Défense passive
OUVRAGES DE DÉFENSE PASSIVE
DU QUARTIER DU VERT-GALANT
François Gagnepain, président de Villeparisis nous a fait parvenir deux clichés pris le 20 novembre 1939 par M. J. Blondeau, photographe professionnel à Villeparisis ! Ils montrent trois tranchées creusées à Tremblay-lès-Gonesse rue de Lille, rue des Alpes et rue du Limousin, dans le quartier du Vert-Galant. D’une profondeur approximative d’un mètre quatre-vingts, elles sont surmontées d’un parapet créé avec les déblais provenant du creusement.

Tranchée de défense passive, rue de Lille à Tremblay-lès-Gonesse, novembre 1939, cliché J. Blondeau
La première question que posent ces tranchées est de déterminer leur usage. Elles ne peuvent être confondues avec celles réalisées pour les travaux publics. Elles sont beaucoup plus profondes et surtout elles ne sont pas creusées en ligne droite, mais en zigzag, disposition permettant de limiter les effets d’un tir en enfilade lors d’une attaque aérienne. Il s’agit donc d’ouvrages de défense passive.
Le registre des délibérations du conseil municipal de Tremblay présente trois délibérations ayant trait à la défense nationale, adoptées en octobre et novembre 1939. Elles ne l’ont pas été par la liste élue en 1935 qui n’est plus en place en octobre 1939. Rappelons que le président du conseil Édouard Daladier a révoqué 317 conseils municipaux dirigés par des communistes, dont celui de Tremblay-lès-Gonesse, le 26 septembre 1939*. Pour administrer la commune, une délégation spéciale a été substituée à la municipalité dissoute. Mise en place par le préfet, elle comprend Messieurs Héricourt, Guillemin et Jouanai. Elle est présidée par Germain Héricourt, ancien instituteur et secrétaire de mairie.
* Cf. La banlieue nord-est de Paris dans la Seconde Guerre mondiale : « Selon le bilan présenté par le gouvernement, en six mois : 3 400 militants sont arrêtés, 500 fonctionnaires municipaux révoqués, 3 500 affectés spéciaux renvoyés au front, 1 500 condamnations prononcées. Plus de 300 maires, 2 500 conseillers municipaux et 87 conseillers généraux sont démis de leurs fonctions, des centaines de fonctionnaires révoqués, des députés arrêtés à leur domicile ou assignés à résidence en vertu d'un décret du18 novembre, dit « loi des suspects », dirigé contre « les individus dangereux pour la défense nationale », c'est-à-dire les communistes. Parmi les militants communistes arrêtés, certains ne quitteront les prisons françaises que pour être enfermés dans les prisons ou les camps nazis ».

Tranchée rue du Limouzin à Tremblay-lès-Gonesse, novembre 1939, cliché J. Blondeau
Lors de l’installation de la délégation spéciale, le 25 octobre 1939, après avoir décidé de se réunir tous les mercredis à 16 h 30, elle prend ses premières décisions au sujet de la défense passive, question au cœur de ses nouvelles attributions. Avant de les examiner nous rappellerons les principales dispositions législatives dans lesquelles s’inscrivent ces décisions. Une première loi est promulguée le 8 avril 1935. Elle rend obligatoire l'organisation de la défense passive sur l'ensemble du territoire français et en dessine les grandes lignes : création d'une commission supérieure de défense passive chargée d'assister le ministre de l'intérieur, missions des représentants de l'état dans les départements et communes, imputation des dépenses sur le budget de l'État, aménagement d'abris publics et de postes de secours, création de matériel de détection des gaz.
De nombreux décrets d'application de la loi du 8 avril 1935 sont pris jusqu'en 1938. Ils réglementent la fabrication et la vente des appareils de protection contre les périls aérotoxiques, définissent les statuts du personnel de la défense passive, la composition de ses commissions et étendent les dispositions de la loi de 1935 aux colonies et aux pays sous mandat.
De nouvelles dispositions sont prises, le 13 juillet 1938, avec la loi de défense nationale sur l'organisation de la nation en temps de guerre, afin d'assurer la sécurité de la population française en cas de conflit armé. Plus importante que la précédente, cette loi touche à de nombreux domaines. Tout d'abord, elle définit les conditions d'une éventuelle mobilisation des forces vives de la nation française. Elle prévoit le fonctionnement des pouvoirs publics en temps de guerre et précise la répartition des pouvoirs entre l'exécutif et le Parlement. Enfin, des mesures sont prises pour préparer l'organisation de l'économie française en temps de guerre.

Registre des délibérations de la délégation spéciale, séance du 11 octobre 1939
(nous avons souligné le début du passage relatif aux tranchées et à la défense passive). Cliché SEHT.
Le contexte international accélère le rythme de la préparation de la France à la guerre. Ainsi, la loi du 13 juillet 1938 est suivie de nombreux décrets d'application. En 1939, plus de 35 textes relatifs à la défense passive contre les attaques aériennes paraissent au Journal officiel.
La première des délibérations de la délégation spéciale relative à la défense passive est prise, le 11 octobre 1939 :
« Présents M. Héricourt, Guillemain et Jouanai.
Jours de séance : La délégation spéciale se réunira à la Mairie tous les mercredis à 16 heures 30.
Tranchées, abris et défense passive. M. CHAUVIN, architecte communal examinera les sous-sols des écoles et les projets de tranchées-abris.
Il sera demandé aux anciens sapeurs-pompiers de se faire inscrire à la mairie pour prêter leur concours (Défensepassive).
Prêt franc des sapeurs-pompiers. Les sapeurs-pompiers toucheront une indemnité de 4 F par jour pour les 5 qui sont employés actuellement au poste de secours de la Mairie.
Les membres de la délégation spéciale auront une entrevue avec M. Gaudou, Syndic-directeur du Bois-Saint-Denis,actuellement mobilisé.
Masques à gaz. L’achat de masques à gaz pour les sapeurs pompiers et le personnel communal est décidé en principe. La préfecture sera consultée à ce sujet ».
La délibération du 11 octobre 1939 permet de penser que la création de tranchées a été décidée sous les directives de M. Chauvin, à la suite de la délibération du 11 octobre. Quoi qu’il en soit, leur durée de vie a été brève, parce que leur présence dans un quartier habité posait un problème de sécurité, notamment parce qu’elles étaient très profondes et avaient été creusées dans un quartier où la nappe phréatique est très haute, comme le montrent les clichés de M. Blondeau. Les adultes risquaient de se blesser, lors des trajets nocturnes dans un quartier mal éclairé, en chutant accidentellement dans l’une d’entre elles. Plus grave, les petits enfants risquaient la noyade. On comprend que, suite aux réclamations des riverains, elles aient été comblées.

Registre des délibérations de la délégation spéciale, séance du 25 octobre 1939
Les dispositions prises pour la constitution d’abris ont été plus durables. L’architecte Chauvin** est le bâtisseur des écoles Jaurès, rue de Reims, Eugène-Varlin rue Jules-Ferry, Édouard Branly au Vieux-Pays et de l’école de la rue d’Anjou, future annexe du collège Romain-Rolland. Les sous-sols de ces bâtiments ont été utilisés comme abris pendant la guerre.
**Après un cursus à l’École nationale supérieure des Beaux- Arts, Paul-René Chauvin (1895-1963) obtient son diplôme d’architecte DPLG en 1919. Architecte communal de Tremblay-lès-Gonesse à partir de 1927, il construit plusieurs groupes scolaires : Eugène Varlin (1929-1936), Jean Jaurès (1930-1936), Branly (1932), école La Plaine, rue d’Anjou (1933).

Registre des délibérations de la délégation spéciale, séance du 15 novembre 1939
Il sera emandé des casques, des brassards et des masques à gaz pour les hommes employés à a défense passive. Certaines tranchées seront camouflées.
SOURCE : H. REVEL Les ouvrages de défense passive du quartier du Vert-Galant, bulletin n° 44 de la SEHT, année 2020.

