La Résistance à Tremblay-lès-Gonesse : 1944 *

La Résistance à Tremblay-lès-Gonesse : 1944 *

 

AVERTISSEMENT 

L’évocation  de la Libération n’a pas pour objet de faire l’apologie de la guerre, mais de célébrer le retour de la Paix et de la Liberté. Elle est l’expression de notre reconnaissance envers tous ceux qui ont lutté contre le nazisme : soldats des armées alliées et résistants de toutes nationalités, y compris allemands. Les documents cités comportent certains termes qui peuvent aujourd’hui choquer. Ils sont le reflet des sentiments d’une époque douloureuse et permettent de mesurer le chemin parcouru par les anciens belligérants, dans le respect mutuel et la compréhension entre les peuples.

 

Recherches historiques  : 

 

 Hervé REVEL, avec le concours de :

  • Jean BLANCHOT, Maurice DECORZANT , Cyr DELPOUVE, anciens Résistants,
  • du Mémorial de Caen, des National Archives de Washington et du Service Historique de l’Armée de Terre (S.H.A.T).

 * La présente fiche résume les recherches effectuées dans le cadre de l’exposition  présentée à l’Hôtel de ville de Tremblay-en-France, du 29 août au 24 septembre 2004

 

En avril 1944, l’Île-de-France, région R des FTP est commandée par Rochet, Breton, Merlot et le colonel Fabien. Elle est divisée en deux inter-régions. Trois régions englobent l’actuel département de Seine-Saint-Denis. Au nord, la région XI, commandée par Fernand Dive, de Tremblay-lès-Gonesse, comprend Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers, Villetaneuse. Les communes de Montreuil, Pantin, Bobigny, Drancy, Aulnay-sous-Bois, Romainville, Noisy-le-Sec, Bondy, Livry-Gargan appartiennent à la région XIII commandée par Gelvestre de Bobigny. La région XIII bis comprend les communes de Montreuil, Gagny, Rosny-sous-Bois et pour partie Charenton et Créteil.

Camille Nicolas, monte son réseau en s’appuyant d’abord sur ses proches : son beau-père M. Jouve, marchand de charbon, installé en face de l’épicerie, sa belle-sœur Janine Jouve, plus tard son beau-frère, André Van NÈs, de nationalité hollandaise.

 

Bibliograhie

  • Hervé REVEL La banlieue nord-est de Paris dans la Seconde Guerre mondiale, éditions Fiacre.
  • Cyr Delpouve, témoignage, bulletin n° 19 de la SEHT, 1995.
  • Maurice Decorzant, témoignage, ibid.
  • Jean Blanchot, Les combats de la Réistance contre les nazis au Vert-Galant, bulletin de la SEHT,   n° 26, année 2002.
  • Des réseaux de Résistance à Livry-Gargan, mémoire rédigé par des Livryens pour le 50ème anniversaire de la Libération, 1994, Sylvie Zaidman, Joël Clesse La Résistance en Seine-Saint-Denis 1940-1944, éditions Syros.

 

Parce qu’il a de grandes facilités de circulation, le corps-franc de la gendarmerie est souvent utilisé pour la récupération des aviateurs alliés abattus par les Allemands. Cyr Delpouve a laissé plusieurs récits de ses missions : « J’allais où on me disait. À tel endroit récupération d’un Américain, aviateur ou autre. J’allais le chercher, je l’habillais en gendarme et puis hop, sur la moto, en route. J’ai même des petites anecdotes à raconter.

 

Un jour, je reçois une mission. On m’appelle, c’est pour aller récupérer un aviateur anglais, un chasseur qui avait été abattu au-dessus de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, au cours d’un combat contre 3 aviateurs boches. Il en avait abattu deux et le troisième qui le suivait l’avait abattu à son tour. Sucy-en-Brie l’avait récupéré et j’ai eu mission d’aller le chercher. Pour moi, ce n’était pas difficile, j’étais en tenue, le passeur me reconnaîtrait tout de suite. Je devais contacter le chef de brigade de Brie-Comte Robert. On était à moto. Il n’était pas là. D’un seul coup une pluie formidable, tombe à seau. On est rentré dans un café, en face de la gendarmerie. Une patrouille allemande se ramène. Ils nous disent bonjour. On se salue. On se serre la main. Puis, ils sont rentrés dans le bistrot et on a pris un café. J’ai ramené l’aviateur anglais à Livry, chez Monsieur Lassiale, qui était négociant en vins, place de la Fontaine. Avec l’aide du traducteur, il a déclaré qu’il n’avait pas eu aussi peur en avion qu’avec moi. Je n’ai jamais compris si c’était qu’il avait eu peur du pilotage de la moto ou bien si c’était le coup des Allemands avec qui on avait bu le café ».

 

 

Le gendarme Cyr elpouve, 1953, archives de la EHT

 

À la veille de la Libération, le groupe M-4 rayonne sur une dizaine de villes. Outre sa présence en nombre sur Livry-Gargan, il compte plusieurs groupes dans certaines villes, comme Tremblay-lès-Gonesse, où ils ont été organisés à l’initiative du gendarme Cyr Delpouve qui a le grade de lieutenant chez les FFI. Dès 1941, il a recruté deux responsables; l’instituteur BÉnichou, dans le quartier des Cottages; puis en 1943 Maurice Decorzant, l’ancien policier révoqué par le régime de Vichy.

 

Incorporé au groupe M-4 des FFI, le 1er juin 1944, sous le matricule 3083, Albert Bénichou constitue un groupe composé d’une petite vingtaine de membres.

Ces hommes se consacrent à la diffusion et au collage de tracts antiallemands, au soutien aux réfractaires et aux victimes des poursuites nazies, au sabotage des panneaux de signalisation de la Wehrmacht, puis à l'attaque de convois ennemis. Ils disposent d'un matériel original pour gêner la progression des convois allemands. Le forgeron Marcel Berton monte, sur socle de bois, des dents de lames de faucheuse usagées. Elles sont ensuite disposées sur la chaussée, au grand dommage des pneus des véhicules ennemis, déchiquetés lors du passage sur ces pièges. Pour éviter les représailles, les sabotages sont opérés sur la route de Soissons, entre le Mesnil-Amelot et Roissy-en-France, localisation qui ne permet pas d'identifier l'origine géographique des saboteurs.

 

 

Rapport du résisant Albert  Bénichou, chef de groupe des Résistants du quartier des Cottages-Bois-Saint-Denis

 

Quelquefois, le simple retrait d'un poteau indicateur peut s'avérer un sabotage redoutable. Maurice Decorzant relate un épisode héroï-comique des difficultés générées par l'embourbèrent d'un convoi: « (...) nous avons enlevé les poteaux indicateurs. Les Allemands regardaient toujours, au passage, celui qui se trouvait à la hauteur de la poste de Tremblay-lès-Gonesse, au Vieux-Pays. Vous avez une route qui file tout droit et l'autre qui fait un crochet pour rejoindre la route de Soissons. Il est plus facile de suivre une route droite. Lorsque nous avons enlevé le poteau, ils se sont engagés dans ce chemin. Le début, que l'on appelle le chemin des Voyeux, à partir du cimetière, a très très bonne apparence, il est même pavé. Mais 100 mètres plus loin, là vous avez des ornières considérables. Un convoi qui s'était engagé à 11 heures du soir était de retour à 5 heures du matin et croyez-moi, ils n'étaient pas contents ! Pris là-dedans, c'était fini, il y avait trop d'ornières ».

 

 

Rapport du Résistant Maurice Decorzant, chef du goupe de Résistance du Vieux-Pays

 

Si, jusqu'au débarquement allié, l'activité des groupes FTPF et FFI est assez semblable, ils opèrent sans la moindre liaison entre eux. Les responsables des deux sensibilités se connaissent. Le curriculum vitæ rédigé par Fernand Dive, après la Libération, fait état de liaisons avec le Front-national de la Police, par le docteur Brumberg et avec la Gendarmerie Patriotique, par le gendarme SIR de Sevran. A l'évidence, il s'agit de Cyr Delpouve, qui lui-même mentionne une rencontre avec Fernand Dive. Lorsque ce dernier constitue son groupe au Vert-Galant, il sollicite des armes auprès du gendarme qui se dit dans l'impossibilité de contribuer à l'armement du groupe en cours de constitution.

 

Témoignage de Jean Blanchot :  Une section de résistants a été formée par Fernand DIVE un camarade communiste qui avait été fait prisonnier par les Allemands durant la guerre de 1939 et, suite à une longue maladie, avait été rapatrié en France. Il a repris ses activités professionnelles à Paris, dans une société de construction téléphonique qui était à l’époque C.I.T (Construction Industrielles des Téléphones) devenue aujourd’hui ALCATEL. Il a organisé dans cet établissement des réunions, afin de mobiliser le personnel contre les occupants allemands.

 

Il a résidé au Vert-Galant et formé un groupe de résistants F.T.P.F (Francs Tireurs Partisans Français) Il avait comme adjoint Georges SARTORIO qui avait été envoyé en Allemagne au titre du S.T.O (Service du Travail Obligatoire). Revenu en permission pour la naissance de son fils Pierrot, il avait choisi de ne pas retourner en Allemagne. Signalons que le père de Georges SARTORIO avait été déporté dans les camps d’extermination et passé dans la chambre à gaz, pour finir au four crématoire. Ce groupe F.T.P.F avait pour siège le pavillon de la mère de Georges SARTORIO, dit Georges SAND. Ce groupe a contacté d'autres résistants antinazis. Dans ce groupe, dirigé par le commandant DIVE, dit GOURGET au sein des F.T.P.F, se trouvait un aviateur russe évadé d’Allemagne. Il a rejoint notre groupe, ainsi qu’un déporté politique qui avait combattu pendant la guerre d’Espagne, au sein des Brigades Internationales contre le régime franquiste, c’était notre camarade Pierre DUPOUY. Un autre camarade qui était aussi mon beau-frère, Georges JAÉGLÉ a rejoint notre groupe. Je me suis associé à leur combat et j’ai été admis parmi eux malgré mon jeune âge, seize ans et demi, à cette époque.

 

 

 

Fernand DIVE, cliché pris en 1947, archives de la SEHT

 

Nous avions dans ce groupe des résistants italiens F.T.P.M.O.I (Francs Tireurs Partisans Main d’Œuvre Immigrée). Ce sont eux qui ont subi des pertes au sein de notre groupe. Notamment  Antoine CUSINO exécuté par les nazis, au château Bataille à Villepinte, le 18 août 1944.
Jean Blanchot  Les combats de la Résistance contre les nazis au Vert Galant, bulletin de la SEHT n° 26, année 2002

 

- Le 15 août 1944, la Police en grève se lance à l'assaut de la Préfecture de Police.

- Le 18 août 1944,les communistes appellent à l'insurrection, la C.G.T et la C.F.T.C lancent la grève générale.

Le 19 août1944, la foule se rassemble sur le parvis de Notre-Dame, le drapeau tricolore est hissé sur les deux tours de la cathédrale. Les couleurs nationales flottent sur l'Hôtel de Ville et la Préfecture de Police. Des barricades sont dressées dans tous les quartiers.

      Un armistice est conclu avec les Allemands par l'intermédiaire du consul de Suède. À partir du 21 août , il n'est plus respecté, mais les Allemands restent maîtres des grands axes de la capitale. Ils tiennent solidement l'Hôtel Meurice, quartier général de vonCholtitz, les Tuileries, le ministère de la Marine, le Luxembourg, le Sénat, le Palais Bourbon, le sinistre Majestic, siège de la Gestapo.

 

      Le colonel RolTanguy, chef des F.F.I de l'Île-de-France lance un appel à la population :

« Les F.F.I et la population ont engagé la bataille pour Paris. Chaque fois que nos soldats ont respecté la tactique mobile de la guérilla, ils ont écrasé l'adversaire. Cependant un danger subsiste : les mouvements rapides des chars ennemis. Ce danger est facile à conjurer, il suffit d'empêcher les Boches de rouler. Pour cela, que toute la population : hommes, femmes, enfants, construise des barricades. Dans ces conditions, le Boche sera isolé et cerné en quelque sorte. Il ne pourra plus exercer de représailles.

Tous aux barricades ! »     

                                                                                     signé Rol

 

- Le 21 août 1944 le Conseil National de la Résistance (C.N.R) lance à son tour l'appel à l'insurrection générale.

 

 

Barricade, rue Saint-Jacques BARRICADE RUE SAINT-JACQUES,

Photo-Presse Libération, Collection SEHT

 

Á L’EXEMPLE DE PARIS LA BANLIEUE NORD-EST  ENTRE DANS LA LUTTE  ARMÉE

 

 

Le résistant Antoine Cusino fusillé  à Villepinte, le 18 août 1944, 

au siège de la kommandantur locale, derrière le château Bataille

 

Rapport du Commandant DIVE

 

Grâce à la B.B.C la population de Tremblay-lès-Gonesse est informée des succès remportés par les Alliés. Le régime collaborateur de Vichy utilise les ondes pour diffuser une propagande intense, mais les patriotes écoutent la radio de la France Libre. Depuis le Débarquement, ils suivent la progression des Alliés. Beaucoup alignent de petits drapeaux sur une carte de France pour matérialiser leur progression.

 

«  Chez nous, se souvient Jean Blanchot,  il y avait une radio. On écoutait Londres. On suivait comme tout le monde l'avancée des Américains avec de petits drapeaux. 

 Paris étant libéré, notre commandant est parti sur Paris avec Jean SEGHEZZI sur une moto, pour ramener des munitions et, à la demande des boulangers du Vert-Galant, de la levure pour faire du pain. Au retour de cette mission, en arrivant à Vaujours, face à l’ancienne usine Chalot, des Allemands étaient postés au carrefour. Voyant venir vers eux nos camarades avec leur brassard F.F.I, ils ont mitraillé les occupants de la moto. Jean SEGHEZZI a été tué par une balle qui avait traversé la main de Fernand avant de toucher le pilote au cœur. Le commandant DIVE a sauté de la moto et s’est enfui en longeant le mur de l’usine Chalot. Les Allemands ont continué de le mitrailler. Il a reçu 7 blessures, dont une qui a effleuré l’œil droit, une balle dans le pied, une dans l’aine. Il a eu le courage de revenir jusqu’à la rue des Ardennes où il a été aidé par ma sœur Rose et un camarade, Robert LEMONNIER. Nous l’avons confié à Monsieur DUBOIS qui était épicier à l’angle de la rue des Ardennes et de l’avenue de Villeparisis. Je suis parti à vélo à Villeparisis, afin de contacter le docteur TORASS, ami de Fernand DIVE. Ce dernier n’a pas osé venir au Vert-Galant. Au retour, en traversant la voie Lambert, j’ai aperçu une colonne allemande qui se dirigeait vers la RN3, pour aller prendre position à l’Hôtel Saint-Hubert, dont l’emplacement est aujourd’hui occupé par Placoplâtre. J’ai eu la présence d’esprit de retirer mon brassard F.F.I et de le jeter. Ils n’ont pas essayé de m’arrêter car à cette époque j’avais plutôt l’air d’un gamin que d’un résistant.

Quand je suis revenu voir Fernand DIVE, d’autres camarades avaient pu contacter le docteur BRUMBERG qui était un véritable résistant contre les nazis. Ce docteur d’origine juive habitait Villepinte. C’est aussi lui qui est revenu pour constater la mort de notre camarade Pierre Colongo ».

 

Fernand DIVE a été transporté chez la mère de Georges SARTORIO et par la suite à l’hôpital de Montfermeil où il a été opéré par le docteur SIMON.

Transcription du Certificat du dr Brumberg (1)

 

                            

Je soussigne docteur en médecine certifie avoir examiné le 27/08/944 M. DIVE Fernand dit Gourget commandant la 11ème région FTP et avoir constaté ce qui suit.

1°) Plaie pénétrante anfractueuse  par balle région inguinale gauche

2°) Plaie d’entrée de balle région fessière gauche

3°) plaie transperçante talon et région plantaire pied droit – balle restant logée région métatarsienne 1e et 2e métatarse

4°) plaie transfixiante poignet gauche

5°)  Grafigne( 2)du genou droit

6°) plaie région zygomatique droite avec hémorragie de la conjonctive droite

7°) plaie superficielle coude droit et main droite face dorsale

Ces blessures nécessitaient de pansements d’urgence – une incision pour l’extraction de la balle au pied droit ayant été effectuée sans résultat, injection de sérum antitétanique a été faite.

Transfert à l’hôpital de Montfermeil pour débridement des plaies et extraction de balle au pied a été jugé nécessaire le 29/08/44.

 

 

                                                                                                   Signé Brumberg

 

1 - probablement rédigé le 29 août 1944 (date où l’hospitalisation a été prescrite)

2 - égratignure (français du Canada)

 

 

 

 Le résistant Pierre Colongo, tué sur les berges du canal de l'Ourcq, le 28 août 1944, lors des combats de la Libération

 

De la Résistance à l'engagement dans la première armée Française : Jean Blanchot

 

Jean Blanchot, en 1944, au fort dAubervilliers, lors de son engagement dans l'armée Française

 

Fernand DIVE a été transporté chez la mère de Georges SARTORIO et par la suite à l’hôpital de Montfermeil où il a été opéré par le docteur SIMON. Pendant son séjour chez la mère de Georges SARTORIO nous nous sommes positionnés, avec quelques camarades, dans les greniers de l’école La Plaine, rue d’Anjou. Nous avons soulevé quelques tuiles afin de pouvoir observer les soldats allemands qui se trouvaient sur la butte du canal de l’Ourcq. Nous avons observé quelques soldats dans les fourrés. J’avais un fusil allemand, un mauser récupéré sur un soldat allemand sur la route stratégique du fort de Vaujours. Ce fusil avait été pris par notre camarade SEGHEZZI, le pilote de la moto tué sur la RN3. Ce fusil était approvisionné avec des balles que m’avait données Lucien BURGER, démontées d’une bande de fusil mitrailleur allemand. Des balles traçantes y étaient intercalées. Voyant un allemand sur la butte, je l’ai ajusté et j’ai tiré. Je ne l’ai plus vu mais un autre a surgi. J’ai encore tiré une balle, mais c’était une traçante. Nous avons été repérés immédiatement ! Une pluie de balles s’est écrasé sur les tuiles, au-dessus de nous. Il y a encore sur le mur de l’école des marques d’impacts, au bas du toit. Nous sommes repartis par la rue d’Anjou. Georges SARTORIO est sorti de son pavillon et a arrosé la butte du canal avec sa mitraillette stenn. Ce jour-là, notre commandant Fernand DIVE était encore couché chez les SARTORIO, attendant son transfert à l’hôpital de Montfermeil.

 

Nous nous sommes réfugiés dans un champ et avons pris position. Les Allemands nous bombardaient au mortier depuis leur position de la butte du canal de l’Ourcq. La femme d’un camarade de notre groupe, Marcel DUPRÉ, est allée à bicyclette contacter le P.C américain à Vaujours. Elle leur a fait part de notre situation et est revenue nous disant que les Américains voulaient  que nous cessions d’utiliser les armes allemandes que nous possédions, car ils repéraient avec leurs détecteurs le bruit des armes allemandes. Les Allemands ont abandonné leur position et nous les avons suivis pour continuer de les combattre à Villepinte, route des Petits Ponts. Ils étaient réfugiés dans la ferme bataille à Villepinte. Nous les avons combattus dans les champs en compagnie des chars américains. Certains Allemands s’étaient réfugiés dans un immeuble. Nous les avons fait sortir avec les soldats américains et ils sont allés s’allonger sur le sol. Après nous avoir envoyés dans les jardins environnants pour rechercher d’éventuels Allemands, les Américains nous ont interdit de nous approcher des prisonniers allemands. Ils croyaient que nous allions les exécuter. Il y avait 17 Allemands que nous avons ramenés au Q.G des Américains Pierre DUPOUY, Claude VERDOÏA et Jean BLANCHOT. Nous avons continué la chasse aux soldats allemands à Vaujours, dans le pourtour de la Poudrerie de Sevran. Je me souviens avoir possédé une grenade que les Américains m’avaient donnée. Je l’avais accrochée dans ma ceinture. Elle s’est desserré du détonateur et je n’avais plus que l’ensemble du détonateur et de la cuillère, heureusement encore reliée à l’anneau de déclenchement. Comme les Américains ne combattaient plus après 22 heures, je suis revenu chez mes parents. Le lendemain matin nous sommes repartis au Q.G américain à Vaujours. Un américain m’a demandé en français si je savais où il y avait encore des soldats allemands. Je lui ai signalé la direction de l’hôtel où les Allemands m’avaient  croisé, sur la voie Lambert. Il voulait que j’aille avec lui pour lui indiquer le chemin. Ayant croisé cette colonne de soldats allemands d’une vingtaine d’hommes armés de fusils mitrailleurs, j’ai refusé de le suivre. Bien m’en a pris  car une demi-heure après les Américains sont revenus avec leur jeep. Deux soldats américains avaient été tués, ainsi qu’un allemand.

 

Je pensais continuer à suivre l’armée américaine, mais je suis revenu chez mes parents. Deux copains ont continué avec l’armée américaine, Jean-Jacques GILLET et Claude VERDOÏA. Jean-Jacques a été blessé à Aix-la-Chapelle et a eu des problèmes car l’armée américaine ne lui a pas donné la possibilité d’avoir une pension et une reconnaissance de ses combats en son sein contre l’armée allemande car il n’avait pas d’engagement officiel avec eux.

 

Nous, au Vert-Galant, nous avons constitué un centre de recrutement, afin de continuer la lutte contre le nazisme, au sein de l’armée française. Ce centre était établi au bal du Printania, dans les établissements Coste, avenue Pasteur. De nombreux jeunes de Tremblay et de Villeparisis sont venus grossir notre groupe et nous avons rejoint le fort d’Aubervilliers. Nous sommes allés en rang serré devant le domicile de Fernand DIVE, avenue de Villeparisis au Vert-Galant. Le lieutenant F.T.P.F Pierre DUPOUY nous accompagnait. Nous avons été dispersés dans diverses unités combattantes de la 1ère Armée française, pour participer aux combats d’Alsace et d’Allemagne, jusqu’à la victoire finale du 8 mai 1945.

 



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