Combat de la ligne de défense de l’Ourcq – 13 juin 1940

COMBAT DE LA LIGNE DE DÉFENSE DE L’OURCQ – 13 JUIN 1940,

PARTIE OUEST DU DISPOSITIF TENUE PAR LA 29e DIVISION D'INFANTERIE

Source Exposition présentée en juin 2000 par la SEHT, à l'Hôtelde ville de Tremblay-en-France

Textes et Recherches historiques : Hervé REVEL.

Comité de lecture : Maud COTREL, Maurice DEGRANDI, Éliane JONARD, Jean-Pierre MALAGANE Claude MINART, France REVEL, Micheline RICHER.

Recherche iconographique : France et Hervé REVEL.

 

  Mémorial du 24e  BCA, ouvrage écrit par les officiers de cette unité, A.D.I.A Nice, 1943

Aquarelle  de l'illustrateur James C. RICHARD

 

 

L’évocation du combat du 13 juin 1940 et des crimes de guerre qui l’ont suivi ne constitue pas un appel à la haine et à la vengeance. La présente exposition a pour objet de saluer la fin des violences aveugles générées par le totalitarisme nazi. Certains termes des documents que nous publions peuvent aujourd’hui choquer ; ils sont le reflet d’une époque douloureuse et permettent de mesurer le chemin parcouru par les anciens belligérants.

Au service du devoir de Mémoire, notre exposition entend contribuer à une culture de Paix en montrant le danger des idéologies basées sur la haine et le rejet de l’autre. La Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France se félicite des relations pacifiques qui se sont depuis développées entre les anciens ennemis et appelle au respect des différences, à la compréhension et à la coopération entre les peuples.

 

INTRODUCTION

C'est le 10 mai 1940, à 4 h 35 du matin, que les Allemands passent à l'action, sur les bases du plan jaune. Une  partie de leurs troupes fait diversion vers la Belgique pour attirer les forces alliées, en attendant que l'attaque décisive se porte ensuite vers le sud de la France.

Au début de l'offensive, après avoir rompu la défense de la Meuse, la Wehrmacht se rue sur Abbeville et la mer, afin d'encercler les troupes alliées engagées en Belgique. L'axe principal de l'attaque passe ensuite par les Ardennes tandis que le gros de l'armée allemande et des blindés fonce vers le sud pour détruire le reste des forces alliées.

En 45 jours, du 10 mai au 25 juin, l'armée française perd 120 000 hommes,* l'armée allemande 154 464.

* ce chiffre des pertes de l’armée française n’inclut pas celles des armées alliées.

Au cours de cette période, la moyenne des pertes journalières est supérieure à celle de la bataille de Verdun, du 21 février au 15 décembre 1916. Contrairement aux idées reçues, l'armée française s'est donc bien battue contre l'ennemi en 1940. L'un de ces affrontements a eu lieu sur les berges du canal de l'Ourcq, le 13 juin. Relativement peu connu de nos jours, le combat de la ligne de défense de l'Ourcq a pourtant été médiatisé peu après les faits. À des fins de propagande, le régime de Vichy l'a célébré par l'écrit et la radio. Il figure parmi la trentaine de faits d'armes présentés dans le Mémorial de France d'André-Paul ANTOINE, publié avec exergue du maréchal PÉTAIN et préface de TIXIER-VIGNANCOUR **. 

L'ouvrage, offert par le Maréchal "aux meilleurs élèves de France", présente la version écrite d'une série d'émissions radiophoniques, diffusées quotidiennement, du 1er septembre au 11 novembre 1940. Dans ces émissions, les services de propagande de Vichy vantent la bravoure du soldat français pour mieux dénoncer « les responsables politiques, militaires, administratifs du désastre » qui « dans le but de diminuer leur propre responsabilité, accusent le soldat français ». Si cette littérature a célébré le combat du Vert-Galant, elle a tu les exactions nazies qui l'ont suivi. Les rapports du préfet ne mentionnent même pas la criminelle répression de cette tragique journée qui a coûté la vie à 15 otages civils !

** André-Paul ANTOINE, Mémorial de France, Sequana éditeur, 1941.

ORDRE DE DÉFENSE DE L’OURCQ dicté, le 13.juin1940, par le général commandant le 1er corps d’Armée (SHD32N232). Cliché SEHT

 

DISPOSITIF DE DÉFENSE DU CANAL DE L’OURCQ (SHD32N232)..

La 47e DI occupe la droite du dispositif, de Tremblay-lès-Gonesse à Villeparisis tandis que la 29e  DI (3e  RIA et 6e 1/2 brigade) occupe la gauche, de Sevran à Tremblay-lès-Gonesse. Cliché SEHT

 

 

LA BATAILLE DU CANAL DE L’OURCQ

La 1ère  Compagnie du 24e  BCA tient le pont de l’avenue l’avenue du Chemin de Fer, actuelle avenue du général de-Gaulle

La défense du canal de l’Ourcq, de la Poudrerie de Sevran-Livry au pont du chemin de fer de Tremblay-Villepinte, est confiée au 24e BCA, renforcé d’éléments du 25e  et 65e  BCA.

La 1ère compagnie du 24e Bataillon de Chasseurs Alpins a mission de tenir le pont de l’avenue du Chemin de Fer, actuelle avenue du général de-Gaulle. Elle est armée de deux canons antichars de 25 et de mitrailleuses. Dès 10 heures du matin, elle est sur place et s’organise. Les hommes sont exténués par les marches et les combats des journées précédentes. Le commandant de compagnie, le capitaine GILLOT, établit 4 points d’appui pour défendre le pont : 2 sur la rive nord, 2 sur la rive sud.de

POSITIONS DU 24e BCA LE 13.06.1940

- la 1ère  Cie défend le pont du canal - carte extraite du Mémorial du 24e BCA, carte extraite du Mémorial du 24e BCA, cliché SEHT.

CANON ANTICHAR DE 25, MODÈLE 1937 collection France, cliché SEHT

FANION DU 24e  BCA, AVEC SA GARDE, janvier 1940, cliché E.C.P.A

Les deux chasseurs sont en tenue de combat, avec manteau et casque moutarde. Malgré le règlement, celui de droite a gardé les écussons du temps de paix. 

 

PROGRESSION DE L'ARMÉE ALLEMANDE EN DIRECTION DU CANAL DE L'OURCQ

Le 13 juin, les chasseurs de chars de la 87e Division d'Infanterie de la Wehrmacht s'emploient à établir un pont provisoire pour le franchissement de la Nonette. Sitôt le passage rétabli, les détachements avancés  se précipitent sur les traces de la 29e et de la 47e divisions.

Un commandement faisant preuve d'arrogance

Aux environs de La Chapelle, sur la route de Senlis à Paris, le général Von KÜCHLER, commandant en chef de la 18e armée, prend la tête du détachement avancé. Assis dans son cabriolet décapotable, coiffé d'une simple casquette, il fait preuve d'une superbe arrogance. La présence du commandant en chef en tête de colonne prouve le peu d'estime dans lequel il tient la capacité de résistance de l'ennemi. Mais à l'ouest de Saint-Witz, des éléments isolés tirent sur la tête de la colonne allemande, contraignant le général à plus de prudence. Il n'en élargit pas moins ses ordres et donne mission au détachement avancé « de prendre rapidement possession d'un passage sur l'Ourcq, à l'est de Paris. »

Les envahisseurs pensent avec un sentiment de supériorité à leurs aînés de 14. - Paris, le rêve chimérique allemand de la première guerre mondiale - se souviennent Hermann OEHMICHEN et Martin MANN*. L'approche de la capitale excite leur imagination « avec fierté et le cœur battant, nous voyions depuis midi au loin sur notre droite, le treillage en filigrane de la svelte tour Eiffel et la colossale coupole ventrue de marbre d'un blanc criard du Sacré-Cœur, se détachant toujours plus à l'horizon, à chaque kilomètre de marche vers le Sud. »

Des troupes pénétrées de l'idéologie nazie

Nous avons le récit de deux anciens combattants allemands, Hermann OEHMICHEN et Martin MANN. Ayant écrit leur relation longtemps après la fin de guerre, ils ont pris leurs distances avec le régime hitlérien. Mais ils gardent le souvenir de l'idéologie qui nourrissait les troupes d'assaut auxquelles ils appartenaient : « Qui peut nous reprocher, dans notre euphorie de la victoire, si nous avons cru que cette guerre éclair allait nous ouvrir une porte, pour un avenir heureux de l'Allemagne. »

*récit de la campagne de la 187e DI, Hermann OEHMICHEN et Martin MANN, traduction de Marie-Jeanne et Louis TRITZ, bulletin n° 16 de la SEHT, 1992 p. 39 à 46.

 

PROGRESSION DE L’ARMÉE ALLEMANDE VERS LE CANAL DE L’OURCQ, 13.06.1940, collection SEHT

 

                               CONCENTRATION DES COMBATS                                 SUR LE QUARTIER DU VERT-GALANT

La colonne allemande ne rencontre qu'une faible résistance devant Louvres, Roissy et la partie nord de Tremblay et Villepinte. À Sevran, le pont du chemin de fer tombe aux mains des chasseurs de chars, mais le pont du canal résiste et stoppe la progression allemande par des tirs de grenades et d'armes automatiques. L'artillerie allemande touche un train de munitions dont le chargement saute, wagon après wagon. Cet incendie interdit le franchissement de l'Ourcq à Sevran et reporte la bataille plus à l'est, vers Villepinte et Tremblay, dans le quartier du Vert-Galant et sur Villeparisis.

LA PUISSANCE DE FEU DES ASSAILLANTS EST SUPÉRIEURE À CELLE DES DÉFENSEURS. Ils disposent de minenwerfers (mortiers) . CLiché SEHT d’après Oswald ZENKNER, FRANKREICH FALLT, Völkischer Verlag, Dusseldorf, 1942

LA PUISSANCE DE FEU DES ASSAILLANTS EST SUPÉRIEURE À CELLE DES DÉFENSEURS. Ils disposent même de canons de 88 . CLiché SEHT d’après Oswald ZENKNER, FRANKREICH FALLT, Völkischer Verlag, Dusseldorf, 1942.

LE SITE DU COMBAT  DE LA LIGNE DE DÉFENSE DE L’OURCQ

LA TRANCHÉE  CREUSÉE DANS LA BUTTE DU BOIS-SAINT-DENIS POUR PERMETTRE LE PASSAGE DES EAUX DE L’OURCQ S’ÉTEND DU PONT DE SEVRAN AU PONT DE VILLEPARISIS. REVÊTUE D’UNE COUVERTURE FORESTIÈRE CONTINUE ELLE OFFRE AUX DÉFENSEURS UNE POSITION FAVORABLE POUR REPOUSSER LES ASSAUTS DE L’ENNEMI.

CPA, édition Lapie, collection SEHT. 

Le terrain offre au 24e  BCA une position favorable pour arrêter les assaillants

LE PASSAGE À NIVEAU DU VERT-GALANT  CPA édition Bazar de la gare, 7 août 1931. Collection SEHT

Aujourd’hui remplacé par un passage sous voie, le passage à niveau du Vert-Galant surplombe, en juin 1940, l’avenue par laquelle la colonne allemande débouche devant les défenseurs.

 

       CANAL DE L'OURCQ, PROFIL EN TRANCHÉE   

PROFIL DU CANAL CREUSÉ EN TRANCHÉE DANS LA FOSSE DU BOIS SAINT-DENIS (Actes du colloque Le canal de l'Ourcq hier, aujourd'hui, demain, 2002)

 

Alors que l’emprise au sol du canal est de 30 m en plaine, elle est de 95 mètres en tranchée, offrant un recul suffisant pour organiser la défense, entre Sevran et Villeparisis. En revanche sur Villeparisis les defenseurs ne pourront pas s'appuyer sur le terrain pour faire face aux envahisseurs (profil en plan).

 

LE CANAL DE L’OURCQ AU PONT DE L’AVENUE DU CHEMIN DE FER

CPA édition Bronner, 1936, cachet de la Poste. Collection SEHT

Le Pont de Villepinte, situé sur le seuil de partage des eaux entre la vallée de la Marne et la vallée de la Seine a été l’épicentre des combats, le 13 juin 1940.

 

LE COMBAT DE LA 1ère COMPAGNIE DU 24ème BCA

 

Vers 14 heures 30, un peloton motocycliste ennemi se présente. Lorsqu'il est à 100 mètres, les défenseurs ouvrent le feu. En quelques secondes, les 8 motocyclistes sont abattus.

Les positions françaises sont attaquées au minenwerfer et au canon. L'infanterie ennemie essaie de s'approcher, mais des tirs précis de mitrailleuses la maintiennent à distance.

Dans le courant de l'après-midi, après un moment d'accalmie, le feu reprend avec intensité. Les blessés commencent à affluer au P.C de la compagnie. Le mitrailleur GAURAND, sérieusement blessé à la main, refuse de se laisser évacuer. Après s'être fait panser, il retourne à sa position, un poste d'observation juché au faîte d'une des maisons de la rive sud. Moins d'une heure plus tard, il sera porté comme tué.

Les mines ennemies détruisent deux mitrailleuses et un fusil mitrailleur. Les servants de ces pièces sont tués ou blessés. Le sous-lieutenant LABBÉ est blessé au flanc, le sergent MEYÈRE littéralement scalpé par un éclat qui met à nu une partie du cerveau.

En fin d'après-midi, le capitaine GILLOT donne l'ordre aux deux points d'appui de la rive nord de se replier. Un canon de 77 qui prend position à 150 mètres, dans l'axe du pont et de la départementale 88 est pris pour cible par le plus avancé des canons de 25 qui réussit à le détruire.

Vers 19 heures, le chef de bataillon VALO envoie l'ordre suivant :

« Le Bataillon se repliera à 21 heures 15, vous demande de sacrifier la 1ère  compagnie pour permettre au Bataillon de décrocher et de continuer la lutte. »

Au reçu du message, le capitaine consulte ses chefs de section. Ceux-ci accueillent les ordres avec sang-froid et détermination. Jusqu'à 21 heures, le combat fait rage. Le chasseur ZAFFALON est alors touché de six balles dans la poitrine, il a de surcroît un bras fracassé. Il est évacué par deux de ses camarades sur le poste de secours du bataillon. Après 21 heures, le combat cesse. Les Allemands incendient une maison voisine du pont et lâchent sporadiquement des rafales de mitrailleuses. Pratiquement à court de munitions, la 1ère compagnie répond avec parcimonie. À 23 heures 30, le capitaine GILLOT rassemble ses hommes. La retraite du bataillon étant maintenant opérée, il décide de commencer le repli de son unité à minuit. Le mouvement est fixé dans le détail. Le moment venu, il sera exécuté parfaitement et l'ennemi ne se rendra pas compte du décrochage.

AU CENTRE DU CLICHÉ, LE CAPITAINE GILLOT COMMANDANT LA 1ère  COMPAGNIE DU 24e  BCA, archives de la  SEHT.

 

RAPPORT DU CAPITAINE GILLOT - SHD 34N216, Cliché SEHT

Certains termes du rapport peuvent aujourd’hui choquer. Ils ont été écrits dans un moment encore chargé de la fureur du combat. Les corrections du document en surcharge sont celles des journalistes de Vichy, qui ont lu ce document dans l'émission radiodiffusée de novembre 1940, se contentant de modifier les mots et expressions susceptibles de choquer l’Occupant.

 

LETTRE DU MAIRE DE TREMBLAY AU SECRÉTARIAT GÉNÉRAL AUX ANCIENS COMBATTANTS

 

« Le 13 juin 1940, le soldat CREUSY Louis qui combattait au Bois Saint- Denis à Tremblay-lès-Gonesse se trouve tout à coup au contact d’une patrouille allemande et sommé de se rendre. Il s’y refuse. L’officier allemand qui commandait la patrouille tira alors 2 coups de revolver sur ce soldat qui s’écroula, atteint au ventre par les projectiles, puis la patrouille s’éloigna. Il fut hébergé chez un habitant où il est décédé le 14, à7 heures du matin, des suites de ses blessures (...) » Cliché SEHT

 

 Mort du soldat Louis CREUZY

Lettre du maire de tremblay-lès-Gonesse aux parents du soldat Louis CREUZY, tué le 13/06/1940 par une patrouille allemande, dans le quartier du Bois Saint-Denis.

 

 

LETTRE DES PARENTS DU SOLDAT CREUSY AU MAIRE DE TREMBLAY-LÈS-GONESSE

« C’est dans de pénibles circonstances que je m’adresse à vous, voici les faits, notre fils CREUSY Louis, Georges a été tué le 13 juin ( ...) » Cliché SEHT

 

Verso de la lettre des parents du soldat Louis Creusy, avec au dot le brouillon manuscrit de la réponse du maire de Tremblay-lès-Gonesse, cliché SEHT

 

AUTORISATION PRÉFECTORALE DE TRANSFERT DE CORPScliché SEHT.

 

Document en date du 10 décembre 1940 autorisant le transfert des corps des soldats et victimes civiles au cimetière communal. Cliché SEHT.

 

 LETTRE DE LA DÉLÉGATION SPÉCIALE A LA VEUVE DE LOUIS CREUSYcliché SEHT.

 

.

Lettre en date du 17 février 1941 relative à l’exhumation et ré-inhumation de Louis CREUSY Cliché SEHT

 

LETTRE DU PRÉFET DE SEINE-ET-OISE DU 25/09/1940, cliché SEHT.

 

Le Préfet demande aux maires de faire procéder conformément aux instructions formelles des autorités allemandes et de M. le ministre de la Défense Nationale à la recherche et à l’identification des tombes des militaires tués ou décédés au cours de la guerre de 1939-1940

 

ÉTAT NOMINATIF DES VICTIMES MILITAIRES TUÉES SUR LE TERRITOIRE

DE LA COMMUNE DE TREMBLAY-LÈS-GONESSE

 

DOCUMENT DATÉ DU 1er  OCTOBRE 1940, cliché SEHT

BILAN DES VICTIMES CIVILES ET MILITAIRES DU 13 JUIN 1940

 CE BILAN NE MENTIONNE PAS LES 15 OTAGES FUSILLÉS

LE 14 JUIN 1940

(Cf. infra, crimes de guerre du Vert-Galant, journée du 14 juin 1940)

 

Henri HAUTEBON, né le 03.12 1915 à Montpellier tué le 13.06.1940 sur la rive nord du canal.

Archives de la SEHT, fonds Jean Estève.

Acte de décès du soldat Libéré, Joseph CRESTA, en date du 13 juin 1940 avec en marge les mentions « Mort au combat » et « Mort pour la France ». Délivré par la Mairie de Sevran, Archives de la SEHT.

 

Le chasseur Louis GAURRAND, Archives de la SEHT, fonds Jean Estève

Chasseur GAURRAND, mentionné comme tué à son poste d’observation sur la rive sud, dans le rapport de son chef d’unité, et dans la correspondance de Jean Estève en date du 01/06/2005.  Nous avons entrepris plusieurs démarches pour établir l’identité complète du chasseur Gaurand, notamment auprès du secrétariat général pour l’administration, direction de la Mémoire et des archives du ministère de la défense. Sa lettre du 18 juillet 2018 nous a apporté la réponse suivante :

 « J’ai l’honneur de vous faire connaître que les recherches entreprises  dans les différents fonds d’archives ont permis d’identifier le 2ème classe Louis GAURAND, né le 18 juillet 1915 à HYÈRES (83), disparu le 19 juin 1940 et rayé des contrôles le 20 juin 1940 ».

Une autre lettre, signée du directeur de cabinet du secrétaire d’État aux armées, datée du 22 février 2019, est venue compléter, six mois plus tard les données recueillies. Elle reprend en termes à peu près identiques  les états de service de Louis, Margot, Camille GAURRAND, né le 18 juillet 1915 à HYÈRES (Var), figurant dans la lettre du 18 juillet, mais elle ajoute une information qui nous a stupéfié « Il est cependant décédé le 22 mai 1973 à Hyères ».

Au vu de ce courrier, le chasseur Gaurrand, alias Gaurand a été retiré  de la liste des victimes militaires du combat de la ligne de défense de l’Ourcq du 13 juin 1940.

 

Extrait d’une correspondance en date du 01.06.2005 de Jean ESTÈVE, ancien chasseur du 24e  BCA.

 

 

COMBAT DE LA LIGNE DE DÉFENSE DE L’OURCQ – 13 JUIN 1940 PARTIE EST DU DISPOSITIF, TENUE PAR LA 47e DIVISION D'INFANTERIE

 

Si la topographie est à l’avantage des défenseurs autour du pont de l’avenue du Chemin de Fer, dans le quartier du vert-Galant,  il n’en est pas de même du côté du pont de Mitry-Villeparisis.

Le versant Est de la butte du Bois Saint-Denis s’abaisse progressivement et n’offre aucune protection aux positions tenues par la 47e division, sur Villeparisis, où elle devra rapidement céder le terrain à l’ennemi.

 

   CANAL DE L'OURCQ, PROFIL EN PLAINE   

PROFIL DU CANAL EN PLAINE (Actes du colloque Le canal de l'Ourcq hier, aujourd'hui, demain, 2002)

 

 

Pour décrire l’échec des défenseurs de la partie Est du dispositif, nous aurons recours au récit de l’un des acteurs, le lieutenant DÉRABLE, que nous citerons longuement d’après la relation des journées des 13 et 14 juin qu’il a donnée à nos amis de Villeparisis et son passé *.

Villeparisis au XXe  siècle, tranches de vie 1920-1970, édition Villeparisis et son passé, 2016 - pages 191 à 194

 

Le lieutenant n’appartient pas à la division chargée de la défense du canal, mais il accepte de se joindre avec sa compagnie au dispositif. Il appartient au 107e  RI et fait retraite avec ses hommes depuis Ormoy. Après être passé par Nanteuil, il suit la voie ferrée Paris-Soissons et arrive sur Villeparisis en début d’après-midi, le 13 juin.

« Vers 15 h 30 et à 3 kilomètres avant Villeparisis, j’ai à peine dépassé un petit passage à niveau qu’une dizaine de side-cars ennemis apparaissent ; l’arrière garde est coupée en deux. Ceux qui n’ont pas pu passer rebroussent chemin, évitant d’être pris entre deux feux. Ils essaieront de gagner la Marne vers Lagny et seront pris dans la soirée. Je les reverrai en captivité quelques jours plus tard. Je suis avec une quinzaine d’hommes dont un Alsacien, il y a un léger accrochage. Un FM est mis en batterie, cela nous permet de décrocher sans perte. Les hommes abandonnent le matériel collectif et en utilisant les haies, nous partons au pas de course, nous sommes très fatigués. À l’entrée de Villeparisis, nous trouvons une section d’éclaireurs motocyclistes du 107e RI, revoir les troupes françaises nous procure un grand plaisir. Je me crois sauvé, couverts nous allons pouvoir retraiter en toute sécurité.

 

Nous pénétrons dans la ville, il reste quelques habitants, tout est calme et on ne croirait pas qu’il va y avoir des combats, nous traversons le canal de l’Ourcq et arrivés au carrefour derrière le pont à 100 mètres à l‘Est de la place du marché, je trouve une partie des hommes du 61e BCP installés dans le bas côté en tirailleurs, côte à côte, avec quelques soldats du 107e RI. Il faut parait-il défendre le coin. Le capitaine Marque est parti au PC du 107, situé dans une maison sur la route de Lagny, à 500 mètres du carrefour.

Il y a là un véritable état-major : un commandant, deux capitaines, deux lieutenants. MARQUE discute avec eux. Une voiture est devant la porte. Je les préviens de mon accrochage et demande des ordres : « défendre le carrefour » et sans attendre davantage je reviens au carrefour. Juste à ce moment une voiture militaire passe en trombe, ce sont les gendarmes :

« Les voilà !» nous crient-ils.

 

Des civils sont encore dans la rue, des enfants, des vieillards, je leur dis de rentrer dans les caves. Un vieillard plein de compassion me dit : « Partez donc, Lagny est à 10 km derrière La Marne, vous serez en sécurité ».

Puis la section d’éclaireurs motocyclistes du 107e  RI passe à son tour, un instant s’écoule et les armes crépitent, je vois le commandant et les officiers du 107e disparaître avec leurs voitures. Le combat est confus, l’ennemi tâte le terrain. Julien, l’aspirant, qui est avec moi s’offre de faire le tour des points d’appui. Il est très optimiste, il n’y a que quelques motocyclistes ; « ils bluffent » me dit-il. Je me souviens de ses paroles et j’y ai souvent pensé. Il va prendre la liaison et cherche des renseignements. Il était le seul à pouvoir faire efficacement la liaison, il ne fallait pas faire de folles allées et venues, notre carrefour est criblé de balles que l’on entend claquer dans les branches. Je me couche.

Julien revient peu après et me dit « on ne voit rien, ils ne doivent pas avoir de blindés car ils attaqueraient, mais ils sont cachés dans les jardins », on entend les détonations de départ. On ne sait rien des troupes amies. La 107 ne donne plus signe de vie, je n’ai pas de nouvelles de MARQUE.

JULIEN était à genoux, je le lui dis « couche-toi ! », ce furent les dernières paroles qu’il entendit. Au même instant, une balle le touche entre l’œil et l’oreille gauche et ressort de l’autre côte de la figure, il tombe sans pousser un cri. Le côté de la figure était arraché et laissait voir les dents de la mâchoire supérieure. Je quittai le coin pour me poster à 30 mètres de là, je n’avais plus aucune liaison avec les points d’appuis voisins.

À travers les haies des jardins, nous entendions les hurlements des assaillants. À la nuit tombante, complètement encerclé, je me réfugie dans une maison juste à côté, espérant décrocher au milieu de la nuit. J’avais une quinzaine de chasseurs dont un Alsacien, Berck. La nuit était venue, on voyait des autos transportant des troupes motorisées s’installer au carrefour à 30 mètres de nous. »

Dossier de décès de l'aspirant JULIEN, Service historique de la Défense, Caen, CoteAC 21 P 58186

 

Dans le courant de l’après-midi, l’ennemi passe sur la rive nord du canal, par le pont de Villeparisis et essaie de progresser vers l’ouest, vers le quartier du vert-Galant, tenu  par le 24e  BCA. Ces infiltrations compliqueront la tâche des défenseurs, mais ils réussiront à contenir la progression de l’ennemi. Nous avons publié un témoignage des tentatives allemandes, celui de M. Guillois : « En fin de matinée, le 13 juin, ma mère avait décidé de rejoindre à pied notre famille à Montreuil. Au milieu de l’après-midi, notre voiture d’enfant était chargée des nécessités pour la journée de marche qui nous attendait. Mon frère est allé acheter du pain à la boulangerie BÉfara, avenue Pasteur. Il est revenu apeuré, ayant aperçu un soldat allemand, qui s’était dressé brusquement devant lui, avant de disparaître aussi vite, à la hauteur de l’entrepreneur de maçonnerie Sala, juste avant la place Pierre Curie. Quelque temps après, nous partions pour Montreuil. Sortis de chez nous, un soldat français qui regardait en direction de Villeparisis, abrité derrière le gigantesque chêne de la rue de Lille, nous ordonnait de rentrer. À peine avions-nous obtempéré, qu’une fusillade éclatait. Terrorisés, nous  sommes allés nous cacher sous le lit de mes parents. » *

* Mon enfance au Vert-Galant pendant la Seconde Guerre mondiale, témoignage de Bernard GuILLoIS, bulletin n° 38 de la SEHT, page 15

 

Au total, la journée se solde à Villeparisis par dix victimes : trois hommes tombés place du Marché : Roger, Georges, Alexis BUHA ; Marcel, Alphonse, Joseph VEJUX et un tirailleur non identifié appartenant à une unité nord-africaine. Trois autres tués avenue de la Gare : Marc FOUGÈRE et l’aspirant René JULIEN au 135, Louis QUARTENOUD au 161. Louis, Georges MONIN décédé au 14 de l’avenue Barbusse.

À ces militaires, il faut ajouter une victime civile non identifiée, décédée au 183, avenue Henri-Barbusse.

Le bilan complet comporte enfin deux Allemands : les soldats W.INHOR et M. LINSSEEN.

La gare de MITRY-VILLEPARISIS, épicentre du combat du 13 juin 1940

 

 

COMBAT DE L'OURCQ - BIBLIOGRAPHIE DES JOURNÉES

DES 13 & 14 JUIN 1940

PUBLICATIONS

- Antoine. André-Paul Mémorial de France, Exergue du Maréchal PÉtain – Faits d’armes de la guerre 1939-1940, Préface, de Tixier-Vignancour, Sequana éditeur, 1941.

- Burger Georges-Antoine, ancien otage civil Interné dans un camp en France, à 16 ans, Bulletin de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, n°16, année 1992.

- de Foville Jean-Marc L’entrée des Allemands à Paris (14 juin 1940), Calmann-Lévy, 1965.

- Estève Jean, ancien chasseur du 24ème BCA, Juin 1940 : témoignage Bulletin de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, n° 26, année 2002.

- Fond Marcel, ancien officier du 24ème B.C.A, Le 24ème bataillon de chasseurs alpins après le combat du canal de l’Ourcq, Bulletin de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, n° 24, année 2000.

- FOND Marcel, Récit de l’évasion du lieutenant FOND et du capitaine GILLOT. Bulletin n°40 de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, 2016.

- Guiffard Robert, Souvenirs d’un fils de fusillé, Bulletin de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, n° 24, année 2000.

- GILLOT Georges, Désiré Extrait du dossier individuel, consulté, à titre dérogatoire par H. Revel. Bulletin n°40 de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, 2016.

- Giraud Henri La 29ème D.I. au feu, 1939-1940, Édition Marseille-Lecomte, 1941.

- Le Mémorial du 24ème BCA, par un collectif d’officiers du 24ème BCA, 1941.

- Lottman Herbert R La chute de Paris – 14 juin 1940, Firmin-Didot, 1992.

- Moreau Roger, ancien otage civil, Interné en France à 16 ans. Bulletin de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, n° 24, année 2000.

 - MULLER Marcel, Monsieur ZECHETTI, un héros tout simple. Bulletin de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, n° 24, année 2000.

- MULLER Mme Souvenirs d’une des petites filles de M. Léon EVAIN, otage fusillé le 14.06.1940. Bulletin de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, n° 24, année 2000.

- Œchmichen Hermann et Mann Martin Récit de la campagne de la 87e D.I. allemande, par, traduction de Marie-Jeanne et Louis Tritz, bulletin n° 16 de la SEHT, 1992.

- Revel Hervé, Crime de guerre sur les bords de l’Ourcq, Bulletin n°16 de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, 1992.

- Revel Hervé, De l’affrontement militaire de la ligne de défense de l’Ourcq au crime de guerre nazi du Vert-Galant, Journées du 13 & 14 juin 1940, Bulletin n°23 de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, 1999.

- REVEL Hervé, La banlieue Nord-est de Paris dans la Seconde Guerre mondiale, éditions Fiacre, 2012

- Revel Hervé, Juin 1940,  L’effroyable bilan des combats livrés au nord-est de Paris. Bulletin n°40 de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France, 2016.

- SEHT Livret de présentation de l’exposition commémorative des 13 et 14 juin 1940, supplément au bulletin n° 23 de la SEHT, édité par la SEHT et la ville de Tremblay-en-France, dans le cadre du 60ème anniversaire des journées des 13 et 14 juin 1940.

- Turpin Michel, Maloine Albert Le 24ème Bataillon de Chasseurs, Paris, Éditions Berger-Levrault, 1959.

- Verlot général Philippe, Première compagnie du 24ème bataillon de chasseurs à pied et alpins, combat de Vaujours sur l’Ourcq, Le Cor de Chasse, n°559 de novembre-décembre 1998.

ARCHIVES MILITAIRES : Service Historique de la Défense à Vincennes.

- Journal de marche et des opérations de la 29ème Division d’Infanterie, SHD32N182.

- Journal de marche et des opérations de la 47ème Division d’Infanterie, SHD32N232.

- Journal de marche et des opérations du 24ème BCA, SHD34N41

- Rapport du capitaine Gillot, SHD34N216.

- Journal de marche et des opérations du 3ème RIA, SHD34N41

- Journal de marche et des opérations du 65ème BCA, SHD34N224

 

ARCHIVES DÉPARTMENTALE DE SEINE-SAINT-DENIS.

- Rapport du commissaire de police de Tremblay-lès-Gonesse - dévolution 1886W135

 

 



Les réactions

Avatar Gérard.Loridan

J'ai habité au 21 avenue du chemin de fer(av du général De Gaulle)mes parents depuis 1933 .Ma cousine a assistée au journée du 13 et 14 juin 1940 et a vue les deux soldat Français morts le lendemain dans le pré de Gatti derrière la boulangerie la maison du 21 a pris un obus allemand de petit calibre qui a fait un trou de 80cm de diamètre dans la chambre du 1er étage
Si cela vous intéresse je peu la contacter Mes salutations

Le 01-07-2013 à 15:25:56

Avatar rene Lichtman

information tres importantes; merci pour votre travail
Rene Lichtman
pendant la guerre, enfant caches au Vert Galant

Le 22-12-2021 à 17:30:09

Avatar rene Lichtman

information tres importantes; merci pour votre travail
Rene Lichtman
pendant la guerre, enfant caches au Vert Galant

Le 22-12-2021 à 17:30:33

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