du Moyen-âge à la Révolution : évolution du patrimoine foncier dans lequel s'inscrivent les fermes de Tremblay

DU MOYEN-ÂGE À LA RÉVOLUTION

ÉVOLUTION DUPATRIMOINE FONCIER

DANS LEQUEL S’INSCRIVENT LES ANCIENNES FERMES DE TREMBLAY

 

Avec 2244 hectares, Tremblay est la commune la plus étendue du département de Seine-Saint-Denis. Dans l’ancien département de  Seine-et-Oise, seule la ville royale, Versailles, dépassait sa superficie.

Cette situation est le fruit d’une longue histoire, le patrimoine foncier de Versailles doit son ampleur à la présence du roi, celui de Tremblay à son appartenance à l’abbaye de Saint Denis. Dans un titre de 862, Tremblay est déjà cité au nombre des terres appartenant à cette abbaye. Au Moyen-âge l’abbé de Saint-Denis est l’un des prélats les plus éminents du royaume de France. Les possessions de l’abbaye, considérables dans le royaume, s’étendaient jusqu’en Allemagne, Espagne, Angleterre, au pays Messin, en Brabant, en Flandre, en Hainaut, etc. Tremblay a joui d’une attention particulière des abbés, en témoignent les écrits de Suger dans lesquels Tremblay occupe un chapitre des plus intéressants dans Gesta Sugerii abbatis de Suger (Oeuvres, t. I, p. 60-62).

 

Sur la carte, le territoire communal dessine aujourd’hui une sorte de champignon dont le vaste chapeau, constitué de riches terres à blé, appartient à la plaine de France, tandis que le pied, qui plonge vers le sud, est un espace boisé, appartenant géographiquement à l’ancienne forêt de Bondy. Cette partie n’entre dans la seigneurie de l’abbaye qu’en 1204, avec la donation de Gaucher de Chatillon, qui porte sur le gruerie de tous les bois du lieu. Aujourd’hui, un tiers de l’espace communal est occupé par l’aéroport Charles de Gaulle, un autre par la ville actuelle, le troisième restant en devenir.

 

Évolution du patrimoine Foncier de l’abbaye de Saint-Denis au XVIIe siècle

Pendant les Guerres de religion et pendant la Fronde, l’abbaye de Saint-Denis fut, tour à tour, aux mains du parti dominant. L’autorité de l’abbé sortit diminuée de cette période troublée. En 1668, un différend opposa les religieux à leur abbé, Jean-François Paul de Gondy, cardinal de Retz. Rentré d’exil à la mort de Mazarin, celui-ci, pour obtenir le pardon du roi, avait démissionné de l’archevêché de Paris en 1662 et obtenu en échange l’abbaye de Saint-Denis. Dés lors qu’un conflit éclatait entre les religieux et celui qui s’était montré un dangereux opposant pendant la Fronde, en raison de ses nombreuses intrigues et participations à des complots qui avaient conduit Louis XIV à le faire arrêter au Louvre en décembre 1652 et emprisonner au château de Vincennes, il était clair que les religieux seraient soutenus contre leur abbé.

L’intervention du Conseil d’Etat fut invoquée de part et d’autre. Deux transactions conclues en1668 et 1672 réglèrent les droits de chacun ; elles furent homologuées aux registres du Grand Conseil lie 12 juillet 1675. I1 fut procédé au partage des biens, des droits et des domaines de l’abbaye en trois lots. Le premier, qui fut choisi par l’abbé, forma la mense abbatiale. Les religieux, qui furent appelés à formuler leur choix après lui, assignèrent le second lot à la réparation et à l’entretien de la basilique, de l’abbaye et des fermes de son rayon, ce fut la mense distraite. Ils s’adjugèrent ensuite le troisième lot, ce fut la mense conventuelle.

 

LA MENSE ABBATIALE

Elle comprenait la ferme de Conac et surtout la ferme de Mortières  consistant en plusieurs corps de logis, granges, étables, bergeries, autres bâtiments, cours, jardins et prés à l’entour de la ferme, avec 450 arpents de terres labourables exempts de cens, rentes, dîmes et champarts un moulin à vent appelé moulin d l’Orme, consistant en une tour de pierre dans laquelle est le dit moulin, avec une maison proche d’icelui. (Félicie d’Ayzac, Histoirc de l’abbaye de Saint-Denis, p. 453 et suivantes.)

 

LA MENSE CONVENTUELLE

Assignée à l’entretien des religieux, elle comprenait la châtellenie, terre et seigneurie du Tremblay, Monart et Monroy,

« consistant en haute, moyenne et basse justice, greffe, tabellionnage, cens, rentes, consistant en argent, en poules, en chapons, avenages (1) et autres graines, lods (2), ventes, dimes (3) ct champarts (4) ; château et maison seigneuriale contenant plusieurs corps d’hôtel, granges, bergeries, écuries, colombier, grande basse-cour, jardin et clos; prés, terres labourables et autres droits, domaines et revenus des dites seigneuries provenant tant de l’ancien domaine de l’abbaye de Saint-Denis que des échanges et acquisitions faites des sieurs de Bermont, fors et à la réserve toutefois des fermes de Conac; de Mortières et du moulin à  vent du Tremblay énoncés au lot précédent » (Félicie d’Ayzac, ouvrage cité, pp. 469-70.)

 

«  Les droits et profits des fiefs de la Queue, Millebaillet et Gentien, de Pecquigny ou des Tournelles, de Sept-Arpents, de Villeneuve-Saint-Germain sis au dit Tremblay. La ferme des Charités, sise au Tremblay, consistant en maison, cour, jardin, granges, étables et clos contenant huit arpents de bois autour du dit Tremblay, avec tous droits de gruerie, de haute, moyenne et basse justice et autres droits en dépendant. »

Depuis le Moyen Age, la puissance des abbés de Saint-Denis leur avait permis de garder Tremblay dans la mouvance de l’abbaye, le partage de 1673 allait diminuer leur emprise sur le fief. A la mort du cardinal de Retz, Louis XIV reporta la mense abbatiale de Saint-Denis sur celle de la maison de Saint-Cyr. I1 prolongea même, ensuite, la suppression du titre et de la dignité de l’abbé, mesures que le pape Innocent XII confirmait dans une bulle du 23 février 1691.

 

Sécularisation de la mense conventuelle.

Jusqu’à la Révolution, les religieux de Saint-Denis exercèrent leur suzeraineté sur différents fiefs, notamment les fiefs de la Queue, des Tournelles, de Villeneuve et Saint-Germain.

La ferme la plus importance de la mense conventuelle est la ferme du château. Le registre des délibérations de l’Assemblée municipale, en 1790 la décrit  ainsi :

 « La ferme dite le château de Tremblay, consistant en un grand corps de ferme contenant plusieurs bâtiments et lieux, grande tour et jardin, avec la quantité de quatre cent cinquante-deux arpents de terre labourable ou environ, une saulaie en bosquet dite la remise du Bateau et contenant quatre arpents ou environ, et tous les champarts sur environ deux cent quatre-vingt sept arpents dans la paroisse du dit Tremblay. »

Louée à Louis Courtier, elle est alors estimée à la somme de deux cent mille livres.

(Registre des délibérations de l’Assemblée municipale, 16 août 1790, p. 160.)

 

La mense abbatiale.

Les religieuses de Saint-Cyr conservèrent la mense abbatiale jusqu’à la Révolution. En 1789, elles affermaient la ferme de Mortières avec ses 480 arpents de terres labourables, pour neuf ans, au sieur Billouard. Le 15 février 1791, elle fut mise à prix 300.000 livres par Thiébaut et adjugée 470.000 à Claude de Berly, au profit d’Antoine Laurent Lavoisier de l’Académie des Sciences, demeurant à Paris, à l’Arsenal. Ainsi, grâce aux capitaux qu’il avait amassés en tant que fermier général (14), le célèbre savant devint-il propriétaire de l’une des plus belles terres de l’ancienne mense abbatiale des abbés de Saint-Denis. Il habita Mortières comme l’atteste une lettre écrite au district de Gonesse, au sujet d’un différend qui l’opposa en 1792 à des manouvriers et charretiers qui exigeaient la taxation du blé et l’augmentation des salaires dans les paroisses de Tremblay et Roissy. Après sa fin tragique, le 8 germinal an III (1795), sa veuve demanda et obtint la levée sous séquestre de Mortières.

 

Le moulin de l’Orme et la ferme de Conac furent également mis en vente au titre des biens

Nationaux. La ferme de Conac figure dans la liste des biens nationaux recensés, à la suite de la ferme de Mortières : « Quatrièmement. La ferme de Conac appartenant a Mesdames de Saint-Cyr, affermée à Madame Vve Hanoteau, consistant en un grand corps de ferme contenant plusieurs bâtiments et lieux, grande cour et jardin potager et verger contenant environ neuf arpents, avec la quantité de trois cent trente arpents ou environ de terres labourables. Estimée la somme de cent cinquante mille livres. » (Registre des délibérations de l’Assemblée municipale, 16 août 1790, p. 161.)

 

(1) Redevance en avoine fournie au seigneur.

(2) Redevance qu’un seigneur a le droit de prendre sur un héritage.

(3) Fraction variable de la récolte prélevée par le clergé à titre d’impôt.

(4) Droit féodal qu’avait le seigneur de prélever une partie de la récolte de son tenancier.

 

Remarrquons que les terres dont le propriétaire n'est pas connu, terres en déshérence, sont gérées par le seigneur du lieu dont elles abondent de fait le patrimoine foncier.

 

 

Bibliographie

H. REVEL Evolution des patrimoines fonciers à Tremblay-en-France, de l'Ancien Régime à la Révolution, bulletin n° 14 de la SEHT, 1990. Pages 2 à 84.

© SEHT

 

 

 



Réagir


CAPTCHA