Marcel LEGRAND, Instituteur de l'école Jean JAURÈS, Mort pour la FRANCE à Beaumont en Argonne, Le 18 Mai 1940

Cliché 1 et 2 Marcel LEGRAND à l’école Jean Jaurès 1937.

Ces deux clichés sont dans les archives de la SEHT, en 300 DPI

En 1933, Marcel Legrand est affecté à l’école du Bois Saint-Denis à Tremblay-lès-Gonesse, actuelle école Eugène Varlin de Tremblay-en-France. Il existe à l’époque dans le quartier  une école de filles, dirigée par Mme Outin et une école de garçons dirigée par M. Hurbourque.

Construit par l’architecte Paul-René Chauvin, le groupe scolaire a été inauguré le 25 mai 1931 par le sous-préfet de Pontoise et l’inspecteur d’Académie de Seine-et-Oise, en présence du maire Maurice  Leguillou, du conseil municipal, du député Pierre Cathala.

À la rentrée d’octobre 1933, l’école de garçons compte quatre classes. Celle du directeur M. Hurbourque et celles  de MM. BarrÈs et Decoux et Legrand.

En 1935, Marcel Legrand est appelé sous les drapeaux, pour un service militaire de 18 mois qu’il termine comme sous-lieutenant de réserve. À son retour à la vie civile, il épouse une de ses collègues, Mlle Germaine Odouin qui exerçait à l’école du Bois Saint-Denis filles. En octobre 1936, le couple est affecté sur poste double à l’école Jean Jaurès, dans le quartier du Vert-Galant. Les élèves qui ont eu Marcel Legrand comme instituteur se souviennent de lui avec reconnaissance et gardent le souvenir d’un jeune enseignant, compétent et généreux.

À la déclaration de la guerre, Marcel Legrand est mobilisé en qualité d’officier de réserve et affecté au 3ème régiment d’Infanterie coloniale.

Nous connaissons de façon précise les circonstances de sa mort, par une lettre du capitaine Lassus-Lacaze, adressée à sa veuve. Le capitaine évoque les sept officiers avec lesquels il prenait ses repas :

« de tous ces officiers qui discutaient toujours bruyamment avec le lieutenant Tho­mas, il ne restait trois semaines plus tard que le capitaine Sarraut grièvement blessé, Cornu blessé et moi-même blessé.- c'est vous dire Ma­dame que nous nous sommes battus dans un secteur balayé par les balles et les obus. »

Les qualités de pédagogues de Marcel Legrand ont frappé ses camarades de combat. Son capitaine dit de lui « c'était un charmant camarade, un excel­lent instructeur très remarqué. »

Le lieutenant Marcel LEGRAND a été promu à titre posthume dans l’ordre de la légion d’honneur et a reçu la citation  suivante :

« LEGRAND (Marcel, André, Gustave), lieutenant de réserve : officier ayant un beau sang-froid et la plus grande énergie. A été mortellement blessé, le 18 mai 1940, alors qu’il entraînait sa section  à l’assaut d’une crête occupée par l’ennemi. A été cité. »

Extrait du JO du 7 août 1941.

 

 

LETTRE DU CAPITAINE LASSUS-LACAZE

Le 4 février 1941

 

                                                 Madame Legrand Institutrice VERT-GALANT

Madame,

 

Je m'empresse de répondre à votre lettre du 2 courant, J'ai connu le lieutenantLegrand à Nantillois fin avril au moment où je venais de prendre sur ma demande le commandement de la 3ème Cie. Mes officiers n'ayant pas de po­pote nous faisions popote commune avec les officiers de la 1ère Cie capitaine Sarraut, Lieute­nants Cornu, Nicolas et Legrand, mes offi­ciers lieutenant Thomas, Lafargue, Émery et moi-même.- De tous ces officiers qui discutaient toujours bruyamment avec le lieutenant Tho­mas, il ne restait trois semaines plus tard que le capitaine Sarraut grièvement blessé, Cornu blessé et moi-même blessé.- c'est vous dire Ma­dame que nous nous sommes battus dans un secteur balayé par les balles et les obus. - Le lieu­tenant Legrand était à ma gauche à table, il n'avait pas un gros appétit et souffrait de l'es­tomac, c'était un charmant camarade, un excellent instructeur très remarqué.

 

Nous étions à Montmédy le 11 mai, après la chute de Sedan, nous nous sommes déplacés de nuit, nous avons traversé Stenay et sommes partis en direction de Beaumont en Argonne à la rencontre de l'ennemi.- Le 15 mai nous avons arrêté une colonne motorisée allemande et lui avons infligé un échec cuisant, plus de 50 chars démolis, nous avons contre-attaqué et après avoir poursuivi l'ennemi pendant 8 kilomètres, nous avons pris le contact de vive force et lui avons infligé de nouvelles pertes.- Dans la nuit même nous recevions l'ordre de nous replier sur une ligne de résistance au sud de Beaumont, li­sière Nord du bois des CormogniÈres. Nous occupions cette ligne le 16, dans l'après-midi. Le 17 gros bombardement par l'ennemi, le lieu­tenant Cornu était blessé le 16 pendant le 1errepli. Le 18 au matin, à 7 h30 les trois bataillons en ligne partaient à l'attaque, les 1ère, 2e et 3e com­pagnies nous avions pour objectif Beaumont en Argonne situé devant nous à 2 km.

 

La 1ère Cie était à ma droite et tout à fait à la droite de la 1ère Cie le 12e Régiment de Tirailleurs Sénégalais, pour la 3e Cieles lieutenants Thomas et Emery étaient en tête, ils sont tombés tous les deux, pour la 2e Cieles lieutenants Jannin et Dussel, Jannin fut tué au départ, Dussel disparu, à la 1ère Cielieutenant Legrand et Nicolas en tête. Votre mari et le lieutenant Thomas eurent cer­tainement un pressentiment, car devant la si­tuation d'ensemble ils marquèrent un temps d'arrêt, la capitaine Sarraut pour la 1ère Ciepar­tit en tête de la Cie et fut aussitôt grièvement blessé, à ce moment précis le lieutenant Legrand reprit la progression et tombait quelques ins­tants après. - Je vis les troupes spéciales alle­mandes progresser dans leur direction pour tenter l'encerclement, à midi toute la Cieétait prisonnière, je réussissais à me dégager avec les débris de ma Cie, quelques heures après. Je pré­parais une contre-attaque pour dégager la 1ère Cie lorsque le Chef de bataillon décida de se replier sur la ligne du colonel, nous échappions de justesse à l'étreinte de l'ennemi. Le soir dans la nuit nous recevions l'ordre du généralRoucaud de reprendre dans son intégralité la lisière du bois des CormogniÈres,nous réussis­sions l'opération sans pertes. Dans la nuit la 1 ère Cie, à la faveur de l'obscurité réussit à se dégager avec le lieutenant Nicolas, ils rejoigni­rent les lignes avec le capitaine Sarraut porté sur un brancard, ils ne purent ramener le corps du lieutenant Legrand qui tomba à environ 500 mètres de la lisière, vers la Fontaine des Cor­beaux. J'ai appris par le père du lieutenant Tho­mas que le lieutenant Nicolas était lui aussi tombé quelques jours après, moi-même je fus blessé le 19 dans la nuit. Monsieur Thomas père à dû vous dire qu'une corvée de prisonniers avait inhumé votre mari, les lieutenants Tho­mas et Nicolas dans les 1ersjours d'août. Mon­sieur Thomas père qui s'est rendu sur les lieux a pu voir les emplacements où ils sont tombés.

 

Je me propose d'aller en pèlerinage sur ce champ de bataille pour m'incliner devant les tombes de tous ces braves camarades. Le capi­taineSarraut était hospitalisé à Bordeaux avec le lieutenant Cornu en juin dernier, de l'entre­tien que j'ai eu avec eux je ne puis vous donner d'autres détails. Ces deux officiers d'active sont actuellement en zone libre.

 

Je vous adresse Madame toutes mes con­doléances en cette pénible circonstance. Votre mari est mort en brave sur le champ de bataille de Beaumont en Argonne. Le 3e R.I.Ca subi les plus lourdes pertes de tout le corps d'armée colonial, il est cité en exemple pour cette pé­riode, l'ennemi n'a jamais enfoncé ce magnifique régiment. Les survi­vants furent fait prisonniers avec tout le corps d'armée quand l'aile gauche fut enfoncée.

 

Veuillez agréer, Madame, mes hommages respectueux.

 

 

 

Signé: capitaine de réserve Pierre Lassus-Lacaze

 



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