Rythme saisonnier des mouvements sociaux dans l'agriculture
Rythme saisonnier des mouvements sociaux dans l'agriculture
Ce n'est pas par hasard que la grande grève des ouvriers agricoles de Tremblay-lès-Gonesse en 1936 éclate au début de l'été. À la lecture des historiens des mouvements sociaux dans l’agriculture, on est frappé par la périodicité de ces troubles qui sont calés sur le rythme des saisons, avec un temps fort, celui de la moisson. Avant de nous plonger dans les grèves de 1936, il n’est pas inutile de se pencher sur les mouvements du passé qui ont laissé une trace et des traditions de lutte dans les mentalités du salariat agricole.
Tout d’abord, il faut faire une distinction entre le personnel permanent des fermes et les ouvriers belges et picards qui viennent faire le démariage des betteraves au printemps, les moissons en juillet, le travail dans les sucreries et distilleries à l’automne. Ce sont souvent ces personnels qui seront à la pointe des revendications et ils seront très actifs dans les mouvements de 1936.
Leurs traditions sont très anciennes. Nous avons cité la communication de notre amie Gisèle Savin, au colloque Les Paysans du Pays de France et la Révolution sous le titre Coalitions de travailleurs saisonniers à Mitry-en-France, au début de la Révolution Française.
On pourrait également évoquer les incidents survenus dans le district de Gonesse au printemps 1792. Le directoire du département de Seine-et-Oise se prononce, le 2 juin 1792, sur les troubles provoqués par les attroupement de manouvriers et charretiers qui exigent la taxation du blé, du pain, l’augmentation de leur salaire, et ont contraint par la force les municipalités de Louvres, Gonesse, Survilliers, Tremblay à transcrire leurs revendications dans leurs registres. Le directoire prend un arrêté pour mettre un terme à ces débordements et appuie sa décision sur un certain nombre de documents. Il évoque les courriers de la municipalité de Louvres du 2 avril 1792 et jours suivants, une lettre du juge de Paix de la ville et canton de Luzarches du 7 avril, un courrier de la municipalité de Tremblay du premier avril, portant qu’il s’est manifesté une insurrection dans cette localité, du jeudi 22 mars au mardi 26. L’arrêté s’appuie également sur une lettre de Lavoisier, propriétaire de la ferme de Mortières, « annonçant des attroupements formés dans les paroisse de Tremblay, Roissy pour taxer le prix du blé et forcer l’augmentation des salaires » (5).
5 - Archives de s Yvelines, registre des délibérations du directoire du département, 1 L 52.
Le directoire « déclare en conséquence que toute prétendue délibération prise par les citoyens des différentes communes du département, et notamment du district de Gonesse, soit pour fixer le prix des journées, soit pour taxer le prix du grain et des différentes denrées sont nulles, illégales contraires aux droits de l’homme, aux droits de la propriété et à la Constitution.
Arrête que seront biffées sur les registres des Municipalités et le présent arrêté transcrit en marge des dits registres, enjoint aux officiers municipaux de refuser leur assentiment et leur présence à tout acte pareil, de le dénoncer à la justice et aux administrations supérieures, sous peine d’être suspendus de leurs fonctions, et poursuivis eux-mêmes comme fauteurs et complices de ces infractions à la Loi.
Approuve la conduite des Municipalités de Louvres, Survilliers, et celle du Maire de Jagny, qui ont toujours parlé le langage de la Loi. Invite la Municipalité de Gonesse à montrer plus de courage et d’énergie, et à se souvenir que le plus grand des malheurs publics est que les Lois soient violées ».

Équipe de travailleurs saisonniers belges, Tremblay-lès-Gonesse, vers 1920, archives de la SEHT, fonds Suzanne Yszbaert
Bibliographie :
fiche extraite de l'article de H. REVEL Mouvements sociaux dans l'agriculture sous le Front populaire : les grèves des ouvriers agricoles de Tremblay-lès-Gonesse, bulletin n° 43 de la SEHT, année 2019, pages 16 à 40.

