure et pour ce mandé lesdists officiers. Lesquelle, en plain Conseil, auroient esté blasmés et leur belle justice maltraité, et eux presque destituéz de leur charge et ordonné que doresnavant aulcune chose ne sera entreprise ny poursuivie pour le fait de l’eglise sans prendre l’advis du Sieur Curé, à peyne de faulx et de nullité. Qu’il nous seroit donné advis du résultat du Conseil portant ceste deliberation et que au frais et despans desdits officiers, diligente recherche et perquisition seroit faite et par eus mesme obtenu lettre monitoire pour tirer lumiere et cognoissance d’un tel attentat et qu’ils seroient tenus raporter toute marque et diligence audit conseil, sur peyne de cassation et destitution de leur charge. Ce que jusqu’icy il n’a aparu aulcune acte de leur diligence et pourtant continuent lesdists officiers leur desbauche et leur injustice aussi impunement que jamais. Ce que considérant à part nous et deplorant ung tel estat devant Dieu, nous ne pourrions panser autre chose que la punition de telles impietéz estant retardéz n’en est pas moindre que les jugements de Dieu n’en seront pas moins espouvantables puisque « tarditatem poenae gravitate competit » (15)  notamment a l’esgard des gents qui, par leur charge, doibvent non seulement se guarantir du mal mais enpecher le mal de donner bonne exemple : ce qui n’est pas à Tremblay, à l’esgard des officiers de justice puisque non seulement delaissent vivre les meschans, mais ils le soufrent et le sont eux mesmes. Nous les scandaliserions et la postérité auroit subject de nous blasmer si elle sçavoit et n’estoit playnement instruite que la vie horrible scandaleuse et miserable des officiers de justice est si fort dans la notorieté publique qu’un Chaquun considerant des officiers de justice comme de veritables serviteurs de Dieu et de l’Eglise, dit et peult dire, mesme s’escrier en ces termes :

« Amara olim erat Ecclesia in corde martyrum, amarior in conflictu hereticorum, nunc vero amarissima in moribus domesticorum ».(16)

 

Nos larmes et nos prières, les unes pour la pitié que nous avons d’eux, les autres pour la charité et affection pastorale que nous leur portons, seront toujours employees pour demander à Dieu leur conversion, aussi véritablement et avec les mesmes tendresses de notre cœur que nous supplions sa Sainte-Bonté de vouloir opérer la nostre, et aux uns, et aux autres, nous inspirer le véritable esprit de poenitence.

 

Nous soubsignons cecy comme tres constant et fidellement raporté pour servir de memoire et de tesmoignage des sentiments de douleur et de compassion de nostre cœur.

 

 

Haubourdin, prestre vicaire                                                   Turquan, prestre et cure indigne

 

 

1 – estrange est employé ici au sens de grand, extraordinaire, fâcheux (Cf dictionnaire françois de Pierre Richelet).

2 – degré est employé ici au sens de marche.

3 – le pourpris est l’enceinte d’un lieu (Cf dictionnaire françois de Pierre Richelet). Ce terme est employé ici au sens de enclos.

4 – corporal, corporaux est le linge sacré rectangulaire que le prêtre étend sur l’autel, au début de la messe, pour y déposer le calice et la patène.

5 – pièce d’étoffe qui couvre le ciboire, le tabernacle.

6 – terme d’arboriculture employé pour désigner  plusieurs branches qui s’entremêlent, employé ici pour décrie un linge sacré tirebouchonné.

7 – nommé.

8 – terme du vocabulaire religieux désignant les huit jours pendant lesquels on dit le même office.

9 -  moyen (Cf. dictionnaire de Richelet qui est entre le trop et le peu).

10 – Selon Richelet ce terme désigne un passage chantéde l’écriture sainte ou des Pères de l’Église

11 – terme du vocabulaie poétique petit vers, du latin versiculus de versus vers.

12 – terme générique qui signifie « toute sorte de vase, de quelque métal que ce soit » (dictionnaire françois de Pierre Richelet).

13 – terme du vocabulaire religieux : « écrit de l’évêque diocésain aux archiprêtres de son diocèse » (dictionnaire   françois de Pierre Richelet).

14 – confiés à

15 – Plus la peine est retardée, plus grave est le châtiment.

15 – Autrefois l’église était ferme dans le cœur des martyrs, plus ferme dans la lutte contre les hérétiques, mais maintenant elle est plus ferme encore en ce qui oncerne les meurs de ses memebres.                                                                                                                     



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