les combats de Villeparisis et du Vert Galant

LES COMBATS DE VILLEPARISIS ET DU VERT·GALANT.

Après la charge de Vincent, les Prussiens reprennent l’offensive, mais ils ne progressent que lentement. Il leur faut t0ute la journée du 28 pour franchir la distance séparant Claye du Vert-Galant. Compans ne céda pas le terrain sans corn battre. À plusieurs reprises il fit charger ses troupes, notamment les Lanciers polonais qui s’illustrent cette journée dans laquelle l’ennemi perd 800 hommes. Apres avoir occupe les hauteurs de Montsaigle, au sud-est de Villeparisis,

Compans se replie sur les bois du Vert-Galant où il établit son bivouac, le 28 au soir. Le lendemain, à la pointe du jour; les Russes de Rajewski et de Barclay accompagnés du tsar et du Roi de Prusse, passent la Marne et rejoignirent à Claye les Prussiens de Yorck et Kleist.

En première ligne, la nuit est assez calme. A la pointe du jour, alors que les tirailleurs du général Vincent sont au contact de l’ennemi, un plénipotentiaire se pressente aux avant-postes. C’est le propre fils du général Blücher. Il se dit envoyé par le tsar Alexandre qui se trouve à Claye. Il est porteur d’une missive adressée au Ministre de la guerre, contresignée du prince Wolkonski. Le général Vincent en réfère à Compans, qui refuse de laisser passer l’émissaire. Il lui envoie un officier chargé de recevoir la missive, mais le parlementaire refuse de s’en dessaisir, affirmant qu’il a ordre de ne la remettre qu’au ministre de la guerre en personne, car elle est, dit-il, de nature à ouvrir des discussions dont il est chargé.

Compans fait part de la demande au duc de Feltre et précise qu’il ne laissera le passage au parlementaire, que lorsqu’ il aura reçu l’accord du ministre.

Cette affaire est l'occasion de pourparlers entre les tirailleurs des deux camps. Les Prussiens en profitent pour se livrer à une offensive psychologique, faisant circuler l’adresse du prince de Schwarzenberg au peuple de Paris.

Ce document, daté du château de Bondy; le 29 mars, est bien évidemment antidaté lors, les troupes coalisées n’ayant pas encore pris cette ville, lorsqu’il est distribué aux tirailleurs de Vincent. Il appelle les Parisiens à se soulever contre l’Empereur. Compans ordonne que la proclamation soit renvoyée avec indignation, fait cesser les pourparlers et avise qu’il fera tirer sur l’ennemi, s’il s’approche encore de ses lignes.

Un deuxième émissaire, officier d’état-major du tsar, est adressé é Vincent pour une demande de cessez-le-feu, jusqu’à l’arrivée de la réponse du ministre de la guerre. Le cessez-le-feu est convenu verbalement, pour quatre heures, à la condition expresse que les troupes ne feront pas mouvement. Les coureurs du général Vincent ayant observé que cette condition n’était pas respectée, l’ennemi faisant progresser ses hommes sur la route des Petits-Ponts et sur la route de Senlis, le général Compans ordonne à ses troupes de se retirer sur Paris et le combat reprend

 

GUERRE PSYCHOLOGIQUE AU VERT-GALANT

La correspondance échangée entre Compans et le Ministre de la guerre, ainsi que le journal de Vincent, révèlent que l’affrontement armé se double d’une guerre psychologique. Les alliés ont, a plusieurs reprises, usé de cette arme.

Ainsi devant Soissons avaient-ils réussi à intimider le général Moreau, en menaçant la ville de pillage. Le Vert-Galant, modeste hameau sur la route de Meaux à Paris, est choisi par Compans pour le bivouac de ses troupes, en raison de la couverture forestière qui encadre la grand route de Meaux à Paris, ce qui permet a ses fantassins d’arrêter quelque temps la progression de l’ennemi. Ses hommes y passent la nuit du 28 au 29. Compans, qui date sa lettre au Ministre de la guerre du Vert-Galant, le 29 mars à 8 heures du matin, a probablement installé son état-major au château du Vert-Galant, qui appartiendra plus tard à la famille Sohier. C’est également le Vert-Galant qui est choisi par l’ennemi pour tester l’adresse aux Parisiens du prince de Schwarzenberg. Sorte de retournement du « guerre aux châteaux paix aux chaumières » de Danton, cette proclamation, prévue pour être relayée sur place par les royalistes de la capitale, appelle le peuple de Paris à se soulever contre le régime impérial, promettant en contrepartie l’arrêt immédiat des hostilités :

« C'est à la ville de Paris qu’il appartient, dans les circonstances de telles, d'accélérer la paix du monde. Son vœu est attendu avec l’intérêt que doit inspirer un si immense résultat; qu’elle se prononce et dès ce moment l’armée qui est devant ses murs devient le soutien de ses décisions. Parisiens vous connaissez la conduite de Bordeaux. Vous trouverez dans cet exemple le terme de la guerre (6). »

Lors de cette offensive psychologique, le tsar se trouve à Claye, en compagnie du roi de Prusse. Le propre fils du général Blücher se présente devant les troupes disputant le terrain aux 70.000 Prussiens qui se ruent sur la route Paris. Elles les avaient stoppé net, à plusieurs reprises, par les charges des cavaliers du général Vincent.

Le 29 au matin, le général Compans refusant de laisser passer l’émissaire des allies, sans l’accord du ministre de la guerre, il avait été conclu qu’en attendant la réponse de ce dernier on ne se battrait pas, à la condition expresse que les troupes ne fassent pas mouvement. Cette affaire donne lieu à des échanges de propos entre tirailleurs. C’est alors que plusieurs exemplaires de la proclamation du prince de Schwarzenberg sont remis aux troupes du général Vincent. Pour couper court à cette tentative de mobilisation de ses soldats, Compans fit saisir cette propagande, la retourne avec indignation et prévint qu’il fera tirer sur les tirailleurs ennemis, si ceux-ci ne s’éloignent pas.

Peu après, les éclaireurs du général Vincent signalent la marche d’un corps d’infanterie ennemie, arrivant de Lagny sur la droite, et se dirigeant vers Gonesse, la marche d’un corps de cavalerie sur la gauche. Craignant d’être encerclé par ce mouvement, Compans ordonne la retraite. Les troupes alliées reprennent alors le combat.

Pendant que l’infanterie de Compans défend le terrain pied à pied, en s’enfonçant dans la forêt de Bondy le général Vincent, dont les cavaliers ne sont plus d’aucune utilité, compte tenu de la nature du terrain, se porte de l’autre côté de la forêt, pour protéger leur sortie. Informé alors de l'attaque des 1000 chevaux du général Emmanuel contre la Villette, il s’élance à leur rencontre et arrête leur progression.

La proclamation royaliste de Schwarzenberg, retournée avec hauteur par Compans à ses auteurs, reste 3 jours en souffrance dans les bagages des armées alliées. Le tsar Alexandre devra attendre plusieurs jours avant de pouvoir engager de nouvelles négociations. Le 30 mars, ayant appris que le commandant de la grand'garde à Pantin avait repousse à deux reprises un parlementaire russe, le général Hulin charge un civil, le sieur Peyre, architecte, ingénieur de la ville de Paris et capitaine des sapeurs-pompiers, d’interroger cet officier et d’examiner s’il y a possibilité de rejoindre le parlementaire éconduit.

Peyre ne peut retrouver l'officier qui a repoussé le parlementaire russe, les grand’gardes ayant été relevés de leur poste au milieu de la nuit. D’esprit aventureux, il s’avance hors des lignes, accompagné d’un seul gendarme et est fait prisonnier par une patrouille de Cosaques qui lui refuse la qualité de parlementaire. Ses protestations énergiques finissent par le faire conduire devant le tsar Alexandre, au château de Bondy où celui-ci, qui ne désirait rien moins que l’engagement de négociations, le renvoie sur Paris en compagnie d’un parlementaire Russe. Il lui remet alors une vingtaine d’exemplaires de la proclamation royaliste de Schwarzenberg. Aussi circonspect que Compans au Vert-Galant, Peyre exige que cette littérature lui soit confiée sous pli cacheté. Il est piquant de relever qu’un modeste hameau ait connu ce texte trois jours avant la première ville du Pays !

À Bondy comme au Vert-Galant, l’entrevue est l’occasion de faire monter la pression psychologique sur les défenseurs de Paris. Le tsar essaie de s’informer auprès de l’envoyé du général Hulin du détail des forces qui assurent la défense de la capitale. Celui-ci refusant de le renseigner, il le charge de transmettre au roi Joseph que ce n’est pas 30.000 hommes que les Alliés déployaient devant Paris, mais que les deux grandes armées alliées sont en ligne.

« -Nous serons toujours prêts à traiter, précise-t-il, même si l’on se bat dans les faubourgs; mais si l’on nous oblige à forcer l’enceinte, nous ne serons plus maîtres d’arrêter nos troupes et d’empêcher le pillage. »

La menace de livrer Paris au pillage est accompagnée de la remise de la proclamation de Schwarzenberg. L’auteur de la tentative d’intimidation du château de Bondy étant le plus auguste des acteurs de la bataille de Paris, il est d’autant plus piquant que le brouillon de sa démarche ait été effectué au Vert-Galant, qui a eu l’honneur ou plutôt le déplaisir d’être le premier lieu où fut divulguée la propagande royaliste destinée à la capitale.

(6). Proclamation du prince Schwartzenberg au peuple de Paris, Archives Nationales F7,4292

 
   
   

 



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