24e Bataillon de chasseurs alpins - combat de Vaujours sur l'Ourcq

 

 

NOTE SUR LE COMBAT DE « VAUJOURS SUR L’OURCQ »  
 

Récit 1ère compagnie du 24ème bataillon de chasseurs à pied

combat de Vaujours sur l'Ourcq du 14 juin 1940

 

 

 

Relativement peu connu de nos jours, le combat de la ligne de défense de l'Ourcq a pourtant été médiatisé peu après les faits. À des fins de propagande, le régime de Vichy l'a célébré par l'écrit et la radio. Il figure parmi la trentaine de faits d'armes présentés dans le Mémorial de France d'André-Paul ANTOINE, publié avec exergue du maréchal PÉTAIN et préface de TIXIER-VIGNANCOUR *. L'ouvrage, offert par le Maréchal « aux meilleurs élèves de France, » présente la version écrite d'une série d'émissions radiophoniques, diffusées quotidiennement,

du 1erseptembre au 11 novembre 1940. Dans ces émissions, les services de propagande de Vichy vantent la bravoure du soldat français pour mieux dénoncer « les responsables politiques, militaires, administratifs du désastre » qui « dans le but de diminuer leur propre responsabilité, accusent le soldat français. »

 

* André-Paul ANTOINE, Mémorial de France, Sequana éditeur, 1941.

 

                                 1re Compagnie

                                du 24e (> Bataillon

de Chasseurs à pied

COMBAT DE VAUJOURS-SUR-L'OURQ

(/4 juin 1940)

Cantonnée dans la nuit du 12 au 13 juin à deux kilomètres de Senlis, La 1re compagnie du 24e bataillon de chasseurs à pied, appartenant à la 29" division d'infanterie, reçoit l'ordre de mettre en état de défense le pont de Vaujours-sur-l.'Ourcq et d'en interdire le passage à  l'ennemi.

La 1re compagnie gagne aussitôt Vaujours où elle arrive dans la matinée du 13 juin, à !0 h 30. Le pont est intact. La compagnie  renforcée de deux canons de 25 et d'une section de mitrailleuses, en organise aussitôt la défense. A. midi tout le dispositif est en place.

Vers 14 h. 30, huit motocyclistes allemands se présentent. Les chasseurs ouvrent le feu. Tous les Allemands sont abattus. Un quart d'heure plus tard des camionnettes allemandes, suivies d'autres motocyclistes, apparaissent.  Accueilli par un feu nourri, l'ennemi prend aussitôt ses dispositions de combat et déclenche sur la compagnie un tir violent de minenverfers et d’artillerie

 

-     7 –

 

Mais les chasseurs, dont le tir est excellent, ripostent vigoureusement: L'infanterie allemande ne peut parvenir à franchir la rivière.

Dans l'après-midi,  les éléments français qui tenaient au nord de la rivière sont ramenés par précaution sur la rive sud. Le feu ennemi s'accentue encore. Deux mitrailleuses et un fusil mitrailleur sont détruits, par les torpilles enne­mies. Les pertes de 1re compagnie sont sévères. Mais l'ennemi ne passe pas. Un de nos canons de 25 parvient même à détruire une pièce de 77 allemande. Toutes les tentatives ennemies pour franchir le pont ou pour s’infiltrer sur les ailes sont brisées net.

Vers.19 heures, le commandant du bataillon informe le chef de la 1re compagnie que le bataillon se repliera à 21 h 15. . La1re compagnie  devra résister sur place afin de permettre au bataillon de se décrocher et de continuer plus loin la lutte. C'est une mission de sacrifice. Avertis de la mission qui leur est confiée, soldats et officiers l'acceptent avec une résolution  stoïque.

Et le combat continue, acharné.

A 21 heures, la compagnie évacue son dernier blessé. Les deux. Chasseurs qui l'ont amené au poste du bataillon savent la compagnie sacrifiée. Le commandant Valo, qui commande le bataillon, leur propose de rester avec lui. Les deux chas­seurs demandent à rejoindre leur poste. Le com­mandant Valo  les embrasse ; ils repartent, ils n'arriveront pas jusqu'à la compagnie.

Un peu après 21 heures les attaques ennemies se ralentissent puis, peu  après, cessent complète­ment. L'ennemi qui a renoncé à forcer le passage si bien défendu se contente d’entretenir un feu intermittent de mitrailleuses.  Il  a été  convenu  que la 1re compagnie

 

-71-

 

pourrait se retirer dans la nuit, quand son commandant jugerait la mission exécutée.

A 24 heures, le commandant fait  rassembler la compagnie. Le bataillon est loin. La mission est remplie. En ordre parfait, sans un bruit, la compagnie quitte ses emplacements. L'ennemi ne s’est pas aperçu du décrochage.

Il s'agit maintenant do rejoindre le bataillon, dont on ignore la position exacte. Dans la nuit noire, la 1re compagnie retraite vers l'ouest. On se dirige à la boussole.

À 4 heures du matin, la compagnie atteint Pa­villons-sous-Bois. Du premier étage d'une maison une femme crie : « Arrêtez-vous. » Elle descend et renseigne les officiers. Pa­villons-sous-Bois est occupé par l'ennemi depuis la, veille à 17 heu­res. Les premiers postes allemands sont à moins de 300 mètres, mitrailleuses en batterie. Le jour commence à poindre. Mme Aubard, qui connaît parfaitement la région, propose do guider la com­pagnie vers la Marne.

Éclairant la route, gagnant, de carrefour en carrefour, faisant signe d'avancer ou d'attendre, Mme Aubard, qui marche assez loin en tête, guide les chasseurs à travers Bondy, puis on atteint Villemomble. Les hommes sont exténués par cette marche rapide après dix heures de combat et deux nuits sans sommeil.

À Villemomble, il faut traverser Je pont du che­min de fer. Mme Aubard le reconnaît. Le passage est libre. La compagnie se remet en route. En passant au plateau d'Avron, dans une ferme qu'elle connaît, elle réussit à faire distribuer aux hom­mes un peu de lait. Grâce à cette Française hé­roïque, Neuilly-Plaisance, Nogent-sur-Marne, la Maltournée sont franchis sans encombre.

 

- 72 --

La 1recompagnie atteint enfin le pont de Neuilly-sur-Marne. Il est gardé par des éléments du groupe de reconnaissance de la division.

Immédiatement après le passage de la 1re compagnie le pont saute. Averti, le commandant du 24e bataillon de chasseurs à pied envoie des ca­mionnettes recueillir les soldats épuisés. La 1re compagnie rejoint le bataillon au château d'Or­messon. Elle est réduite à 60 hommes.

Mme Aubrard est partie de chez elle sans argent, sans autres vêtements que ceux qu’elle portait. Il ne lui reste aucune, possibilité de regagner sa maison, mais elle a ramené la compagnie dans les lignes françaises et sauvé l’unité. Elle ost décorée de la Croix de guerre avec palme.

 

Signalons deux erreurs dans l’ouvrage d'André-Paul ANTOINE :

  • la date est erronée. Ce combat n’a pas eu lieu le 14 juin, mais la veille, le 13 juin. En revanche, le 14 juin 14 otages ont été fusillés, ce que le journaliste de Vichy passe sous silence.
  • La localisation est approximative. La localité Vaujours-sur-l’Ourcq n’existe pas. Le combat a eu lieu sur le pont de l’avenue du Chemin de Fer, entre Villepinte et Tremblay-en-France.
  • Remarquons enfin  que le texte publié est une copie servile du rapport du capitaine Gillot, commandant la 1ère Compagnie du 24e BCA.
  • On comparera ce texte au rapport du capitaine Gillot, également publié sur notre site. Le document porte quelques corrections, portéees au crayon. Elles sont l’œuvre des journalistes de Vichy qui se sont permis de corriger l’original du rapport.
  • Certains termes du rapport Gillot  peuvent aujourd’hui choquer. Ils ont été écrits dans un moment encore chargé de la fureur du combat. Les journalistes de Vichy, qui ont lu ce document dans l'émission radiodiffusée de novembre 1940, se sont contentés de modifier les mots et expressions du document susceptibles de choquer l’Occupant.


Chasseurs du 24ème BCA.

En bas, à gauche Henri HAUTEBON, l’un des six hommes tué au combat du Vert-Galant, le 13.06.1940Collection SEHT © SEHT

 

SOLDATS   du  24e BCA   TUÉS AU COMBAT

Nom

Prénom

grade

unité

date naissance

lieu du décès

BATAILLE

Marcel

chasseur

24e BCA

inconnue

Halte du Vert Galant

HAUTEBON

Henri

chasseur

24e BCA

03.12.1915

Rive nord du canal, Villepinte

LAGIER

Roger

chasseur

24e BCA

15.06.1917

Halte du Vert Galant

MÉYÈRE

Émile, Ernest, Albert

sergent

24e BCA

09-09-1916

Hôpital Saint-Mandé

GAURAND

 

chasseur

24e BCA

inconnue

Quartier sud du Vert Galant

 

REMARQUE: Nous ne possédons pas de liste exhaustive des tués du 24e BCA. Quatre corps restés sur place ont été identifiés lors de l'exhumation du 25.07.1940. Jusqu'au retrait du bataillon, les tués et blessés du 24' BCA ont été évacués sur le PC du bataillon situé à Vaujours. Le compte rendu du capitaine Gillot commandant la Première Compagnie du 24' BCA permet d'estimer à au moins 10 tués les pertes du bataillon; mais il ne donne pas de liste nominative des pertes de son unité.



Les réactions

Avatar robert turbier

Bonjour Mr Michel l'ouvrage qui retrace l'épopée du 24 ieme BCA je l'ai offert à la mairie de Villefranche sur Mer ou je suis né en 1940 car mon père etait au 24iéme.Dans cet ouvrage le nom de mon péré y est cité.Nous l'avons mis sur internet pour que tout le monde puisse en prendre conaissance mais j'ai demandé qu'il soit conservé dans le Musée du 24.A noter que j'ai fait mon service militaire au 24 à Tubingen .(classe 61/2c)

Sautations Chasseur
Robert Turbier
04/90/42/86/01

Le 05-08-2012 à 17:53:58

Avatar Annie Grange

Pour ma part je recherche une photo de mon grand-père du 24ème BCP 4ème section décédé le 20 juin 1915 à l'hôpital n° 2 provisoire de Besançon:Jean-Louis Veyrenc. Au moins une photo générale de cette période où je le chercherai par ressemblance avec mon père, car ma grand-mère n'avait pas de photo de lui faute de moyens.
De plus, je ne l'ai pas trouvé sur les monuments de sa région l'Ardèche où il aurait du être, savez-vous comment je peux faire pour le réhabilité? Il a été bléssé le 19 juin et est décédé le 20 sa tombe est à Besançon où je suis allée. J'ai son acte de décés, je peux prouver ma filiation sans problème. Merci de bien vouloir me renseigner, j'aimerais tellement avoir une réponse à mes questionements à so sujet.

Le 16-04-2014 à 23:27:16

Avatar Marc Pilot

Un récit d'un officier se trouve dans l'Eclaireur de Nice du 13/8/1940

http://www.bibliotheques.ville-grasse.fr/EXPLOITATION/infodoc/digitalCollections/viewerpopup.aspx?seid=J12_19400813&search=Parent_id_exact%20IFD_REFDOC_0088031

Le 01-12-2016 à 11:46:56

Réagir


CAPTCHA