l’art du verre au service de la mémoire des martyrs de la Résistance spirituelle
UN PATRIMOINE DE LUMIÈRE DE LA BANLIEUE NORD-EST DE PARIS
Les vitraux de l'église Marcel-Callo ont été réalisés en 1988 par le peinte-verrier Florent Chaboissier
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Florent Chaboissier dans son atelier, avril 2025, cliché SEHT, © SEHT
Florent CHABOISSIER est né le 20 mars 1948 à Vernouillet, Seine-et-Marne. Il a suivi des études d’Arts plastiques à l’atelier Met de Penninghen (école d'architecture intérieure, de communication et de direction artistique) à Paris, en 1968. Il a été diplômé supérieur de l’ENSAAMA (École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art), rue Olivier-de-Serres à Paris, en 1971.
Il a créé son premier atelier de maître-verrier en 1974, 85, rue Jules-Auffret, à Pantin, Seine-Saint-Denis. L’atelier est maintenant transféré aux 39-55, route de la Varinière à Saint-Pierre-en-Auge, Calvados.
Il a obtenu le grand prix régional des métiers d’art et de création, décerné par le Conseil régional d’Ile-de-France, en 1987. Le grand prix départemental des métiers d’art et de création lui a été décerné par le Conseil général de Seine-Saint-Denis, en 1987. Il a obtenu la médaille d’argent des métiers d’art de la fondation Lounsberg, décernée en 1996 par l’Académie d’architecture.
Une de ses oeuvres a été achetée par la présidence de la République en 1988, puis offerte au pape Jean-Paul II, à l’occasion de sa venue à Strasbourg.
LE MOBILIER LITURGIQUE DE L’ÉGLISE MARCEL-CALLO
En plus de la réalisation des vitraux, la création en verre de tout le mobilier liturgique de l’église Marcel-CALLO a été confiée à Florent CHABOISSIER.
L’autel de l’église Marcel-CALLO, réalisé en verre met en valeur la pierre de fondation, symbole des souffrances de toutes les victimes de la déportation. Cliché SEHT.

L'autel de l'église Marcel-Callo, cliché SEHT© SEHT
Entièrement réalisé en panneaux de verre, l’autel de l’église Marcel-CALLO expose aux yeux des fidèles un bloc de pierre provenant de la carrière de granite du camp de Mauthausen. Le camp de Mauthausen-Gusen était implanté à proximité d’une carrière de granite dont les Nazis ont continué l’exploitation en utilisant les déportés pour le transport des pierres extraites de la carrière. Contraints de gravir les 186 marches de l’escalier qui reliait le camp à la carrière, en portant sur leurs frêles épaules ces pesants blocs de granite, les déportés dénutris ont usé leurs dernières forces sur cet escalier de la mort. En mémoire de leurs souffrances, une pierre de cette carrière maudite a été choisie comme pierre de fondation de l’autel de la paroisse Marcel-CALLO. Elle symbolise les souffrances du martyr et de tous ceux qui ont partagé son destin, notamment les jeunes de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) qui ont témoigné de leur foi, au coeur de l’univers concentrationnaire du régime nazi. Ils ont donné leur vie à l’exemple du bienheureux Marcel CALLO et s’unissent tous au sacrifice du Christ.
Comme les Nazis n’exigeait pas la présentation d’un certificat de baptême pour gravir les 186 marches de l’escalier de la mort, la pierre ramenée de Mauthausen est un symbole universel des souffrances de tous les déportés Juifs, non Juifs, croyants, incroyants.

Camp de Concentration de Mauthausen : l'escalier de la mort, image Wikipedia
L’ÉGLISE MARCEL-CALLO, MÉMOIRE DES MARTYRS DE LA RÉSISTANCE SPIRITUELLE VICTIMES DE LA RÉPRESSION DU DÉCRET NAZI DU 3 DÉCEMBRE 1943
Le décret du 3 décembre 1943 de Ernst KALTENBRUNNER, chef de Sécurité du Reich, contre l'apostolat catholique français en oeuvre parmi les travailleurs requis en Allemagne nazie est à l’origine de l’arrestation de Marcel CALLO et de tous ceux qui, comme lui, ont témoigné de leur foi au coeur du régime nazi. « Ce n’est pas comme travailleur que je vais là-bas : je pars comme missionnaire, avait confié le bienheureux à sa tante Marie, le 19 mars 1943 (1).
Le 4 octobre 1987, le pape JEAN-PAUL II béatifie Marcel CALLO, lors du synode mondial des évêques sur la vocation et la mission des laïques dans la société et dans l'Église. Il déclare à cette occasion que le jeune Jociste « montre le rayonnement extraordinaire de ceux qui se laissent habiter par le Christ et se donnent à la libération intégrale de leurs frères (2) ».
1 - cité d’après Mgr Pierre D’ORNELLAS Entre les mains du Christ, Marcel CALLO apôtre de la fraternité, éditions Salvator, 2023.
2 - Synode ordinaire des évêques convoqué à Rome du 1er au 30 octobre 1987.

Jean Massin présente la pierre de Mautahausen, cliché archives de la paroisse Marcel-Callo
Né à Paris le 5 juin 1932, Jean MASSIN est ordonné prêtre le 29 juin 1960, à l’âge de 28 ans. En 1965, il est nommé aumônier du Lycée Clemenceau à Villemomble. En 1972, prêtre ouvrier employé à temps partiel chez Viniprix, dans le Grand-Ensemble de Tremblay, il est missionné au service des mouvements ACE, JOC et ACO *. En 1988, il se rend à Mauthausen avec une délégation de militants chrétiens, afin d’en ramener une pierre de la carrière exploitée par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette carrière maudite illustre le caractère criminel du régime nazi qui avait recours à la main-d’oeuvre forcée de travailleurs sous-nutris. Ces déportés squelettiques devaient escalader les 186 marches de l’escalier de la mort qui reliait la carrière au camp. Ils les gravissaient en portant sur leurs frêles épaules de lourds blocs de granite qui usaient leurs dernières forces. En hommage à Marcel CALLO et à toutes les victimes du régime nazi, la pierre ramenée de Mauthausen a été posée, le 8 octobre 1988, comme pierre de fondation de la future église Marcel- CALLO. Sur cette image, conservée dans les archives de la paroisse Marcel-CALLO, Jean MASSIN présente la pierre ramenée de Mauthausen, symbole des souffrances des martyrs de la Résistance spirituelle, victimes comme Marcel CALLO de la répression décrétée contre leur apostolat par le décret du 3 décembre 1943. Plus largement, elle est aussi le symbole des souffrances de tous les déportés. Aux côtés de Jean MASSIN Mgr DEROUBAIX, évêque de Saint-Denis, s'apprête à bénir la pierre de fondation scellée par Patrick, le plus ancien des jocistes du Grand-Ensemble.
*ACE Action Catholique des Enfants, JOC Jeunesse Ouvrière chrétienne, ACO Action Catholique Ouvrière.

Mgr Deroubaix bénit la pierre de Mauthausen, cliché archives de la paroisse Marcel-Callo
GRAND VITRAIL DE L’ÉGLISE MARCEL-CALLO,
PARTIE BASSE, LES 12 MARTYRS cliché SEHT © SEHT

Chaque petite pièce figurative est ici significative, symbolique ou évocatrice d’un moment de la vie du jeune martyr béatifié. Son portrait quasi photographique est entouré de la reproduction de fragments de ses écrits et d’une vue du camp de concentration où il est mort. La partie centrale est occupée par une représentation de saint JOSEPH. Légèrement déhanché, le saint tourne son regard vers la silhouette de Marcel CALLO, esquissée en pontillés, paraissant s’envoler vers le Père. Les liens qui unissent Marcel CALLO à saint JOSEPH sont multiples. Il y a tout d’abord une coïncidence de dates : parti pour le Service du Travail Obligatoire le 19 mars 1943, Marcel est décédé à Mauthausen le 19 mars 1945, or le 19 mars est la date de la fête de saint JOSEPH. Saint JOSEPH époux de Marie, est un travailleur manuel, un charpentier qui a initié JÉSUS à l’apprentissage de son métier. Le Christ lui-même a travaillé de ses mains. Dans le manuel de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne il est écrit : « La JOC met les jeunes travailleurs en contact intime et vivifiant avec la Personne divine du CHRIST : le jeune ouvrier de Nazareth, parlant dans l’Évangile et agissant dans ses sacrements et son église ». Parler du CHRIST qui a travaillé manuellement, parler du jeune ouvrier de Nazareth, c’est affirmer la dignité du travail manuel, le jeune Marcel CALLO, militant de la JOC en était convaincu. « Il était fier de sa dignité de travailleur écrit l’abbé MARTINAIS : « À peu près toujours dans ses discours et causeries à la section, il revenait sur ce sujet. Le travail était vraiment pour lui une source de dignité qui mettait en valeur la personne humaine » (1) . Saint JOSEPH pose son regard sur Marcel CALLO qui tourne le sien vers nous. Leur image s’inscrit sur un fond blanc symbole de victoire, la couleur de Pâques. À droite de saint JOSEPH, légèrement au-dessus de lui, Marcel CALLo est représenté en pied avec à ses côtés deux portraits. Ceux de Frédo DALL’OGLIO et Lucien QUAIREL. Neuf autres portraits en noir et blanc, placés dans leur cadre, figurent au-dessous, sur un fond jaune, couleur du soleil.
Pour les réaliser, le maître-verrier s’est inspiré de Témoignage chrétien (2). Plus que le lien qui les rattacherait à Marcel CALLO, l’important est ici le nombre des portraits. Avec le bienheureux, ils sont douze. L’épisode le plus célèbre de la vie de Marcel CALLO, vécu en nombre égal à celui des apôtres, s’est déroulé à la prison de Gotha où Marcel, après avoir partagé une hostie avec ses compagnons, dans un coin de débarras de maraîcher, avait écrit sur un morceau de papier, enfoui dans un trou du mur de leur cellule : Communion, joie immense. En ne retenant pas le nom des douze prisonniers de Gotha, mais en choisissant d’autres victimes, prises dans la diversité des militants chrétiens sacrifiés par les Nazis, Témoignage chrétien signifie par le chiffre 12, symbole des Apôtres envoyés par JÉSUS comme des agneaux au milieu des loups, que tous les militants chrétiens morts sous les coups des Nazis ont été de véritables disciples, de véritables apôtres, portant un témoignage individuel et collectif.
1 - Cité d’après Mgr Pierre D’ORNELLAS Entre les mains du Christ, Marcel CALLO, apôtre de la fraternité, édition Salvator, 2023.
2 - Jocistes dans la tourmente, éditions ouvrières, 4° trimestre 1989.
Si les images qui illustrent la partie basse du grand vitrail sont muettes, elles sont complétées par des fragments des écrits du bienheureux qui parsèment le vitrail, en lettres blanches sur fond jaune ou brun.
Nous voulons sauver nos frères, porter la lumière du Christ à ceux qui ne la connaissent pas
Un chrétien qui ne milite pas n’est pas digne de ce nom car le rôle des hommes sur la terre
c’est de donner aux autres la vie divine qu’ils ont reçue
J’ai donné un peu et j’ai beaucoup reçu
Une vie d’Amour de Dieu et des Hommes
Il est impossible d’aimer le Christ sans aimer les hommes, d’être chrétien sans être apôtre, sans voir le Christ dans nos frères, sans prier, sans se dévouer
Le Christ me fit réagir, il me dit de m’occuper de mes camarades, puis la joie de vivre me revint
Cette partie du vitrail présente onze portraits aux côtés de Marcel CALLO. Reproduction sur fond à dominante jaune de clichés photographiques en noir et blanc, dans leur cadre d’origine, ils proviennent d’une publication de Témoignage chrétien. L’important est ici le nombre des portraits. Avec celui du bienheureux, ils sont douze. Le maître-verrier signifie par le chiffre douze, symbole des Apôtres envoyés par Jésus comme des agneaux au milieu des loups * que tous les chrétiens morts sous les coups des Nazis ont été de véritables disciples, de véritables apôtres, portant un témoignage individuel et collectif. Marcel CALLO est représenté en pied. Le plus proche des portraits qui l’accompagnent est celui de Frederico DALL’OGLIO qui figure dans la liste des 50 candidats à la béatification des chrétiens persécutés en vertu du décret du 3 décembre 1943 porté contre l’apostolat catholique en Allemagne nazie. Marcel TOUQUET, Robert BEAUVAIs, Lucien CROCI et l’abbé GIRAUDET figurent aussi dans la liste des cinquante. Dans le groupe, on dénombre quatre jocistes, deux scouts, un prêtre, quatre résistants, dont un tombé les armes à la main. Le vitrail met aux côtés de Marcel CALLO tous ceux qui se sont opposés aux Nazis, y compris celui qui l’a fait par les armes.
* Évangile selon saint Matthieu 10, 16-23.
GRAND VITRAILGRAND VITRAIL DE L’ÉGLISE MARCEL-CALLO, PARTIE MÉDIANE
LE MARTYR, LA JOC cliché SEHT © SEHT

La partie médiane du grand vitrail est composée dans le même camaïeu que la partie basse. Elle est encore disposée dans un réseau de plomb uniformément quadrangulaire. Un seul personnage est identifiable dans ce tableau : Marcel CALLO. Cette fois, le bienheureux n’est pas peint en noir et blanc, mais dans un camaïeu rouge. Dans la partie haute, sur la gauche, il est représenté en buste. Dans la partie droite, le maître-verrier zoome sur la partie supérieure du visage. Entre les deux portraits figure l’insigne de la JOC, sur un fond rouge qui souligne l’engagement du bienheureux dans l’organisation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. En 1937, Marcel CALLO avait participé au grand rassemblement du Parc des Princes où, pour ses 10 ans, la JOC avait réuni plusieurs dizaines de milliers de jeunes (1) . Au STO, le militantisme de Marcel attire l’attention de la Gestapo. Dans la matinée du 19 avril 1944, il est arrêté. Joël JOUAS-POUTREL est témoin de son arrestation. À un moment, nous confie-t-il, je demandai à l’agent de la Gestapo pourquoi mon camarade était arrêté, il me répondit simplement et froidement : « Monsieur est beaucoup trop catholique (2) ». À la droite de l’insigne figure la représentation partielle du visage d’un déporté, mangé par un grillage, symbole de l’univers carcéral. À la gauche du buste de Marcel on distingue un paysage de montagne, à sa droite une foule de déportés, à peine esquissée, noyée dans une couleur jaune où l’on distingue vaguement des formes humaines. Au centre, tout contre le visage de Marcel CALLO se dresse une silhouette féminine de la couleur du soleil, sans doute celle de MARIE-MADELEINE, esquissée devant un nuage percé de grains rouges laissant très peu d’espace au bleu du ciel. Dans la partie inférieure du vitrail, dans le grand rectangle de droite, on aperçoit le paysage des environs de Mauthausen avec un flanc de montagne en partie mangé par la carrière de granite qui dévore le paysage, comme elle détruit les hommes. À gauche du tableau se dressent les silhouettes d’une cohorte de déportés. tandis que le grand rectangle de gauche présente quelques visages de victimes. Au-dessus, un grand rectangle est occupé par une série d’esquisses dans lesquelles on peut voir des flammes et un personnage regardant un crucifié, l’ensemble composant une sorte de monstre. À droite du monstre, deux blocs de granite, symboles des souffrances des martyrs, rappellent que les déportés dénutris étaient contraints de gravir, avec ces lourdes charges, les 186 marches de l’escalier de la mort qui reliait la carrière au camp.
1 - En 1937 la JOC compte 86 fédérations, 734 sections et 50 000 militants. Son journal tire à plus de 100 000 exemplaires.
2- Lettre de Joël JOUAS-POUTREL au père JÉGO du 27/11/1945, citée d’après Mgr Pierre D’ORNELLAS.
GRAND VITRAIL DE L’ÉGLISE MARCEL-CALLO, PARTIE HAUTE,
MORT DU BIENHEUREUX cliché SEHT © SEHT

Au-dessous de la date d’arrestation de Marcel CALLO figure une croix d’immortelles. Elle rappelle le séjour de Marcel à la prison de Gotha lieu dont la dénomination évoque l’endroit où le Christ a été mis en croix. Les douze détenus qui partageaient la même cellule avaient nom Marcel CALLO, Marcel CARRIER, Henri MARRANES, Camille MILLET, Louis POURTOIS, Jean TINTURIER, André VALLÉE et les quatre survivants du groupe Paul BESCHET, Jean LECOQ, René LE TOUQUÈZE et Fernand MORIN. Camille MILLET, jardinier de son état, avait tressé une croix en fleurs d’immortelles qu’il avait ramenées des champs. Il l’avait accrochée au mur de leur cellule où elle avait été bénie par l’abbé Jean. De véritables cercles d’études se déroulaient devant elle. Les douze jocistes de la prison de Gotha ont un jour partagé une hostie, dans un coin de débarras de maraîcher. Elle avait été consacrée par un prêtre allemand. Au péril de sa vie, il l’avait confiée à Henri CHOTEAU, jociste basé à Gotha. Celui-ci la transporta clandestinement dans sa poche, précieusement enfermée dans une petite boîte. Au bout de 15 jours, il réussit à la donner à l’abbé LECOQ à l’insu des gardiens. Les prisonniers communièrent en cachette avant de rentrer à la prison, après une journée de travail dans les champs. Dans un trou du mur de la prison Marcel a enfoui un morceau de papier sur lequel il avait écrit : « communion, joie immense ». Le 25 octobre 1944 il est transféré à Mauthausen, réduit à n’être plus qu’un rayé, matricule 108 548. Le 7 novembre, il est conduit au camp de Gusen II, surnommé le bagne des bagnes. Le 5 janvier 1945, Marcel tombe sérieusement malade, végète quelque temps au Revier, la baraque des malades, antichambre de la mort. Là, il sera pris en charge par un autre prisonnier, le colonel TIBODO qui l’allonge sur son grabat et assiste à ses derniers instants. « Si moi, parpaillot qui ai vu des milliers de prisonniers mourir, ai été frappé par ce regard de Marcel CALLO c’est qu’il y avait en lui quelque chose d’extraordinaire. Ce me fut une révélation : son regard exprimait une conviction profonde qu’il partait vers le bonheur. C’était un acte de foi et d’espérance vers une vie meilleure. Je n’ai vu nulle part, chez aucun moribond, un regard comme le sien, le garçon avait un regard de saint (1)».
Dans le grand rectangle au centre du vitrail figure, dans un camaïeu rouge sang, l’image de la déposition du Christ en croix, surmontée par une colombe qui représente l’âme du supplicié s’élevant vers le Père, sous le regard de Marie. Cette image lumineuse est entourée d’images sombres qui évoquent l’univers carcéral avec tout de même quelques croix. La dernière rangée des images, sur la droite, présente quelques rectangles de couleurs plus claires, dans un camaïeu de brun, parsemé de grains jaunes, semés en terre étrangère. Des mains qui se serrent et des coeurs transpercés occupent le centre de ces rectangles. La signature du maître-verrier CHABOISSIER est déposée en bas, à droite, dans un des petits rectangles de la bordure du tableau.
1 - Cité d’après Mgr Pierre D’ORNELLAS Entre les mains du Christ, Marcel CALLO, apôtre de la fraternité, édition Salvator.
LES VITRAUX NON FIGURATIFS DE L’ÉGLISE MARCEL-CALLO

Les vitraux du chevet, cliché SEHT© SEHT
L’architecte J-M GAUCHER a conçu le chevet de l’église Marcel-CALLO comme une sorte d’éventail. De part et d’autre du choeur, des baies rectilignes, sortes de doigts qui s’élancent vers le ciel, éclairent la nef. Elles isolent les fidèles du monde extérieur, créant une ambiance propice au recueillement.
Depuis le Moyen-âge, la fonction du vitrail a évolué. Pendant des siècles il a eu une fonction didactique, nécessaire dans une société ou la plupart des chrétiens étaient analphabètes. Dans la ballade pour prier Notre-Dame, François VILLON donne la parole à sa mère (1) :
Femme je suis pauvrette et ancienne,
Qui rien ne sais ; oncques lettres ne lus
Au moutier vois, dont je suis paroissienne,
Paradis peints où sont harpes et luths
Et un enfer où damnés sont boulus (…)
« Je suis une femme pauvre et vieille. Je ne sais rien, je ne sais pas lire. Dans ma paroisse, je vois des paradis peints et un enfer ou les damnés sont ébouillantés ». Tout ce que sait cette paroissienne de la religion chrétienne, elle l’a appris sur les vitraux et les peintures murales de son église (2).
De nos jours, dans une société qui a accès à la lecture, la fonction didactique du vitrail n’est plus une nécessité. Il peut exprimer un message ou renoncer à la parole en s’échappant du figuratif. Dans ce cas, le verre peint conserve quand même une fonction essentielle : il laisse passer la lumière, coupe la communauté des priants du monde extérieur et crée une ambiance propice au recueillement, par le choix des couleurs et des formes qui s’entremêlent à la surface du verre.
L’architecte J-M GAUCHER a conçu le chevet de l’église Marcel-CALLO comme une sorte d’éventail qui déploie, de part et d’autre du choeur, des baies longilignes, sortes de doigts qui s’élancent vers le ciel. Une seule des baies de l’église, de plus large dimension, permet un tableau figuratif. Le maître-verrier Florent CHABOISSIER lui a donné, en concertation avec l’architecte et les chantiers du cardinal, une fonction mémorielle. Prenant appui sur les aspirations de l’équipe paroissiale, elle rend hommage au martyre du bienheureux Marcel CALLO et aux apôtres qui l’ont accompagné dans sa résistance spirituelle au régime nazi qui les a persécutés en vertu de décret du 3 décembre 1943 pris par le chef de la Gestapo Ernst KALTENBRUNNER contre l'apostolat catholique français en oeuvre parmi les travailleurs requis en Allemagne nazie.
Sur les autres vitraux, l’artiste a disposé, sur des dalles de verre quadrangulaires, enchâssées dans un réseau de plomb, la répartition traditionnelle des couleurs en un dégradé bleu au nord, rouge au sud. Le recours à des dalles de même dimension et le dégradé des couleurs donne à cet ensemble une harmonie qui crée une ambiance, propice au recueillement.
1 – VILLON Ballade pour prier Notre-Dame, OEuvres, éditions Garnier frères, 1972, page 60.
2 – Si la foi de la veille dame repose principalement sur la lecture d’images elle a eu accès à l’essentiel de la foi chrétienne comme le montre la dernière strophe de la ballade pour prier Notre-Dame : Vous portâtes, digne Vierge, princesse, Jésus régnant qui n’a ni fin ni cesse. Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse, Laissa les cieux pour nous venir secourir, Offrant à mort sa très chère jeunesse ; Notre Seigneur tel est, tel le confesse, En cette foi je veuil vivre et mourir.

