Histoire des lotissements de Tremblay-lès-Gonesse

Résorption des lotissements défectueux

de Tremblay-lès-Gonesse 

              dans le cadre de la loi Sarraut du 15 mars 1928                                                                                                                              

La création des lotissements.

 

La crise du logement qui frappe la région parisienne dans les années 20 provoque la création de nombreux lotissements. Ils se développent le long des voies de chemin de fer qui desservent la capitale. Au nord est de Paris, le réseau des  Chemins de Fer du Nord essaime le long de son parcours de nombreux foyers de peuplement. A l’endroit où il traverse le territoire  de la commune de Tremblay il est alors à l’origine de la création de deux pôles de développement  urbain, de part et d’autre du canal de l’Ourcq.

Au nord l’initiative est prise par deux spéculateurs, Messieurs Prud’homme et Artus.  Ils achètent le domaine de la Villette aux Aulnes et le divisent en lots, réalisant en quelques années un profit colossal, sans consentir le moindre investissement.

 

Cette opération spéculative s’appuie sur le vide juridique de la loi française, en matière d’urbanisation et sur une utilisation abusive, mais légale, du droit d’association. Le stratagème utilisé, bien connu des spéculateurs de l’époque, consiste à vendre un domaine dans son intégralité,  laissant le soin de le diviser en lots à des sociétés écrans dont les membres contractent solidairement la responsabilité d’aménager le lotissement. Les acquéreurs de lots achètent des parts sociales de la société et deviennent leurs propres lotisseurs, sans mesurer les risques qu’ils encourent.

Les  associations fondées pour la circonstance sont créées sur la base de la loi du 3 juillet  1913 concernant les sociétés d’épargne. Huit d’entre elles sont créées pour les 1729 lots du Bois Saint-Denis : Domaine des Postes, 746 lots ; Villa Parisis, 150 ; Domaine des Tanks, 117 ; Gai Séjour, 181, Avenir Villeparisien, 151, Mon Plaisir, 152 ; Mon Petit Coin, 149 ; Villa Cheu Nous, 83.  La surface lotie représente une  superficie de 72 ha 52 avec des lots d’une surface moyenne de  416 m2.

À aucun moment n’apparaissent parmi les responsables les noms de Messieurs Artus et Prud’homme. Lancées par des hommes de paille, les sociétés d’épargne ont leur siège dans divers cafés de la capitale. La société du Domaine des Postes représente à elle seule près de la moitié des lots. Elle a son siège social au café Coste, rue Serpente à Paris. La raison sociale de la société a été choisie par les premiers clients de l’opération, des employés de la poste du 11e arrondissement. La rue de la Poste, dans le quartier du Bois Saint-Denis, perpétue aujourd’hui le souvenir de cette société d’épargne.

 

                               

Livret de la société d'épargne Domaines des Postes dont le siège se trouve au café Coste, 9 rue Serpente à Paris, dans le 6ème arrondissement

 

La durée de l’association  est fixée d’après le temps accordé pour le paiement des terrains à acquérir, soit 6 années à compter du 1er octobre 1921. La plupart des raisons sociales de ces sociétés  ont des noms racoleurs exaltant le sens de la propriété (villa Cheu nous, mon Petit coin) ou évoquant un art de vivre (Gai séjour, mon Plaisir.) Deux d’entre elles s’appuient sur la géographie : Villa Parisis, Avenir Villeparisien, dénominations dictées par la proximité de la gare quotidiennement utilisée par les usagers des chemins de fer. Aucune voie ne reliant à cette époque le quartier à la halte du Vert-Galant, tout le lotissement  prend le train à la station toute proche de Villeparisis, pour se rendre à son travail.

Un second  pôle d’urbanisation, au nord du canal, a pour origine les mêmes propriétaires fonciers. Fondée le 1er mai  1923, la Société Mutuelle d’Epargne Les Cottages du Vert-Galant a son siège social au café Bogey, 80, rue de la Chapelle dans le XVIIIe arrondissement. La durée de l’association  est prévue pour 8 ans 3 mois, soit le délai de remboursement des acquisitions foncières, payées avec un intérêt fixé statutairement à 5 %.

 

Au sud du canal,  la  valeur ajoutée au prix des terrains représentée par la desserte quotidienne de la halte du Vert-Galant incite la famille Sohier à lotir le domaine familial, d’une superficie d’environ 150 ha. Cette opération n’est pas, comme les précédentes, purement spéculative. Juridiquement nous n’avons pas affaire à une société d’Epargne, mais à une Société Civile Immobilière. Elle établit un plan général du lotissement indexé aux statuts, avec un cahier des charges daté du 5 février 1923. Ici, les procédures sont clairement définies et les acquéreurs, s’ils ont lu attentivement le contrat de vente,  savent qu’ils contractent solidairement la charge financière de l’aménagement du quartier :

 

     

Dans le lotissement du Domaine du Vert-Galant, les frais de viabilité sont entièrement à la charge des lotis.

 

« Par le seul fait de leur achat, les acquéreurs des terrains et autres immeubles en façade sur une voie de communication se trouveront formés en syndicat à l’effet de mettre en état  de viabilité les voies de communication ci-dessus prévues pour desservir le lotissement suivant les conditions imposées par l’administrateur des Ponts et Chaussées, et de les entretenir dans le  dit état, jusqu’au jour  où la  cession en aura  été  faite régulièrement à  la commune, dont la dite voie se trouvera alors faire partie, par suite les acquéreurs devront subvenir de leurs deniers personnels aux frais de mise en viabilité, d’entretien, de nettoyage, d’éclairage, de clôture ou d’ouverture s’il y a lieu de cette voie. Les acquéreurs ne pourront en aucun cas exiger des vendeurs aucune participation dans ces frais. Jusqu’au jour où ces voies seront classées les acquéreurs ne pourront exiger quoi que ce soit  relativement à l’entretien des voies, et ne pourront élever aucune  réclamation contre les vendeurs à ce sujet. »

Un codicille dactylographié,  rajouté au cahier des charges, dégage les vendeurs de toute responsabilité concernant les fluides. Si les nouveaux venus veulent l’eau ou l’électricité, ils devront financer les réseaux.

 

Les Mal-lotis.

 

Dans le débat parlementaire du 2 février 1928 le député communiste Jean Clamamus cite en exemple l’opération spéculative de Messieurs Artus et Prud’homme, les initiateurs des lotissements du Bois Saint-Denis et des Cottages du Vert-Galant. Les deux associés ont acheté en 1923 les 231 hectares du Domaine de La Villette aux Aulnes, au prix de 78 centimes le mètre carré, soit un prix global d’un million huit cent seize mille francs. Quarante cinq hectares de la propriété sont situés sur Tremblay. Ils les revendent au prix de 4 F le mètre carré. Lors de la vente,  ils établissent un bail avec promesse de vente à une des sociétés d’épargne créées par leurs hommes de paille. Ils demandent aux acquéreurs  un intérêt de 5%, ce qui leur rapporte en 7 ans onze millions trois cent cinquante mille francs or. Ils n’ont même pas eu à avancer le prix d’acquisition du domaine, qu’ils ont acquitté par versements échelonnés.

Dans les sept années qui ont précédé le vote de la loi sur la résorption des lotissements défectueux, les deux comparses ont encaissé, selon le parlementaire, des sommes colossales, sans consentir  aucune  participation financière à la création des infrastructures nécessaires à la vie des nouveaux quartiers. (1)

(1) JO des débats parlementaires, séance du  2 Février 1928

 

De nombreux  documents attestent les difficultés quotidiennes des victimes de ces spéculateurs. Le 3 mai 1929 un boulanger du lotissement du Bois Saint-Denis écrit au préfet :

« Je vins installer une boulangerie, il y a plus de 6 ans, dans le lotissement du Bois Saint-Denis, à Tremblay-lès-Gonesse. Les statuts de notre société promettaient des routes et la viabilité, or ma route n’est toujours pas faite. Ma boutique est à 150 mètres de la route faite et chaque jour, dans la glaise, je dois y transporter le pain, laissant là ma voiture pour ne pas la mettre hors d’usage. Les fournisseurs eux-mêmes déposent leurs livraisons avenue du Bois Saint-Denis, d’où pour moi des frais et de la fatigue supplémentaires.

J’ai été frappé par des accidents successifs. Un an après mon installation, mon four s’est écroulé. Bientôt la paralysie a emporté mon cheval, trop âgé pour supporter ces promenades journalières, dans la pluie et dans la boue. J’ai lutté avec acharnement pour la santé de mes enfants, mais aujourd’hui je suis à bout de forces et endetté.» (2)

Au sud du canal la situation n’est pas meilleure. Un habitant de la rue des Ardennes écrit au préfet le 23 juillet 1926 : “ Je marche dans de profondes ornières, un terrain détrempé d’eau et de boue, dans la broussaille, dans les ronces où je me déchire les vêtements etc.. Pour ces raisons les commerçants de Vaujours, du Vert-Galant, de Paris même, refusent de m’apporter les denrées alimentaires, le combustible pour l’hiver, les matériaux indispensables pour quelques travaux d’hygiène (fosse d’aisance, écoulement d’eau, etc »  (3)

 

  

Le Bois Saint-Denis : LA PÊCHE AU GRENOUILLES, 1923, CPA édition Souques, collection SEHT

Dans toute la zone boisée se trouvait, à une très faible profondeur, une nappe d'eau souterraine reposant sur des couches de terrain imperméable. Cette nappe entretenait une humidité malsaine. L'eau affleurait en de nombreuses mares, comme celle que nous présente ce cliché. Le plan d'aménagement adopté en 1928 a pour objet de résoudre ce problème de santé publique par le drainage de la zone.

 

On ne s’étonnera pas que dans la région on ait dénommé par dérision  Bouillasse Ville (3) les lotissements de Tremblay. Cette situation n’a rien de rare dans la région parisienne. Albert Dalimier, député radical socialiste, dans son intervention du 2 février 1928 à la Chambre, décrit dans les termes suivants la situation des mal-lotis.

« On a installé sur des terrains des braves gens  qui ont pensé  pouvoir y  bâtir des maisons et qui croyaient que leurs vendeurs auraient une certaine responsabilité en ce qui concerne la viabilité. Ils sont maintenant dans des cabanes en bois bâties sur les marécages. Ils n’ont ni eau, ni électricité, ni gaz. » (4)

 

(2) bulletin de la SEHT, n° 8, juin 1993,  de l’âge rural à l’âge urbain, page 13.

(3) nous tenons ce détail de Robert Ballanger, ancien Député-Maire d’Aulnay-sous-Bois

(4) JO des débats parlementaires du 2 février 1928, intervention de M. Albert Dalimier

 

Ces conditions de vie inacceptables mobilisent la population des nouveaux quartiers. Elle participe activement  aux luttes  que la presse de l’époque appelle le Mouvement des mal-lotis.

Au cours des années 20 la communauté rurale qui vit au cœur de la Plaine de France voit apparaître, au sud de la commune, dans les bois et les marécages,  un tentacule de la grande ville qui s’étire le long de la ligne de chemin de fer Paris-Soissons. A l’endroit ou celle-ci coupe le territoire communal, de part et d’autre de la voie ferrée, des artères s’ouvrent dans les bois, des bicoques s’élèvent. En général elles s’installent pendant le printemps ou l’été. Dès la mauvaise saison, les nouveaux quartiers se transforment en bourbiers où il faut vivre sans eau, sans égout, sans électricité. Les nouveaux venus ne se résignent pas à cela. Ils travaillent dans l’industrie, le commerce ou l’administration, ils ont l’expérience des conflits sociaux. Leurs intérêts et leurs doctrines sociales heurtent la sensibilité des autochtones qui subissent une mutation urbaine qu’ils n’ont pas souhaitée.

 

        

La Maison des treillageurs, rue des Marronniers, 1923, CPA édition Souques, collection SEHT

Au début des lotissements la voirie est inexistente, elle est simplement dessinée par les barrières qui délimitent les lots. Ces barrières sont fabriquées par les treillageurs qui relient des piquet de châtaignier par des treillages de fil de fer.

 

Croissance démographique  des quartiers, entre 1911 et 1929

Au cours des années 20 la communauté rurale qui vit au cœur de la Plaine de France voit apparaître, au sud de la commune, dans les bois et les marécages,  un tentacule de la grande ville qui s’étire le long de la ligne de Chemin de fer Paris Soissons. A l’endroit ou celle-ci coupe le territoire communal, de part et d’autre de la voie ferrée, des artères s’ouvrent dans les bois, des bicoques s’élèvent. En général elles s’installent pendant le printemps ou l’été, mais dès la mauvaise saison, les nouveaux quartiers se transforment en bourbiers où il faut vivre sans eau, sans égout, sans électricité. Les nouveaux venus ne se résignent pas à cela. Ils travaillent dans l’industrie, le commerce ou l’administration, ils ont l’expérience des conflits sociaux. Leurs intérêts et leurs doctrines sociales heurtent la sensibilité des autochtones qui subissent une mutation urbaine qu’ils n’ont pas souhaitée.

 

 

Source : Mémoire justificatif annexé à l’arrêté préfectoral en date du 19/06/1929 validant le dossier d’aménagement des lotissements de la commune de Tremblay-lès-Gonesse. Cf. bulletin  n° 8 de la SEHT, année 1995.

 

         

 

 

 

Création des associations syndicales

l’association syndicale du Bois Saint-Denis

 

Albert Sarraut, ministre socialiste de l’intérieur en 1928, estime que le mécontentement des mal-lotis est parfaitement justifié.  Il  comprend que la mobilisation et le sens de l’organisation dont font preuve les habitants des banlieues dans leurs luttes constituent un élément positif sur lequel le gouvernement peut s’appuyer pour résoudre la crise. Il fait adopter par le Parlement la loi du 15 mars 1928 sur la résorption des lotissements défectueux. Celle-ci place la participation citoyenne au cœur du dispositif. 

 

                                

 

Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur

"J'ai tellement reconnu moi-même la carence des pouvoirs publics et les fautes d'imprévoyance qui avaient été commises que, de mon propre mouvement, j'ai demandé l'application d'une sorte de pénalité pour l'État, et j'ai proposé délever sa participation jusqu'à 50% des dépenses engagées." - délcaration du ministre de l'Intérieur à la chambre lors du débat parlementaire, février 1928. -

 

Sur proposition du ministre de l'Intérieur, l’État accorde un soutien financier en prenant en charge 50% des investissements nécessaires. L’attribution de cette aide est subordonnée à la mise en place d’une structure associative qui assume la gestion de l’aménagement des quartiers défectueux.

La création de l’association syndicale du Bois Saint-Denis prouve la pertinence du dispositif de réhabilitation proposé par la loi Sarraut. Moins de trois mois après le vote de la loi, l’Assemblée générale constitutive de l’association se tient au cinéma de la gare à Villeparisis, sous la présidence de M. Ruffin, maire adjoint désigné pour cette présidence par arrêté préfectoral en date du 20 juin 1928.

Le 8 juillet 1928, l’Assemblée générale  rassemble 617 personnes, physiquement présentes, sur une population de 1177 adhérents représentant une surface urbanisée de 73 ha, 1 are, 92 centiares. Le quorum étant atteint, la séance est ouverte à 9h15. Cette participation massive traduit la motivation des habitants du quartier et leur sens des responsabilités. Le nombre des refus d’adhésion au syndicat se limite à 27 personnes, propriétaires d’une surface d’1 ha, 45 ares, 3 centiares. Quatre-vingt dix-sept pour cent des habitants, représentant quatre-vingt dix-huit pour cent de la superficie du quartier, ont donné leur adhésion au syndicat d’aménagement du lotissement.

La réussite de l’Assemblée constitutive ne va pas de soi. Pas de salle de capacité véritablement adaptée à un  rassemblement de plus de 600 personnes, pas de moyens techniques de sonorisation. La culture ouvrière et syndicale du public concerné permet cependant de réaliser cette gageure. En à peine plus d’une heure, les 39 syndics nécessaires à l’administration du syndicat sont élus. La séance est suspendue ensuite  pour permettre au collège des syndics d’élire le bureau de l’Association. La réunion se tient sous la présidence du doyen d’âge. M. Heude Maurice est élu  directeur syndic, M. Etienne Jules directeur adjoint, M. Jouère secrétaire.

L’assemblée plénière est rouverte à 11 heures, les résultats de l’élection des directeurs sont proclamés par M. Ruffin, adjoint au maire.

Dix minutes plus tard la séance est levée. L’outil de gestion de la réhabilitation du quartier est désormais en place.

 

Fonctionnement de l’Association syndicale du Bois Saint-Denis.

 

Les premières réunions du Conseil des syndics se tiennent à Paris, dans un café de la rue Turbigo. Elles se déplacent ensuite au café de l’Industrie, avenue Legendre. Au titre de l’article 5 des statuts, le siège de l’association est bien situé à la mairie de Tremblay, mais la majorité des syndics travaille à Paris.  Il a donc été décidé que les réunions du Conseil des syndics se tiendront  au plus près de leur lieu de travail.  Pour comprendre cette décision, il faut savoir que la majorité des syndics n’habite pas encore Tremblay. Nous sommes aux débuts du lotissement. Les acquéreurs de lots viennent de Paris ou  de la région parisienne. Ainsi, le directeur syndic habite-t-il dans le 18e arrondissement.  En 1931, la majorité des syndics ne réside pas encore dans le lotissement.  Sur 22 titulaires, 10 seulement habitent Tremblay.  Enfin, en 1932, est prise la décision de tenir les réunions à Tremblay, au café Rivaud, avenue de la Gare, dans  le Bois Saint-Denis. Pour faciliter la participation de ceux qui résident encore hors commune, il est décidé qu’elles auront lieu le dimanche matin.

 

Si les réunions du conseil des syndics se tiennent à Paris, les Assemblées générales se déroulent dans la salle la plus proche du quartier, le  cinéma de Villeparisis. Le conseil des syndics est structuré en commissions dont les rapports sont soumis au vote des Assemblées générales. L’élection des syndics, les modifications des statuts et le montant des cotisations syndicales  sont de la stricte compétence des Assemblées générales, conformément aux dispositions de la loi.

 

                     

Registre des délibérations de l'Association syndicale du Bois Saint-Denis, Archives déposées de la SEHT

 

Dès les premières réunions du Conseil des syndics, le principe du bénévolat est débattu. Tout en affirmant la gratuité des fonctions du directeur, la somme de travail qu’elles représentent est prise en considération. Il est décidé de lui attribuer  une indemnité forfaitaire de 600 F à laquelle s’ajoute une allocation de 400 F représentant le remboursement de ses frais de déplacement.

Attaché au principe d’indépendance du mouvement associatif, le Conseil rejette dès sa première séance la demande du Comité de vigilance qui propose  la participation de deux de ses membres aux réunions du Conseil des syndics.

La même volonté d’indépendance est affichée à l’égard de la Municipalité, lorsque  les syndics sont convoqués par le Maire. Le registre des délibérations du syndicat  évoque l’épisode en ces termes :

“Le 23 février 1930 Monsieur le Maire avait convoqué les syndics à la mairie. Après une discussion confuse et portant sur beaucoup de sujets sans intérêt, Monsieur Heude a réclamé l’approbation du plan d’aménagement et du règlement d’hygiène, ainsi que le classement de l’avenue du Commerce et de l’avenue de la Paix qui a été adopté par la commission municipale des lotissements.

Le livre des procès-verbaux, ne pouvant être déposé à la Mairie de Tremblay, et le syndicat étant seul qualifié pour fixer le lieu de ses réunions, il sera déposé à la Mairie de Tremblay une copie certifiée conforme du procès-verbal de chaque réunion qui continueront à avoir lieu à Paris.» (5)

La fréquence des réunions du Conseil des syndics démontre à l’évidence l’attention portée par les administrateurs à la gestion de l’aménagement du quartier. Alors que la création de l’Association syndicale est intervenue en milieu d’année, on  compte 6  réunions en 1929. On passe ensuite à un rythme de 9 réunions annuelles, avec des périodes plus intenses comme les années 1934 et 1935 où l’on monte à 13 et 14 séances, en raison des réunions communes avec l’association syndicale des Cottages du Vert-Galant. Ce n’est que dans les années 50 que le rythme baissera à deux réunions annuelles.

L’assiduité des syndics permet de gérer l’association, dans le respect des statuts. Il est exceptionnel que le quorum ne soit pas atteint. Lorsque le fait survient, le 26 juin 1931, sur 22 syndics titulaires, dix sont présents. Le directeur syndic élève une vive protestation, à laquelle  s’associe un des participants. Les réunions interviennent après la journée de travail et sont souvent longues. Le 1er septembre 1932, au  café de l’Industrie, 193 rue Legendre à Paris, la séance, ouverte à 21h est levée à 0 h 15. Les fins de séances tardives de réunions à Paris deviennent difficilement supportables, pour les administrateurs domiciliés à Tremblay.  Il est donc décidé, après septembre 1932, que les réunions du syndicat auront lieu de préférence au Bois Saint-Denis, le dimanche matin.

(5) registre des délibérations du Conseil des syndic, séance du 11 mars 1930

 

Réunions du Conseil Syndical du Bois Saint-Denis.

 

  • 1929 : 6 réunions  (3 au 14 rue Turbigo à Paris, 1 à Villeparisis, salle Paquelot, gare de Villeparisis, 2 au café de l’Industrie, 193 rue Legendre  à Paris),
  • 1930 : 9 réunions  (8 au café de l’Industrie, 193 rue Legendre  à Paris, 1 au café Lescure,  Bois Saint-Denis),
  • : 9 réunions (8 au café de l’Industrie, 193 rue Legendre  à Paris, 1 au café Lescure,  Bois-Saint-Denis;
  • enfin, le 26 juin 1931,  1 réunion annulée pour absence de quorum,
  • : 11 réunions (9 au café de l’Industrie, 193 rue Legendre  à Paris, 2 au café Lescure,  Bois-Saint-Denis),
  • : 9 réunions (au Bois Saint-Denis, café Rivaud, avenue de la gare),
  • : 13 réunions (9 au Bois Saint-Denis, café Rivaud, avenue de la Gare + 4 réunions communes des syndicats du Bois Saint-Denis et des Cottages du Vert-Galant),
  • : 14 réunions (8 au Bois Saint-Denis, café Rivaud, avenue de la Gare + 6 réunions communes des syndicats du Bois Saint-Denis et des Cottages du Vert-Galant),
  • : 11 réunions au Bois Saint-Denis, café Rivaud, avenue de la Gare,
  • : 11 réunions : (8 au Bois Saint-Denis, café Rivaud, avenue de la Gare, 3 aux nouvelles écoles du Bois Saint-Denis),
  • : 9 réunions  au Bois Saint-Denis, café Rivaud, avenue de la gare,
  • : 9 réunions au Bois Saint-Denis, café Rivaud, avenue de la Gare,
  • :  2 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • : 10 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  3 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  6 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  5 réunions (sans mention de lieu au Procèsverbal),
  • :  9 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  3 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  4 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  6 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  5 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal,)
  • :  4 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  7 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  2 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  3 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  2 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  2 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  2 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal),
  • :  3 réunions (sans mention de lieu au Procès verbal).

Le  8 novembre 1958 le Comité syndical, réuni pour la dernière fois, adopte le budget de l’exercice 1958,  décide la dissolution de l’association, en soumet le projet à l’enquête de 15 jours prévue par les textes avec publication du projet dans la presse du département et affichage en mairie et dans le quartier. Au terme du processus, le patrimoine de l’association sera dévolu à la commune. Le 3 février 1958, un arrêté préfectoral prononce la dissolution de l’association et autorise la commune à se substituer à elle. Un extrait officiel de l’arrêté de dissolution est publié au bulletin officiel des maires. Le maire de Tremblay et le sous-préfet de Pontoise sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution de l’arrêté.

 

L’association syndicale du Domaine du Vert-Galant.

 

Nous n’avons pas dépouillé les archives de l’association syndicale du Domaine du Vert-Galant; toutefois nous disposons de la collection des 24 bulletins d’information publiés par l’association entre 1930 et 1933, période déterminante pour la réhabilitation du lotissement. Il s’agit de journaux  de format 29  x 39 cm,  imprimés en petits caractères. Ils comportent généralement quatre pages, coupées de nombreuses  publicités  souscrites par les commerçants du quartier. Le nombre de ces insertions  atteste le militantisme des dirigeants de l’association qui les ont collectées  et le soutien apporté par les commerçants au développement du quartier.

 

 

 

Le numéro 1 du  Bulletin fait l’historique de la création de l’Association et des combats qu’elle a menés. Publié sous la plume du docteur Gérard, directeur syndic, le document est un plaidoyer pro domo, souvent polémique, mais riche d’informations.

Créée en novembre 1928, l’Association reçoit l’agrément préfectoral le 19 février 1929. Le docteur Gérard dénonce en termes vifs le délai de reconnaissance officielle (6) .

“Notre reconnaissance tardait, le dossier se constituait difficilement par la faute c’est à dire par la résistance de ceux qui n’avaient pas intérêt à voir se constituer notre association”. 

Notons que si l’Assemblée générale constitutive de l’Association syndicale du Bois Saint-Denis s’est tenue le 8 juillet 1928, l’agrément préfectoral a été obtenu le 12 septembre 1928. Le délai d’instruction du dossier Domaine du Vert-Galant est à peine plus long. La création tardive de l’association n’est donc pas imputable à l’administration préfectorale, mais à la situation conflictuelle qui a présidé à la création de l’Association.

Une première Assemblée générale constitutive s’est tenue le 15 avril 1928 au cinéma du Vert-Galant. Une lettre datée du 1er juin 1928, que nous avons consultée aux archives départementales de Versailles relate cette première Assemblée générale. Au cours de la réunion deux tendances se sont manifestées. Celle qui est qualifiée de minoritaire par l’auteur de la lettre se serait imposée par la violence, “la presque totalité des assistants s’étant retirés».

Ces prétendus minoritaires  sont les militants de la Fédération des petits acquéreurs de terrains du domaine du Vert-Galant,  la cheville ouvrière du syndicat du Domaine.

Leurs opposants se regrouperont plus tard dans un Comité de défense. Après l’Assemblée générale avortée du 15 avril, les premiers  diffusent  un formulaire d’adhésion au syndicat qui affiche des volontés séparatistes mettant en cause l’unité communale :

“si vous voulez sortir de la boue, avoir des canalisations d’égouts, eau, gaz, électricité, les écoles et le rattachement à Vaujours, adhérez au plus tôt”  (7)

L’historique du docteur Gérard passe sous silence l’Assemblée générale contestée du 15 avril et évoque en termes allusifs les oppositions rencontrées. En revanche, il souligne que le Conseil syndical s’est réuni chaque semaine, depuis l’Assemblée générale de novembre 1928.  Aussi, lorsque l’agrément officiel est signifié par le préfet, le 19 février 1929, les projets de travaux et demandes de subventions sont-ils prêts, ce qui permet à l’association de les déposer immédiatement. Le 25 février,  le Conseil d’Administration de la caisse départementale examine le dossier technique et accorde une subvention de 50%.

(6) bulletin Le Domaine du Vert-Galant publié pas l’Association syndicale autorisée du Domaine du Vert-Galant, 1ère année, n° 1, octobre 1930

(7) Cf. bulletin n° 8 de la SEHT, année 1983, page 21

 

L’association syndicale des Cottages du Vert-Galant

 

À la différence  des deux autres lotissements, la tenue de l’Assemblée constitutive n’est pas une initiative des mal-lotis concernés. Elle est convoquée par le maire, Maurice Le Guillou. Il annonce la réunion par voie de presse, dans le numéro de la Tribune et de l’écho d’Aulnay-sous-Bois du 9 mai 1930. Elle a lieu en mairie, le 25 mai 1930.

En fait, lors de l’Assemblée générale, la Société d’Epargne les Cottages du Vert-Galant se mue en Association syndicale des Cottages du Vert-Galant. L’équipe technique qui pilote la réunion a dressé un plan d’ensemble des travaux. (8) Le mémoire justificatif et programme d’aménagement soumis à l’approbation du préfet  précise : 

« La commune de Tremblay ne possède pas de plan d’aménagement. Le technicien chargé des travaux  pour les Cottages du Vert-Galant a cru devoir prévoir un plan d’ensemble de la commune. Il a adapté à ses prévisions

les dispositions précises pour les Cottages du Vert-Galant. Ainsi, les lotis des Cottages ne verront pas leurs aménagements bouleversés plus tard par l’aménagement de la commune.”

Un mois après l’Assemblée générale, le plan d’ensemble de l’équipe technique est validé par le maire et les représentants des associations syndicales, le 8 juin, en mairie, pour l’assainissement. Nous avons détaillé ce plan en 1983. Il part du constat que la nappe phréatique est très proche de la surface du sol sur l’ensemble de la zone lotie. Il y règne une humidité permanente qui pose un grave problème de santé publique.

Le plan proposé vise un abaissement sensible de la nappe phréatique par drainage des eaux pluviales. Le projet prévoit  le déversement des eaux pluviales dans le canal de l’Ourcq. Pour  satisfaire aux conditions exigées par la ville de Paris, deux bassins de désensablement sont prévus. Il est projeté que les trois associations syndicales participent au financement de ces stations proportionnellement à la superficie de leur lotissement.

En dehors de l’assainissement, c’est surtout entre les quartiers du Bois Saint-Denis et des Cottages que s’opère une coordination des travaux. Les deux associations syndicales tiendront des réunions communes, quatre en 1934, cinq en 1935.

Les associations syndicales essaient également de mettre en phase les travaux de voirie avec l’ouverture des équipements publics.  « A l’annonce de l’ouverture prochaine de trois classes dans les nouvelles écoles, le Syndicat s’est préoccupé de chercher un moyen permettant à nos enfants d’y accéder dans les meilleures conditions.

Un chemin de mâchefer partant de l’avenue Albert 1er, face les écoles en bois, un autre longeant la façade du bâtiment scolaire et amorcé sur une rue terminée, éviteront aux écoliers  de patauger dans l’eau.

C’est là du provisoire. D’accord avec M. Bouchard, chef de l’entreprise exécutant les travaux dans le lotissement, dès le beau temps la partie de la rue de Reims, comprise entre le premier rond-point et les écoles, sera attaquée.” (9)

(8) Pour le détail de cette question voir  bulletin n° 8 de la SEHT, année 1983, page 23 et suivantes

(9) bulletin Le Domaine du Vert-Galant publié pas l’Association syndicale autorisée du Domaine du Vert-Galant, n° 3, janvier 1931, page 3 article Autour des écoles.

 

Les travaux d’aménagement des quartiers.

 

Le programme des travaux de réhabilitation est validé au ministère de l’intérieur par la commission instituée à l’article 5  de la loi du 15 mars 1928.

Les travaux d’aménagement  impliquent une concertation entre les décideurs. Le 8 juin a lieu en mairie une   séance  

de travail réunissant M. Brasseau, représentant du préfet, M. Gazet, ingénieur en chef du service du contrôle de Versailles, Maurice le Guillou, maire de Tremblay, le docteur Gérard, directeur syndic du Domaine du Vert-Galant,  

 M. Louvet, directeur syndic des Cottages du Vert-Galant, Maurice Heude, directeur syndic du Bois Saint-Denis.

Au   terme de la réunion est lancée une procédure d’appel d’offres, pour adjuger les travaux d’aménagement. Les plis des entreprises candidates seront ouverts en Mairie, par la   commission d’appel d’offres pour adjugerr les travaux d’aménagement. Les plis des entreprises candidates seront ouverts en mairie, le 28 juillet. Il est décidé de confier à la commune  l’entretien de la station d’épuration des eaux, les frais étant supportés par les associations syndicales, jusqu’au transfert des installations à la commune, lors de la dissolutioin des associations.

LConformément à la loi du 15/03/1928, la gestion financière et comptable est confiée au receveur percepteur qui reçoit une indemnité de gestion, sur proposition du trésorier payeur général du département soumise au vote du conseil syndical concerné.

 

                          

Taxe syndicale émise pour le compte de l'association syndicale du Domaine du Vert-Galant. Archives déposées de la SEHT

Le comptable des associations syndicales autorisées est le receveur percepteur de la commune. Il émet des titre de perception pour le remboursement des emprunts qui représentent la participation des lotis aux travaux de réhabilitaion du lotissement.

 

Le 27 juillet 1928 le Conseil municipal accorde la garantie communale pour le remboursement des emprunts contractés par les associations syndicales des trois lotissements de Tremblay. Dès lors le financement des travaux est sécurisé et le processus de réhabilitation des trois quartiers peut commencer. Grâce aux dispositions de la loi du 15 mars 1928, les associations disposent des ressources nécessaires au financement des travaux : subvention de l’Etat de 50 %, prêts de la caisse départementale d’aménagement et d’extension des villes et villages de Seine-et-Oise, cotisations syndicales payées par les lotis.

 

 Budget des travaux du lotissement du Bois Saint-Denis.

 

La commission d'attribution des subventions du ministère de l'intérieur pour l'aménagement des lotissements, dans sa réunion du 16 avril 1929, valide le montant des travaux subventionnés à 11 142 636,00.

Elle alloue à l'association Le Bois Saint-Denis une subvention de 5 571 318,00 F, sur la base de deux tranches : 

une définitivement acquise, d'un montant de 3 445 550,00 F, une conditionnelle, d'un montant de 2 125 768,00 F, soumise au vote du Parlement.

Dès le 17 mai 1929 le Conseil syndical, réuni en session extraordinaire a adopté un plan de financement des travaux. Il est décidé  de confier à la commune l’entretien de la station d’épuration des eaux, les frais étant assurés par les associations syndicales jusqu’au classement des installations dans le réseau communal. Réuni le 28 juin, il lance la procédure d’appel d’offres.

 

Budget des travaux du lotissement des Cottages du Vert-Galant.

 

 

COTTAGES DU VERT-GALANT

Désignation des travaux

Montant de la dépense

Viabilité, assainissement, égout

3 957 690,00

eau

1 050 189,00

gaz

863 550,00

électricité

604 132,00

honoraires

131 511,00

total

6 607 072,00

Montant de la subvention par rapport au coût total

50 %

 

 

Budget des travaux du lotissement du Domaine  du Vert-Galant.

 

 

Domaine du Vert-Galant

DÉPENSES

Désignation des travaux

Viabilité, assainissement

Non subventionnables

total

Viabilité, assainissement

11 229 335,59

891 534,21

12 120 870,20

Station désensablement et épuration

745 330,86

 

745 330,86

Distribution d’eau potable

1 861 478,07

472 488,06

2 333 966,13

électrification

1 386 424,95

 

1 386 424,95

forage du puits pour l’adduction d’eau

436 110,00

 

436 110,00

honoraires

338 685,34

30 034,00

338 685,34

 total

17 172 952,35

1 531 748,17

18 704 700,82

 

Les associations syndicales ont la capacité de monter des projets communs. Leurs instances dirigeantes ont des débats sur  les différents modes de gestion qui restent d’actualité dans toutes les assemblées démocratiques. On discute des mérites comparés de la gestion directe et de la concession de service public, notamment à propos de la distribution d’eau.

En 1934 plusieurs réunions se tiennent entre les associations syndicales du Bois Saint-Denis et des Cottages du Vert-Galant, dans le but d’élaborer en commun un projet d’adduction  d’eau. Les deux conseils syndicaux conviennent de monter une société  commune pour gérer la question. Le 7 octobre 1934  le titre de Société anonyme sous forme de coopérative est évoqué. Il est décidé d’envoyer à Versailles une délégation commune des deux conseils. Mais la préfecture fait observer que la loi Sarraut ne peut autoriser une association syndicale à se transformer en société commerciale et renvoie le projet de statut en mairie. Le 4 novembre les conseils syndicaux prennent acte de ce rejet et évoquent la solution adoptée par l’association syndicale du Domaine du Vert-Galant. Elle a mis en adjudication la distribution de l’eau dans le quartier, par délégation de service public, sous régime de convention tripartite  : syndicat, commune, concessionnaire. Le loyer de la concession  est fixé par adjudication, le concessionnaire  ristourne une part des bénéfices au syndicat. Le branchement des usagers au réseau est gratuit, le compteur mis en location.

Cette solution est rejetée par le directeur syndic, Louis Dequet. Il  demande la poursuite du débat et décide de s’informer sur les différentes solutions auprès des mairies voisines.

La question est longuement débattue le 25 novembre où est analysée la situation du Domaine du Vert-Galant. Les canalisations ont été remises gratuitement au concessionnaire, après réception par le contrôle.  Le concessionnaire ristourne à l’association syndicale 0,80 F par mètre de canalisation et 2 F par branchement. D’autre part, en fonction du volume d’eau débité, une ristourne de 1.000 à 70.000 F est attribuée à l’association syndicale. Les installations annexes sont aux frais du concessionnaire. La concession est accordée pour 20 ans, renouvelable par convention. L’eau, vendue 1,28 F au particulier, fait l’objet d’un rabais de 50% pour la commune.

Le branchement des abonnés est aux frais du concessionnaire qui fournit le compteur. Chaque abonné acquitte  5,25 F par mois : soit taxe d’entretien 1,25 F,  location du  compteur 2 F, frais d’entretien 2 F. Une consommation minimum de 45 m3 est facturée, une avance de 30 F exigée.

Malgré les difficultés administratives,  l’exploitation directe reste envisagée par les conseils syndicaux des Cottages et du Bois Saint-Denis. Réunie au château d’eau le 9 décembre, la commission des eaux constituée des deux bureaux étudie le projet présenté par Louis Dequet et amendé par M. Gaudou qui se spécialisera sur la question et deviendra ensuite directeur de la Régie des eaux.

Compte tenu du refus de la préfecture de valider le projet présenté dans le cadre de la loi Sarraut, il est proposé de faire exécuter les travaux sans avoir recours aux subventions et aux prêts de la caisse départementale. Le montage financier est possible en exploitation directe, si l’on part sur une base minimum de 800 à 1000 abonnés, avec une consommation minimum de 50 m3, une avance sur consommation fixée à 30 F et des compteurs mis en location. Selon l’estimation présentée un abonné aurait à payer au total 234 F en tenant compte du prix supposé du branchement, de l’avance sur consommation, des frais d’entretien et de location du compteur. Selon le rapporteur, un abonné du Domaine du Vert-Galant aurait à payer 2412 F en 20 ans et 120,60 F par an pendant la durée de la concession. Au Bois Saint-Denis et aux Cottages il paierait 1730 F en 20 ans et 83,20 F par an pendant toute la durée de l’exploitation en régie directe. Au terme de la discussion la commission décide d’écarter tout  projet de concession.

Le 23 décembre le Conseil syndical du Bois Saint-Denis  déclare viable le projet d’exploitation directe et décide de se baser sur la loi de 1884 pour former la régie de distribution. Il propose que la gestion soit faite nominativement par l’association syndicale des Cottages du Vert-Galant qui a déjà la responsabilité de travaux d’utilité générale en plusieurs endroits de la commune.

Le 13 janvier 1935 le conseil syndical valide le projet de statut de la régie de distribution d’eau et mandate le directeur syndic pour le déposer.  Le projet de distribution d’eau sera examiné par le Conseil municipal le 22 janvier. Le moment venu il ne fait pas l’objet d’observations du Conseil  municipal et est accepté par la tutelle.

La vigilance des associations syndicales ne s’exerce pas uniquement sur l’alternative : gestion directe, gestion concédée. Elles sont également attentives à la durée des traités de concession. Ainsi le syndicat du Domaine conteste-t-il celle du marché du Vert-Galant qui porte sur une durée excessive à ses yeux :

« Concession qui permet au bénéficiaire, en échange d’un franc par an et par tête d’habitant, de gagner sans concurrence possible, pendant trente ans, une véritable fortune, tout en payant ses impôts autre part qu’au Tremblay. »  (10) 

(10)  bulletin Le Domaine du Vert-Galant publié pas l’Association syndicale autorisée du Domaine du Vert-Galant, n° 13/14 février-mars 1932, article Le marché du Vert-Galant.

 

 

Forage du puits, rue de Béarn. Cliché publié dans le n° 13-14 février/mars 1932 du Domaine, 

 

Analyse comparée des associations syndicales du Vert-Galant et du Bois Saint-Denis.

 

N’ayant pas disposé d’un fonds d’archives détaillant le fonctionnement interne  de l’association syndicale des Cottages du Vert-Galant, nous nous limiterons à l’analyse comparée des associations syndicales du Bois Saint-Denis et du Domaine du Vert-Galant.

Les deux associations les plus importantes, par le nombre de leurs mandants et par la superficie administrée sont celles du Bois Saint-Denis et du Domaine du Vert-Galant. On retrouve entre elles des points communs. Tout d’abord le parisianisme de leurs premiers dirigeants. Ainsi la direction et l’administration du Domaine du Vert-Galant sont-elles domiciliées  à Paris, 5 rue Commines, dans le 3e arrondissement (tél.  Roquette 76 - 53.) Ce n’est qu’en 1931 que le journal du Domaine sera domicilié dans le lotissement, place Jean-Jaurès, Le Vert-Galant par Vaujours. Notons que dans l’adresse n’apparaît pas le nom de la commune; cette omission souligne la volonté sécessionniste qui domine dans le syndicat. Un semblable désir d’indépendance n’existe pas dans le lotissement du Bois Saint-Denis.

Le deuxième trait commun  réside dans les rapports conflictuels avec le lotisseur. Dans un premier temps le Conseil syndical du Domaine a traîné les vendeurs devant le Comité de conciliation, démarche qui s’est avérée vaine, chacune des parties restant sur ses positions. Les lotisseurs réclament plus de trois millions à l’association alors que celle-ci estime leur devoir moins de trois fois moins. L’expert de l’association évalue que pour la seule réfection des routes, qui ne peuvent être réceptionnées en l’état, le syndicat est fondé à réclamer 630.000 F, alors que celui de la partie adverse propose de remettre gracieusement 20 mètres cubes de cailloux. “C’était grotesque, écrit le docteur Gérard, mais MM.  les Lotisseurs, habitués à l’esbroufe, pensant se trouver en face d’adversaires impressionnables, avaient spéculé sur cette impressionnabilité; ils avaient pensé que frappés par tant d’assurance de leur part, nous serions désemparés, et que, faisant une retraite  plus ou moins savante,  nous nous contenterions de pauvres petites concessions. Ils s’étaient trompés.”

Le troisième point commun c’est le sentiment de ne pas être soutenu par le Conseil Municipal et le rejet dans un même sentiment d’opposition des lotisseurs et de la municipalité.

« Quels drôles de personnages que vos syndics ! Respectant les lois et apportant la preuve que vos vendeurs furent peu scrupuleux, ils les ont appelés devant les tribunaux. Ils ont même demandé à M. le maire de les aider à faire appliquer la loi. En vain.

Sans doute M. le Maire, ses adjoints et la majorité du Conseil Municipal n’ont-ils jamais lu la circulaire préfectorale commentant cette loi ?

Dans ce cas que ces Messieurs la recherchent, qu’ils s’en inspirent et qu’ils agissent. »  (11)

Une certaine émulation règne entre les trois associations syndicales et elles comparent le prix de revient de la réhabilitation de leurs quartiers respectifs. Le Domaine du Vert-Galant dans le n° 23-24, de septembre/octobre 1933, compare les redevances exigées dans les trois lotissements de la ville.

“C’est bien simple, pour le même terrain : vous devriez payer avant le 31 décembre 1933 :

aux Cottages 1584 francs, au Bois Saint-Denis 1800 francs. Au Domaine on vous demande, pour juillet 1934,  1564 francs, y compris la taxe de réajustement.”

S’il existe une certaine rivalité entre les associations syndicales, elles savent néanmoins monter des projets en commun. En février 1931, le Conseil syndical du Bois Saint-Denis  met à l’ordre du jour  les travaux de la passerelle prévue pour relier les deux rives du canal.  Les frais d’établissement seront  supportés par les deux associations, proportionnellement à la superficie de chacun des lotissements. Le projet est piloté par le Bois Saint-Denis, le domaine du Vert-Galant remboursera sa part. (12)

 

(11) bulletin Le Domaine du Vert-Galant publié pas l’Association syndicale autorisée du Domaine du Vert-Galant, n° 1  octobre 1930, page 3

 (12) Registre des délibérations du syndicat «Le Bois Saint-Denis» réunion du 18.02.31, feuillets 67 et 68.

 (13) Registre des délibérations du syndicat du Bois Saint-Denis, page 17, réunion extraordinaire du 17.05.1929

 

Le  conflit avec les lotisseurs

 

Les onze  sociétés d’épargne qui sont à l’origine de l’association syndicale du Bois Saint-Denis sont toutes en conflit avec les lotisseurs. Elles ont intenté des actions en justice, sans aucun résultat.  Le 17 mai 1929, le Conseil d’administration de l’association syndicale est saisi de la question des rapports avec le lotisseur et appelé à se prononcer sur l’opportunité d’un recours à exercer contre lui. Les syndics font preuve de prudence et mandatent leur président, Monsieur Heude, pour poursuivre toutes démarches utiles, auprès de la préfecture.

“Etant donné que plusieurs sociétés d’épargne faisant partie à l’heure actuelle de l’association syndicale ont engagé des poursuites contre le lotisseur - qu’elles ont toujours été déboutées de leur demande - le syndicat estime qu’il est impuissant et prie l’administration préfectorale de bien vouloir examiner s’il est possible de suivre l’affaire et donne plein pouvoir au président pour agir au mieux des intérêts de l’association sur cette question et au moment qu’il jugera le plus opportun - tant en ce qui concerne les réserves à faire que sur le taux qui pourrait être fixé par le comité de conciliation prévu par l’article 11 de la loi du 15 mars 1928.” (12 bis)

Dans le quartier du Vert-Galant aucune démarche collective n’a pu être entreprise juridiquement avant la constitution de l’association syndicale autorisée du Domaine du Vert-Galant. Porteuse du mécontentement du quartier, celle-ci entre en conflit avec les lotisseurs.

“Les acquéreurs, soit groupés, soit isolés, ont le plus souvent hésité à poursuivre devant les tribunaux les vendeurs assez peu scrupuleux pour ne pas remplir leurs engagements.

L’article 11 de la loi du 15 mars 1928 (Loi Sarraut) permet aux Associations Syndicales de se substituer aux intéressés dans l’exercice du recours.” (13)

Le n° 3 du bulletin du Domaine  expose en page 1, un catalogue des litiges qui opposent l’association syndicale aux lotisseurs.  Ils contestent les travaux réalisés quantitativement et qualitativement. Peu a été fait et le minimum réalisé est de mauvaise qualité, n’ayant été entrepris que dans le seul but de  faire progresser les ventes

 

      

 

vous savez le préjudice considérable et les ennuis sans nombre que l’absence de routes, le manque d’eau, etc. vous ont causés. Vous savez avec quelle impudeur vos vendeurs vous ont réclamé le prix fort pour des routes livrées sans justification  ni garantie ; avec quel cynisme ils vous ont réclamé cet impôt foncier que vous ne deviez pas et qui, même si vous l’aviez dû, n’aurait pu s’élever, pour les années écoulées, qu’à une vingtaine de francs au total, alors qu’il fut exigé de vous 70 et 80 francs ; avec quel cynisme encore ils vous ont imposé le paiement du sol des routes - soit 400 ou 500 francs en moyenne par lot. (...)”

Le premier moyen d’action contre les lotisseurs est de bloquer la vente de lots non attribués, jusqu’au terme de l’aménagement du quartier.

“Pour obtenir l’arrêt des ventes, nous sommes prêts à engager l’action juridique nécessaire, mais nous pensons que l’article 12 de la loi la rend inutile, de cette loi qui fait interdire de vendre ou de louer, sauf autorisation préfectorale, dans certaines conditions.

M. le Préfet vous pouvez autoriser, mais vous pouvez aussi refuser d’autoriser. C’est ce que nous vous demandons de faire.

Que les certificats administratifs correspondant aux ventes passées continuent à être délivrés, mais que désormais, les ventes, locations-ventes ou projets d’acquisition (suivant la formule nouvelle trouvée par les lotisseurs) soient arrêtés.» (14)

Dès l’engagement des travaux de réhabilitation, les lotisseurs sont assujettis par le syndicat au paiement de la taxe syndicale, afin de participer au financement des travaux, proportionnellement au nombre de lots qu’ils ont en portefeuille.  Le 25 février 1931, ils saisissent le  conseil de préfecture pour demander le renvoi à des délais indéterminés de leur taxe de l’exercice 1929, soit 364.000 francs. Ce dernier rejette leur demande, estimant que les délais de réclamation sont forclos.

A chacun de ses numéros le  bulletin détaille l’évolution du conflit et expose les vives polémiques qui opposent la majorité de ses membres à ceux qui souhaitent faire des concessions aux lotisseurs.

(Enfin, en 1932, l’amorce d’un accord est trouvée entre le syndicat et les lotisseurs, après expertise. Messieurs Sohier et Poujade, administrateurs de la Société Civile Immobilière du Domaine du Vert-Galant, écrivent au directeur syndic, le docteur Gérard, pour lui communiquer leur accord en vue d’un règlement amiable sur les bases suivantes, détaillées par les directeurs syndics.

Comme suite à l’entretien qui a eu lieu le 6 juin 1932 sur convocation de M. Lecoudre, expert nommé par ordonnance rendue en référé par M. le Président du Tribunal Civil de Pontoise, nous avons l’honneur de vous faire savoir que nous acceptons les chiffres arrêtés, soit : Deux cent soixante six mille francs en ce qui concerne M. Poujade, Quatre cent soixante-six mille francs en ce qui concerne M. Rougier” (15)

(12 bis) délibérations du syndicat «Le Bois Saint-Denis », page 17  réunion extraordinaire du 17/05/1959

(13) bulletin Le Domaine du Vert-Galant déjà cité, n° 1  octobre 1930

(14) Le Domaine du Vert-Galant déjà cité, n° 2, décembre 1930, page 3

(15) bulletin Le Domaine du Vert-Galant déjà cité, n° 17-18, octobre novembre 1932.

Cette somme  de 365.000 francs est à déduire du montant des travaux réalisés sous sa responsabilité  par la S.C.I du Domaine du Vert-Galant, soit un montant de 3.101.235 francs.

Le  mémoire des lotisseurs était de 3.242.000 francs au début de l’action de l’association syndicale, celle-ci estime avoir gagné dans le conflit plus d’un demi-million pour le compte des lotis, qui sont au nombre de 3.400, ce qui représente un gain de 145 F pour chacun d’eux.

Au-delà de ce compromis, le syndicat maintient ses réserves sur la qualité des travaux  et reste sur des positions conflictuelles avec les lotisseurs, auxquels il réclame huit hectares d’espaces réservés pour des équipements publics et diverses indemnités.

Un certain nombre de pré-requis pèsent sur les relations entre les lotis et le Conseil Municipal: clivage culturel ruraux citadins, rivalité anciens habitants nouveaux venus, sensibilité politique opposée entre conservateurs ruraux et culture ouvrière progressiste.

D’initiative privée, les lotissements  ont été créés sans que les élus locaux soient consultés. Jusqu’en 1928, rien ou presque n’est fait  en faveur des nouveaux venus. Il est évident pour tous que le budget d’un petit bourg rural n’a pas la capacité de prendre à sa charge les investissements qui incombent en toute logique aux lotisseurs. Mais les élus locaux  auraient dû prendre conscience de l’ampleur du problème social qui se joue dans les lotissements. Ils auraient pu agir au plan politique pour qu’une solution soit recherchée. C’est ce qu’attendent les lotis qui espèrent le soutien du Conseil municipal et essaient d’engager des démarches conjointes, comme en témoigne la lettre du Comité de Vigilance Bois Saint-Denis du 12 novembre 1928 :

« Nous vous rappelons votre lettre du 28 août et restons à votre disposition pour aller avec vous à la Préfecture réclamer la réalisation des promesses qui ont été faites par ces messieurs.”   (16)

Dans son bulletin de 1931 l’association syndicale du Bois Saint-Denis conteste la compétence des élus locaux et exprime en termes vifs son mécontentement :

« Nous savons que les compétences n’illustrent pas, hélas, notre Conseil Municipal. Nous devons faire ici notre “mea culpa”, car par notre négligence à nous inscrire ou à voter, c’est nous qui l’avons élu. Il est certain qu’il doit être difficile à un Maire d’administrer dans de pareilles conditions, mais il nous semble que Monsieur le Maire pourrait se tourner un peu plus souvent du côté des lotis. Nous assistons à chaque séance du Conseil au détachement de l’égoïsme le plus parfait. On dirait que la commune rurale cherche à s’isoler de plus en plus, et ce ne sont pas les quelques mesures urgentes prises au hasard en notre faveur qui peuvent étayer le moindre raisonnement contraire. »   (17)

Il existe entre ruraux et citadins un  sentiment  d’appartenance à deux communautés dont les intérêts sont divergents. D’un côté, les finances communales n’ont pas la capacité de prendre en charge les aménagements indispensables à la vie des quartiers urbains, de l’autre, les habitants des lotissements renâclent à supporter la charge de l’entretien des chemins vicinaux, qui ne sont utilisés que pour les besoins de l’agriculture.

“Nous n’avons pas plus à entretenir les chemins vicinaux que les Tremblaysiens du bourg n’entretiennent et ne paient nos routes. Nous n’avons pas plus à participer aux dépenses d’entretien du service d’eau qu’ils n’ont participé à nos forages et à nos réservoirs.”  (18)

On trouve un mécontentement aussi vif au sein de l’association syndicale du Domaine du Vert-Galant. L’expression de ce sentiment est exacerbée par le tempérament polémiste du directeur syndic, le docteur Gérard et de son entourage.

“Nous savons que depuis toujours des influences se sont exercées en faveur des lotisseurs. Elles se sont employées ces temps encore. On serait heureux d’obtenir que le syndicat lâchat prise, qu’il transformât son désir de réparation, de justice, en un pardon généreusement bête (...)

Fais-je erreur M. le Préfet ? Si je me trompe, prouvez-le en m’envoyant de suite, signées de votre dextre, les deux “pelures” dont nous avons besoin.

Si je ne me trompe pas envoyez-les plus vite encore car nous ne connaissons pas les marchandages.”  (19)

(16)  Lettre du Comité de Vigilance du Bois Saint-Denis en date du 12.11.1928, d’après le Registre des délibérations du Conseil Municipal, séance du 16.11.1928.

(17)  Bulletin de l’association syndicale autorisée du Bois Saint-Denis, en date du 10 novembre 1931.

(18)  Bulletin de l’association syndicale autorisée du Bois Saint-Denis déjà cité

(19)  Bulletin de l’association syndicale du Domaine du Vert-Galant,  n° 1, encadré page 3.

Les divisions qui existent au sein de l’association syndicale sont exploitées par les lotisseurs et par le maire Le Guillou. Le Comité de défense est également soutenu par les mêmes, comme outil de contestation de  l’association syndicale. La réunion publique organisée par le Comité de défense, le 13 septembre 1931, avec la participation du maire Le Guillou est longuement dénoncée :

"Vous avez vu alors la vilaine bête se dresser de colère et darder sa langue en sifflant. Tel, certains d’entre vous  ont pu voir, le dimanche 13 septembre, Monsieur le maire rugissant sous l’offense que, paraît-il, nous lui avons faite, en démasquant par avance ce Comité de défense  anonyme, qui vous invitait tous, lotis, à venir protester contre les erreurs ou l’inertie de votre syndicat."

 

 

 

titre d'article polémique Le Domaine, 1932

 

titre d'article polémique Le Domaine, 1932

 

titre d'article polémique Le Domaine, mars 1932

 

 titre d'article polémique Le Domaine, 1octobre 1931

 

N’en déplaise à M. le Maire, son courroux nous réjouit, il montre que nous avions frappé juste, tout à fait juste. La réunion qu’il avait fait annoncer par voie d’affiches et par  lui et pour ceux qu’il voudrait sauver. Sa présence et son intervention rageuse en ce lieu où il n’avait rien à faire valent toutes les preuves, elles montrent combien nos révélations l’ont profondément atteint. (....)”

La conclusion de ce long article appelle le maire à ne pas se mêler des débats qui opposent  radicaux et partisans du compromis, au sein de la communauté des lotis :

« Monsieur le Maire obéissez à qui vous voudrez : lotisseurs, conseillers municipaux, député, préfet - de néfaste influence, - mais fichez-nous la paix. Dites-vous bien que nous avons été assez grands garçons, pour choisir notre ligne de conduite et que nous les sommes assez, pour la maintenir, malgré vous et malgré d’autres. Nous remplissons, nous, honnêtement, consciencieusement un devoir que rien ne nous oblige à remplir alors que vous tous, vous n’accomplissez pas celui qui s’attache à vos fonctions. C’est une belle leçon qui vous est infligée. La comprendrez-vous ? Nos explications suffiront-elles cette fois ou voudrez-vous encore, comme les serpents, dans votre impuissance à mordre, continuer à siffler ? » (20)

Le directeur syndic n’est pas seul à dénoncer la collusion entre le Maire et le Comité de défense. Dans une tribune libre  de janvier 32, le syndic Ledieu, qui n’a pas encore rejoint le clan des opposants à l’association syndicale, s’en prend longuement au Comité de défense :

“Mais demanderez-vous, contre qui ce Comité de défense voulait-il  entrer en lutte ? Contre les lotisseurs ? Vous n’y pensez pas ! Contre notre municipalité, régulatrice à rebours du coût de la vie et de bien d’autres choses ? Vous n’y êtes pas ! Ne cherchez pas, c’était, une fois de plus, votre syndicat qui devait faire les frais de cette éclosion d’affiches.” (21)

Le maire Le Guillou et son adjoint Nerrière sont pris à partie par  l’auteur de la Tribune libre pour leur participation à l’Assemblée générale du Comité de Défense. Le syndic Ledieu expose longuement les propos du maire et de son adjoint. Une phrase résume assez bien l’ensemble: “jamais l’encensoir municipal n’avait été à pareille fête.”

Le maire ne se contente pas d’assister aux réunions du Comité de défense, il en fait venir les membres à certaines séances du Conseil Municipal. Le syndic Jouanai, dans une tribune libre de mars 1932, relate la participation de l’association syndicale et du Comité de défense à la séance du Conseil Municipal du 26 février. Les premiers font le trajet du Vert-Galant au Vieux Pays en camionnette, assis sur des caisses, tandis que les seconds effectuent leur voyage en autocar de luxe, escortés par le garde champêtre. Le renfort du Comité de défense a été suscité par le maire pour faire semble-t-il contrepoids aux chômeurs venus assister aux débats de l’Assemblée municipale sur la question des allocations chômage. Selon le syndic Jouanai c’est l’adjoint Nerrière qui a mobilisé le Comité de défense : « qu’il (Nerrière) ait détaché  du Vieux Tremblay  le garde champêtre pour venir chercher en auto quelques amis dévoués, cela dépasse un peu les limites permises à un adjoint au Maire, qui doit se placer au-dessus de ces discussions, surtout un soir où les chômeurs avaient décidé d’assister nombreux à la séance du Conseil Municipal. » (22)

Les Assemblées générales sont l’occasion  de répondre aux critiques de la municipalité. L’Assemblée générale extraordinaire de 1932 ne ménage pas l’honorable maire, qui finit par quitter la salle :

« Aussi confus que le renard qu’une poule aurait pris, Monsieur le Maire et les siens quittèrent les lieux, les oreilles encore bourdonnantes des cris de “Démission ! Démission !” qui avaient volé d’un bout à l’autre de la salle. Ils emportaient la leçon qu’ils étaient venus chercher. » (23)

Les dirigeants de l’association syndicale du Vert-Galant analysent lucidement le rapport de forces qui oppose les lotis à la majorité municipale. Ils savent qu’ils sont majoritaires. Pour que leurs lecteurs en prennent conscience, ils publient  le recensement de 1931 et la liste électorale rectifiée de 1932.

Le directeur syndic annonce clairement la chute de la majorité municipale aux prochaines élections municipale, dès 1932, dans un article intitulé « la dernière avant-dernière de M. Le Guillou. »  (23)

« M. Le Guillou n’aime ni la controverse ni surtout la lumière. Il aurait fait un bien mauvais danseur : les feux de la rampe l’auraient ébloui, affolé comme un vulgaire papillon ; il en aurait manqué tous ses effets et sifflets ou tomates l’auraient sorti de la scène. S’il peut encore se tenir sur la scène municipale, c’est grâce à quelques étais vermoulus. Mais le vent de la réprobation qui souffle les aura bientôt mis à bas et l’on verra alors M. le Maire regagner ses écuries qu’il n’aurait jamais dû quitter. »

 

                           

État comparatif des électeurs et des habitants par quartier, Bulletin de l'Association syndicale  Vert-Galant, n°13/14 février-mars 1932

Les syndics du Vert-Galant  ne s’en tiennent  pas à des interventions dans le débat public. Ils entreprennent contre le maire des démarches administratives. Suite à un recours auprès du préfet, le syndic Ledieu obtient, pour vice de forme, l’annulation d’une délibération concernant l’approbation du compte administratif de l’exercice 1931. L’année suivante le syndic Jouanai signale à l’attention du préfet la situation irrégulière du Conseiller municipal Victor Lévêque, embauché par le maire en qualité de cantonnier «en violation de l’article 33 de la loi d’avril 1884». Il demande  que cet élu «soit déclaré démissionnaire.» Le 4 octobre l’intéressé démissionne ce qui entraîne des élections municipales partielles.   Ledieu  et Jouanai seront les candidats socialistes. (24)

(20) Bulletin du Domaine, n° 9 - 10, septembre - octobre 1931, article du docteur Gérard intitulé Les serpents sifflent

(21)  Bulletin du Domaine, n° 11 - 12, décembre 31, janvier 32  Tribune libre signée Ledieu

(22) Bulletin du Domaine, n° 13 - 14,  février - mars 1932 Tribune libre signée Jouanai

(23) Bulletin de l’association syndicale du Domaine du Vert-Galant, n° 17-18,  1932, article du docteur Gérard intitulé La dernière avant dernière de M. Le Guillou.

(24) Bulletin n° 8 de la SEHT, année 1983, article De l’âge rural à l’âge urbain.

 

Les conséquences de la crise économique.

 

Les ressources des associations syndicales reposent sur les subventions d’Etat et sur les taxes syndicales. Si les premières sont indépendantes du contexte économique, les secondes en revanche sont affectées par la crise qui sévit à partir de 1929. Les lotis appartiennent aux classes laborieuses et comptent dans leurs rangs beaucoup d’ouvriers et d’employés sans qualification, les premiers touchés par le chômage. En 1932 la commune compte 450 chômeurs, chiffre énorme si on le rapporte à celui de la population, 4385 habitants à cette époque.

Les difficultés générées par la situation économique suscitent des débats au sein des associations syndicales.  A l’Assemblée générale de l’association syndicale du Bois Saint-Denis, le   6 septembre 1931, M. Delbecq propose une motion. Elle est adoptée avec seulement deux voix contre :

L’assemblée constatant que les difficultés économiques et de chômage actuel abaissent la capacité de paiement d’une grande partie des syndiqués demande le maintien de la cotisation à 0,75 F par mètre carré.”

Le 6 juin 1932 le syndic Marouillat interpelle le directeur syndic de l’association du Bois Saint-Denis sur les mesures que compte prendre celui-ci à l’encontre de ceux qui ne paient pas les taxes syndicales.  Il lui est répondu que “des délais seront accordés à ceux qui se trouvent dans l’impossibilité de payer.”

Le fléau touche également le quartier du Vert-Galant. En novembre 1931 l’association syndicale engage des discussions avec les entreprises qui ont des chantiers dans le lotissement. A la suite de ces discussions, celles-ci licencient 50 ouvriers étrangers pour embaucher 62 ouvriers français ou étrangers lotis dans le domaine où ils acquittent la taxe syndicale, contribuant ainsi au financement des travaux. Malgré cela, le 20 janvier 1932, on compte dans le quartier 68 chômeurs dont 36 appartenant aux professions du bâtiment. L’association syndicale entreprend des démarches pour qu’ils soient employés.

 

bulletin de l'Association syndicale du Domaine du Vert-Galant, 1931

 

Cette volonté de résorber localement le chômage apparaît aussi au Bois Saint-Denis.  Dans le rapport de la commission des finances le syndic Desjardins, lors de l’Assemblée générale du 6 septembre 1931, estime que “les prévisions de travaux pour 1931 seront probablement dépassées, en raison que l’on désire éviter le chômage. En outre l’administration supérieure désire que les travaux soient poussés avec la plus grande activité.” Ce volontarisme est confirmé lors de l’Assemblée générale extraordinaire du 18 septembre 1932 par le directeur syndic, Louis Dequet. Il répond à ceux qui l’interpellent sur cette question “qu’il a fait embaucher des chômeurs en relatant les rapports de la commission des routes”.

De son côté le Conseil municipal ne reste pas inactif. Dès le 17 février 1928, il décide de payer des indemnités aux chômeurs. Le 18 décembre 1931, il adopte une résolution qui exprime son inquiétude et sacrifie à la xénophobie ambiante en appelant les pouvoirs publics à donner aux chômeurs les emplois indûment occupés par des immigrés:  “vivement préoccupé des difficultés économiques qui, après avoir successivement frappé les autres pays ont fini par atteindre la France. Emu des souffrances imméritées amenées par le chômage, souffrances que ne peut manquer d’aggraver l’hiver, il appelle l’attention des pouvoirs publics sur les cas trop nombreux signalés de divers côtés, où des étrangers occupent indûment dans diverses entreprises la place réservée par la loi aux citoyens français. » (25)

 (25) registre des délibérations du Conseil municipal, séance du 18.12.1931.

Le 26 février 1932 le Conseil Municipal se réunit en présence d’une foule nombreuse. Il y a là, selon la relation du Bulletin de l’association syndicale du Vert-Galant, le Comité de défense véhiculé en autocar de luxe sur l’initiative du maire Le Guillou, les dirigeants de l’association syndicale du Vert-Galant venus en camionnette et de nombreux chômeurs arrivés par leurs propres moyens. Sous la pression, l’Assemblée municipale adopte un programme inspiré par le cahier des revendications des chômeurs :

  • augmentation du tarif des allocations journalières portées à 8 F par chef de famille, plus 4 F par jeune enfant ou personne à charge,  avec plafond à 20 F pour un chômeur marié, père de 2 enfants, 22 F pour un père de 3 enfants, etc.
  • délivrance de bons de lait à demi-tarif aux enfants âgés de moins de 3 ans,
  • entreprise de démarches auprès de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord pour le transport gratuit à Paris des chômeurs à la recherche d’un emploi,
  • participation à la commission de contrôle de deux chômeurs élus par leurs camarades,
  • vote d’un crédit de 2000 F pour l’achat de denrées. Une commission de 4 chômeurs, présidée par un élu municipal, Monsieur Nerrière, ferait les achats et la distribution à la mairie annexe du Vert-Galant.
  • prise en charge par la commune de la part des frais médicaux et pharmaceutiques non couverte par les assurances sociales,
  • pointage des allocataires à la mairie ou à l’annexe du Vert-Galant, dans l’impossibilité de l’envisager au Bois Saint-Denis, faute de personnel.

Enfin il appartient aux chômeurs de s’adresser aux directeurs syndics, pour obtenir des délais pour le paiement des taxes syndicales.

Toutes ces mesures ont été arrachées au maire sous une forte pression sociale. Fidèle à ses habitudes, il reviendra progressivement sur ces acquis.  Le 20 juin 1933, il informe le Conseil Municipal du montant de la part communale des dépenses d’indemnisation du chômage. Elle s’élève à 400.000 F. Alléguant les difficultés financières de la commune, il propose de revenir sur les engagements pris et de s’aligner sur le taux fixé par la préfecture. Il propose également de retirer de la liste des secourus les chômeurs ayant bénéficié de l’indemnité depuis 600 jours. A compter du 1er avril 1934, il propose de supprimer les secours à partir de 400 jours. Toutefois, le 13 novembre de la même année, il accorde aux radiés une période supplémentaire de 180 jours pendant la période hivernale.

 

Le  séparatisme du  quartier Vert-Galant.

 

Au démarrage du lotissement, aucune voie carrossable ne relie le quartier du Vert-Galant au Vieux Pays, dont il est séparé par le Bois Saint-Denis, obstacle infranchissable par temps de pluie. Trois lieux de vie coexistent sur le territoire communal : le bourg historique au nord, et les trois lotissements au sud. Cottages et Bois Saint-Denis au nord du canal, Vert-Galant au sud. La plupart des habitants des lotissements travaillent à Paris. Ceux des Cottages et du Bois Saint-Denis prennent le train en gare de Villeparisis, ceux du Vert-Galant à la halte du Vert-Galant. Les habitants du village historique prennent le train à la gare de Sevran, à laquelle ils sont reliés quotidiennement par un service d’omnibus à chevaux. Cette dispersion des accès aux transports publics ne suscite guère le sentiment d’appartenance à une même communauté. Comment les ruraux du vieux village pourraient-ils comprendre les citadins qui s’installent dans les lotissements ? Comment ces deniers arrivants, en proie aux pires conditions de vie matérielle dans des quartiers mal viabilisés, dépourvus d’alimentation en eau  et électricité pourraient-ils se sentir citoyens à part entière d’une commune qui les rejette ? Les plus éloignés du chef-lieu, les habitants du quartier du Vert-Galant, affichent la volonté de se séparer de la commune de Tremblay-lès-Gonesse.

Cette volonté apparaît dès la première Assemblée générale constitutive où est émise  la proposition de rattachement à Vaujours, assez inattendue, puisque le maire de cette commune, Monsieur Sohier, n’est autre que le lotisseur dont les habitants du quartier dénoncent les manquements. Notons cependant que les rapports avec l’intéressé sont de nature conflictuelle. Un pavé en caractères gras, dans le n° 2 de décembre 1930  précise  :

“Si le Maire de Tremblay est trop éloigné pour accomplir son devoir, celui de Vaujours, Monsieur Sohier, est sur place et pourrait agir. Sans doute, mais Monsieur Sohier, Maire de Vaujours, est le véritable lotisseur du Domaine, c’est trop que de lui demander de faire respecter son cahier des charges.  Avez-vous déjà vu un gendarme qui, ayant commis un délit, se dresserait procès-verbal, et exigerait que des poursuites fussent exercées contre lui ? » 

Le projet de sécession n’est pas soutenu seulement par quelques aventuristes non représentatifs, il est porté par une large majorité des habitants du quartier et au sein de l’association syndicale. N’est-il pas exprimé par les Assemblées générales qui mandatent le bureau pour aller dans cette direction ? L’ordre du jour de l’Assemblée générale extraordinaire  du 10 avril 1932, convoquée pour 9h30 au cinéma du Vert-Galant comporte la question en point n° 2 :

“Suite à donner à la résolution votée par l’Assemblée générale et par le syndicat en date du 14 février 1932, en vue de l’érection du Domaine du Vert-Galant en commune séparée ou de son rattachement à une commune voisine.” (26)

                                     

Séparatisme du quartier du Vert-Galant, mis àl'ordre du jour de l'Assemblée générale du syndicat du 10 avril 1932

Un article  du directeur syndic évoque les dissensions internes qui se manifestent au sein du bureau, à partir de 1932.  L’essentiel de l’article met en cause M. Ledieu, un des trois syndics opposés au docteur Gérard et à la majorité du Conseil syndical.  La question essentielle qui oppose les syndics porte sur les relations avec la mairie et les lotisseurs. Pour ce qui concerne le séparatisme, le syndic Ledieu, après avoir d’abord défendu l’idée de faire ériger le quartier du Vert-Galant en section de commune, se rallie à  la proposition de  séparation  communale. Les opposants à la direction de l’association  syndicale mettent en cause la plupart de ses orientations, mais évitent de s’attaquer à la volonté séparatiste.  C’est que celle-ci est trop populaire pour être contestée.  (27)

Toutes les sensibilités du quartier se mobilisent pour promouvoir son indépendance. Les chrétiens font signer des pétitions et proposent de donner à la nouvelle commune qu’ils appellent de leurs vœux le nom de Thérèseville. Sur l’emplacement de la future église Sainte-Thérèse une baraque en planches a été érigée au rang de chapelle et inaugurée le 8 janvier 1928.

 

  

Église sainte Thérèse du Vert-Galant

"On y dit une messe, le dimanche et un bon père jésuite de Paris, aidé de quelques dames, tient patronage dans une grange prêtée, qui menace ruine. Une école est en projet, pour laquelle on a reçu un peu d’argent. Mais les pauvres mal-lotis ont été si touchés de voir parmi eux la Petite Sœur, qu’ils ont tous signé - communistes en tête – une pétition pour que leur amas de cahutes, noyau d’une cité future, soit appelé Thérèseville. Et cette agglomération de minables cases sera, peut-être, la première ville du monde à laquelle la petite sainte de Lisieux aura donné son nom.»  (28)

Dans un premier temps le Conseil Municipal s’oppose aux séparatistes. Le 10 janvier 1929, il estime que le lotissement du Vert-Galant doit demeurer dans la commune. Il décide de créer un secrétariat auxiliaire de la mairie dans le lotissement, afin “de donner toutes  facilités aux habitants.”

En mars 1930  le maire est saisi par l’association syndicale. Mandatée  par l’Assemblée générale, elle demande le rattachement à Vaujours. Le 15 mai 1930, le Conseil municipal s’oppose à ce projet « considérant que d’importantes améliorations ont été apportées dans le dit lotissement par les soins de la commune (écoles, annexe de mairie, marché, garde-champêtre, etc...) pour donner un mieux-être aux habitants, que de nouvelles voies d’accès permettront aux habitants de se rendre facilement dans toutes les parties de la commune”  le conseil déclare “s’opposer au rattachement à la commune de Vaujours » des parcelles concernées.

Le 25 septembre 1930, le Conseil, suite à une demande du sous-préfet de Pontoise, confirme sa délibération du 15 mai 1930. Il s’oppose au rattachement du Vert-Galant à la commune de Vaujours.

 

(26) bulletin du Domaine du Vert-Galant - n° 13-14, février-mars 1932.

(27)  bulletin Domaine du Vert-Galant déjà cité, n°  21-22, juillet août 1933,  article Des Faits. Lisez et concluez,

(28) Pierre Lhande Le Christ dans la banlieue, le Dieu qui bouge, Plon, 1930, pages 101 et 102

Cette pétition est également rapportée par Charles COLLIN dans Silhouettes de lotissements, Bloud et Gay, 1931, pages 60 et 61.

 

 

Les difficultés de l’Association syndicale du Domaine du Vert-Galant.

 

Difficultés  techniques :

 

A la création du syndicat, la direction des travaux d’aménagement du syndicat est confiée à M. Descoutures, géomètre expert à Aulnay-sous-Bois, désigné par le maire et agréé par le Conseil d’administration de la caisse départementale. Les travaux comportent le forage d’un puits pour l’alimentation du quartier en eau potable. Une convention est passée avec la Société Française de Distribution d’Eau, S.F.D.E, pour l’exploitation du puits et la distribution d’eau. Selon cette convention, une redevance basée sur les ventes d’eau devait être versée au Comité syndical. Comptant sur cette ressource, celui-ci avait engagé en novembre 1934 un agent voyer syndical, chargé de la surveillance des travaux dans le Domaine, poste pourvu par M. Broussaud.

L’eau s’avérant impropre à la consommation la ressource escomptée n’est pas versée et il en résulte un déséquilibre financier.

Le Comité syndical en rend responsable Monsieur   Descoutures et demande son remplacement. Par arrêté du 20 juin 1936 le maire de Tremblay remplace M. Descoutures par M. Broussaud à la demande du syndicat. Cette décision sera contestée en justice par M. Descoutures.  Son remplaçant étant l’un de ses anciens collaborateurs, il bénéficie selon lui de tous les résultats des études du cabinet Descoutures.

La question de la surveillance technique des travaux fait l’objet d’actions en justice :

  • plainte de M. Ledieu, ancien membre du Comité syndical, devant le tribunal de Pontoise contre M. Brousseaud,
  • plainte de M. Brousseaud en diffamation avec constitution de partie civile contre M. Ledieu, devant la même instance judiciaire,
  • recours de M. Descoutures devant le Conseil de Préfecture, avec demande d’indemnité pour sa révocation.

Parmi les travaux exécutés par l’association figurent les branchements particuliers  d’eau et d’égout, qui ne sont pas subventionnables et doivent être financés par les taxes syndicales. Pour des raisons d’économie évidentes, ils  ont été programmés en même temps que les canalisations générales subventionnées par l’Etat et ont été inclus dans les appels d’offres. L’association a utilisé les prêts de la caisse départementale pour financer  les travaux et n’a pas rencontré de difficulté particulière à ses débuts tant qu’elle n’avait pas à rembourser les annuités d’emprunt. Par la suite, le rendement insuffisant des taxes syndicales et les difficultés rencontrées pour la distribution de l’eau compromettent la situation financière de l’association. En mai 1937, elle reste redevable de 3.234.068 francs sur les annuités des emprunts qu’elle a contractés auprès de la caisse départementale. Celle-ci suspend le versement des subventions et il en résulte des difficultés avec les entreprises.

 

Les désaccords entre dirigeants du syndicat.

 

La parution du Bulletin de l’association syndicale autorisée du Domaine cesse après les numéros 23/24 de septembre octobre 1933.  L’association est alors en grande difficulté. Sa situation financière est mauvaise. Le conseil syndical est divisé. Le 12 octobre 1933 le préfet prend un arrêté convoquant l’Assemblée générale extraordinaire du syndicat.  L’association ayant fait appel de cette décision, le préfet prend un nouvel arrêté, le 18 octobre. La réunion prévue initialement au 29 octobre est reportée  au dimanche 5 novembre 1933, salle du marché du Vert-Galant. L’arrêté justifie la décision du  préfet par le rendement insuffisant des taxes syndicales qui ne suffisent pas pour assurer la bonne marche du syndicat et par le malaise général qui règne au sein de l’association du fait de cet état de choses.

Le quorum n’ayant pas été atteint le 5 novembre, c’est finalement le 26 novembre 1933 que se tient la réunion. Elle ne maintient pas en fonction le docteur Gérard et son équipe et ceux-ci déposent un recours.   Le 2 février 1934 le Conseil de préfecture annule l’élection et l’ancienne équipe reprend la direction du syndicat.

Au vu des difficultés constatées le préfet, en vertu de l’article 12 § 8 de la loi du 15 mars 1928, désigne un comité syndical de 3 membres chargé  d’assurer l’administration de l’association, sous le contrôle du préfet, aux lieu et place du syndicat. Composé de MM. Clément, Ledieu et Flament ce Comité, par arrêté en date du 21 septembre, est renouvelé dans ses fonctions pour un an, à compter du 2 juin 1935.

Ce Comité reste en place jusqu’au 10 mai 1936, date à laquelle se tient une nouvelle Assemblée générale, à la demande de la municipalité et de nombreux lotis. Elle procède à la nomination d’un nouveau syndicat, qui est à  son tour contesté par à peu près tous les anciens dirigeants du syndicat. Les querelles s’enveniment et certains en viennent même jusqu’aux coups.

L’association a, nous l’avons vu, engagé des poursuites contre le lotisseur. Le Comité de conciliation, après avoir examiné l’opportunité de mettre en cause le lotisseur, a finalement refusé de se substituer à l’association pour ester en justice. Le procès aboutit, en définitive, à la condamnation de l’association syndicale à rembourser une somme de 2.700.000 F, plus les intérêts.

Le procès ayant été engagé par l’équipe du docteur Gérard, le comité syndical qui lui succède estime préférable d’aboutir à une transaction amiable avec le lotisseur. Au moment où la négociation semble aboutir, un nouveau  conseil syndical est élu en mai 36.  En octobre, le nouveau syndicat déclare que la convention préparée par ses prédécesseurs est pour lui provisoire. Il se réserve le droit de procéder à un examen plus approfondi pour passer un accord définitif, décision qui retarde le redressement financier.

En juin 1937, l’Assemblée générale de l’association se tient au cinéma du Vert-Galant, dans une ambiance tendue, avec la présence d’un service d’ordre et la participation de militants politiques qui cadrent la réunion. Désireux de redresser la situation, le maire assure la présidence de la réunion et impose la lecture du rapport d’activité de la direction du syndicat, un document de 37 pages!

Afin de limiter la discussion, la salle n’a été retenue que jusqu’à 11 heures 30. Les anciens dirigeants du syndicat ne manquent pas  de protester et la situation du lotissement reste confuse. Il faudra tout le poids de l’administration préfectorale et de la commune pour apurer la situation financière qui ne sera pas encore réglée à la veille de la guerre.

 

1935 : Changement de majorité municipale

 

Les élections municipales  partielles de 1932 sont remportées par les communistes. Désormais cinq conseillers d’opposition siègent dans l’Assemblée municipale. L’un d’eux,  Louis Dequet, a déjà obtenu un mandat municipal, de 1923 à 1929. Pour faire pression sur le Conseil municipal, l’opposition se fait accompagner de délégations. Le maire fait appel à la gendarmerie de Sevran pour assurer la police des réunions. Le 13 novembre 1933, les conseillers Louvet et Berger exigent l’inscription au procès-verbal du motif d’une interruption de séance : « les gendarmes sont intervenus pour renvoyer un électeur qui faisait des interruptions.”

Tenues sous la protection de la force publique, les réunions de l’Assemblée municipale sont systématiquement houleuses. Le 28 août 1934, Louis Dequet lit la déclaration  du groupe d’opposition : “ne voulant pas léser les intérêts des travailleurs et surtout les défendre d’une majorité hostile, nous avons tenu à siéger ce soir. Mais avant de lever la séance la fraction communiste s’élève contre les agissements fascistes du Maire et blâme son attitude anti-ouvrière, demande une fois de plus que ce dernier ne fasse plus déplacer les gendarmes qui sont une charge de plus en impôts sur les ressources des prolétaires.”

A l’approche des municipales de 1935, le maire Le Guillou  comprend que la municipalité sortante perdra les prochaines élections. La culture ouvrière des habitants des lotissements heurte sa sensibilité politique et la majorité conservatrice du village rural. Il décide donc de faire alliance avec les mécontents du lotissement et de soutenir les projets de partition du territoire communal. C’est dans ce contexte que se situent ses relations avec le comité de défense, dénoncées par l’équipe du docteur Gérard, dans le bulletin de l’association syndicale du Vert-Galant.

Le 13 novembre 1934, la majorité des élus municipaux présente le projet de séparation  du Vieux Pays et des lotissements. Le maire donne lecture de leur rapport. Celui-ci décrit le territoire communal comme coupé en deux par la route départementale dite des Petits Ponts.  Au nord de cette route le  Vieux Pays, avec ses 800 habitants, présente un caractère purement rural. Au sud, les lotissements situés de part et d’autre de la voie ferrée, présentent un caractère essentiellement urbain.

Pour convaincre les lotis, le rapport avance un argument  financier : «de gros travaux non subventionnés doivent être entrepris à brève échéance dans le Vieux Pays ; réfection du réseau des eaux et de la rue principale, aménagement d’égouts. L’importance de ces investissements, feignent de croire les élus, risque d’entraîner des rivalités entre le Vieux Pays et les lotissements.» Quelques lignes plus loin les rédacteurs se contredisent  en précisant que certains habitants du Vieux Pays n’ont pas des ressources suffisantes pour “acquitter les contributions élevées nécessitées par l’administration d’une ville.”  En conclusion le rapport demande “que les lotissements soient érigés en commune indépendante, la route des Petits-Ponts faisant la limite des deux nouvelles communes, pour permettre à ce Vieux Pays de continuer sa vie purement rurale.”

Le 22 février 1935, le Conseil Municipal, sur proposition du Maire, adopte par 5 voix contre 4 une délibération proposant la dénomination “Vert-Galant” pour la future commune comprenant les trois lotissements.

En mai 1935, la liste communiste remporte les élections municipales. Les nouveaux élus  s’opposent au fractionnement tardivement souhaité par l’ancienne majorité municipale, à la veille d’une défaite électorale prévisible.

Le 6 juillet 1935, le  nouveau maire Gilbert Berger informe l’Assemblée municipale que des listes de pétition circulent en faveur de la non séparation des lotissements et du Vieux-Pays. Il présente un exposé concluant que le projet de séparation ne se justifie pas. Après l’avoir entendu, le Conseil adopte à l’unanimité ses conclusions,  proteste contre le projet de séparation et se prononce pour le maintien du statu quo.

                        

Gilbert Berger, élu maire en mai 1935

Le 24 août, le dossier du projet d’élection des lotissements en commune indépendante est à nouveau débattu. Il  s'appuie sur une pétition signée des habita,ts du Vieux-Pays, à l'initiative de l'ancien maire.Le Conseil avance des arguments d’ordre fiscal et financier. Les habitants des lotissements, malgré leurs taxes syndicales ont toujours payé des taxes vicinales, ils ont également payé des taxes relatives à la distribution d’eau au Vieux Pays. Ils ont donc fait preuve d’une certaine solidarité. D’autre part la commune de Tremblay-lès-Gonesse a contracté des emprunts pour la construction des groupes scolaires des lotissements. En conséquence le Conseil rejette le projet d’ériger les lotissements en commune indépendante.

 

L’enquête administrative qui suit laisse paraître des résultats assez contradictoires, une trentaine de pétitionnaires ayant émargé les deux listes adverses, sans doute sous l’influence de pressions contraires. Le commissaire enquêteur conclut en faveur de la séparation, ainsi que le Conseil d’arrondissement. Le Conseil général, l’administration départementale des contributions directes et pour finir le préfet émettent un avis négatif. Une dernière tentative sera faite en mars 41 par l’urbaniste en chef du département, mais elle n’aboutit pas davantage que les précédentes.

conseil syndical est élu en mai 36.  En octobre, le nouveau syndicat déclare que la convention préparée par ses prédécesseurs est pour lui provisoire. Il se réserve le droit de procéder à un examen plus approfondi pour passer un accord définitif, décision qui retarde le redressement financier.

Les dirigeants des associations syndicales.

 

Il nous paraît difficile de limiter notre étude au fonctionnement administratif et technique des associations syndicales, sans nous intéresser à la personnalité de leurs dirigeants. Au Bois Saint-Denis la personnalité la plus forte parmi les directeurs syndics qui se succèdent à la tête de l’association est sans doute celle de Louis Dequet, un politique. Il succède au premier directeur, Maurice Heude, en 1932. Trois Assemblées générales se succèdent. Celle du  7 août, avec 523 présents n’atteint pas le quorum. Celle du 21 août réunit 325 participants, en présence du maire, Maurice Le Guillou. Louis Dequet  tout en déclarant ne vouloir porter aucune atteinte contre le directeur s’élève contre l’augmentation des cotisations syndicales proposée par la commission des finances et conteste la qualité des travaux. Il met en cause le technicien des travaux Monsieur Descoutures.

Les rapports de la commission des routes et de la commission des eaux sont adoptés, le rapport de la commission des finances est rejeté. La fin de la réunion est houleuse. Le directeur syndic ayant donné sa démission, Louis Dequet est  nommé directeur syndic à titre provisoire. L’Assemblée générale extraordinaire du 18 septembre 1932 ratifie cette élection.

Quelques mois plus tard, en décembre, Louis Dequet est élu conseiller municipal à la faveur d’élections partielles. Le premier tour de ces municipales partielles a lieu le 27 novembre 1932, avec trois listes en présence.  Celle du maire Le Guillou dite « d’intérêts généraux », les listes communiste et socialiste. Au 2e tour les communistes obtiennent 354 voix, les socialistes, 258, la liste d’intérêts généraux 119. Les cinq candidats communistes sont élus. Louis Dequet retrouve un siège de conseiller municipal. Il avait exercé un premier mandat entre 1923 et 1939. Il restera directeur syndic jusqu’à l’Assemblée générale du 5 décembre 1937 où il passe le relais à Julien Gaudou qui assumera les fonctions de directeur syndic jusqu’à la dissolution de l’association.

 

 

                         

Louis Dequet, Archives de la SEHT

Louis Dequet est avant tout un militant communiste. C’est un manuel qui s’est formé dans l’action et qui fait passer  ses  préoccupations sociales dans ses responsabilités. Lors de sa dernière Assemblée générale en qualité de syndic, il rappelle dans son rapport moral les luttes en faveur des lotis auxquelles il a participé. Il rappelle qu’il s’est toujours opposé à l’augmentation des taxes syndicales. Il cite la réunion de 153 directeurs syndics à Paris où il avait été décidé de ne pas voter les budgets, ce que le syndicat du Bois Saint-Denis a refusé. Il expose la situation des lotis sans travail et déclare qu’il s’opposera personnellement à la saisie de ceux qui ne peuvent pas payer. Cette combativité du militant se retrouve même dans les questions purement techniques. En décembre 1934, lorsque le syndicat débat du système de distribution d’eau, il  propose de soumettre le projet à l’approbation de Versailles. Mais il ajoute qu’au cas où il y aurait un refus, il faudrait en connaître le motif. Une Assemblée générale serait alors convoquée pour entreprendre la lutte contre cette décision.

L’engagement de Louis Dequet dans la vie associative a contribué à le faire connaître et a favorisé ses succès électoraux, aux côtés du futur maire Gilbert Berger. On peut également affirmer qu’il l’a préparé à l’exercice de responsabilités politiques.  Les fonctions de directeur syndic l’ont amené à rencontrer les autorités préfectorales, à présider des réunions de travail avec des techniciens, à préparer des budgets, à communiquer avec le public.  Sous l’occupation allemande, le lutteur entre dans la Résistance. Arrêté en août 1943 au métro La Motte Piquet, il est torturé et meurt à la prison de la Santé.

Si le profil de Louis Dequet est incontestablement celui d’un politique, celui de son successeur est du type gestionnaire. Il s’abstient dans ses fonctions de toute expression politique. Dans un long entretien qu’il nous avait accordé en novembre 1986 il nous confiait : « dans les Assemblées générales jamais on n’a entendu des questions d’opinion privée. Il y avait des Belges, des Italiens, quelques Portugais, des Français, d’autres nationalités, des gens de confession israélite. Jamais, jamais une allusion n’a été faite. Tout le monde était uni pour faire marcher le lotissement. Le restant, le débat d’opinion cela se passait en dehors.» (29)

(29)  Entretien du 30 novvembre 1986 avec Monsieur Gaudou, ancien directeur syndic de l’association syndicale, ancien directeur de la  Régie communale des eaux, publié dans le n° 11 de la SEHT, année 1987

La personnalité du docteur Gérard, directeur syndic du Vert-Galant, s’exprime dans le bulletin de l’association syndicale du Domaine du Vert-Galant. Comme les administrateurs de l’association du Bois Saint-Denis, il lutte contre les lotisseurs et contre la municipalité, mais son style diffère sensiblement. Il n’appartient pas à la même classe sociale que la plupart des lotis. Dans  un article d’octobre 1931, il raille l’attitude du maire qui n’ose pas aller voir les lotisseurs en blouse. Lui, ne cache pas son origine sociale.

 «Monsieur le Maire sachez que le bourgeois que je suis a, plus souvent que vous, approché de près l’humaine misère, qu’il la connaît mieux et la comprend mieux que vous, qu’il n’a pas pour habitude de l’exploiter et qu’il se révolte quand il voit que, par surcroît, des pilleurs d’épaves s’emploient à l’aggraver.»  (30)

L’ancien leader de la Fédération des petits acquéreurs de terrains du Domaine du Vert-Galant a acquis la confiance des lotis. Elle lui a valu l’attachement de ceux qu’il défend et il refuse de céder à toute forme de pression. Lorsque ceux qu’il combat lui suggèrent que sa popularité risque de souffrir dans les contentieux engagés il s’indigne  « ma popularité ? qu’ils sachent une fois pour toutes  qu’elle m’intéresse fort peu.» (31)

Le docteur se sert de sa plume comme d’une arme. Il le revendique dès les premiers numéros du bulletin de son association : « Ce bulletin prend déjà un ton un peu rude, mais ce sont les événements qui l’exigent. Pour défendre vos droits, il faut un peu plus que quelques lettres très sages et très dociles (...) des abcès sont à ouvrir, nous les avons laissé mûrir, maintenant nous allons les crever, sans retenue. » (32)

(30) Bulletin mensuel de l’association syndicale du Domaine du Vert- Galant, n° 9/10 septembre - octobre 1931.

(31) Bulletin  mensuel déjà cité, n° 3, janvier 1931.

(32)Bulletin  mensuel déjà cité,  n° 2, décembre 1930, article de la  nécessité de ce buleltin.

 

Le docteur Gérard n’est pas la seule plume redoutable  du syndicat. Son adjoint, M. Jouanai, est un technicien. Il exerce la profession de surveillant principal de travaux de la ville de Paris. Il met ses connaissances professionnelles au service des batailles engagées par le syndicat et multiplie les recours écrits. Il s’exprime aussi dans les colonnes du Bulletin  syndical. Le titre de ses articles résume assez bien ses charges ironiques. Citons « le cimetière est-il  enterré ?  et  le cimetière est ressuscité. » (33)

Le tempérament polémiste du docteur Gérard s’exprime contre les lotisseurs, contre le maire, contre le préfet, contre les communistes. En octobre 33, il reconnaît qu’un certain malaise règne dans le lotissement :

« il est dû à l’attitude d’un maire  depuis toujours habitué à la recherche d’eaux qu’il trouble s’il le peut ; et aussi à celle des communistes dont c’est le rôle d’essayer à la faveur des circonstances qu’on leur apporte, de regagner le terrain que, depuis la formation de l’Association, ils avaient perdu.» (34)

Le docteur Gérard n'hésite pas à attaquer nominativement tous ceux qui contestent sa gestion. Il réagit vivement à la réunion du Comité de défense du 26 août 1933, à laquelle devait participer le député Clamamus, maire de Bobigny. Les animateurs de la réunion sont fustigés par le docteur Gérard. " Dequet, directeur syndic du Bois Saint-Denis, syndic dès 1929, démissionna laissant "patauger" ses anciens collègues et reparut au cours de l'Assemblée générale de 1932, évidemment comme le sauveteur, après avoir critiqué "de l'extérieur" les faits qui auraient pu être évités s'il était resté "à l'intérieur". "  

33)Bulletin  mensuel déjà cité, n° 7/8 juin - juillet 1931, page 1 et n° 9/10 septembre octobre 1931

(34) Bulletin  mensuel déjà cité, n° 23/24 septembre - octobre 1933, article Légitime défense

On est frappé à la lecture du bulletin de l'association du Domaine du Vert-Galant par le caractère polémique des articles. Autour du docteur Gérard une équipe trempe sa plume dans le même encrier que celui de son leader. Cette verve contestataire s'exerce contre toute autorité : élus locaux, député, partis politiques, administration préfectorale. Elle finit même par s'exercer contre le docteur Gérard que certains collaborateurs, comme Ledieu, finissent  par lâcher pour rejoindre le camp de ses opposants.

Vie associative et animation locale

les fêtes de la Commune libre

la coopérative des gosses.

Seuls équipements capables d'accueillir un demi millier de personnes, les cinémas ont accueilli, nous l'avons vu, les Assemblées générales des associations syndicales. Ces salles sont donc liées étroitement à l'histoire de nos quartiers, cinéma de la Gare à Villeparisis pour le Bois Saint-Denis, cinéma du Vert-Galant, actuel Jacques Tati, pour le Vert-Galant.  La création de ces équipements est d'initiative privée. Le 13 novembre 1925 le Conseil Municipal donne "avis favorable au projet de construction présenté par M. L. Dominique, 35 rue de Paris à Aulnay-sous-Bois, pour établissement d'une salle de cinéma chemin du Loup, route de la Gare du Vert-Galant à Vaujours. "  Si l'Assemblée municipale ne s'oppose pas, elle prend soin de préciser que la Commune n'envisage " aucune participation à la dépense. "

C'est l'amour de la nature qui a attiré les Parisiens à Tremblay-lès-Gonesse. Ils viennent là parce qu'ils se plaisent dans ce site boisé, accessible par Chemin de fer à partir de la halte du Vert-Galant et de la gare de Villeparisis. Ils viennent à la belle saison et alternent promenades en forêt et baignades dans le canal de l'Ourcq. Ils achètent un terrain pour se libérer des quartiers insalubres de Paris où ils s'entassent. Le divertissement sous toutes ses formes a place dans les lotissements. Les cartes postales nous restituent l'image de fêtes de quartier, témoignages d’une vie locale animée.

 

                   

Fête de la commune Libre, 1927, carte photo, collection SEHT

 

Dans le  quartier du Bois Saint-Denis l'une des sociétés d'épargne à l'origine du lotissement a été créée par des employés de la Poste du Xe arrondissement. Parmi eux se trouvent des facteurs qui desservent les Folies Bergères et le Casino de Paris. Ils profitent des relations qu'ils entretiennent avec ces établissements  pour obtenir la cession gratuite de décors désaffectés. Ils sont utilisés à partir de 1924 pour organiser des Fêtes au café Briant. Ces manifestations appelées " Fête de la Commune libre ", expriment la forte identité du quartier, construite sur le sentiment de solidarité et l'esprit libertaire de ses habitants.

La vie associative ne se limite pas au monde des adultes. Elle touche les enfants à travers l'école comme en témoignent deux articles de Mme et M. André directrice et directeur des écoles du Vert-Galant. Le Bulletin syndical salue la naissance de la coopérative scolaire et   ouvre ses colonnes aux éducateurs. " Nous sommes convaincus qu'ils seront aidés par la majorité des habitants du quartier et que nos chers petits apprendront de cette façon, et dès leur plus jeune âge, à mieux se connaître et à s'aimer davantage. "

Le premier article est  intitulé " Aux parents, Aux Amis de l'école. "

" La Coopération est une force. Ses vertus, d'ordre à la fois pratique et moral, ne sont plus à démontrer. 

Nous inspirant de ces vérités, nous avons fondé la Société Amicale Coopérative Scolaire du Vert-Galant. Elle sera administrée par les élèves eux-mêmes sous notre contrôle.

Cette gestion mettra les enfants en présence des réalités et des difficultés de la vie : ils apprendront le prix des choses ; la nécessité de l'économie s'imposera à leur esprit ; la notion de responsabilité développera leur caractère ; enfin, la valeur sociale du travail, de l'activité leur apparaîtra tout naturellement, puisqu'ils devront  compter sur eux seuls, être les propres artisans de leur prospérité.

Cette prospérité, d'ailleurs, ne sera pas recherchée dans un but égoïste. La devise du Coopérateur est " tous pour un, un pour tous ". Et il n'y a pas d'expression à la fois plus belle, plus simple et plus complète de la Solidarité."

 

                 

M. andré, directeur de l'école du Vert-Galant, actuelle école Jean-Jaurès, année scolaire 1930/1931

Le second article est présenté par le syndic Jouanai sous le titre  " La coopé des gosses."  Mme et M. André remercient le syndicat d'avoir publié leur appel et précisent l'originalité des mouvements  associatifs de jeunes par rapport aux sociétés d'adultes. Ils reconnaissent que nombreuses sont les associations d'adultes qui soutiennent les écoles. " C'est le but de la plupart des Sociétés dites des "Amis de l'Ecole ".

La Coopérative scolaire a une supériorité sur ces Associations : elle fait, en plus, appel au concours des enfants eux-mêmes ; ceux-ci doivent, par leurs travaux, contribuer à la prospérité de leur Société. Ils apprennent  ainsi la valeur de tout effort et la nécessité sociale du travail. Un exemple : au cours d'une fête récente, une recette de 600 francs environ a été réalisée par la vente de travaux d'enfants : programmes décorés et fleurs en papier. N'est-ce pas un résultat intéressant ?

Cette action coopérative doit avoir pour but d'améliorer les conditions du travail scolaire en vue de faire aimer l'école, de créer, entre les jeunes coopérateurs des sentiments de solidarité et de fraternité, de leur faire vivre, en un mot, la belle devise de leur société " tous pour un, un pour tous.”

 

CONCLUSION

 

Au terme de notre étude nous relevons que l'action conduite par les mal-lotis au cours des années 20 a abouti a l'inscription dans la loi de règles qui ont apporté la maitrise du développement urbain. Les dispositions arrêtées par Albert Sarraut dans la loi sur la réhabilitation des lotissements défectueux du 15 mars 1928 ont permis d'aménager les lotissements, en s'appuyant sur la mobilisation citoyenne des habitants des nouveaux quartiers. Les animateurs des associations syndicales créées à Tremblay en 1928 ont droit au respect et à la reconnaissance des habitants de notre ville. Ils leur doivent des quartiers pavillonnaires où il fait bon vivre dans des cités jardins a la personnalité forte : le Bois Saint-Denis, les Cottages, le Vert-Galant.

Ils nous ont laissé bien davantage qu’un patrimoine urbain, ils nous ont légué une culture associative qui reste au cœur de l'identité locale. Pour leur rendre hommage nous emprunterons la dernière phrase de notre article à l'un de ces pionniers, Lucien Gaudou, ancien directeur syndic de l'association syndicale du Bois Saint-Denis. Lorsqu'il nous a confié les registres du syndicat, il les a accompagnés du commentaire suivant :

« Ces deux registres relatent les efforts de gens unis dans un seul but, créer dans un bois une petite ville où il ferait bon vivre. Beaucoup de ceux dont les noms figurent ici ont disparu mais ils ont été les pionniers. Si quelque curieux, lisant ces livres, y trouve le nom d’un parent ou d’un ami, qu’il pense à ceux qui ont œuvré pour laisser quelque chose de tangible. »

 

Bibliographie :

 

- Archives départementales, dévolution de l’ancienne Seine-et-Oise, 1886 W

- De l’âge rural à l’âge urbain, Tremblay-lès-Gonesse 1923-1925, Hervé REVEL, bulletin n° 8 de la SEHT, juin 1983.

- De l’âge rural à l’âge urbain, Tremblay-lès-Gonesse 1923-1925, Hervé et France REVEL, préface de Georges Prudhomme. SEHT, 1984. Recueil de reproductions de cartes postales.

- Pierre LHANDE, Le Christ dans la banlieue, le Dieu qui bouge, Plon, 1930.

- Charles COLIN, Silhouettes de lotissements, Bloud et Gay, 1931.

- Registres des délibérations des syndics de l’association syndicale autorisée du Bois Saint-Denis, Archives déposées de la SEHT

- Registres des délibérations des assemblées générales  de l’association syndicale autorisée du Bois Saint-Denis, Archives déposées de la SEHT

- Bulletins mensuels de l’association syndicale autorisée du Domaine du Vert-Galant, collection complète des numéros parus d’octobre 1930 à octobre 1933, archives de la SEHT

- Souvenirs : les débuts d’une jeune institutrice dans les années 30 et 31, par Georgette GUSTIN, bulletin n° 8 de la SEHT, juin 1983

- Souvenirs : un enfant des lotissements de 1924 à 1932, par Albert BRIANT, bulletin n° 8 de la SEHT, juin 1983.

- Souvenirs : Tremblay-lès-Gonesse il y a un demi siècle, par Raymond BALDAYROU, bulletin   n° 2 de la SEHT, 1er semestre 1977.

- Mon enfance et adolescence dans le lotissement du Bois Saint-Denis, par léonce Cuvelette, bulletin n° 37 de la SEHT, 2013



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