La butte du Bois Saint-Denis et le canal de l'Ourcq

 

I - LE SITE DU CANAL DE L'OURCQ A TREMBLAY:

La principale difficulté du tracé du canal de l'Ourcq retenu par Pierre Simon GIRARD, l'Ingénieur en chef des ponts et chaussées chargé des travaux du canal de l'Ourcq, se trouvait au lieu-dit la butte du Bois Saint Denis, à Tremblay. Cette partie du territoire communal est en fait un point géographique remarquable, seuil de partage des eaux, entre la vallée de la Seine à l'Ouest et celle de la Marne, à L’Est.

L Ingénieur P S. Girard nous a laissé la description de ce site, tel qu' il le découvrit lorsqu'il conçut  son projet.

* Description topographique :

- extrait du rapport de P.S. Girard à l’assemblée des ponts et Chaussées du 4 Prairial an XI :

"on se trouve à la sortie de cette forêt par l’allée du Raincy, à la vue du village de Sevran. La plaine que l'on traverse pour s’y rendre est à peu près de niveau jusqu'au chemin qui conduit de la route de Meaux à ce village ; mais à partir de ce chemin, le terrain| commence à s’élever du sud-ouest au Nord-est ; il s’élève de plus en plus à travers les bois du Vert-Galant, de Saint-Denis et de Laplanche, d où il s’incline en sens opposé pour former le lit du ruisseau de l'Arneuse, dont la Marne reçoit les eaux.

On voit par cette description succincte, que depuis le chemin de Sevran, jusqu' à la sortie du bois de Laplanche, on traverse une espèce de seuil, du sommet duquel les eaux s'écoulent dans la Seine, du côté de l'ouest et dans la Marte du côté opposé. Ce seuil, d'environ 5400 mètres de largeur et dont la plus grande hauteur au-dessus du socle de la barrière de Pantin est d'environ 13 mètres, sépare l'un de l’autre, comme il est évident,  les bassins de ces deux rivières. »

 

 

La butte du Bois Saint-Denis,

dessin de P. S. GIRARD

Atlas des travaux du canal de l'Ourcq, 1831, cliché SEHT d’après l’original des Archives Nationales

   

 

*Description géologique :

Lors des travaux de terrassement, les ouvrier du canal mirent à jour, dans la tranchée du Bois-Saint-Denis, un gisement ossifère du quaternaire, découverte qui fut signalée par P. S. Girard à Georges Cuvier. Celui-ci se rendit sur place, en compagnie du savant minéralogiste Georges Brongniart et donna une description géologique de la butte du Bois Saint-Denis

 

Extrait de l'étude réalisée par  Georges CUVIER  Recherches sur les ossements fossiles, 1834, tome IV pages 567 et 568 :

 

A quelque distance de Sevran, le canal est creusé dans une marne argileuse jaunâtre renfermant des lits d’argile d’un gris perlé’ qui contient des silex ménilites et des masses de marne calcaire compacte. Ces silex présentent deux particularités remarquables

 

1.-ils sont disposés en lignes qui forment des zigzags dont les principales lignes sont parallèles ;

2- ils sont tous remplis e coquillages d’eau douce des genres limnées et planorbes. Ces coquilles ne sont pas assez bien conservées pour qu’on puisse en déterminer l’espèce. C’est sans aucun doute une partie du terrain d’eau douce inférieur au gypse.

Plus loin à environ une lieue de Sevran, on arrive à une éminence de la& plaine ; on l’appelle la butte du Bois Saint denis. Elle a été coupée pour le passage du canal, et présente la succession de couches suivantes (pl B, fig10)

 

1 - terre meuble et végétale, environ 4m;

2 - couches de sable jaunâtre assez  pur, avec  des lits de sable argileux dans sa partie supérieure, 2m ; dans les lits de sable argileux supérieurs, on trouve des limnées et des planorbes très bien conservés, blancs et à peine altérés ;

3.- limon d'atterrissement très noir, mêlé de sable jaune en lits ondulés, 6m

4.- lits alternatifs d'argile verte friable, de marne jaune et de marne argileuse blanche.

Dans la partie que nous décrivons, et dans deux autres parties un peu plus éloignées, mais dont la structure est absolument semblable à celle-ci, les lits d'argile verte et ceux  qui l'accompagnent s'enfoncent comme pour former un bassin qui est rempli par le limon noir et sableux."

 

 
 

Coupe géologique de la tranchée du canal de l'Ourcq dans la butte du Bois de Saint-Denis, dressée par G. CUVIER et A. Brongniart.

 

Cliché S.E.H.T d'après l'original des collections de la S.E.H.T-. (Recherches sur les ossements fossiles, Atlas, tome II, édition 1834.)

 

II - LES PROBLEMES D'INGENIERIE

* les éboulements

Pour franchir la butte du Bois Saint-Denis il avait été nécessaire de creuser une fosse de 13 à 15 mètres, représentant la différence de niveau entre le sommet de la butte du Bois Saint-Denis et le niveau de la barrière de Pantin. La tranchée fut initialement profilée à 45° et maillée d'un réseau de sentes qui parcouraient les rives de bas en haut, formant des diagonales parfaitement géométriques, tracées pour l'acheminement des déblais. Ceux-ci étaient évacués à la brouette par les terrassiers, selon les méthodes en usage dans les chantiers de l'époque.

La bonne exécution des travaux fut compliquée par une particularité géologique qui ruina le travail des terrassiers. La butte du Bois Saint-Denis est constituée de sédiments comblant une ancienne vallée, dont le fond était tapissé d'une couche de glaise imperméable. Sur toute la longueur des escarpements, les deux rives reposaient sur cette couche imperméable, inclinée des deux côtés vers le tracé du canal qui suit l'axe de l'ancienne vallée. Arrêtées par la couche imperméable, les eaux infiltrées de pluie dans le sol, sur les deux berges de l'ouvrage, minèrent les couches supérieures des deux rives qui glissèrent peu à peu en raison de l'inclinaison et de la viscosité de leur assise, dans le courant du premier semestre de l'année 1812, provoquant l'éboulement des escarpements, sur la presque totalité de la longueur de la tranchée du Bois Saint-Denis.

Les matériaux éboulés étaient si abondants qu'il fut impossible d'en calculer le volume.

L'ingénieur en chef essaya de faire supporter aux entrepreneurs le coût des déblaiements.

Sa position fut contestée par les adjudicataires, auxquels le préfet Frochot donna raison, le 12 juin 1812.

 

 

Coupe transversale d'un éboulis, dessin de P.S. Girard,

cliché SEHT

d'après l'Atlas des travaux du canal de l'Ourcq A.N. F/14/10116

 
   

 

* méthode utilisée pour la stabilisation des escarpements dans la tranchée du Bois-Saint-Denis

A l'origine, les escarpements de la tranchée avaient un profil d'environ 45°. En raison de l'instabilité des sols, on opta ensuite pour un profil de 30°, mais cette mesure se révéla insuffisante. Des éboulements s'étant produits sur une longueur d'environ quatre kilomètres, il fallut se résoudre à modifier la structure des sols. On retira la couche de glaise, sur' une profondeur de 2 à 3 mètres. On la remblaya par de la terre franche. Enfin on établit des drains destinés à capter les eaux, au débouché de la couche imperméable. Constitués d'accurnulations de pierres, ces drains permirent d'assécher les rives. Le 10 février 1816, la commission qui visita le chantier nota que la plus grande partie de ces drains ne rendaient plus d'eau, cela prouvait que la tranchée était en voie d'assèchement, laissant espérer une consolidation prochaine.

 

 

profil des revêtements faits et à faire dans la tranchée du Bois Saint-Denis,

dessin de P.S. Girard, Archives Nationales, Cartes et Plans F/14  10116 - 90

 

 

 

III - LE GISEMENT FOSSILIFERE DU BOIS-SAINT-DENIS

* Circonstances de la découverte du gisement

La tranchée nécessaire au franchissement de la butte du Bois Saint-Denis permit d'atteindre les couches géologiques riches en fossiles de l'ère quaternaire. Pierre Simon Girard alerta Georges CUVIER qui se rendit sur place, en compagnie du savant minéralogiste Alexandre Brongniart.

Cuvier donne une description du dépôt ossifère dans ses Recherches sur les ossements fossiles IVème édition, tome II, 1834, pages 63 à 65 :

En creusant le canal qui doit amener les eaux de l’Ourcq dans cette capitale, on a déterré deux défenses et deux mâchelières des plus grandes que j’aie encore vues, en trois endroits différents de la forêt de Bondy. M Girard, célèbre ingénieur et directeur en chef de ce canal, a bien voulu me les remettre pour les déposer en ce Muséum. On y a trouvé depuis une tête d’humérus qui indique un éléphant de quinze à seize pieds, une défense longue de plus de quatre pieds, et plusieurs autres morceaux.(…)

La partie la plus élevée de la plaine, celle qui partage les eaux qui tombent dans la Seine et celles qui tombent dans la Marne, est près de Sevran dans les Bois dits de Saint-Denis. Il n’a pas fallu y creuser moins de trente à quarante pieds : ce qui prouve combien cette crête est peu considérable par rapport au reste de la plaine. Le sol y est en grande partie d’une marne  jaunâtre, alternant avec des lits d’argile verte, et contenant par-ci par-là des rognons de marne durcie, et dans d’autres endroits des ménilites en partie remplies de coquilles fluviatiles

En certaines places, les couches de marne et d’argile s’enfoncent comme si elles eussent formé des bassins ou des espèces d’étangs que des matières étrangères seraient venues remplir. Il ya en effet, à ces places là, des amas de terre noirâtre qui suivent la courbure des enfoncements d’argile, et qui sont surmontés à leur tour par du sable jaunâtre.

C’est dans la terre noire à dix-huit pieds de profondeur, qu’on a trouvé les dents et les défenses d’éléphants. Il y avait aussi un crâne plus ou moins complet, qui a été brisé par les ouvriers, et dont j’ai les fragments, ainsi que beaucoup d’os du genre bœuf, d’autres ruminants moins grands, et surtout un crâne très reconnaissable de cette espèce de cerf si célèbre parmi les géologistes, sous le nom impropre d’élan fossile d’Irlande.

Le sable supérieur contient beaucoup de coquilles communes d’eau douce, soit limnées, soit planorbes ; mais la terre noir n’en a point, non plus que l’argile verte et la marne jaunâtre dans laquelle elle est enchâssée. L’ivoire est fort décomposée, les mâchelières le sont moins, et les autres os presque pas. La plupart paraissent ne pas même avoir été roulés »

 

L’examen des pièces remises à Cuvier par Pierre-Simon Girardet  conservées au Muséum  d’Histoire Naturelle a été repris, vers 1860, par le paléontologue et préhistorien Edouard Lartet.Défenseur de la thèse de la contemporanéité de l'homme et des animaux de l'ère quaternaire, il a vu une confirmation de sa thèse dans les incisions qu'il a relevées sur certains de ces ossements et qu'il a jugé avoir été volontairement produites par un instrument de silex.

 

Georges Cuvier et Edouard Lartet ont examiné tous deux les pièces issues de la fosse du Bois Saint-Denis. Leurs conclusions ne sont pas identiques. Véritable créateur de l'anatomie comparée et de la paléontologie, Cuviern'a pas adhéré aux vues de Geoffroy Saint-Hilaireet de Lamarcksur l'évolution. Il était convaincu de la fixité des espèces et ne pensait pas que l'homme fût le contemporain des espèces du quaternaire. Il n'est donc pas étonnant qu'il n'ait pas commenté les incisions relevées plus tard par Edouard Lartet.Les alluvions dans lesquelles reposaient les ossements exhumés par les terrassiers sont indéniablement de type glaciaire. La pièce la mieux conservée est le massacre de mégacéros dont Cuvierdonne un croquis. Le mégacéros dont les ramures pouvaient atteindre trois mètres d'envergure vivait dans la dernière période de glaciation dite de Würm qui couvre une période comprise, entre 50 et 20000 ans avant notre ère. En 1982, nous avons consulté M. Ginsburg,directeur adjoint du laboratoire de paléontologie du Muséum National d'Histoire Naturelle. Il  a confirmé cette datation.

 

Les observations de Lartet méritent toute notre considération en raison de la qualité de ce savant. Il est donc possible que des hommes aient fréquenté le site du Bois Saint-Denis à la fin du quaternaire. La présence d'une industrie lithique serait une preuve irréfutable, mais elle a pu échapper à l'attention des terrassiers, qui n’avaient pas les connaissances permettant de les identifier et qui, dans la grisaille de leur labeur éreintant, n’avaient pas la disponibilité d’esprit nécessaire pour une observation attentive des matériaux  extraits. Enfin, il convient de relever parmi les fossiles exhumés la présence d’un métatarse d’une espèce domestique (BOS TAURUS). Ce petit bœuf est l’indice indiscutable d’une présence humaine sur le site au néolithique.

*Pièces provenant du gisement fossilifère de la butte du Bois-Saint-Denis, conservées au laboratoire de paléontologie du Muséum D’Histoire Naturelle Inventaire dressé en 1982 par Léonard Ginsburg

Clichés SEHT des originaux conservés au Muséum d’Histoire Naturelle

DERNIERE GLACIATION (WURM)

 

MAMMOUTH - ELEPHAS PRIMIGENIUS

 

- dernière molaire inférieure gauche (M 3) provenant de la

Tranchée du Bois Saint-denis

Collections du Muséum d'Histoire Naturelle

 

MEGACEROS HIBERNICUS

- tibia gauche

Collections du Muséum d'histoire Naturelle

MEGACEROS HIBERNICUS,

fragment de crâne provenant de la tranchée du Bois Saint-Denis,

cliché S.E.H.T. d'après le dessin de Georges CUVIER,  Recherche sur les ossements fossile,  Atlas, tome 2, planche 167,figure 9

DERNIERE GLACIATION (WURM)

 

 

AUROCHS -BISON PRISCUS

 

 

 

- radius gauche avec fragment de cubitus

Collections du Muséum d'histoire Naturelle

 

 

 

BOS PRIMIGENIUS

- première phalange gauche

Collections du Muséum d'Histoire Naturelle

 

 

 

 

NEOLITHIQUE

 PETIT BOEUF (domestique) - BOS TAURUS

- Boeuf nain (2/3 de la taille d'un bœuf normal actuel).

- os canon postérieur (métatarse) gauche

Collections du Muséum d'Histoire Naturelle

 

 CHEVAL - EQUUS CABALLUS

- molaire supérieure droite

Collections du Muséum d'Histoire Naturelle

 

 

 

 

   

 

La tranchée du Bois Saint-Denis qui permit la rencontre d'un grand homme de sciences et d'un maître de la technique, nous offre le témoignage de la synergie qui existait au XIXe siècle entre Science et Technique.

Dès que le directeur des travaux du canal fut informé de la découverte d'ossements fossiles, il alerta Georges Cuvier qui dans ses Recherches sur ossements fossiles (ouvrage cité, tome 2, page 62) le cite nommément :

IV - SCIENCES ET TECHNIQUES AU XIXe

 

"en creusant le canal qui doit emmener les eaux de l'Ourcq dans cette capitale, on a déterré deux défenses et deux mâchelières des plus grandes que j'aie encore vues, en trois endroits différents de la forêt de Bondy. M. Girard, célèbre ingénieur et directeur de ce canal, a bien voulu me les remettre pour les déposer en ce Muséum."

Georges Cuvier n'était pas un savant qui s'enfermait dans son laboratoire. Il s'est rendu sur place, accompagné du savant minéralogiste Alexandre Brongniart. Sous la conduite de Pierre Simon Girard, ils procédèrent à une analyse détaillée des terrains de la butte du Bois Saint-Denis, dont il donne le relevé exhaustif des couches, explicité par une coupe géologique publiée dans le tome 2 de l'atlas de ses Recherches (ouvrage cité.)

 

 

*Pierre Simon GIRARD

Né à Caen en 1765, il manifesta de grandes dispositions pour les Sciences. Au terme de ses études, il entra aux ponts et Chaussées et fut affecté à paris. En 1790, l'Académie des Sciences proposa pour sujet de concours la théorie des écluses P.-S Girard remporta le prix. Remarqué par Bonaparte, il participa en 1798 à l'expédition d’Egypte, comme

sous-directeur des Ponts et Chaussées. Il y prit la direction d'une équipe d'ingénieurs avec lesquels il dressa les plans de la ville d'Alexandrie. Il prit également part à l'étude des monuments antiques.

Promu au grade d'ingénieur en chef par Bonaparte il entra à l'Académie des Sciences et fut chargé en 1802 de la direction du canal de l'Ourcq. Les difficultés techniques rencontrées avec les éboulements survenus dans la butte du Bois Saint Denis, aggravées par les événements de 1814 et de 1815 avaient provoqué l'arrêt du chantier. Ces difficultés survenant en pleine alternance politique faillirent provoquer l'abandon définitif des travaux. Après de nombreuses discussions avec l'administration de la ville de Paris, Girard perdit la responsabilité des travaux, en 1820. Après que la ville de paris eut dépensé 20 millions, le chantier fut adjugé à une société privée, MM. HAINGUERLOT ct Cie qui se chargèrent de terminer les travaux moyennant la concession pour 99 ans des droits de navigation. Pour une dépense représentant à peine le cinquième de la participation de la ville de Paris, cette compagnie réalisa d'immenses profits.

 

En compensation à la perte de la responsabilité des travaux du canal de l'Ourcq, Pierre Simon GIRARD fut chargé, en 1819, de diriger les travaux pour l'éclairage au gaz des grands théâtres et de plusieurs quartiers de Paris. De plus, il resta à la direction des eaux de Paris jusqu'en 1831.

Pierre Simon Girard, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, directeur des travaux du canal de l’Ourcq.

Cliché B.N.

Georges CUVIER, cliché S.E.H.T d'après l'original des collections de  la S.E.H.T.

(Recherches sur les ossements fossiles, Atlas, tome 1, édition 1834.)

* Georges CUVIER

Né à Montbéliard en 1769, Georges CUVIER fut remarqué en 1794, par Geoffroy Saint-Hilaire, qui, appréciant la qualité de ses travaux sur les Mollusques, le fit appeler à Paris où il le fit nommer suppléant du cours d'anatomie au Jardin des Plantes. Elu en 1795 membre de l'Académie des Sciences, il en devint Secrétaire perpétuel en 1803.  En 1799, il remplaça Daubenton au Collège de France et en l802, Mertrud au Muséum d'Histoire Naturelle.

Cuvier posa en principe :

- qu'un certain rapport lie entre elles toutes les parties de l'organisme et que quelques organes ont sur l'ensemble une

influence décisive d'où la loi de subordination des organes,

- que certains caractères s'appellent mutuellement tandis que d'autres s'excluent nécessairement, d'oùla loi de corrélation des formes.

C'est en s'appuyant sur ces deux principes que le savant put déterminer des espèces disparues d'après quelques os brisés.

On peut le considérer comme le père de la paléontologie et le créateur de l'anatomie comparée.

L'excellence de ses travaux et sa notoriété scientifique furent saluées par Napoléon Ier, Louis XVIII et Louis-Philippe qui le comblèrent d'honneurs.

 

   

 

V INCIDENCES ECOLOGIQUES DE LA CREATION DU CANAL DE L’OURCQ

*adduction en eau potable de Paris:

C'est sous le Consulat que fut prise la décision de construire le canal de l'Ourcq, le 29 floréal an II (17 mai 1802.) L’objectif principal était d'apporter une réponse adaptée aux formidables besoins de Paris en eau potable. La conception et la direction des travaux furent confiées à Pierre Simon GIRARD dont Bonaparte avait apprécié les qualités, lors de la campagne d'Egypte.

P-S Girard trouva une solution à la salubrité des eaux en leur  conférant une vitesse égale à celle de la Seine et en dressant la pente du lit du canal selon la pente dite funiculaire. Il donnait au canal une largeur fixe et uniforme pour que les bateaux trouvent partout le même mouillage, sans écluse ni retenue.

Le 2 décembre 1808 jour anniversaire du couronnement de l’empereur Napoléon, les digues qui retenaient l’eau devant le bassin de La Villette furent rompues, permettant leur entrée officielle dans Paris. Depuis lors elles participent à son adduction, le canal fournissant encore 180000 mètres cubes quotidiennement pour l’alimentation du réseau non potable de la capitale.

 

* Incidences sur l’agriculture:

La commune de Tremblay possédait au sud du canal une pièce de terre, au lieu dit Les Friches. Elle était cultivée sous l’Empire par un Tremblaysien nommé Hédelin qui l’abandonna en 1806, lorsque le canal nouvellement construit lui en barra l’accès.

Un agriculteur de Vaujours, un certain Leclerc, s'empara alors de cette pièce de terre et  la mit en culture, sans payer de redevance à son propriétaire, mettant à profit la coupure physique opérée par le canal dans le territoire communal.

Huit ans plus tard, le 15 mai 1816, que le Conseil Municipal de Tremblay, alerté de cet état de fait par un de ses membres, demanda au préfet de restaurer la commune dans ses droits. La valeur des terres objet du litige avait sensiblement augmenté, en raison du drainage des eaux que captait désormais le canal. Bien entendu le sieur Leclerc prétendait avoir assaini ces terres à grands frais.

Si le canal isola la partie sud du leste du territoire communal, il améliora sensiblement la valeur agricole des terrains riverains qui furent drainés pal l'exutoire que représentait la voie d'eau. Cette incidence était d'ailleurs bien connue. Déjà en 1790,le sieur Brullée en avait tiré argument dans son Mémoire sur le canal de Paris. Il y affirmait "on rend la salubrité ù l'air en desséchant les marais qui peuvent verser leurs eaux dans les canaux."

 

 

 

Les terrains communaux de Tremblay au sud du canal de l’Ourcq, en 1816,

Cliché S.E.H.T d’après l’original des Archives Nationales A.N.F/14/10116.

   

 

 

V  CRIMES DE GUERRE SUR LES BORDS DE L’OURCQ

En juin 1940 le site du canal fut touché par des actes de guerre

 

Les combats de la ligne de l’Ourcq

Côté français, les combattants engagés appartenaient à la 29è et la 47è division d’infanterie, côté allemand à la 8ème division d’infanterie de chasseurs de Haute Silésie et des Sudètes et surtout et surtout à la 87è division d’infanterie qui atteignirent de les bords l’Ourcq le 13 juin.

Entre le 7 et le 13 juin les troupes françaises ont toujours agi sur ordre, n’ont cédé le terrain qu’au prix du sang, ont reculé en bon ordre, devant un ennemi disposant d’une supériorité aérienne et de forces mécaniques qui avaient ouvert des brèches impossibles à colmater.

La 47è division s »établit sur l’Ourcq le 13 juin. Elle s’organisa en deux sous-secteurs

L’Ouest du pont-route de Freinville au pont du chemin de fer de la Poudrerie Nationale, était tenu par le 3è R.I.A. et des éléments du 112è. Pour la zone qui nous concerne particulièrement, le pont du canal, avenue du Général -de-Gaulle, anciennement du chemin de fer, le combat s’engagea à 15H30.

Les allemands exécutaient un mouvement Nord-sud pour contourner Paris. Ils arrivèrent par Roissy et Villepinte.

Pour tenir le pont de l’avenue du Chemin de Fer, les soldats français avaient établi leur ligne de défense derrière le talus de la voie ferrée. Ils avaient investi la halte du Vert-Galant, où des mitrailleuses avaient été disposées aux fenêtres. Les assaillants furent tenus en échec, par des tirs de mitrailleuses et des lancers de grenade.

L’ordre de repli fut donné alors que l’ennemi menaçait de déborder la position par l’Est et par l’Ouest. Les soldats français ne décrochèrent qu’à vingt heures.

La halte du Vert-Galant, lieu des combats du 13 juin 1940 cliché S.E.H.T. d’après une carte postale d’époque collection S.E.H.T.

Convoi allemand aux environs de Tremblay cliché A.D.-03

Les victimes des combats du 13 iuin

le bilan des combats fut particulièrement lourd.

Quelques civils qui se trouvaient dans la zone des combats figurèrent parmi les victimes. Madame Savar quitta précipitamment son domicile, 7 chemin du loup, en compagnie de son mari. Celui-ci fut blessé à la cuisse et dut être amputé. Touchée plus sévèrement elle perdit la vie, ainsi que trois autres Tremblaysiens. Monsieur Desain Charles tué par l’éclatement d’une grenade, Madame Andrieu épouse Pernaud et Monsieur Léopold Coquerelle touchés par des éclats d’obus.

Les soldats français eurent quatre tués : Louis Creusy, de l’infanterie coloniale, tombé dans le Bois-Saint-Denis, Roger Lagier et Marcel Bataille du 24è Bataillon des Chasseurs Alpins, tués au pont du canal, le caporal Joseph Meyssène, frappé quelques mètres à l’Ouest de la position de ses camarades.

Quant aux Allemands leurs pertes furent sévères : neuf hommes, dont un officier. Lorsque l’on sait que le chiffre des blessés est toujours très supérieur à celui des tués, on peut estimer que c’est plus d’une trentaine d’allemands qui furent mis hors de combat.

Les troupes françaises qui défendirent l’Ourcq le 13 juin se comportèrent avec honneur. Rien dans leur comportement ne peut être avancé, côté allemand, pour justifier la barbarie des odieux assassinats qui furent perpétrés le lendemain du combat.

 

Carte postale attestant les dommages subis par le cinéma du Vert-Galant,

le témoin a marqué d’une croix l’impact de l’obus qui atteignit la façade, le 13 juin 1940 

cliché S.E.H.T. d’après l’original collection S.E.H.T.

 

La halte du Vert-Galant,

lieu des combats du 13 juin 1940 cliché S.E.H.T. d’après une carte postale d’époque collection S.E.H.T.

 

Convoi allemand aux environs de Tremblay cliché A.D.-03

 

Le crime de guerre.

 

Nous disposons de plusieurs témoignages sur la répression criminelle exercée par les troupes nazies sur la population civile.

Dans la nuit du 13 juin 1940, les allemands interpellèrent de nombreux civils. Ils furent l’objet d’une sélection qui conduisit quinze d’entre eux vers le peloton d’exécution.  Arrachés à leur domicile en pleine nuit, la plupart était encore en pyjama lorsqu’ils furent exécutés. Les dix premiers le furent au bord du canal, les cinq suivants en face de la gare, à l’endroit où une stèle rappelle aujourd’hui le tragique événement. Miraculeusement, un des otages du deuxième groupe échappa à la mort. Il s’agit de M Zechetti. Blessé au ventre, il fit le mort et échappa au coup de grâce. Après le départ de ses bourreaux, il réussit à se traîner jusqu’à son domicile. Lorsque l’affrontement du 13 juin débuta, les populations domiciliées au nord du canal se trouvèrent bloquées par la ligne de feu dans la zone contrôlée par l’ennemi. Les habitants de la zone Sud quittèrent le quartier, évitant la rafle ordonnée par les autorités allemandes après le combat.

Après la cessation des hostilités celles-ci organisèrent leurs terribles représailles. Elles procédèrent à l’arrestation de nombreux civils, dans toutes les villes où l’on s’était battu. C’est pourquoi l’on compte aussi, parmi les fusillés, un habitant de Villeparisis, un de Mitry-Mory, trois de Tremblay, neuf de Villepinte. Ceux qui ont ordonné ces exécutions ont voulu laisser un souvenir cuisant de la journée du 13 juin, sur l’ensemble des communes concernées par les combats de la ligne du front de l’Ourcq.

Monument dédié à la mémoire des otages civils cliché S.E.H.T. d’après une carte postale, Photo-Edition

 

 

 

 

 

L'acte de décès de Mure ANRIEU fut inscrit à la date du13 juin. Il porte la signature de Pierre COLONGO, en qualité de témoin. Il est probable que celui-ci conçut sa motivation de Résistant dès les événements de juin 1940. Dans la confusion du moment, le décès de l'une des victimes, Léopold Coquerelle ne fut pas enregistré. Il fallut un jugement du tribunal de Pontoise, en date du 13 juillet 1942, pour régulariser la situation du défunt, avec en marge de l'acte d'état civil, la mention "Mort pour  la France."

 

Monument dédié à la mémoire des otages civils cliché S.E.H.T. d’après une carte postale, Photo-Edition

 

   

 

 

LISTE DES VICTIMES CIVILES DES COMBATS DU 13 JUIN 1940 & DU CRIME DE GUERRE DU 14 JUIN 1940

 

nom, prénom

adresse

date

naissance

date décès

cause

du décès

ANDRIEU ép. PERNAUD Marie

 avenue Pasteur

05.04.1 883

13.06.40

éclat d'obus

BEAUGRAND Adrien, Camille

 41, av. Henri lV à Villepinte

19.12.1883

14.06.40

fusillé (otage)

BCEUF Clothaire, Georges

 16, av. République Villeparisis

16.10.1896

14.06.40

fusillé (otage)

BONTEMPS Paul, Gaston

38 av. de la Gare à Villepinte

30.10.1901

14.06.40

fusillé (otage)

CHAUVET Marcel

av. de Navarre à Mitry-Mory

16.02.1918

14.06.40

fusillé (otage)

COQUERELLE Léopold

32, avenue Mozart

29.08.1875

14.06.40

éclat d'obus

DESAIN Charles

83, bvd Charles Vaillant

14.04.1895

13.06.40

fusillé

DESBREE Léon, Joseph

av. Sully à Villepinte

13.02.1860

14.06.40

fusillé (otage)

DESCOMBES Jean, Joseph

av. A. Blanqui à Villepinte

13.06.1885

14.06.40

fusillé (otage)

DIDIER Gaston, Georges

34 bd Ch. Vaillant à Tremblay

17.10.1882

14.06.40

fusillé (otage)

EVAIN Léon, Alphonse, Léonard

av. des Nymphes à Villepinte

02.10.1880

14.06.40

fusillé (otage)

GRIFFARD Gaston, Alain

av. Massenet à Villepinte

20.04.1900

14.06.40

fusillé (otage)

LARSONNIER Achille, Joseph

av. Massenet à Villepinte

09.05.1877

14.06.40

fusillé (otage)

MASSON André, Eugène

av. Villeparisis à Tremblay

01.02.1881

14.06.40

fusillé (otage)

ROCHE Alexandre, Curt, Walter

av. de la Gare à Villepinte

25.08.1897

14.06.40

fusillé (otage)

ROCHE Jacques, Arthur

av. de la Gare à Villepinte

19.04.1896

1 4.06.40

fusillé (otage)

VINCHE ép. SAVAR Julienne, Pauline

2 Chemin du Loup à Tremblay

1 4.07.1901

1 4.06.40

tuée par balle

ZANON Joseph

av. Branly à Villepinte

02.12.1908

1 4.06.40

fusillé (otage)


 



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