La ferme du Tremblay

 

LA FERME DU TREMBLAY

Dernier espace rural de la plaine de France, en Seine-Saint-Denis, le vieux village de Tremblay possède encore quelques fermes remarquables, par leur étendue et leur histoire. La plus conséquente est la ferme exploitée par le G.E.F.A (Groupement d’Exploitation Familiale Agricole) qui réunit les fermes acquises par M. Fontaine en 1859 et 1867.

 

 

La vente de 1867 porte sur l'ancienne ferme du Tremblay.

 

Les vendeurs

 

En 1867, la ferme du Tremblay appartient à Louis, Félix, Étienne marquis Turgot, né en 1796 de Anne, Louise LetrÉsor, et de Anne, Étienne, Michel Turgot, frère de la comtesse de Coubert.  Il a hérité cette propriété de sa tante, comtesse de Coubert.

                                   

                                   Marquis Louis,  Félix  Etienne Turgot, BN cabinet des estampes N2 D 273409

 

Le marquis Turgot commence une carrière d’officier, en 1814. Il  est lieutenant dans les chevaux légers de la garde du roi et accompagne Louis XVIII à Gand, d’où les royalistes ramèneront triomphalement le monarque, après les Cent jours, au cri amusé de nous ramenons notre Père de Gand !

 

Officier légitimiste des cuirassiers de la Garde royale, il démissionne, le 26 juillet 1830, et quitte l’armée lors des journées révolutionnaires qui chassent Charles X de son trône. Rallié ensuite à Louis-Philippe, il bénéficiera de la protection du comte de Lobau, commandant supérieur de la Garde nationale de Paris qui obtient sa réintégration comme officier d’ordonnance, attaché à son état-major. Le 17 octobre 1831, alors qu’il est en service commandé, il est victime d’une chute de cheval. Elle se solde par une fracture du fémur qui l’handicapera pour le restant de ses jours. Suite à cette blessure, il sera admis à la retraite pour invalidité. (1)

1 - S.H.A.T Vincennes, 3YF, dossier n° 55399

 

En 1832, il entre à la Chambre des pairs, où il siège avec la droite, dont il soutient la politique conservatrice.

 

Après l'élection présidentielle de 1848, il devient un fervent partisan de Louis-NapolÉon. Le 26 octobre 1851, il est nommé ministre des Affaires Étrangères, dans le cabinet où figurent Saint-Arnaud et Maupas, chargés de préparer le coup d'État. Sans doute doit-il cette surprenante promotion à son nom, autant qu'à sa position mondaine. Bien qu'il ne soit pas tenu, semble-t-il, dans la confidence du coup d'État, il soutient totalement, en homme d'ordre, le nouveau régime qu'il est chargé de faire admettre par les chancelleries européennes. Le 28 juillet 1852, il est remplacé aux Affaires étrangères par Drouyn de Lhuys et nommé sénateur.

 

En avril 1853, il obtient le poste d'ambassadeur à Madrid. Au cours de sa mission, un duel l'oppose à son homologue américain, qui le blesse gravement. Rétabli, il est nommé ambassadeur à Berne, en août 1858, poste qu’il occupera jusqu'à sa mort. (2)

2 - Cf. Yves Bruley Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard.

 

La ferme du Tremblay appartient depuis deux siècles à la famille Turgot. L’acte précise qu’elle est mise en vente après le décès, le 22 octobre 1866 à Versailles, de « Louis, Félix, Étienne, marquis Turgot, ancien ministre des Affaires Étrangères, ancien ambassadeur de France auprès la République helvétique, sénateur, grand-croix de l’ordre impérial de la Légion d’Honneur. » Pour apurer la succession, la vente est effectuée à la demande de sa veuve, Louise, Napoléon, Mouton de Lobau, de sa fille Marie, Félicité, Stéphanie Turgot, épouse de  Jean Joseph Gustave Dubois de l’Estang, conseiller référendaire de première classe à la Cour des comptes, de son fils  Jacques, Georges, Louis marquis Turgot. (3)

3 - Acte de vente du 12 mars 1867.

 

La ferme mise en vente comprend bâtiments d’habitation et d’exploitation, composés d’une résidence pour le fermier, grande cour, colombier peuplé de pigeons, granges, écuries, vacheries, bergeries, toit à porcs, poulailler, jardin clos de murs et planté d’arbres. La propriété  possède un deuxième  jardin situé également rue aux Joncs, planté d’arbres, le long de la haie de clôture, contenant environ 31 ares 65 centiares. La superficie des terres labourables est de  105 hectares, 17 ares, 59 centiares, situés pour la plus grande partie sur la commune de Tremblay, et pour le complément sur les communes de Villepinte, Aulnay, Roissy, Mesnil-Amelot, Mauregard et Mitry-Mory. Cette dispersion des terres résulte d’une série d’acquisitions foncières effectuées par la famille Turgot aux XVIIème et XVIIIème siècles, dont on peut suivre le détail sur le registre des ensaisinements de l’Abbaye de Saint-Denis. (4) 

4 - Archives nationales S 2517 l’ensaisinement est la mise en possession d’un bien. Cet acte juridique, effectué par le seigneur, donne lieu à la perception d’un droit.

                                                   

                                                                      Acte de vente du 12 mars 1867

 

 

Deux siècles d’acquisitions foncières à l’origine de la ferme du Tremblay

 

La première acquisition à l’origine de la ferme intervient en 1661. Elle est faite par Pierre Martineau  et dame Françoise de Bordeaux son épouse, grands-parents de Françoise Martineau future épouse de Michel Étienne Turgot. Ils ont acquis, à titre d’échange, des créanciers et syndics de Pierre Verton, Contrôleur général de la Grande Chancellerie de France, suivant contrat passé devant Me Mons le Jeune, notaire à Paris, le 30 juin 1661, une maison et ferme à Tremblay.  Elles consistent en plusieurs bâtiments, tant pour le maître que pour le fermier, cour, grange, écurie, jardin tenant aux fermes et maison. La vente comprend un autre jardin appelé le Vivier, un moulin à eau appelé le Moulin Maheu et des terres labourables et prés, en plusieurs pièces, sises aux terroirs de Tremblay, Villepinte, Le Mesnil-Amelot et environs. Par contrat passé devant Me Duval, notaire à Paris, le 8 novembre 1669, les Martineau ont acquis du cardinal de Retz, alors abbé de Saint-Denis, une pièce de terre à prendre dans une plus grande quantité de terre, dont était composé le clos de la ferme de Conac.

Michel Étienne Turgot poursuit au terroir de Tremblay les acquisitions foncières commencées par sa belle-famille. La première d’entre elles a lieu le 14 mars 1736. Elle concerne tous les héritages contenus en la déclaration  passée au dernier terrier par  Eustache Pierre et consorts.

La deuxième opération foncière de Michel Étienne Turgot sera plus conséquente. Il acquiert avec son épouse, par contrat passé devant Me Laidegaire, notaire à Paris, le 10 octobre 1743, le tiers d’une ferme de Tremblay,  appartenant à Angélique Huillier de la Chapelle, fille majeure. Le 12 octobre 1743, lui et son épouse dame Madeleine Françoise Martineau, sont ensaisinés et mis en possession de ce bien. Il consiste en bâtiment couvert de tuiles, cour, jardin planté d’arbres fruitiers, le tout contenant tant en bâtiment et cour qu’en jardin 2 arpents 67 perches environ, plus 58 arpents 45 perches de terre en plusieurs pièces, au nombre de 70.

 

Certaines acquisitions concernent de modestes superficies. Le 10 août 1743 Michel Étienne Turgot est inféodé de 7 quartiers de prés au terroir de Villepinte. Peut-être la raison de cette acquisition tient-elle au fait que ce bien, vendu par Jeanne Gabrielle Bignon, fait fief.

Après le décès de son époux, Madeleine Françoise Martineau poursuit les acquisitions sur le terroir  de Tremblay. Le 3 août 1756, elle est ensaisinée de 33 arpents 43 perches et demie de terre en 33 pièces situées  au terroir de Tremblay

Le 15 octobre 1757, elle acquiert 27 pièces de terres sises au terroir de Villepinte. Le 23 juin 1760, le tiers au total de 12 arpents et du tiers dans les deux autres tiers de 12 arpents 78 perches, sises au terroir de Tremblay vendues par dame Angélique Charlotte de Bullion, moyennant la somme de 70 000 livres. (5)

5 - Archives nationales S 2517 2

La multiplicité des achats a pour conséquence l’éparpillement des pièces de terre sur le terroir de Tremblay et des paroisses limitrophes. La veuve Turgot est consciente du handicap que représente cette dispersion pour l’exploitation du domaine. Aussi consent-elle à des échanges de lots. Le 20 février 1764, elle est ensaisinée et mise en possession d’un tiers d’arpent  sis au terroir de Tremblay au lieu-dit la Louche Chaperon, derrière le Petit-Tremblay, acquis contre échange d’un quartier de terre sis au lieu-dit les Plâtrières, près de la Fontaine à Godet.

En 1765, après le partage de la succession de Madeleine Françoise Martineau, sa mère, veuve de Michel Étienne Turgot, Anne Robert Turgot sera propriétaire de la ferme du Tremblay, en indivision avec son frère Étienne François Turgot et sa sœur, duchesse de Saint Aignan.

 

En 1784, Étienne François Turgot deviendra seul propriétaire de la ferme du Tremblay après le décès d’Anne Robert, survenu en 1781, et celui de sa sœur, la duchesse de Saint-Aignan, en 1784. Notons que celle-ci avait poursuivi les acquisitions foncières de la famille, en achetant 30 pièces de terre  situées au terroir de Villepinte et environs suivant contrat passé devant Me Arnaud, notaire à Paris, le 4 octobre 1774. À des degrés divers, tous les Turgot ont mené des opérations foncières à Tremblay. La duchesse de Saint-Aignan a fait entrer dans le patrimoine de la famille un des fleurons de leurs propriétés tremblaysiennes, le fief de Tournelles ou Château Bleu. Il s’agit de l’ancien hôtel seigneurial des abbés de Saint-Denis, vendu en 1666 par le cardinal de Retz, le dernier des abbés de Saint-Denis, Louis XIV ayant supprimé ce titre à la mort du prélat et affecté les revenus de la mense abbatiale aux Dames de Saint-Cyr. (6)

 6 -Archives Nationale S 2328

 

En 1666, le cardinal de Retz vend l’hôtel seigneurial des Tournelles à Mme Charlotte d’Ailly, duchesse de Péquiny et de Chaulmes, dame de Magny. Le contrat de vente nous apprend que, dans ses transactions, “ le cardinal n'avait pour objectif que d'étendre sa suzeraineté à l’ensemble de la paroisse. Il n'avait jamais souhaité conserver le château des Tournelles comme lui étant inutile à cause qu'il a plusieurs maisons et fermes dans le village dudit Tremblay. ” De plus, précise le document, l'édifice est sujet “ à quantité de réparations ” et l'abbé souhaite utiliser le produit de la vente de ce château pour solder les différents échanges et acquisitions auxquels il vient de procéder. (7) 

7 - Archives nationales LL 1222. L’acte capitulaire du 29 mars 1666 valide les ventes et échanges proposés par le cardinal de Retz, abbé de Saint-Denis, pour récupérer les terres que les frères de Bermont possèdent à Tremblay, dans le but d’y rétablir la seigneurie complète de l’abbaye.

 

Propriétaire du fief, la duchesse de Péquiny remet l’hôtel seigneurial en état et étend considérablement la superficie du parc, qu’elle porte à près de 11 hectares. Le fief des Tournelles ou Château Bleu appartient en 1701 à Louis L’Huillier, écuyer, seigneur de la Chapelle, un des cent gentilshommes de la Garde du roi. Le 10 juillet  1727, il passe à Henri Viart, seigneur des Tournelles et autres lieux, capitaine de 100 hommes d’armes au régiment  royal d’artillerie. Le 21 novembre 1738, le château  appartient à messire Nicolas François Le Brest, lieutenant des chasses en la capitainerie royale de Livry. Lorsque la duchesse de Saint-Aignan en fait à son tour l’acquisition, elle fait entrer dans la famille Turgot une demeure de prestige qui sera le refuge de sa belle-sœur Marguerite Capon, comtesse Turgot et sa famille, pendant la période révolutionnaire. (8)

8 -Le Château Bleu, ancien fief d es Tournelles, bulletin n° 3 de la SEHT, 2ème semestre, 1977.

 

Les travaux entrepris à Tremblay par la duchesse de Saint-Aignan

 

Françoise, Hélène, Étiennette Turgot est la dernière née des enfants de Michel Étienne Turgot. Le 9 septembre 1757, elle épouse Paul, Hippolyte de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, de 45 ans son aîné.  Cette alliance avec un pair de France, chevalier des Ordres, gouverneur et lieutenant général du Hâvre de Grâce et pays en dépendant consolide sa position sociale et la place dans le premier cercle des dignitaires de la cour. Le couple n’aura pas de descendance et le patrimoine personnel de la duchesse reviendra à son frère Étienne, François. Plusieurs mémorialistes nous ont laissé des portraits de la duchesse, notamment Mme de CrÉquy qui évoque son humeur moqueuse :

« C'était la Duchesse de Saint-Aignan (Françoise Turgot), qui l'avait surnommé Clair-de-lune à cause de sa figure qui était d'une pâleur extrême et pourtant brillante, et c'était aussi pour le distinguer des autres Jaucourt ; ainsi, ne croyez pas à une histoire de revenant qu'il avait forgée pour y attacher l'origine de ce même surnom. Tout le monde prenait la liberté de s'en servir en l'adoptant à pleine approbation, tant il était bien applicable à ce beau Marquis, et voilà le danger des sobriquets. Mme de St-Aignan en affublait tout son monde ; elle appelait le Comte de Chabrillan, le gros chat, et Mme de la TrÉmoille, la très molle, surnoms d'assez mauvais goût, comme vous voyez ? Je vous conseille de n'en donner à personne et de ne jamais souffrir qu'on vous en applique. » (9)

9 - Souvenirs de Mme de Créquy, Tome VI, Chap. VI:

 

Un différent survenu entre les Religieux de Saint-Denis et la duchesse confirme l’intérêt porté par Mme de Saint-Aignan au domaine de Tremblay. Si elle réside habituellement dans son hôtel parisien, elle finance d’importants travaux à Tremblay. Ceux-ci susciteront un conflit de voisinage, nous apprend un mémoire rédigé par les Religieux. Nous citons intégralement ce document qui montre les conflits de pouvoir entre les administrations seigneuriale et royale, les hautes protections dont jouit la duchesse, la position privilégiée de ses biens dans le village, et les rapports déférents entretenus avec elle par le seigneur du lieu. (10)

10 - Archives Nationale S 2328.

 

 « Les Religieux de l’abbaye de Saint-Denis-en-France sont seigneur haut et moyen et bas justiciers directs, censiers et voyers de la terre et seigneurie du Grand et Petit Tremblay-en-France, située entre les chemins de Soissons et Meaux. Madame la duchesse de Saint-Aignan possède dans cette terre de Tremblay plusieurs domaines qui relèvent en fief des dits Religieux de Saint-Denis. Elle possède entre autres un château accompagné d’un clos assez considérable. Ce clos est entouré de murs dont une partie forme un côté de la rue qui va du Petit-Tremblay au Grand-Tremblay. Cette dame fait actuellement construire un bâtiment qui excède de 9 pieds, au-delà de son mur, dans la partie qui va du Petit-Tremblay au Grand-Tremblay. Plusieurs habitants, choqués d’une anticipation aussi considérable, sont venus avertir les Religieux de Saint-Denis. Deux d’entre eux se sont transportés sur les lieux et ont trouvé que l’anticipation au-delà du mur de la dite dame et sur la voie publique était effectivement de 9 pieds, ce qui fait une hache assez désagréable et rétrécit le chemin précisément dans le tournant qui communique du Petit-Tremblay au Grand-Tremblay.

Les susdits Religieux ayant demandé aux ouvriers qui construisent le susdit bâtiment s’ils avaient vu quelqu’un qui eût donné l’alignement, les ouvriers ont répondu que c’était Monsieur le Président HÉrault qui avait donné l’alignement, mais qu’il ne s’était point transporté sur les lieux, qu’il avait agi sur le dire d’un valet de Madame la duchesse de Saint-Aignan et sur un plan qu’il avait apporté.

Les Religieux qui ont un intérêt réel à ne point laisser empiéter sur leurs droits, croient qu’ils ne peuvent, ni ne doivent, souffrir cette anticipation. Quelque respect et quelque attention qu’ils aient  pour Madame la duchesse de Saint-Aignan, ils ne peuvent ne point s’opposer à l’alignement donné par Monsieur le Monsieur le Président HÉrault

1° parce que mon dit sieur président qui est commissaire du Conseil pour les Ponts et Chaussées, ne peut l’être que pour les routes royales,

2° parce que le pavé qui est dans Tremblay n’étant pas une route royale, c’est au seigneur haut justicier et voyer à donner les alignements,

3° parce que si les Religieux de Saint-Denis souffraient une pareille entreprise de la part de la Chambre du domaine, ils perdraient une partie utile des droits utiles de leur seigneurie, puisque chaque particulier, en prenant la même voie que Madame la duchesse de Saint-Aignan, augmentera insensiblement la quantité de ses héritages ou de son domaine, sans que le seigneur puisse savoir par quel moyen une telle maison ou un tel clos a maintenant plus de contenance qu’il n’en avait par le passé. On sait que tous les propriétaires doivent donner des déclarations de leur propriété au seigneur  direct. Ces déclarations ou aveux doivent contenir la véritable quantité, jusqu’à la perche, avec les tenants et les aboutissants, tout le surplus appartenant au seigneur direct, surtout quand il est en même temps haut-justicier. »

 

L’insertion des Turgot dans la communauté villageoise de Tremblay

 

Plusieurs faits démontrent une bonne insertion des Turgot dans la communauté villageoise. En 1764, les Dames de Saint-Cyr sont imposées de 435 livres, au titre de la contribution levée sur tous les habitants de la paroisse pour la réparation du presbytère. Elles sont taxées au titre des fermes de Conac et de Mortières et des dîmes qu’elles perçoivent. Afin d’obtenir une minoration de leur charge, elles produisent un mémoire et obtiennent une réduction de 61 livres 8 sols, qui majore d’autant la part des autres assujettis de la paroisse. La communauté villageoise produit à son tour un mémoire contestant l’argumentation des Dames de Saint-Cyr. En août 1764, Madame Turgot intervient en faveur des habitants. (11) Sa démarche ne sera pas couronnée de succès, mais elle atteste la libéralité de la famille Turgot et l’intérêt qu’elle porte aux affaires du village.

11 - AD Yvelines D 900

Cette affaire laisse une trace profonde dans la mémoire locale. Elle ressurgira 25 ans plus tard lors de la rédaction du cahier de doléances de la paroisse. L’article 8 du document, en écho à cette affaire, demande : « qu’il soit prélevé sur tous les biens ecclésiastiques une somme suffisante pour les réparations et reconstruction des églises paroissiales et des presbytères (..) »

Si l’arrivée de la famille à Tremblay remonte à Michel, Etienne Turgot, celui-ci n’a pas limité ses ambitions foncières au Pays de France. Il avait également acquis la plupart des terres de la vallée de l’Eaulne : Saint Germain sur Eaulne, Vatierville, Lucy, Sainte Beuve-en-Rivière, Epinay et Sausseuzemare. Elles seront vendues en  1774, par sa fille Françoise, Hélène, Étiennette au fermier général Gigault de Crisenoy. En revanche, comme nous l’avons vu, la duchesse de SaintAignan consolide les positions foncières de la famille à Tremblay.

Pendant la période révolutionnaire Marguerite Capon, comtesse Turgot, réside à Tremblay avec ses proches. Personne ne sera inquiété, à aucun moment, ce qui prouve que la famille vit en assez bonne harmonie avec les habitants. Pourtant l’un des enfants Antoine, Étienne, Marie Turgot, né à Paris le 24 décembre 1766, lieutenant en 1789, a émigré en 1792. Il a fait campagne dans l’armée des princes en 1792, en qualité de lieutenant dans les hommes d’armes. Il a servi en 1795 à Quiberon et à l’Île d’Yeux, dans le corps noble d’émigrés au service de l’Angleterre, sous les ordres du Comte Williamson. Il obtiendra son intégration dans l’armée à la Restauration et fera une carrière très médiocre de commandant de place au fort royal de Cherbourg, puis à l’Île d’Oléron. (12)

12 - S.H.A.T Vincennes, 2YE

La plupart des membres de la famille Turgot acceptent les leçons de l’histoire. Ils occupent des responsabilités locales, dans tous les régimes post-révolutionnaires. Le comte de Coubert, beau-fils des Turgot, est nommé maire du village sous l’Empire. (13) Il continue l’exercice de  cette charge à la Restauration, puis sous la monarchie de Juillet.

13 - Descendant de Samuel Bernard,  comte de Coubert, le célèbre financier français né à Sancerre en 1651 et mort le 18 janvier 1739. Créateur de  la Compagnie française de Guinée le  « plus fameux et le plus riche banquier de l’Europe » selon Saint-Simon.  Il prêta des fonds importants au royaume sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Le Roi soleil, à bout de ressources, dut notamment avoir recours à lui, en 1708  pour financer la Guerre de Succession d'Espagne.

 

En 1817, le Château Bleu est vendu à un boutiquier parisien, le sieur Roulle, qui entreprend la démolition de l’antique demeure, exploitée comme carrière de matériaux. Contrairement aux Turgot, il ne tardera pas à entrer en conflit avec le Conseil municipal. Cette affaire nous éclaire sur les bonnes relations des anciens propriétaires avec les habitants et, a contrario, sur la personnalité du nouveau maître des lieux. Les archives nous révèlent un propriétaire jaloux de ses droits et âpre au gain. Il dépose, en 1819, une réclamation auprès du tribunal de Gonesse. Suite à cette requête, le sous-préfet de Pontoise écrit au Conseil municipal, le 1er septembre 1819. Le maire a fait procéder à l'élagage de certains arbres dont le sieur Roulle se considère propriétaire...

 

Une déclaration de François PrÉvost, ancien syndic, consignée dans le procès-verbal de la réunion du 12 septembre 1819 de l’Assemblée municipale, évoque avec nostalgie le désintéressement de l’ancienne propriétaire.

“ Il y a environ quinze ans, précise le document, le sieur PrÉvost se trouvait chez la dame Turgot  alors propriétaire de ce château, cette dame lui avait demandé s'il ne s'opposait pas à ce qu'elle fit planter quelques arbres sur ce terrain que réclame le sieur Roulle, parce que comme elle y passait souvent, elle serait bien aise de se procurer de l'ombrage, qu'elle ne prétendait rien à la propriété du terrain, et que les arbres seraient pour la commune. Le sieur PrÉvost lui avait répondu qu'il ne s'opposerait jamais à ce qu'elle fit du bien à la commune, et les arbres furent plantés, par les agents de la dame Turgot, que la dame comte de Coubert, fille de Mme Turgot, qui était alors avec sa mère, peut témoigner de ce fait ”. (14)   

14 - Registre des délibérations du Conseil municipal de Tremblay, séance du 12 septembre 1819.

 

A l'unanimité le Conseil municipal estime qu'il n'a pas à délibérer sur la réclamation du sieur Roulle, et demande l’autorisation de plaider contre lui. Le 21 novembre, le Conseil est réuni, sur convocation faite par M. Duvivier, membre du Conseil de l'arrondissement, autorisé à cet effet par le sous-préfet qui le nomme commissaire spécial, afin de procéder à l’examen de cette contestation. Le sieur Roulle a intenté une action judiciaire contre la commune. Le 19 mars 1819, le tribunal de Gonesse renvoie l'affaire devant l’autorité administrative. A l’appui de sa revendication, le nouveau propriétaire du Château Bleu a produit 12 titres de propriété. Le commissaire spécial, dépassant le cadre de l’acte de vente du 3 octobre 1817, remonte jusqu'à l’acte du 1er avril 1666. Au terme  de son analyse, Il conclut que les arbres sur la  berge, du côté de la place vague du Lavoir appartiennent à la commune et que ceux du côté opposé font partie de la propriété de M. Roulle.  Introduit dans le Conseil, ce dernier approuve les déclarations du Commissaire et déclare qu'il reconnaît « les habitants de Tremblay  propriétaires de la place vague dite du Lavoir, jusque et y compris le milieu du fossé, se désistant de tout l'avantage qu'il pouvait tirer des termes de l'acte de vente du 3 octobre 1817 ou d'autres pièces. ” Le sieur Roulle renonce à tout produit ou indemnité de l'élagage réalisé par le sieur Evrard, sur ordre du maire. Le Conseil, pour sa part, consent à payer tous les frais. (15)

15 -Archives municipales de Tremblay, Registre des délibérations du Conseil Municipal, séances du 12 septembre 1819 et du 21 novembre 1819.

 

On pourrait multiplier les signes d’attachement des Turgot à Tremblay. Si l’on doutait de ce lien, il suffirait pour s’en convaincre de franchir la porte du cimetière. On y trouve les tombes de plusieurs membres de la famille, notamment celle de la marquise douairière Turgot,  décédée le 29 mars 1815, âgée de 79 ans, celle de son fils le lieutenant colonel Antoine, Étienne, Marie Turgot, celle de sa fille Marie, Françoise, Rénée Turgot, comtesse de Coubert , décédée à Tremblay le 6 mars 1855, âgée de 82 ans,  celle de Mathieu, Olivier, Samuel Bernard, comte de Coubert, chevalier de l’Ordre impérial de la Légion d’honneur, décédé à Tremblay le 3 février 1865, dans sa 94ème année,

 

Structure foncière de la ferme du Tremblay

 

La ferme du Tremblay se caractérise par une dispersion considérable des terres. Alors que celles de la ferme du Château appartiennent toutes au terroir de Tremblay, celles des Turgot  sont éparpillées sur 7 communes : Tremblay, Villepinte, Le Mesnil-Amelot, Aulnay, Mauregard,  Mitry, Roissy.

Le domaine compte 235 pièces. Seules 15 d’entre elles ont une superficie supérieure à un hectare.  L’ensemble représente une superficie totale de 105 hectares, 17 ares, 59 centiares. La superficie moyenne est inférieure à un demi-hectare.

Dispersion et morcellement caractérisent donc la structure foncière de la propriété. Ces données résultent de la genèse du domaine qui a été constitué par des acquisitions successives effectuées de 1661 à 1784 selon les opportunités des rares marchés de terre qui se présentent sur Tremblay et les paroisses environnantes.

    

 

 

                                          

 

 

Gestion de la ferme du Tremblay

 

Les Turgot n’apportent pas un soin particulièrement jaloux à la gestion de leurs biens, que la dispersion de leur patrimoine ne facilite pas. L’acte de vente de leur ferme révèle que deux pièces de terre, sises au terroir de Mitry, ne sont plus exploitées par leur fermier et sont considérées comme perdues.

 

La ferme du Tremblay est louée à M. Joseph Gustave Merland, cultivateur et dame Louise Véronique Duval son épouse, demeurant ensemble au Tremblay, suivant acte passé devant M. Durand, le 21 novembre 1861.

Ce bail a été consenti pour une durée de 9 années expirant en l’année 1873, pour la dernière récolte à faire et moyennant un fermage annuel de 10 000 francs nets de contribution de tous genres, payables en 4 portions égales les jours de Saint-Martin, Noël, Pâques et Saint Jean-Baptiste de chaque année. Les modalités de paiements ne font pas l’objet de conditions léonines comme le bail de la ferme du Château qui exige des espèces métalliques et se définit sur ce point hors la loi. Les fermiers ne sont pas astreints à des fournitures de volailles et ne sont soumis à aucune servitude vis-à-vis des propriétaires qui ne revendiquent pas un droit d’hébergement.

Le 12 mars 1867, la  ferme est adjugée à Monsieur Fontaine pour 253 000 francs. Le loyer annuel du fermier s’élève 10 000 francs, soit 2,53 % de la valeur vénale du bien. Le coût de ce loyer est inférieur de moitié, en pourcentage, à celui de la ferme du Château. Certes, les conditions d’exploitation de la ferme du Tremblay, en raison du morcellement et de la dispersion des terres, sont moins favorables que celles de ferme du Château, mais elles ne justifient pas un tel écart. Enfin, le bail de la ferme du Tremblay autorise le fermier à chasser sur les terres du domaine, alors que celui de la ferme du Château le lui interdit formellement. On est là sur une question symbolique, mais qui recouvre des divergences profondes, d’un côté la comtesse de Gourgues appartient à une famille encore attachée aux privilèges, dont l’un des ascendants a été guillotiné, de l’autre les Turgot appartiennent à une famille libérale, qui accepte d’aller dans le sens de l’histoire et s’est ralliée à l’Empire.

 

Le contrat de bail de la ferme du Tremblay est beaucoup plus court que celui de la ferme du Château. Contrairement à ce dernier, il ne détaille pas les modalités d’exploitation et n’abonde pas en procédures de contrôle. (16)

16 - Acte de vente du 12 mars 1867

 

Comme pour la ferme du Château, les preneurs s’obligent à payer sans diminution des fermages toutes les contributions foncières et autres charges publiques annuelles des immeubles même tous impôts communaux, taxes, redevances subventions de guerres. Cette clause, conforme à l’usage, figure dans tous les contrats de fermages de l’époque.

Le droit de chasse est réservé aux bailleurs, mais le fermier, contrairement à celui de la ferme du Château, est autorisé à chasser personnellement sur les terres de la ferme.

Le passage le plus précis concerne les garanties données par les preneurs. Aux termes de ce bail, pour assurer le paiement et l’exécution des clauses et conditions du bail, les fermiers ont affecté transporté et délégué, à titre de gage et nantissement, dans les termes des articles 2071 et suivants du code NapolÉon et ce solidairement, la somme de 12 401 francs 50 centimes formant le montant d’une soulte stipulée au profit de Mme Merland.  Cette somme est mise à la charge de Jacques Simon Duval, père de Mme Merland, propriétaire et Meunier demeurant à Versailles, rue d’Angevilliers n° 25, aux termes d’un acte passé devant Me Lebel notaire à Saint-Denis, le 29 avril 1861, enregistré, contenant l’acte liquidation et partage de la succession de Madame Duval, mère de Mme Merland. Cette soulte aux termes de l’acte de liquidation est soumise à l’usufruit de M. Duval, qui en est débiteur pendant la vie, et jusqu’au jour de son décès. Elle trouve garantie par hypothèque spéciale sur un moulin à eau situé à Dugny.

En garantie de paiement, subrogation de la soulte a été consentie, le 6 janvier1862,  par M. et Mme Merland, avec solidarité entre eux, au profit de Mathieu Samuel Bernard, comte de Coubert, demeurant à Paris, rue du Temple n° 192, bailleur de la ferme du Tremblay.

 

 

Conclusion

 

Les ventes de 1859 et 1867 aboutissent à la fusion des deux fermes que nous venons d’étudier, ouvrant une nouvelle page de leur histoire.

 

La ferme du Château a appartenu à l’abbaye de Saint-Denis du IXème siècle à la Révolution. Ancienne réserve seigneuriale, elle présente une concentration des terres remarquable, avec des parcelles d’une superficie moyenne supérieure à 10 hectares. Vendue comme bien national en 1791, elle a appartenu à Jean Girardot de Marigny, l’un des plus éminents représentants de la banque protestante. En 1859, elle appartient aux de Gourgues, famille de haute noblesse qui a exercé les plus hautes charges de la magistrature sous l’Ancien régime et a vu l’un des siens finir ses jours sur l’échafaud. Ce passé douloureux explique peut-être la rigidité des clauses du bail de location. Imposé par un propriétaire imbu de ses privilèges, il accable le fermier de servitudes et l’enferme dans le carcan étroit d’un contrat définissant les moyens et les techniques à mettre en œuvre sur les terres louées.

 

La galerie des propriétaires de la ferme du Tremblay ne compte pas moins d’un Prévôt des marchands de Paris et de deux ministres. Le bail de location, plus ouvert est sans doute financièrement plus avantageux pour le locataire. Il porte la marque d’une tradition familiale initiée par une des grandes figures libérales de l’Histoire nationale, le ministre Anne, Robert, Jacques Turgot et sans soute aussi celle de son frère Étienne, François, l’un des fondateurs de la Société royale d’Agriculture. Notons que cette ferme est restée plus de deux siècles dans le patrimoine de la famille Turgot. La structure foncière, faite de petites parcelles, dispersées sur 7 communes, résulte d’une multiplicité d’acquisitions de tenures roturières, faites au gré des opportunités qui se sont présentées, depuis le XVIIème siècle, et dont on peut suivre le détail dans le registre des ensaisinements de l’Abbaye de Saint-Denis.

 

Après les enchères de 1859 et 1867, les deux domaines sont réunis dans la main de leur nouvel acquéreur, François Eustache Fontaine, maire et Conseiller général d’Arnouville. Issu d’une famille de fermiers du Pays de France, il autorisera le recours aux techniques innovantes. Cette mutation s’inscrit dans l’évolution sociale que connaît la France sous le Second Empire, avec une montée en puissance du capitalisme bourgeois et un recul progressif des positions de la noblesse. La propriété du sol va aller, de plus en plus, à ceux qui l’exploitent directement. Le temps des rentiers de la terre est désormais compté.

 

Notons enfin que la vente de 1867 met fin à près de deux siècles de présence de la famille Turgot à Tremblay.

 

 

Galerie des propriétaires de la ferme du Tremblay, de1661 à1867

 

parents

enfants

Pierre Martineau                     

dame Françoise de Bordeaux  

Pierre Guillaume Martineau

                                              Petite-fille : Françoise Martineau

Pierre Martineau et dame Françoise de Bordeaux, parents de Pierre Guillaume Martineau, père de Françoise Martineau, épouse de Michel, Étienne Turgot, ont acquis, le 30 juin 1661, une maison et ferme à Tremblay. Cette acquisition fait entrer la ferme du Tremblay dans le patrimoine familial des Martineau, puis des Turgot

 

Michel, Étienne Turgot

Françoise Martineau 

Michel, Jacques, né le 21 août 1719, marquis de Sousmont, maître des requêtes

Étienne, François, né le 16 juin 1721, chevalier, puis marquis de Sousmont

Anne, Robert, Jacques, né le 10 mai 1727, ministre d’État

Françoise, Hélène, Étiennette, née le 20 septembre 1729, duchesse de Saint-Aignan

Michel, Étienne Turgot prévôt des marchands de Paris et Françoise Martineau son épouse ont complété les acquisitions des Martineau et transmis la ferme du Tremblay à leurs quatre enfants . Ceux-ci sont restés propriétaires indivis de la ferme jusqu'au dernier vivant : Étienne, François TURGOT marquis de Sousmont.

 

Étienne, François Turgot

Marguerite Capon 

Marie-Françoise Renée, Turgot, épouse du comte de Coubert        

marquis Anne, Étienne, Michel Turgot

Marie, Victoire Turgot,  veuve de Henry René d’Angerville d’Auvrecher,

Antoine, Étienne, Marie Turgot

Marie, Anne, Adélaïde Turgot, épouse de Jean Antoine Costard de Saint LÉger

Étienne, François Turgot marquis de Sousmont a légué l’usufruit de la ferme du Tremblay à son épouse Marguerite Capon et la nue propriété à ses cinq enfants. Le 23.12.1816, Marie-Françoise Renée, Turgot comtesse de Coubert acquiert de ses frères, sœurs, neveu et nièces leurs droits sur la ferme du Tremblay, moyennant le prix principal de 132 000 francs

Anne, Étienne, Michel  Turgot

Anne, Louise Letrésor                                                                 

 

marquis Louis, Félix, Étienne Turgot

Marie, Françoise, Renée Turgot, comtesse de Coubert , décédée à Tremblay le 6 mars 1855 laisse la nue propriété de la ferme du Tremblay à son neveu Louis Félix Etienne, marquis Turgot et l’usufruit à son mari Mathieu, Olivier, Samuel Bernard, comte de Coubert, décédé à Tremblay le 3 février 1865, dans sa 94ème année,

Louis, Félix, Etienne Turgot

Louise Napoléon Mouton de Lobau

Jacques, Georges, Louis marquis Turgot

Marie Félicité Stéphanie Turgot, épouse de Jean, Joseph, Gustave DUBOIS de L’ESTANG

Le 2 mars 1867, après le décès de Louis, Félix, Etienne Turgot,  survenu à Versailles le 22 octobre 1866, sa veuve et ses deux enfants confient Me Durand et Me PÉan de Saint-Gilles, notaires à Paris, la vente de la ferme du Tremblay.

 

 

 

 

Bibliographie

H. REVEL, Bulletin n° 30, année 2006, Les Turgot et les de Gourgues à Tremblay, galerie des propriétaires et gestion de leurs fermes, de la Révolution au Second Empire. Pages 2 à 36

© SEHT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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