Pillages et massacres pendant la Fronde,

 

Charles IV de Lorraine en Pays de France : juin 1652-octobre 1652

 

 

Les misères et les malheurs de la guerre

 

Légende gravure: Jacques Callot Les misères et les malheurs de la guerre, 1633

 

 

 

Mortalité générée à Tremblay, par l’armée de Charles IV de Lorraine

 

 

Dans les années qui précèdent la présence de l’armée de Charles IV, nous avons relevé, dans le registre mortuaire de Tremblay, cinq décès en 1647 et 1648, quinze en 1649, dix-sept en 1650, vingt-trois en 1651, soit une moyenne annuelle de 13 décès au cours de ces cinq années. La mortalité est en progression durant cette période difficile, mais elle va connaître un paroxysme en 1652 avec la présence de l’armée de Charles IV.

En 1652, nous avons noté un décès en avril, cinq en mai, un en juin, huit en juillet, douze en août, trente-quatre en septembre, trente quatre en octobre, huit en novembre, cinq en décembre. Soit cent huit décès enregistrés pour l’année, contre treize, en moyenne les cinq années antérieures, ce qui représente une progression de huit fois environ la moyenne annuelle des années précédentes.

 

Lorsque le curé s’est réfugié à Bois-le-Vicomte, en juin, il n’a plus été en mesure de tenir le registre mortuaire. La mise à jour a été effectuée après les événements. Une estimation du nombre des trépas figure au folio 228 verso, alors que la liste se poursuit jusqu’au 229 verso.

L’estimation du nombre des victimes précède donc l’enregistrement des décès, ce qui n’est évidemment possible que dans le cas d’une mise à jour a posteriori. C’est en septembre et octobre que les victimes ont été les plus nombreuses. Leurs noms ont été enregistrés le même jour. Cette remarque nous est suggérée par la disposition graphique qui consigne les cas, les uns à la suite des autres, avec pour toute séparation un trait de plume. L’encre et l’écriture sont de la même veine. La graphie est rapide, difficile à déchiffrer.

 

Le prêtre estime, à environ une centaine, le nombre des défunts dont il s’apprête à consigner les noms sur son registre. Le bilan réel est beaucoup plus lourd encore. Il précise en effet qu’il inscrit seulement les noms de ceux qui ont « couru au-dessus de quatorze, quinze et seize ans », autrement dit, il ne mentionne pas les enfants dans sa liste. Des familles entières, nous apprend-il, sont décimées, dont certaines comptaient le mari, la femme et entre trois et six enfants. Quatre à cinq familles notables sont dans ce cas. Celle de Jehan Besault, où il y avait trois enfants, celle de Desnoyelle où il y en avait « trois ou quatre » et aussi ajoute-t-il « quelques autres,ce que je certifie être vrai ». Pour avoir le nombre total des victimes, il convient également de tenir compte de celles qui ont fui et sont mortes sur les lieux de leur retraite. Les plus pauvres se sont réfugiés à Bois-le- Vicomte. Les dépouilles de ceux d’entre eux qui y sont décédés ont été ramenées à Tremblay où ils ont été enterrés « dans l’un et l’autre cimetière des deux églises, sans cérémonie, les autres avec très petite cérémonie attendu que le camp des lorrains était à Villepinte ». En revanche, il n’en a pas été de même pour tous ceux qui se sont retirés à Paris. Pour toute précision, le document se contente d’avancer que leur nombre a été « assez notable ».

 

Le nombre total des victimes est donc la centaine de décès mentionnés dans le registre mortuaire, augmentée du nombre des enfants et de celui des adultes trépassés à Paris. on peut estimer que le total avoisine au moins les cent cinquante, soit environ le cinquième de la population de la paroisse, qui peut être évaluée à près de 750 habitants, si l’on se réfère aux données connues du siècle suivant. Toutes les victimes ne sont pas mortes directement des violences subies, beaucoup ont succombé à la misère engendrée par l’état de guerre et les pillages qui désorganisent la vie sociale, empêchent les paysans de vaquer aux travaux des champs, contraignent les fuyards à vivre dans des conditions sanitaires déplorables.

 

 

 

 

Archives municipales de Tremblay-en-France

Extrait du mortuaire tenu par le curé Jehan Turquan

Juin 1652

Partie marquée en rouge, en marge du cliché

 

Le dimanche unziesme, le cymetière de saint Medart fut réconcilié suivant la permission de Monseigneur l’archevesque conformément à son ordonnance, avec les cérémonies contenues dans son manuel. Ledit cymetière pollué par la mort d’un pauvre jeune homme, Me chertier de Claude Boileau, tué en descendant et sortant du clocher de l’église, par une troupe de Loraings pillang et l’église et tout le vilage sans respect ny reverence aulcune du lieu saint et ayans mesme emporté jusque aux vaissaux aux saintes huilles et tout le cierge servant aux authelgs, simples aubes et autres sortes d’ornementz sang pourtant avoir défoncé le saint tabernacle mais s’estant contentez de le destourner, ce que pour moy, prêtre et curé très indigne, j’ay creu estre ung effect non du respect desd. Pilliartz et sacrilèges, mais de la pure bonté et miséricorde de Dieu qui m’avait dobné ceste pansée de parer l’authel ou repoisoit son tres saint et tres adorable corpz et sang soubz les especes visibles de pain, avec quelques parementz, cierges dans six chandeliers, aultant de bougies dans leurs potz, tableaux et autres petitz ornementz, estimant que la propreté et parure de cest authel leur feroit cognoistre que sang toute il y avoit quelque maiesté cachée et quelque subject adorable et que sy la violence de leurs actions ne pouvoit estre reprimée par la crainte des jugementz d’un Dieu résidant sur cest authel, au moing quelque petit sentimentz de respect pouvoit arriver à quelque un d’eux qui pouroit empescher ce malheur que j’estime incomparablement plus grand que tous ceux que pouroient causer telles sorties de genz dang les lieux saints, comme le pillage qu’ilz ont fait dans nos deux églises et le carnage de plusieurs pauvres gens blessez et ung tué, comme dit est, ce qui arriva le lundy troisiesme jour de juing dernier passé, cecy pour mémoire et pour cest effect je creu estre necessaire d’etre remarqué.

 

 

Archives municipales de Mitry-Mory

Extrait du mortuaire tenu par le curé de Mitry

–      juin 1652 –

Partie marquée en rouge, en marge du cliché

 

Le lundi troisiesme jour sudt mois [ de juin] le village et l’Église ayant esté pillez par les trouppes du duc de Lorraine, Jean-Pierre porte verge et serviteur de l’Église, aagé de soixante et huict ans fust estranglé puis jetté au feu, Claude Dufour aagé de soixante et quinze ans et tout estropié de ses jambes fut tué de plusieurs coups d’espée, Nicolas Poirée, agé de plus de cinquante ans fut aussi tué de coups d’espée et Pierre Bedeau fut pendu et estranglé au ratelier de son escuyrie, et leurs corps furent clandestinement inhumez au cimetiere le lendemain quatriesme du mois.

Le mardy onziesme dudt mois a esté inhumé aussi clandestinement Simon Larquer trouvé mort des blessures qu’il avoit reçu par les soldatz le susdit jour troisiesme du present mois.

 
   

 

Mortuaire de Vaujours

La journée du 29 octobre, mentionne le décès de Denise Torigny qui « s’estoit retirée à Vaujours à cause des gens de guerre qui étaient campés au dit Villepinte, sçavoir les lorrains et les gens du prince* et le joursaprès, Vaujours fut entièrement pillée



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