Paris à portée de vue des alliés

PARIS À PORTEE DE VUE DES ALLIES

Le 29 mars, alors que Compans bloque les troupes avancées des Alliés au Vert-Galant, les Russes de Rajewski et de Barclay passent la Marne, en compagnie du tsar et du roi de Prusse et elles rejoignent à Claye les Prussiens de Kleist et Yorck. Les Russes prennent ensuite la relève des Prussiens qui s’avancèrent sur Mory tandis que Langeron et Woronzoff s’engagent sur le chemin de Tremblay. C’est alors que, craignant d’être encerclé, Compans donne l’ordre de la retraite, à travers la forêt de Bondy.

En fin d’après-midi le tsar Alexandre et le roi de Prusse Frédéric Guillaume arrivent sur les hauteurs de Clichy-sous-Bois, avec le gros des troupes russes. Le vent souffle du nord, le temps est clair. Paris apparaît au loin dans l’embrasement du Soleil couchant. Ce Spectacle déchaîne l’enthousiasme des troupes qui rompent leurs formations et se ruent en avant au cri de Paris! Paris! Un officier de l’état-major du tsar relate ainsi ce moment : « Toutes nos misères, fatigues, blessures, privations, nuits glacées au bivouac, marches du Dniepr à la Seine, parents et compagnons d’armes tombés sous la mitraille, humiliation de tant de défaites, tout était oublié. Nous étions dans un enthousiasme qui ne devait jamais s’évanouir et dont le souvenir est impérissable. » (7) 

Dans la Soirée, Langeron occupe Le Bourget, Kleist et Yorck Aulnay-sous-Bois et Drancy Woronzoff Villepinte, ou le général Blücher établit son quartier général. Le corps de Rajewski s’avance jusqu’à Noisy-le-Sec et les gardes et réserves s’échelonnent de Villeparisis à Bondy; où le tsar Alexandre S’installe dans le château du lieu.

 
   

Les troupes du général Compans ont vaillamment défendu la marche des Alliés vers Paris, mais la supériorité numérique écrasante des Alliés a forcé le passage. La bataille de Paris, ultime étape de la tragique et glorieuse campagne de France, va s’engager.

La bataille de Paris coûta 9.000 hommes aux armées alliées. L’opposition qui leur fut faite aurait pu être plus redoutable encore, mais le roi Joseph n’avait pas la volonté politique de s’appuyer sur le peuple. Il chercha à négocier et envisagea, peut-être un peu prématurément, la capitulation. Il n’est pas dans notre sujet d’étudier le détail de la bataille de Paris, nous nous contenterons de conclure notre mémoire sur la prise de Montmartre. Il ne restait à ce moment là sur la butte qu'un faible contingent de vétérans et de jeunes conscrits, épaulés par le bataillon des sapeurs pompiers de la ville.

 

Pour affronter cette poignée de défenseurs, le général français de l’armée russe écrit dans ses Mémoires qu’il n’avait à sa disposition que 10 régiments, soit plus de 7.000 hommes. Un tel effectif pour affronter une poignée de défenseurs  ne laissait aucun doute sur l’issue de l’affrontement. Il n’en est pas moins rapporté comme un fait d’arme exceptionnel :

« L’intrépidité, l'ordre et la vélocité avec laquelle ces admirables troupes gravirent en an instant une montagne escarpée et défendue par un feu très vif sont au-dessus de tout éloge comme de toute description. Ce beau fait d’armes est un des plus brillants que j’aie vus à la guerre dans dix-neuf campagnes que j’ai faites. » (8). Pour faire bonne mesure, le mémorialiste émaille son texte d’une note dans laquelle il concède qu’un seul fait d’arme surpassa peut-être son exploit dans le passé militaire de la Russie et il fait référence à l’assaut d'Ismaïl où l’armée de Souvorov força 38.000 Turcs, retranchés sur un escarpement.

 

Sous sa plume transparaît à chaque ligne le vocabulaire du courtisan . Lorsqu’i1 décrit l’entrée des souverains alliés dans Paris il conclut ainsi son propos : « jamais il n’y eut un moment plus beau pour des rois. » (9). On pourrait sans doute lui rétorquer qu'il n'y eut peut-être jamais de jour plus triste pour le peuple d’une capitale qui, depuis quatre siècles, n’avait pas connu d’occupation étrangère.

(7) Danilewsky, cité d’après Henry Houssaye

(8) Comte de Langeron Mémoires de Langeron, général d’infanterie dans l’armée russe, campagnes de 1812 , 1813, 1814 publiées d’après le manuscrit original pour la  Soci2té d’Histoire Contemporaine, PARIS ? Picard ? 1904. page 468

(9) Comte de Langeron, ouvrage cité, page 476

 

 



Réagir


CAPTCHA