promenades dans Tremblay en France




PROMENADES DANS TREMBLAY-EN-FRANCE

Le promeneur qui parcourt Tremblay-en-France, s'il est attentif et sait prendre son temps, voit défiler sous ses yeux les empreintes laissées dans le paysage par les événements qui l’ont façonné, au cours des siècles. Notre propos sera d'aider le curieux en lui proposant quelques itinéraires et en lui offrant quelques clés permettant de mieux comprendre la ville.
Nous proposons de suivre l'ordre chronologique pour organiser les visites et de commencer par le cœur historique de l'agglomération, c'est-à-dire le Vieux-Pays.

   

Le noyau historique : le Vieux Pays

La partie ancienne de l'agglomération se composait de deux bourgs encore distincts de nos jours, le Petit et le Grand Tremblay.

 

Le Grand-Tremblay

Fortifié au Moyen-Age, comme l'attestent les vestiges de fortification encore visibles rue des Fossés, le Grand-Tremblay était toujours le siège de la châtellenie à la veille de la Révolution de 1789. L'hôtel seigneurial flanquait l'église Saint-Médard. En fait il ne s’agissait pas d'une résidence de prestige, mais d'une ferme. Le registre des délibérations de l'Assemblée municipale, lors de la déclaration des biens du clergé, en 1790, l'enregistre sous la dénomination « la ferme dite du château » . Il subsiste de cette ferme une grange aux dîmes. Vaste bâtiment classé Monument Historique, par arrêté du 12 avril 1939, elle comprend des éléments édifiés au XVe et au XVe siècles. Flanquée de contreforts, elle est remarquable par sa charpente de chêne qui soutient un toit à deux pentes, dont la flèche culmine à 18 mètres. Elle est voisine de l'église Saint-Médard, on y accède par la rue de la Mairie. Comme elle appartient à un propriétaire privé, M. Yves Dubois, il convient de demander l'autorisation de la visiter en s'adressant au gardien (maison à droite en entrant dans la cour de la ferme du château.)

Longtemps symbole d'oppression fiscale, la Grange aux Dîmes fut choisie par la Paysannerie Tremblaysienne pour abriter un repas civique. Il réunit des centaines de convives, le 30 nivôse an II (9 février 1795). Cette solennité Républicaine avait pour objet de célébrer la Liberté, l'Égalité, la Fraternité et la libération de Toulon. On procéda à l'élection d'une Déesse de la Liberté, entourée pour la circonstance de 12 compagnes choisies parmi les jeunes filles sachant bien chanter.

Place de la Mairie, devant le monument aux morts, se dresse la borne Révolutionnaire de Mortières. Il s'agit d'une ancienne borne milliaire. Sous l'Ancien régime elles jalonnaient les routes Royales et étaient ornées de la Fleur de Lys. En 1793, en application des décrets de la Convention, la fleur de lys de la borne de la ferme de Mortières fut remplacée par le symbole révolutionnaire de la pique surmontée du bonnet Phrygien. Elle est classée Monument Historique depuis 1994.

Nous conseillons de terminer la visite du Vieux-Pays par celle de l'église Saint-Médard. Il convient d'en demander l'accès à Monsieur le Curé de la Paroisse, en se rendant au presbytère, 39, rue Louis Eschard. Nous ne pouvons , en quelques lignes, décrire un édifice aussi complexe. Aussi renvoyons nous les amateurs au bulletin n° 5 de la Société d'Etudes Historiques de Tremblay-en-France. Il trouveront dans ce document une notice complète sur le sujet. Nous ne contenterons de donner quelques indications susceptibles de donner un aperçu de l'intérêt de ce bâtiment.
Classé Monument Historique par arrêté du 12 avril 1939, il se compose de deux parties.
La plus ancienne date du XVIe siècle. Il s'agit du chœur dont la construction fut commencée sous le règne de François Ier. Les croisées d'ogives sont du type "en étoile". Elles ont des clés pendantes sculptées, typiques de la période Renaissance. Par l'intermédiaire de pilastres à chapiteaux sculptés elles reposent sur de grandes arcades, en arc brisé.
Plus récente, la partie occidentale fut construite en 1781, par Jean Jacques Cellérier, l'un des architectes français les plus connus de l'époque. La voûte de cette partie, moins élevée que celle du chœur est construite en berceau. Elle est de facture néoclassique.
La façade a été remaniée au XIXe siècle. La tour du clocher, rehaussée en 1854, diffère sensiblement de celle dessinée par Cellérier. De plan carré, à angles abattus, elle est percée sur chaque façade d'une haie en plein cintre. Elle est surmontée d'un campanile orné d'une croix.


Le Petit-Tremblay

Comme le Grand-Tremblay, le Petit-Tremblay se structure autour d'une place, qui porte d'ailleurs son nom. Jusqu'à la Révolution il avait lui aussi son église. La dédicace en avait été faite en 1531, sous le titre de Saint-Pierre et Saint-Paul, en qualité de succursale de l'église du Grand-Tremblay. Vendue comme Bien National le 18 septembre 1793, avec le cimetière attenant, elle fut reconvertie en grange, son entretien fut négligé et elle tomba peu à peu en ruines. Il n'en subsiste guère que l'entrée encore visible du jardin, au n° 70, route de Roissy.

L'édifice le plus remarquable du Petit-Tremblay est le Château bleu, ancien hôtel seigneurial du fief des Tournelles. En fait il n'en subsiste plus qu'une aile, l'essentiel du bâtiment ayant été détruit en 1819, par son propriétaire qui l'exploita un temps comme carrière, pour en revendre les matériaux. Ses propriétaires les plus illustres furent les frères de Bermont dont le blason a été repris dans les armoiries de la ville, le cardinal de Retz, puis au XVIIIe siècle la famille Turgot, dont le souvenir est encore vivace au Vieux-Pays. L'élément le plus remarquable de cette propriété reste le Parc, dont la superficie est supérieure à 10 hectares. Rachetée par la ville, cette propriété a été réaménagée en Centre Équestre par le SEAPFA (Syndicat d’Aménagement du Pays de France et de l’Aulnoy.)


Une vocation agricole

Aujourd'hui encore, mais pour combien de temps, l'activité principale de la partie nord de Tremblay reste l'agriculture.
L’est de cette zone est occupé par l’aéroport Charles de Gaulle, sur une superficie de plus de 750 ha, l’ouest est encore une zone agricole. Pour maîtriser la spéculation foncière cette partie, d’une superficie de 730 ha, a été classée par arrêté ministériel en deux Zones d’Aménagement Différé, en 1990. Un concours international d’idées pour l’aménagement de cette zone a été lancé en 1993 par la ville de Tremblay, avec le partenariat de l’Etat par le biais de l’Agence Foncière et Technique de la Région Parisienne. La solution retenue respecte la dimension village du Vieux-Pays, protégé par un espace agricole de 200 ha, entouré d’un anneau arboré de 200 ha.

Les plus imposants des bâtiments du village sont naturellement les fermes. Celles qui ont conservé leur caractère le plus original sont peut-être celles de la rue Louis Eschard. Elles se composent de bâtiments groupés autour d'une large cour pavée. Celle du n° 30 a été fortement rénovée, mais elle a conservé l'implantation et le volume des bâtiments originels. Elle était à l'orine protégée de la rue par un mur dans lequel s'ouvrait un passage charretier. L'habitation, qui longe l'un des côtés n''est plus placée en bordure de rue.

Au n° 2, rue Louis Eschard, l'entrée se fait par un passage charretier pratiqué dans l'un des bâtiments d'exploitation. Jusqu’à un aménagement récent, les façades qui longent la rue étaient à peu près dépourvues de fenêtres. Ce type d'organisation des bâtiments du corps de ferme se retrouve dans toute la partie nord de l'Ile-de-France. Il a été dicté par des raisons de sécurité, héritées des périodes troubles, notamment la guerre de Cent Ans.

Au cours de la promenade, rue Louis Eschard, on notera également la forme caractéristique des petites maisons ouvrières des XVIIe et XVIIIe siècles, encore lisible. Composées d'un rez-de-chaussée sous comble ou d'un étage sous comble, elles ouvrent vers la rue, par deux ou trois travées de baies rectangulaires.

Les deux types de bâtiments, fermes et maisons étaient construits à l'origine dans les mêmes matériaux : murs formés de moellons, recouverts d'un enduit de plâtre, toits aux pentes prononcées couverts de tuiles plates, ce qui donnait à l'ensemble une grande unité. Avec les restaurations et les constructions en cours, elle s'atténue mais reste perceptible.


La ville moderne

Les lotissements

La croissance urbaine, depuis la fin du siècle dernier, a accompagné le développement des moyens de transports. Trop éloigné de la gare, le Vieux-Pays est resté à l'écart de l'urbanisation. Les lotissements se sont développés dans la partie sud de la commune, à proximité du chemin de fer. Au début des années 20 cette zone vit surgir trois lotissements : le Bois Saint-Denis et les Cottages au nord du canal, le Vert-Galant au sud. Ils s'implantèrent, avec beaucoup de difficultés, dans une zone couverte de marécages, où rien n'avait été prévu par les lotisseurs pour l'accueil des nouveaux venus. Ceux-ci se retrouvèrent dans l'inconfort le plus total : sans eau, sans électricité, sans voirie digne de ce nom. Le dynamisme de ces premiers arrivants leur permit de tirer parti de la loi de 1928 sur la résorption des lotissements défectueux et d'inventer leur ville.

Pour retrouver le paysage que découvrirent les premiers lotis, il convient de se rendre dans le parc urbain. Il nous restitue l'image du site, couvert de bois et de marécages, où se développèrent les lotissements. Il y subsiste même, face à l'hôtel de ville, l'une des nombreuses mares qui abondaient dans cette zone.

Le centre ville

Le centre-ville mérite une visite attentive. Elle débutera par l'Hôtel de Ville. Vaste bâtiment aux proportions harmonieuses, dû à l'architecte Préveral, il est constitué d'une structure de béton armé, apparente aux niveaux inférieurs, habillée de verre et de métal laqué aux niveaux supérieurs. Le bâtiment possède deux entrées. L'une ouvre sur le parc urbain, l'autre sur la place des Droits de l'Homme, qui constitue le cœur de l'espace urbain.

La place des droits de l'homme, construite sur le schéma obsolète des dalles de centre urbain, est entourée de commerces, peu actifs. Elle ouvre sur le Centre culturel Aragon et l'église Marcel Callot. Vaste ensemble de béton et de verre, le Centre culturel est dû à l'équipe de l'architecte Ansart. Il comprend bibliothèque, salle de spectacle, cafétéria et salle des associations.

La bibliothèque Boris Vian avec ses nombreux volumes, son auditorium, ses salles de lecture, est traversée par une allée piétonne. Vaste tube de verre qui pénètre le cœur de l'équipement, celle-ci devait permettre, selon son concepteur, d'en découvrir les différents niveaux, sans déranger le lecteur. Délaissée par le public, elle a dû être fermée. Sa voisine la salle de spectacle est conçue en amphithéâtre. Dotée d'un plateau technique performant, elle permet d'accueillir 450 spectateurs, dans d'excellentes conditions de confort et de visibilité.

De proportions plus modestes, l'église Marcel Callot, a la forme d'un anneau de béton, éclairé de vitraux dédiés au souvenir de Marcel Callot, jociste et martyr, mort en déportation en 1945.

La place des Droits de l'Homme par sa situation géographique centrale avait, pour ses concepteurs, vocation à devenir le pôle dominant de la vie urbaine.

L'attrait majeur de notre ville ne réside pas dans ses constructions. Il est dû à la place qu’y a gardé la nature. On peut aller à sa rencontre dans le cadre même de l'espace urbain.

Nous avons signalé l'intérêt du Parc urbain dont la superficie est d’environ 27 ha. Il alterne sous-bois engazonnés, allées aménagées, ludoparc conçu pour l'amusement des enfants et, vers la périphérie, espaces naturels parcourus de sentiers.
Le lieu étant bien connu, c'est sur un point géographique remarquable que nous préférons attirer plus longuement l'attention : le seuil de partage des eaux entre la vallée de la Seine et celle de la Marne. Pour le découvrir nous invitons le promeneur à emprunter le chemin de halage du canal de l'Ourcq, si possible à partir du Parc National de Sevran. Les berges du canal qui se trouvent à fleur d'eau en aval de Sevran s'élèvent progressivement lorsque l'on prend la direction de Tremblay. Elles culminent dans les bois du Vert-Galant, où se situe le seuil de partage des eaux entre la vallée de la Seine au sud ouest, celle de la Marne au nord est.

Pour franchir ce passage qui se situe à 13 mètres au-dessus de la barrière de Pantin, les terrassiers qui creusèrent le canal de l'Ourcq durent réaliser une fouille importante qui révéla, sur une longueur de 5 kilomètres, le détail des couches géologiques. Un dépôt ossifère de l'ère quaternaire fut mis à jour. Pierre-Simon GIRARD, l'ingénieur en Chef qui conduisait les travaux, adressa les frossiles de mammouth découverts au paléontologue Georges CUVIER. Celui-ci se rendit sur place, accompagné du savant minéralogiste Alexandre BRONGNIARD. Il donna l'inventaire des pièces découvertes et une description précise du site dans ses recherches sur les ossements fossiles (Paris 1821).

Lors des travaux de creusement du canal, entre 1810 et 1818 le chantier connut là une série d'éboulements qui faillirent provoquer l'abandon des travaux et posèrent des problèmes d'ingénierie particulièrement ardus. Conséquence de ces éboulements, le profil de la tranchée qui était à l'origine à 45° dut être porté à 30°. De ce fait les berges du canal, dans leur traversée de Tremblay-en-France, offrent au promeneur des rives en pente douce, propices à d'agréables promenades. Depuis 1978, grâce à l'initiative du Conseil Général de Seine-Saint-Denis, elles sont parcourues par une piste cyclable. L'ensemble, dans le prolongement du Parc National Forestier de la Poudrerie de Sevran-Livry , constitue un lieu de promenades variées avec trois niveaux de circulation : chemin de halage au niveau de l'eau, piste cyclable à mi-pente, sentier sauvage au niveau supérieur, le tout à l'ombre des nombreux arbres qui contribuent au charme du site.

Bibliographie

Tremblay au fil de l’Ourcq, site du canal de l’ère glaciaire de Würm à nos jours, bulletin n° 7 de la SEHT, année 1982, pages 6 à 17.

Le canal de l’Ourcq avant les pêcheurs et les cyclistes, bulletin n° 7 de la SEHT, année 1982, pages 18 et 19
Péniches au fil de l’Ourcq, à travers la carte postale bulletin n° 7 de la SEHT, année 1982, pages 20 à 24.

Histoire du canal de l’Ourcq et de la butte du Bois Saint-Denis, bulletin n° 26 de la SEHT, année 2002, pages 2 à 31.

 

 



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