Ouvrages relatant le combat du 24e BCA
Deux ouvrages imprimés ont été consacrés au combat du 24ème BCA, le premier à l'initiative des services de propagande de Vichy en 1941, le second à celle d'un groupe d'officiers du bataillon en 1943.
Nous les publions ci-dessous
LE MÉMORIAL DE FRANCE : COMBAT DE VAUJOURS-SUR-L'OURCQ, SEQUANA 1941
Relativement peu connu de nos jours, le combat de la ligne de défense de l’Ourcq a pourtant été médiatisé peu après les faits. À des fins de propagande, le régime de Vichy l’a célébré par l’écrit et la radio. Il figure parmi la cinquantaine de faits d’armes présentés dans le Mémorial de France d’André-Paul Antoine publié avec exergue du maréchal PÉTAIN et préface de TIXIER-VIGNANCOUR.
André-Paul Antoine, Mémorial de France, Séquana éditeur, 1941.
L’ouvrage, offert par le Maréchal “aux meilleurs élèves de France”, présente la version écrite d’une série d’émissions radiophoniques, diffusées quotidiennement, du 1er septembre au 11 novembre 1940. Dans ces émissions les services de propagande de Vichy vantent la bravoure du soldat français pour mieux dénoncer « les responsables politiques, militaires, administratifs du désastre » qui « dans le but de diminuer leur propre responsabilité, accusent le soldat français. » (Préface du Mémorial de France, ouvrage cité.) Si cette littérature a célébré le combat du Vert-Galant, elle a tu les exactions nazies qui l’ont suivi. Les rapports du préfet de juin 40 ne mentionnent même pas la criminelle répression de cette tragique journée, qui a coûté la vie à 15 otages civils !
Bien qu’il s’agisse d’un ouvrage de propagande, le Mémorial de France est assez proche des faits. Il reprend le rapport du capitaine Gillot, commandant de l’unité qui s’est trouvée au cœur de la bataille.
RAPPORT du capitaine Gillot, SHD 34N216
Remarquons que le Mémorial de France relate 56 combats, en 218 pages. C’est un travail de journalistes, pressés de rendre leur copie. Ils ont eu à peine deux mois pour préparer la série d’émissions qui fera connaître ces épisodes de la guerre récente, entre septembre et novembre 1940. Aussi note-t-on quelques approximations dans leur travail. La localisation de l’affrontement est erronée. Ils évoquent le combat de Vaujours-sur-l’Ourcq, localité qui n’existe pas. En fait l’affrontement a eu lieu au nord de Vaujours, sur les communes de Tremblay-lès-Gonesse et Villepinte, dans le quartier du Vert-Galant. Ils datent l’événement du 14 juin 1940, confondant la date du rapport et celle des faits. Enfin le texte du capitaine Gillot a été retouché. Les corrections sont d’ordre idéologique. Par exemple, sa relation emploie systématiquement le mot Boche pour désigner l’ennemi. L’original du document porte les corrections des journalistes de Vichy qui barrent le mot Boche et le remplacent par Allemand. Les expressions péjoratives du capitaine Gillot choquent le rédacteur du Mémorial qui a, entre autres, barré la phrase résumant le sort de 8 motocyclistes de l’avant-garde allemande: « en quelques secondes, ils sont transformés en cadavres ». Elle est biffée avec en marge la mention « expression à modifier ». On peut comprendre que des journalistes n’aient pas repris à leur compte des expressions péjoratives, venues sous la plume d’un soldat encore rempli de la fureur du combat, mais il est choquant qu’ils se soient permis de corriger, sur l’original, le rapport d’un commandant d’unité relatant un combat dans lequel il a perdu des dizaines d’hommes. Un autre Mémorial, celui du 24ème BCA, rédigé en 1941 par un collectif d’officiers du Bataillon, relate tous les détails des combats de cette unité.

Couverture du Mémorial de France André-Paul Antoine, Mémorial de France, Séquana éditeur, 1941
exergue du maréchal Pétain, préface de Tixier-Vignancour
COMBAT DE VAUJOURS-SUR-L'OURQ (14 juin 1940)
Cantonnée dans la nuit du 12 au 13 juin à deux kilomètres de Senlis, La 1re compagnie du 24e bataillon de chasseurs à pied, appartenant à la 29" division d'infanterie, reçoit l'ordre de mettre en état de défense le pont de Vaujours-sur-l.'Ourcq et d'en interdire le passage à l'ennemi.
La 1re compagnie gagne aussitôt Vaujours où elle arrive dans la matinée du 13 juin, à !0 h 30. Le pont est intact. La compagnie renforcée de deux canons de 25 et d'une section de mitrailleuses, en organise aussitôt la défense. A. midi tout le dispositif est en place.
Vers 14 h. 30, huit motocyclistes allemands se présentent. Les chasseurs ouvrent le feu. Tous les Allemands sont abattus. Un quart d'heure plus tard des camionnettes allemandes, suivies d'autres motocyclistes, apparaissent. Accueilli par un feu nourri, l'ennemi prend aussitôt ses dispositions de combat et déclenche sur la compagnie un tir violent de minenverfers et d’artillerie
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Mais les chasseurs, dont le tir est excellent, ripostent vigoureusement: L'infanterie allemande ne peut parvenir à franchir la rivière.
Dans l'après-midi, les éléments français qui tenaient au nord de la rivière sont ramenés par précaution sur la rive sud. Le feu ennemi s'accentue encore. Deux mitrailleuses et un fusil mitrailleur sont détruits, par les torpilles ennemies. Les pertes de 1re compagnie sont sévères. Mais l'ennemi ne passe pas. Un de nos canons de 25 parvient même à détruire une pièce de 77 allemande. Toutes les tentatives ennemies pour franchir le pont ou pour s’infiltrer sur les ailes sont brisées net.
Vers.19 heures, le commandant du bataillon informe le chef de la 1re compagnie que le bataillon se repliera à 21 h 15. . La1re compagnie devra résister sur place afin de permettre au bataillon de se décrocher et de continuer plus loin la lutte. C'est une mission de sacrifice. Avertis de la mission qui leur est confiée, soldats et officiers l'acceptent avec une résolution stoïque.
Et le combat continue, acharné.
A 21 heures, la compagnie évacue son dernier blessé. Les deux. Chasseurs qui l'ont amené au poste du bataillon savent la compagnie sacrifiée. Le commandant Valo, qui commande le bataillon, leur propose de rester avec lui. Les deux chasseurs demandent à rejoindre leur poste. Le commandant Valo les embrasse ; ils repartent, ils n'arriveront pas jusqu'à la compagnie.
Un peu après 21 heures les attaques ennemies se ralentissent puis, peu après, cessent complètement. L'ennemi qui a renoncé à forcer le passage si bien défendu se contente d’entretenir un feu intermittent de mitrailleuses. Il a été convenu que la 1re compagnie
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pourrait se retirer dans la nuit, quand son commandant jugerait la mission exécutée.
A 24 heures, le commandant fait rassembler la compagnie. Le bataillon est loin. La mission est remplie. En ordre parfait, sans un bruit, la compagnie quitte ses emplacements. L'ennemi ne s’est pas aperçu du décrochage.
Il s'agit maintenant do rejoindre le bataillon, dont on ignore la position exacte. Dans la nuit noire, la 1re compagnie retraite vers l'ouest. On se dirige à la boussole.
À 4 heures du matin, la compagnie atteint Pavillons-sous-Bois. Du premier étage d'une maison une femme crie : « Arrêtez-vous. » Elle descend et renseigne les officiers. Pavillons-sous-Bois est occupé par l'ennemi depuis la, veille à 17 heures. Les premiers postes allemands sont à moins de 300 mètres, mitrailleuses en batterie. Le jour commence à poindre. Mme Aubard, qui connaît parfaitement la région, propose do guider la compagnie vers la Marne.
Éclairant la route, gagnant, de carrefour en carrefour, faisant signe d'avancer ou d'attendre, Mme Aubard, qui marche assez loin en tête, guide les chasseurs à travers Bondy, puis on atteint Villemomble. Les hommes sont exténués par cette marche rapide après dix heures de combat et deux nuits sans sommeil.
À Villemomble, il faut traverser Je pont du chemin de fer. Mme Aubard le reconnaît. Le passage est libre. La compagnie se remet en route. En passant au plateau d'Avron, dans une ferme qu'elle connaît, elle réussit à faire distribuer aux hommes un peu de lait. Grâce à cette Française héroïque, Neuilly-Plaisance, Nogent-sur-Marne, la Maltournée sont franchis sans encombre.
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La 1recompagnie atteint enfin le pont de Neuilly-sur-Marne. Il est gardé par des éléments du groupe de reconnaissance de la division.
Immédiatement après le passage de la 1re compagnie le pont saute. Averti, le commandant du 24e bataillon de chasseurs à pied envoie des camionnettes recueillir les soldats épuisés. La 1re compagnie rejoint le bataillon au château d'Ormesson. Elle est réduite à 60 hommes.
Mme Aubrard est partie de chez elle sans argent, sans autres vêtements que ceux qu’elle portait. Il ne lui reste aucune, possibilité de regagner sa maison, mais elle a ramené la compagnie dans les lignes françaises et sauvé l’unité. Elle ost décorée de la Croix de guerre avec palme.
Signalons deux erreurs dans l’ouvrage d'André-Paul ANTOINE :
- la date est erronée. Ce combat n’a pas eu lieu le 14 juin, mais la veille, le 13 juin. En revanche, le 14 juin 14 otages ont été fusillés, ce que le journaliste de Vichy passe sous silence.
- La localisation est approximative. La localité Vaujours-sur-l’Ourcq n’existe pas. Le combat a eu lieu sur le pont de l’avenue du Chemin de Fer, entre Villepinte et Tremblay-en-France.
- Remarquons enfin que le texte publié est une copie servile du rapport du capitaine Gillot, commandant la 1ère Compagnie du 24e BCA.
- On comparera ce texte au rapport du capitaine Gillot, également publié sur notre site. Le document porte quelques corrections, portéees au crayon. Elles sont l’œuvre des journalistes de Vichy qui se sont permis de corriger l’original du rapport.
- Certains termes du rapport Gillot peuvent aujourd’hui choquer. Ils ont été écrits dans un moment encore chargé de la fureur du combat. Les journalistes de Vichy, qui ont lu ce document dans l'émission radiodiffusée de novembre 1940, se sont contentés de modifier les mots et expressions du document susceptibles de choquer l’Occupant.

Chasseurs du 24ème BCA.
En bas, à gauche Henri HAUTEBON, l’un des six hommes tué au combat du Vert-Galant, le 13.06.1940
Collection SEHT © SEHT

REMARQUE: Nous ne possédons pas de liste exhaustive des tués du 24e BCA. Trois corps restés sur place ont été identifiés lors de l'exhumation du 25.07.1940. Un autre, le sergent Méyère a été identifié à l'Hôpital de Saint-Mandé. Jusqu'au retrait du bataillon, les tués et blessés du 24' BCA ont été évacués sur le PC du bataillon situé à Vaujours. Le compte rendu du capitaine Gillot commandant la Première Compagnie du 24' BCA permet d'estimer à au moins 10 tués les pertes du bataillon; mais il ne donne pas de liste nominative des pertes de son unité.
LE MÉMORIAL DU 24ème BCA
par un collectif d’officiers du 24ème BCA, ACOULON Philippe, BLANCHETIÈRE Jean, GALLET Pierre, avec la collaboration de Roland DORGELÈS, illustré de cartes et documentation du chef de batallon VALO, préface du général de corps d’armée GÉRODIAS, A.D.I.A Nice, 1943.

COUVERTURE DU MÉMORIAL DU 24ème BCA , A.D.I.A Nice, 1943

Mémorial du 24ème BCA, aquarelle de l'illustrateur, James C. RICHARD
Extrait du Mémorial du 24ème BCA , relatif à la journée du 13 juin 1940
VAUJOURS — 13 JUIN 1940
venaient de s’étreindre, les larmes aux yeux, la gorge serrée. Au bout de l’allée de la vaste clairière de son pare a la française, le château d’Ormesson dressait sa silhouette classique. Les hautes frondaisons, aimées de Lyautey l’Africain, abritaient aujourd’hui, pour quelques heures, les Chasseurs recrus de fatigue.
« Voilà celle à qui vous devez, mon Commandant, dit le Capitaine Gillot, d’avoir pu récupérer la première Compagnie ». Une jeune femme modestement vêtue, nue tête, venait de descendre de la voiture de liaison, les traits tirés mais le visage souriant et le regard clair. Et, simplement, le Commandant embrassa cette Française...
On s’était battu l’avant veille sur la Nonette à l’Ouest de Senlis. On avait marché toute la nuit ; les 105 ennemis, en forêt de Chantilly avaient arrosé le carrefour du Poteau-de-la-Table au moment où la tête du Bataillon y parvenait, vers minuit. Les morts reconnus, les blessés promptement relevés et chargés sur des sidecars, la marche avait repris, rapide, harassante dans ce sable des laies forestières. À midi, but d’étape, le canal de l’Ourcq était atteint. Naturellement personne sur ses berges.
Pas la moindre défense. À deux cents mètres au sud, Vaujours se vidait de ses derniers habitants. Dans le lointain, vers l’Ouest, émergeant de la brume, la Tour Eiffel dressait son mince fuseau. Paris si proche, Paris déjà investi ! La consternation décuplait la fatigue des hommes. « Le 24 s’installera définitivement à Vaujours en vue d’interdire, sans esprit de recul, le franchissement du canal de l’Ourcq... » disait l’Ordre. Comme d’habitude.... « On installe les cuisines, mon Commandant? — Pas question pour l’instant. On va d’abord aménager la défense. Après on mangera... s’ils nous en laissent le loisir ». Et les Chasseurs, le ventre creux, ivres de sommeil, reprirent l’outil et hâtivement creusèrent.
La première Compagnie occupait le pont et le passage à niveau de la voie ferrée, ses quatre points d’appui dotés de mitrailleuses chevauchant le canal du Nord. Elle n’eut pas à perdre patience! Vers quatorze heures, huit motocyclistes ennemis débouchent au tournant de la route à cent mètres du passage à niveau. Une mitrailleuse crache huit cadavres jonchent le sol.
Quelques minutes plus tard, l'artillerie ennemie entre en action. Les 105 et les minens pleuvent, les armes automatiques crépitent en tous sens. L’infanterie allemande essaye de s’infiltrer jusqu’au canal. Peine perdue la Compagnie tient bien. Les mitrailleuses font merveille...
Soudain un civil se présente. C'est bizarre en un tel moment ! Il aperçoit d’un coup les corps des motocyclistes et sursaute. Il se penche sur un cadavre, le retourne, le prend à bras le corps et le traine vers le talus. Une rafale le camarade a payé sa témérité. Peu d’instants après, un homme et une femme se présentent à leur tour. L’allure de la femme est bien singulière... Elle porte des bottes ! « J’habite de l’autre côté du Pont », crie l'homme. « Avancez l’un après l’autre », dit-on. Et sur-le-champ le couple s’enfuit. La ruse a été déjouée.
Le combat cependant croit en intensité, les blesses affluent. Deux mitrailleuses et un fusil mitrailleur sont détruits. Leurs servants sont tués ou blessés. La S. M. du Sous-Lieutenant Fond est envoyée en renfort à la première Compagnie. Le Sous-Lieutenant Labbé, touché à la poitrine, refuse de se laisser évacuer ; il ne partira que plus tard, sur ordre. Le Sergent Meyère est gravement atteint, la boite crânienne scalpée, la cervelle à nu... La rive nord du canal devient par trop malsaine. Le repli sur la rive sud est ordonné. Le Lieutenant Hardion veut tenir. Il faut lui réitérer l’ordre, car à droite et à gauche l’infiltration se poursuit. Les ennemis grimpent aux arbres bordant le canal. On tire à la cible ces écureuils " tir efficace". Malgré ses pertes, l’assaillant insiste : sans succès.
Soudain, un bruit de chenilles... Les chars ? Non un 105 qui se met en batterie dans l’axe de la route, à 1 150 mètres du pont. Un premier obus de plein fouet fauche la route. Mais à cadence rapide, du 25 anti-chars répond : le 105 ne tirera plus.
Tout an long du canal, la lutte s’aggrave. Vers l’Ouest, le Bourget est occupé. Le Capitaine Laurent, qui s’y est rendu en reconnaissance, a failli être capturé. Son retour au P C. en salopette bleue et en casquette de mécano met un court instant de gaîté dans cette heure tragique. À l’Est, les ponts de Villeparisis, tenus par la Division voisine, ont cédé et les unités motorisées ennemies foncent vers le Sud...
Le Commandant Valo, (devant la gravité de la situation, décide d’appuyer la défense du canal par la défense de l’agglomération de Vaujours en point d’appui fermé, dans toutes les directions ; et jusqu’à épuisement des moyens : Ordre clair et bien dans la tradition de l’Arme. Le Lieutenant Darnand, le héros de Forbach, en coordonne l’exécution. Il faut l’avoir vu, calme et serein, son casque au ceinturon, sa traditionnelle pipe aux dents, placer les hommes ou les groupes, aux coins les plus durs ceux de son Corps Franc. Chacun sent que le sacrifice est proche les obus couvrent les tirs des minens, les mitrailleuses lourdes sont entrées en action. Le déchirement des explosifs et le sifflement des balles se superposent en une orageuse symphonie. L’atmosphère devient lourde, lourde... .
Dix-neuf heures. Depuis cinq heures, le combat est engagé. Les munitions s’épuisent vite à cette cadence, et les Sections s’amenuisent... De l’arrière, pas de renforts, pas de pansements, pas de ravitaillement, pas d’ambulances, pas de nouvelles. Oh! comme quelques salves de 75 nous aideraient ! Mais l’Artillerie ne répond plus à nos demandes. Nos premiers blessés ont été emportés par les camionnettes du Bataillon. Ceux qui continuent à arriver sont soignés sur place dans le parc d’un jardin public. Impossible de les évacuer. Et d’ailleurs, où iraient-ils ? Soudain la liaison arrive. La Division nous enjoint, débordés que nous sommes à l’Est et à l’Ouest, d’avoir d’urgence à organiser « le décrochage » pour nous reporter an sud de la Marne, avant que la nasse ne se soit refermée. C’est facile à dire ! Notre sentiment est qu’il est impossible de rompre le combat : le décrochage à peine effectué, les blindés ennemis viendraient nous anéantir pour sûr. Et puis, le 24ème tient sans faiblir depuis quatorze heures ; l’ennemi est toujours sur la rive nord du canal qu’il n’a pu franchir faudra-t-il donc toujours céder le terrain si âprement défendu ?
Un conseil de Bataillon restreint se tient au P.C. Faut-il exécuter l’ordre de repli ? Doit-on tenir sur place jusqu’à la fin ! Le décrochage ne pourrait, de toute façon s’effectuer que sous la protection de la première Compagnie qui, sur place, continuerait à interdire le pont et le canal. Apparemment en ce cas elle consommerait son sacrifice. Alors ne vaut-il pas mieux périr tous ensemble ? Pénible débat, dure décision. Minutes intenses ou se cristallisent les volontés, où se mêlent les sentiments, où l’esprit de corps, la fraternité d'armes et la solidarité totale s’épanouissent en une volonté de lutte et d’abnégation. Ça, c’est la guerre, la vraie !
Deux jours plus tôt, le Chef de la 29ème D.I. nous avait dit qu’il comptait sur nous et que des épreuves nouvelles nous attendaient. I1 ne fallait donc pas périr, mais continuer à vivre pour combattre encore. Notre devoir, logiquement, était tout tracé.
« L’ordre de repli est prévu pour vingt-quatre heures quinze. Je vous demande de sacrifier la première Compagnie pour permettre au Bataillon de décrocher et de continuer la lutte. — Qu’en pensez-vous dit le Capitaine Gillot à ses Chefs de Section. — La belle mission, dit le Lieutenant Hardion. — Je suis content et fier, souligne l’Aspirant Collomb. — D’accord, répond Gillot, je tiendrai jusqu’à 24 heures et j’essayerai de décrocher par la suite à la faveur de la nuit. Envoyez des munitions. » La dotation du Bataillon est épuisée. On recueille les dernières trousses. Le Commandant les transmet avec son adieu. « Merci, mon cher Gillot, pour vous et tous ceux de la Première. À demain, si Dieu le veut. Je vous embrasse. Vive la France ! »
Vingt-deux heures le combat continue à faire rage. Le décrochage commence 2'1 s’0pérer par échelons. Le dernier blessé, Trente Zaffalon, arrive au P. C., le bras fracassé, six balles dans la poitrine. Le Commandant enjoint aux deux Chasseurs qui l’ont transporté de se joindre à la Section de Commandement. Ils savent la Première Compagnie sacrifiée. Ils demandent cependant à la rejoindre. Le Commandant les embrasse tous deux. Ils reprennent la direction du Pont. Ils ne rejoindront jamais...
Nouvelle marche de nuit, hallucinante sur ces routes d’Ile-de-France: Montfermeil, Chelles, Neuilly-sur-Marne. Depuis vingt-quatre heures, les hommes n’ont pas mangé. Depuis quarante-huit heures, ils n’ont pas dormi. Il faut cependant marcher, marcher encore... Les blessés, sur des civières de fortune sont transportés à dos d’hommes. Le pont de Neuilly, la Marne. La rivière à peine franchie, sur les bas côtés de la route, le Bataillon entier s’écroule et s’endort...
Pendant ce temps, la première Compagnie combattait toujours. Tenant la promesse faite, elle combattit jusqu’à minuit. À partir de vingt-trois heures, l’ennemi avait ralenti ses attaques : de temps à autre, il tâtait le terrain pour voir si la défense se maintenait. De courtes rafales l’arrêtaient. Les munitions étaient presque épuisées...
Un peu avant minuit, le Capitaine Gillot rassemble ses hommes. La mission est remplie. Le Bataillon doit être hors d’atteinte. Il faut maintenant essayer de rejoindre ; et faire vite. À la sortie de Vaujours, tout le monde est là. Une heure après, Hardion et Collomb qui, avec deux tireurs F.M., protégeaient le repli ont disparu. On les attend trente-cinq minutes; ils ne paraissent pas. Ils ne paraitront plus.
Sans carte, la Compagnie marche à la boussole. Quatre heures du matin. Un village : Pavillon-sous-Bois. Les groupes sont rassemblés, remis en ordre. D’une maison isolée, aux avancées du village une fenêtre s’entrouvre, une femme souffle: « Arrêtez-vous ». Elle descend : « Les Allemands sont là, à deux cents mètres, dit-elle. Ils occupent le pays depuis hier 17 heures. Leurs mitrailleuses sont aux carrefours ». Effectivement, on distingue des hommes an milieu de la route. Le jour commence à poindre. « Je vais vous guider jusqu’à la Marne. Je connais bien la région », ajoute-t-elle. Et sans hésiter, cette femme, sans argent, sans effets, sans linge, sachant qu’elle ne pourra revenir chez elle de longtemps abandonnant tout, guida et sauva les Chasseurs de la Première.
Elle marche en tête, de carrefour en carrefour, reconnaissant l’itinéraire et assurant la sécurité de la colonne. Bondy d’abord, puis Villemomble. I1 faut traverser le pont du chemin de fer, seul passage possible. Est-il tenu? Madame X...* part le reconnaître. Un signe : négatif. Le pont est donc occupé. La Compagnie pénètre dans un garage. Elle n’a plus de munitions. Les armes et les jumelles sont détruites. Chaque gradé prend avec lui quatre ou cinq hommes ; chaque petit groupe doit essayer de franchir la Marne. À Dieu va !
Madame X…* revient, son signe a été mal interprété. Le pont est libre. La colonne se reforme. Il fait plein jour maintenant. On se dépêche. Le plateau (l’Avron, Plaisance, la Maltournée, le pont de Neuilly, enfin la Marne. Deux minutes après, le pont de Neuilly sautait.
De la Première Compagnie, il ne restait que soixante hommes...
* Il s'agit de Madame AUBARD. cf. bulletin n° 23 de la SEHT. Le Mémorial du 24 avait préservé son anonymat pour lui éviter d’éventuels ennuis avec l'Occupant. Pour son acte de bravoure, Mme Aubard a été décorée de la médaille militaire.



Bonjour Mr Michel l'ouvrage qui retrace l'épopée du 24 ieme BCA je l'ai offert à la mairie de Villefranche sur Mer ou je suis né en 1940 car mon père etait au 24iéme.Dans cet ouvrage le nom de mon péré y est cité.Nous l'avons mis sur internet pour que tout le monde puisse en prendre conaissance mais j'ai demandé qu'il soit conservé dans le Musée du 24.A noter que j'ai fait mon service militaire au 24 à Tubingen .(classe 61/2c)
Sautations Chasseur
Robert Turbier
04/90/42/86/01
Le 05-08-2012 à 17:53:58
Pour ma part je recherche une photo de mon grand-père du 24ème BCP 4ème section décédé le 20 juin 1915 à l'hôpital n° 2 provisoire de Besançon:Jean-Louis Veyrenc. Au moins une photo générale de cette période où je le chercherai par ressemblance avec mon père, car ma grand-mère n'avait pas de photo de lui faute de moyens.
De plus, je ne l'ai pas trouvé sur les monuments de sa région l'Ardèche où il aurait du être, savez-vous comment je peux faire pour le réhabilité? Il a été bléssé le 19 juin et est décédé le 20 sa tombe est à Besançon où je suis allée. J'ai son acte de décés, je peux prouver ma filiation sans problème. Merci de bien vouloir me renseigner, j'aimerais tellement avoir une réponse à mes questionements à so sujet.
Le 16-04-2014 à 23:27:16
Un récit d'un officier se trouve dans l'Eclaireur de Nice du 13/8/1940
http://www.bibliotheques.ville-grasse.fr/EXPLOITATION/infodoc/digitalCollections/viewerpopup.aspx?seid=J12_19400813&search=Parent_id_exact%20IFD_REFDOC_0088031
Le 01-12-2016 à 11:46:56