Utilisation culturelle de la Grange-aux-Dîmes

Utilisation culturelle de la Grange-aux-Dîmes

 

La Société d’Études Historiques de Tremblay, avec l’aimable autorisation du propriétaire, le partenariat du Service culturel municipal et du Festival de l’Ile-de-France a organisé des concerts et présenté des expositions pour faire connaître le bâtiment au public. La première de ces manifestations a eu lieu en juin 1978, avec la présentation de l’exposition Aperçu historique de la vie de Tremblay, du Moyen-Âge à nos jours. La manifestation a été doublée d’un concert-promenade donné par l’orchestre du Palais-Royal, dirigé par Kléber Besson.

 

 

Rappelons que la Grange-aux-Dîmes appartient actuellement à un GAEC (1),  dirigé par M. Christian Dubois. Aujourd’hui, il n’utilise plus la Grange-aux-Dîmes, mais en 1978 elle était encore employée pour le stockage des récoltes. La ferme du Château produisait alors annuellement de 900 à 1 000 tonnes de blé.  Jusqu’à une époque récente, elles étaient stockées en grains dans le monument, de la fin août à février-mars, ce qui laissait la possibilité d’y organiser des manifestations au mois de juin.

 

1 - Groupement agricole d'exploitation en commune

 

Le stock de céréales entreposé dans le monument était une proie tentante pour les rongeurs, mais leur présence attirait des chouettes qui faisaient leurs délices de ces proies faciles. Lors du premier concert donné  par  l’orchestre du Palais-Royal, l’un de ces volatiles, allergique à la musique, a manifesté son mécontentement. à la fin du concert, il a émis un ronflement sonore que la chanteuse a cru venir du public.  Pendant sa prestation, elle essayait de repérer dans le public le malotru qui ne goûtait pas la suavité de sa voix magnifique. Fort heureusement, le ronflement n’a duré que quelques secondes qui sont passées inaperçues pour la majorité du public, mais qui ont bien amusé le premier rang. Il est même arrivé que l’un de ces squatters ailés du monument manifeste sa désapprobation de façon plus gênante. Au cours d’un concert, quelques années plus tard, le perturbateur a manifesté sa désapprobation en déféquant abondamment sur le beau costume de l’un de nos amis. Nous avons proposé à la victime de prendre en charge les frais de nettoyage, mais peu rancunier, celui-ci a fait preuve de mansuétude et ne nous a jamais envoyé sa facture !

 

Les expositions que nous avons organisées dans le monument nous ont permis de rencontrer de nombreux Tremblaysiens de vieille souche qui nous ont aidés à  enraciner nos travaux dans la culture locale. Nous gardons un très beau souvenir de la collaboration des familles Camus, Coustou, Dollé, Dubois, Valissant, Yszbaert. Tous avaient gardé de précieuses informations dans leur mémoire. Suzanne Grosbois, née Yszbaert était même capable d’identifier nominativement toutes les personnes figurant sur les cartes postales publiées à Tremblay-lès-Gonesse, de 1910 à 1930 ! Messieurs Pierre Dubois, Paul Dollé, Pierre Camus, Maurice Coustou, Edouard Valissant, nous ont détaillé les techniques agricoles en usage avant la mécanisation et narré des tas d’anecdotes dont nous avons fait notre miel.

 

 

Vernissage de l’exposition Aperçu historique de la vie de Tremblay du moyen-Âge à nos jours cliché Roger Coz, Juin 1978

 

De gauche à droite : M. Pierre Dubois, propriétaire de la ferme du château ;  Hervé Revel, président de la SEHT, Raymond Bianchi, secrétaire de la SEHT ; M. Chambon, inspecteur pédagogique régional :  Mme Prudhomme ; M. Viellecazes, Préfet de Seine-St-Denis ; M. Georges Prudhomme, maire, conseiller général de Tremblay-lès-gonesse.

 

Le Festival d’Île-de-France n’a pas été le seul organisateur de concerts en la Grange-aux-Dîmes. Les qualités acoustiques du lieu, dues à l’imposante charpente millénaire dont elle est équipée, ont attiré d’autres prestataires, notamment le conservatoire municipal de musique et de danse qui s’est produit une dizaine d’années dans le monument.

 

En 1988, dans le cadre de la célébration du Bicentenaire de la Révolution Française, l’association pour la célébration de la Révolution en Pays de France a organisé à Tremblay un grand colloque sur le thème Les Paysans et la Révolution en Pays de France. Trois séances de travail se sont tenues en mairie. La première était présidée par Jean Jacquart, professeur à l’université de Paris I, président de la Fédération des Sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l’Ile-de-France ; la seconde par Jacques Dupâquier, professeur à l’école des Hautes études  en Sciences Sociales ; la troisième par Michel Vovelle professeur à l’université de Paris I, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française, président de la Commission de recherche historique pour le Bicentenaire.

 

Une des communications présentées dans le cadre de ce colloque concernait les fêtes révolutionnaires. Parmi celles-ci a été  évoquée la fête du 30 nivôse an II, célébrée par les citoyens de Tremblay dans la ci-devant Grange-aux-Dîmes. Cette fête a été préparée par une réunion du Conseil général de la commune qui a arrêté le 26 nivôse (15 janvier 1794) que chaque citoyen serait tenu, pour être admis à la fête, de se munir de sa « récréation  particulière », c’est-à-dire  d’apporter une bouteille de vin par participant et enfant de 12 ans et au-dessus. La participation devait comprendre viande et  aliments à déposer chez la citoyenne Courtier, fermière de la ferme du Château. Lieu choisi parce qu’il possédait la salle la plus vaste de la commune, en l’occurrence la Grange-aux-Dîmes, mais aussi parce que celle-ci, symbole de la pression fiscale exercée par l’église sur la paysannerie, donnait à la fête un air de revanche.

 

La fête organisait une double célébration : celle de la  Libération de Toulon et celle du martyre d’une victime des royalistes Michel Le Peletier : « Nous n’avons rien cru mieux faire, précise le procès verbal de réunion du Conseil général de la commune, pour rendre cette fête des plus célèbres que de procéder en même temps à l’apothéose d’un défenseur et martyr de la liberté, et avons exposé dans la principale place de cette commune le buste de Michel Le Peletier, mort et assassiné pour la défense de la Liberté, et cela en présence de la citoyenne Opportune    Potedevin, choisie dans toute la commune à la majorité des voix pour représenter la déesse de la Liberté ; accompagnée de douze de ses compagnes parmi lesquelles deux représentaient les déesses de l’Égalité et de la Fraternité ; et quand toute la commune s’est transportée sur les lieux avec l’enthousiasme que demandait cette fête, et tous à l’intention de prêter le serment exigé par la Loi, ce qu’ils ont tous juré » (2).

 

2 - cité d’après Lucien Noël, registre de Tremblay années 1792 et 1793, bulletin n° 28 de la SEHT, année 2004.

 

Le 16 août 1988, après le discours de clôture du colloque prononcé par Michel Vovelle, un banquet civique a réuni les participants en la Grange-aux-Dîmes autour d’un  menu déclinant avec un grand sourire les délices de la République : « langouste égalité, champignons à l’antique, veau du paysan citoyen accompagné de pommes de la ci-devant dauphine, salade carmagnole, fromage des départements, ci-devant religieuses ».

 

La poursuite de manifestations culturelles dans le monument est devenue très difficile dans les années 1990, en raison des exigences des commissions de sécurité qui réclamaient des travaux que le statut privé du bâtiment ne permettait pas d’envisager. Fort heureusement, les Journées européennes du Patrimoine et la libéralité des propriétaires ont pérennisé pour le public la possibilité d’accéder au monument.

 

 

Journées européennes du Patrimoine 2005

Visite guidée du 17 septembre 2005. MM. Yves et Christian Dubois, propriétaires du monument sont au nombre des participants.



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