conclusion

Le renouveau de la foi au XIXème siècle a permis de mobiliser des moyens pour I'embellissement des lieux du culte. Rompant avec le mépris du siècle précédent pour I'art du Moyen-Âge, de nombreux artistes ont cherché leur inspiration dans cette direction. Ce fut notamment le cas de ceux qui se sont consacrés aux arts du verre, qui connaissent alors une véritable renaissance.

Nous négligerons dans notre conclusion les vitraux de la partie occidentale de l'édifice qui peuvent être considérés comme des productions industrielles, conçues à partir de cartons reproduisant à l'identique la statuaire sulpicienne.

En revanche, les verrières de la partie orientale de Saint Médard sont toutes des compositions originales parmi les plus remarquables des réalisations de cette époque.

Outre leur intérêt artistique, elles se caractérisent par la cohérence du discours qu'elles développent, avec deux séries de quatre vitraux dédiés aux deux piliers de I'Eglise que sont les apôtres Pierre et Paul, continuées par les chapelles de la Vierge et de saint Joseph qui encadrent la grande verrière. Celle-ci détaille, sur une surface de 15 mètres carrés, les fondements de la foi chrétienne, avec alternance de scènes de I'Ancien et du Nouveau Testament :

- l'Institution de I'Eucharistie, préfigurée par le sacrificede Melshiedesch à gauche,

- la Passion, préfigurée par le sacrifice d'Abraham à droite.

Deux vitraux consacrés à Moise, le fondateur du monothéisme. encadrent cet enseignement.

Les séries consacrées à Pierre et Paul sont disposées chronologiquement d'ouest en est.

Au nord, elles débutent par la vocation des apôtres et se clôturent par le martyrede Pierre.

Au sud, elles débutent par I'interpellation de Saul, sur le chemin de Damas, et se terminent par la décapitation de Paul. Cette avancée crescendo vers le sacré culmine dans la 9ème travée avec les fondements de la foi chrétienne, développés dans la grande verrière. En un mot, en remontant de la 5ème à la 9ème travée, on peut parcourir l'essentiel de I'Histoire Sainte. Ce discours iconographique s'inscrit dans une tradition retrouvée, celle d'une époque, le Moyen-Âge, où seule, une élite a accès à l'écriture. L'enseignement religieux passe alors par les images, celles de l'art gothique.

Dans la Ballade pour prier Notre-Dame, François Villon met en scène sa propre mère, qui n'a jamais su lire une seule lettre. Elle exprime sa foi à partir d'images qu'elle a vues, dans l'église dont elle est paroissienne.

Femme je suis, pauvrette et ancienne,(9)

Qui rien ne sais ; onques lettre ne lus,

Au moutier vois, dont je suis paroissienne,

Paradis peint ou sont harpes et luths,

Et un enfer ou damnés sont boulus (...)*

C'est dans cette tradition qu'ont puisé les maîtres verriers de Saint-Médard. Nous considérons que les réalisations d'Antoine Lusson, notamment la grande verrière, sont une réussite exemplaire de l'art du verre au XIXème siècle. Notons enfin que cette réalisation est en parfaite harmonie, sur le plan esthétique comme sur le plan du discours religieux, avec les vestiges des vitraux duXVIème siècle qui les surmontent et développent le thème du Jugement dernier.

Relevons enfin que ce discours iconographique appartient au fond commun des grandes religions du Livre.

Les parties hautes des vitraux de la 9ème travée sont dédiées au fondateur du monothéisme, le Moïse de la Bible et du Nouveau Testament, le Mousse du Coran.

La grande verrière de I'abside alterne des épisodes de la Bible et du Nouveau Testament. L'artiste décrit longuement le sacrifice d'Abraham, mis en parallèle avec celui du CHRIST, dont il est I'annonce prophétique. Les multiples facettes iconographiques du double sacrifice puisent dans les cultures juive et chrétienne, mais elles sont également présentes dans le Coran. ABRAHAM c'est IBRAHIM, JÉsSUS, c'est AISSA.. En un mot, tant par les valeurs qu'ils développent et que par leur qualité artistique, les vitraux de Saint-Médard sont des éléments de Patrimoine qui, au-delà des croyants, concernent tous les hommes épris de culture.

 

(9) - François Villon. (Œuvres, Garnier frèresv 1970)

Extrait de ballade pour prier Notr-Dame

Je suis une femmepauvre et vieille

Qui rien ne sait;n'a jamais lu une seule lettre,

A l'église dont je suis paroissienne, je vois,

Un paradis peintoù sont harpes et luths

Et un enfer où les damnés sont ébouillantés (...)

 



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