les derniers combats la bataille de Meaux

Si les premiers combats de 1814 se sont déroulés loin de Paris, il s’en sont rapidement rapprochés et la région de l’Ourcq et le Pays de France situés sur la route des coalisés, ont été l’avant dernier acte de l’affrontement final.

On peut distinguer trois périodes distinctes dans la campagne de France de 1814. La première, du 25 janvier au 8 février, est marquée par la progression menaçante des coalisés, que Napoléon ne réussit pas à contenir. La seconde s’ouvre le 9 février. Les Alliés ont commis la faute de diviser leurs forces pour marcher sur Paris. L’empereur fond sur Blücher, le bat dans quatre rencontres successives, puis il revient sur Schwarzenberg qui, vaincu à son tour, se re- plie sur Chaumont et Langres. Vainqueur de dix combats en vingt jours, Napoléon a rétabli l’équilibre, il espère la victoire. La troisième période commence le 27 février, avec le combat de Bar-sur-Aube, et se termine le 30 mars par la bataille de Paris. Le sort journalier des armes tourne contre l’empereur, les événements le trahissent, malgré l’intrépidité de ses  manoeuvres et le courage de ses soldats. Trois fois le sort de la bataille menace les Alliés, mais le hasard se fait leur complice, les sauve. C’est dans cette ultime période que la bataille se déroule entre Meaux et Paris..

LA BATAILLE DE MEAUX (27 MARS 1814)

La bataille s’approche une première fois de l’est parisien, le 2 mars 1814. L’armée de Blücher attaquée de front par les maréchaux Marmont et Mortier, menacée de flanc par Napoléon, épuisée de fatigue et de privations est sauvée de l'anéantissement par la reddition de Soissons. Alors que l’on entendait le canon du côté de l’Ourcq, pour sauver ses 1400 hommes qui pouvaient facilement tenir jusqu’à l’arrive de Napoléon, le général Moreau livre la place à Blücher qui s’y engouffre avec son armée, échappant ainsi à la menace de l’empereur. Ce fut peut-être là le tournant de la campagne.

Désormais Napoléon est contraint de porter ses forces au-delà de l’Aisne pour tenter d’y poursuivre Blücher mais les circonstances ne sont plus aussi favorables.

Fin mars, les combats se rapprochent de l’Ourcq, lorsque les Alliés reprennent leur progression vers Paris, malgré la menace que Napoléon fait peser sur leurs arrières. La décision de marcher sur Paris a été prise à Sommepuis, le 24 mars, lors d’un conseil de guerre tenu à l’initiative de l’empereur de Russie. Depuis la veille, le tsar dispose d’une collection de dépêches confidentielles adressées à Napoléon, interceptées par les Cosaques de Czernischew et Tettenborn. Elles font état de l’épuisement du trésor, des arsenaux et des magasins, du mécontentement croissant de la population. Une de ces lettres, signée du duc de Rovigo, envisage l’hypothèse d’une arrivée des troupes ennemies aux abords de la capitale et évoque le risque que représenteraient alors nombre de personnages influents, ouvertement hostiles à l’Empereur, qui ne manqueraient pas de profiter des circonstances. Une semaine auparavant, l’empereur Alexandre a reçu en audience particulière le baron de Vitrolles qui lui a confié : « On est las de la guerre et de Napoléon... Faites la guerre politique au lieu de la faire stratégique, marchez droit a Paris 0u l’on n’attend que l’arrivée des alliés pour manifester son opinion » (1)

C’est à l’instigation du tsar de Russie qu’est prise à Sommepuis la décision de marcher sur Paris. Le lendemain de cette décision, la bataille de Fère Champenoise, perdue par les maréchaux Berthier et Marmont, ouvre la route de la capitale. Les maréchaux se replient par Provins, contrairement aux prévisions, laissant au général Compans la responsabilité de la bataille en avant de Meaux.

L'importance de la position de Meaux avait conduit a y accumuler les munitions nécessaires a la défense de la ville : 27 000 charges de poudre à canon, 3 millions de cartouches. Le général Ledru Desessarts y dispose de 3 440 hommes, jeunes conscrits ou gardes nationaux. L’inexpérience des premiers et la totale inaptitude des seconds à la vie militaire ne donnent guère confiance au commandant de la place qui écrit au ministre de la guerre : « les gardes nationaux font pitié, mal tenus, mal commandés et ne sachant pas tenir leurs fusils qui sont d’une malpropreté dégoûtante » (2).

L’arrivée des généraux Compans et Vincent qui amènent huit bouches à feu, un millier de fantassins et environ 1 300 cavaliers des 8e et 10e régiments de marche, auxquels ils ont rallié des fuyards de Marmont, porte la garnison de Meaux à environ 6 000 hommes. C’est insuffisant, compte tenu de l’étendue de la position. Les trois généraux n’en décident pas moins de défendre le passage de la Marne. Compans s’établit dans la ville tandis que Desessarts prend position à Trilport. Vincent établit ses cavaliers sur la rive gauche, à St Jean-les-deux-Jumeaux où quelques centaines de gardes nationaux des environs se joignent à la troupe. Vers quatre heures de l’après-midi, les têtes des colonnes de l’armée de Silésie arrivent, par la route de la Ferté-sous-Jouarre. Vincent s’engage contre la cavalerie du général Emmanuel, mais craignant d'être enfermé par la division Horn, qui tente de le tourner par Montceau, il se replie sur Trilport où il passe la rivière, suivi de près par l’ennemi. Aux premiers coups de feu, les gardes nationaux de Ledru s’enfuient, sans même essayer de couler le bac. En quelques minutes les assaillants prennent pied sur la rive droite. Vincent tente une charge, mais lorsqu'il donne l’ordre de 1’attaque, les fuyards de Marmont, qui composent la moitié de ses troupes, tournent bride. Ni les cris, ni les coups de plat d’épée, ne peuvent les ramener au combat. Dans le plus grand désordre les troupes se replient vers Meaux. À la tombée de la nuit, la cavalerie du général Emmanuel et une partie de l’infanterie prussienne prennent position entre les routes de la Ferté-sous-Jouarre et Soissons, tandis qu’une autre colonne prussienne vient prendre position devant le faubourg du Cornillon. La ville n’étant plus défendable, les généraux se résignent à l’évacuer. Vers 22 heures ils prennent la direction de Claye, laissant à l’arrière garde la mission de faire sauter le dépôt de munitions, dont l’explosion détruit un grand nombre de maisons dans le faubourg de Paris.

1) Mémoires de Vitrolles, I, 116-125, cité d’après Henry Houssaye, 1814, librairie académique, Didier, 1900, page 356.

(2) Lettre de Ledru Desessarts au duc de Feltre du 23 mars. SHD C2/186. L’opinion négative de Ledru Desessarts est partagée par Compans qui note de son côté « j’ai la douleur de constater qu’on ne peut avoir de plus mauvaise troupe » (lettre au duc de Feltre du 27 mars, SHD C2/186.

 
   
   

 



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