André MARE à Tremblay

André MARE À TREMBLAY

SEPTEMBRE 1914 – JANVIER 1915

 

Le 2 septembre 1914 les Allemands entrent dans Senlis. Situé à la lisière nord-est du camp retranché de Paris, le village de Tremblay-lès-Gonesse, directement exposé à la menace allemande, est évacué. Le 3 septembre le général Galliéni, gouverneur militaire de Paris y rencontre, au presbytère, le général Maunoury commandant de la 6ème armée. De nombreux militaires sont stationnés dans le village. Parmi les séjours les plus longs de ces troupes dans la localité, on peut citer celui du 3ème régiment d’artillerie, unité à laquelle est affecté le peintre décorateur André MARE qui a séjourné à Tremblay et au fort de Vaujours, de fin août 1914 à février 1915.

 

Né à Argentan en 1885, celui-ci est un camarade d’enfance de Fernand Léger, son aîné de quelques années. Depuis le collège, ils partagent leur passion pour l’art et dès 1904 ils partagent le même atelier au 21 de l'avenue du Maine à Paris. Il a alors 19 ans, Léger 23.

Mare provoque un scandale au salon de 1912 où, avec ses amis, il conçoit et réalise « la Maison cubiste »". Derrière une façade dessinée par Duchamp-Villon, d'inspiration à la fois cubiste et classique, on peut y voir un ensemble complet de mobilier, vaisselle, tableaux.

Lorsqu’il quittera Tremblay et l’artillerie, Mare travaillera à la création des camouflages pour les armées françaises - Section dirigée par son ami Dunoyer de Segonzac. Il y côtoiera d’autres peintres – Forain, Charles Camoin, Charles Dufresne, Villon, Marcoussis, des sculpteurs Henri Bouchard, Charles Despiau et des décorateurs de théâtre

 

Cette équipe applique au camouflage les principes de dislocation des formes issus du cubisme : des bandes de couleur juxtaposées empêchent l’œil de reconnaître la forme du canon et ces tons sont choisis de sorte qu’ils se confondent avec ceux du paysage environnant. Au cours de la guerre il a peint dans dix carnets de dessin de nombreuses aquarelles dans lesquelles il note ses impressions et dessine sur le vif la douleur des combats. Le 10 août 1916, il est décoré de la Military cross par le roi George V.

 

Les Carnets de guerre d’André Mare ont été publiés chez Herscher par Laurence Graffin, en 1996. Ils présentent de nombreux témoignages iconographiques sur le Tremblay-lès-Gonesse de la grande guerre et des précisions variées sur la vie des soldats dans le village.

 Ainsi avons-nous une description du Noël 1914, vécu par les artilleurs. Il fait alors très froid et les canonniers souffrent des rigueurs de l’hiver. Comme MARE a de nombreuses relations, il est envoyé à Paris, pour rapporter des lainages. Il reviendra mission accomplie, avec en prime de nombreux cadeaux. Empreint d’un humour de soldat. Le menu du réveillon comporte en guise de rôti un coq de combat, cité a l’ordre du jour pour sa fermeté et sa résistance au feu, du foie d’oie que l’artiste juge en latin de cuisine « dignus intrare in nostro corpore ». Le vin, de l’ordinaire et de l’extraordinaire, coule en abondance et, nous confient malicieusement les Carnets, a la fin des agapes, les participants étaient « tous pleins ».

 

Les carnets de guerre présentent plusieurs aquarelles du village, avec la silhouette identitaire du clocher de l’église SA1NT-MEDARD. Ils contiennent de nombreux portraits d’artilleurs. Après son départ de Tremblay, Mare continuera de s’intéresser à ses anciens camarades du 3ème régiment d’artillerie. Lorsqu’il apprend la mort de l’un d’entre eux, il ne manque pas de la noter dans ses carnets. Les portraits exécutés à Tremblay portent quelquefois en surcharge, au regard du personnage représenté, comme le canonnier DESNOS tué à Valmy, une note laconique : «  tué ». La couleur plus foncée de la mention manuscrite trahit le caractère plus tardif de son inscription, ajoutée lorsque l’information est parvenue à son auteur.

 

Le 3 septembre 1914, l’aviation de la 6ème armée quitte Écouen et se replie sur Tremblay-lès-Gonesse. Observateur minutieux de la vie du cantonnement André MARE note sur deux de ses aquarelles la présences des aéronefs de l’escadrille MF 11. L’un d’eux évoque, avec le dessin du cafard qui orne la partie gauche, le moral en berne des soldats du camp retranché qui apprennent douloureusement la situation difficile de l’armée française, acculée devant Paris par l’offensive allemande. L’avion qui surmonte le clocher de Saint-Médard incarne au contraire l’espoir. Le dessin du 3 septembre évoque forcément un des aéroplanes appartenant à l’escadrille MF-11 . Il n’est pas interdit de supposer qu’il s’agisse celui de l’équipage composé des lieutenants PROT, pilote et HUGEL observateur. Décollant de Tremblay, le 3 septembre 1914, cet équipage détecte le changement d'orientation de la 1ère armée allemande du général Von Klück, observation capitale qui montre que la 1ère armée allemande se présente de flanc devant la 6ème armée, ce qui a permis de mener la contre-offensive victorieuse de la Marne.

 

L’aquarelle représentant le clocher de Saint-Médard survolé par un aéroplane a servi de base à la composition du logo de la Société d’Études Historiques de Tremblay-en-France. Ce choix a été fait à l’issue de l’exposition commémorative du 90ème anniversaire de l’armistice de 1918. Il a été fait avec l’accord de la Société des amis d’André Mare, représentée par Denis VENE, petit-fils d’André MARE. Ce choix a été fait

-       parce que André Mare est un ancien combattant de la grande guerre, plusieurs fois décoré pour sa bravoure,

-       parce qu’André MARE est un grand artiste considéré comme le père fondateur du style Art déco, 

-       parce qu'il a réalisé cette aquarelle à Tremblay-lès-Gonesse, le 3 septembre 1914,

-        parce que le clocher de Saint-Médard, remarquablement dessiné est un symbole identitaire de la cité,

-       parce que le clocher est survolé d'un avion, préfiguration prophétique de la vocation aéroportuaire de Tremblay,

-       parce que l'escadrille MF 11 est repliée sur Tremblay le 3 septembre 1914, d'où la présence d'un avion dans l'aquarelle,

-        parce que l'équipage PROT, pilote, HUGEL observateur, décollant de Tremblay le 3 septembre 1914, a détecté le changement d'orientation de la 1ère armée allemande du général Von Klück,

-       parce que cette observation capitale a permis de mener la contre-offensive victorieuse de la Marne

Carnets de guerre d'André Mare 3 septembre

LE CLOCHER DE SAINT-MEDARD, 3 SEPTEMBRE 1914

Remarquablement dessiné, le clocher de Saint-Médard est survolé par un des appareils de l’escadrille M-F 11

 

Parmi les témoignages de la vie de MARE à Tremblay, le plus émouvant est sans doute celui de la lettre, abondamment illustrée, qu’il écrit a sa fille Anne-Françoise, le 18 janvier 1915. Alliant délicatesse des sentiments, humour et talent pictural, le document exprime la tendresse d’un père pour sa fille, alors âgée de trois ans. Il énumère, avec beaucoup d’humour, un catalogue illustré des différents types de militaires.

FEUILLE DE TËTE DE LA LETTRE D’ANDRÉ MARE À SA FILLE ANNE-FRANÇOISE

Tremblay-lès-Gonesse, 19 janvier 1915

Ma chère Anne (figurée par un petit âne)Il paraît que tu te plains de ne jamais recevoir de lettres de soldats, aussi comme tu t’entends aussi bien que moi à lécher les plats, je m’empresse de t’écrire. De cette façon tu pourras dire que tu as reçu une lettre de vrai soldat, car il y a plusieurs sortes de soldats

Laurence GRAFFIN. Carnets de guerre 1914-1918, André Mare, Herscher, 1996

FEUILLE 2 DE LA LETTRE D’ANDRÉ MARE À SA FILLE ANNE-FRANÇOISE

Il y a d’abord le G.V.C(garde des voies de communication, représenté par un vieux monsieur, armé d’un parapluie et d’un petit drapeau)

Il y a ensuite le R.A.T (régiment d’artillerie territoriale, figuré par un quadragénaire barbu et ventripotent)

FEUILLE 3 DE LA LETTRE D’ANDRÉ MARE À SA FILLE ANNE-FRANÇOISE

Il y a l’embusqué (représenté par un jeune homme qui lit le journal, cigarette à la lèvre, affalé dans un fauteuil, devant la cheminée de son bureau surmontée de sa bouteille)

Il y a les poilus (représentés par trois hommes en tenue 1914 : le fantassin, pantalon garance et capote bleue, le zouave avec sa tenue exotique, le marin. Tous trois sont armés du fusil lebel, baïonnette au canon).

FEUILLE 4 DE LA LETTRE D’ANDRÉ MARE À SA FILLE ANNE-FRANÇOISE

Mais avant tout il y a les artilleurs. Je t’embrasse, André Mare, canonnier, 3ème artillerie, 47ème batterie.

 

Carnets de guerre d'André Mare 3 septembre

RUE DE BOULANGERIE, 3 SEPTEMBRE 1914

Aquarelle du 3 septembre 1914 représentant la rue de la Boulangerie, actuelle rue de la Mairie, avec en perspective la place et l’église Saint Médard, surmontée d’un aéroplane. Le 3 septembre 1914 l’escadrille MF-11 est repliée sur Tremblay-lès-Gonesse. Observateur minutieux, André Mare représente un des avions qui survolent ce jour-là le village

LE CANONNIER DESNOS,

PEINT À TREMBLAY, TUÉ À VALMY

D’aprés Carnets de guerre 1914-1918,

 

Carnets de guerre 1914-1918, André Mare, Herscher, 1996, page 32

 

LA BLESSURE, AUTOPORTRAIT, carnet 6

Le 12 mars 1917,

 

André Mare est grièvement blessé au Plessis-de-Roye. Évacué sur l’hôpital de Ressons, il est opéré de plusieurs blessures causées par des éclats d’obus dont l’un a frôlé la carotide et l’autre est entré dans la cuisse droite.

« Voilà comment mon accident est arrivé : nous débarquions, trois officiers, mon camarade Boucher, un homme et moi, de la camionnette où était notre matériel. Les trois officiers partent devant et je reste avec les deux autres à donner des ordres pour le transport.

Nous avons été vus évidemment à ce moment car nous avons reçu un premier frisant de 105, auquel - nous ne fîmes pas plus attention qu’on n’y prête habituellement. Nous nous mettions en marche et arrivent- le second et le troisième coups.

J’étais entre mes deux camarades. Je sens un coup violent au cou et un autre plus faible à la jambe. J’ai fait un tour sur moi-même·et je suis tombé sur le cul. »

 

(Lettre d Charlotte, 16 mars 1917, cité d’après Laurence GRAFFIN. Carnets de guerre 1914-1918, André Mare, Herscher, 1996, page 78).

 

NOËL 1914 À TREMBLAY

 

Extrait de  Carnets de guerre 1914-1918 André MARE présenté par Laurence GRAFFIN

 

Gomme il gèle à ne plus pouvoir fermer l'œil et que le canonnier Mare est du genre à avoir des relations, la batterie l'envoie à Paris “ pour faire obtenir des vêtements chauds dont les hommes manquent”. Au bluff, il tire plusieurs sonnettes, et revient avec un stock de lainages et de cadeaux de Noël.

A Tremblay, les artilleurs commencent à préparer leur premier réveillon de guerre: “ Nous avons déjà des œufs, des saucissons, des sardines et de la salade. TI nous faut trouver deux poulets, quitte à se les procurer à la baïonnette. Pour le liquide, ce n'est pas difficile à trouver.” Mare dessine le menu. On mange, boit et chante “confortablement, et surtout, gaiement. Sur la fin, nous étions tous pleins.”

 

 

EXPOSITION UN VILLAGE DANS LA TOURMENTE,

TREMBLAY-LES-GONESSE 1914-1918

Denis Vène

M. Denis Vène, diplomate alors en poste au Ministère des Affaires étrangères, petit-fils d’André MARE, honore de sa présence l’exposition commémorative du 90ème anniversaire de l’armistice de 1914-1918, donnée par la SEHT en l’église Saint-Médard, le 13 décembre 2008

Laurence Graffin

Laurence Graffin, réalisatrice de magazines et de documentaires pour la télévision présente, en l’église Saint-Médard, le 13 décembre 2008, l’ouvrage qu’elle a publié aux éditions Herscher sur les carnets de guerre d’André MARE.

Signature

Laurence Graffin, et Denis Vène, signent, au terme du vernissage du 13 décembre 2008, l’ouvrage des éditions Herscher, Carnets de guerre 1914-1918, André Mare, Herscher, 1996

 

 

ARTICLE DE PRESSE.

LE FIGARO, article du 3 novembre 1970 relatant la reconnaissance aérienne du 3 septembre 1914, rappelée à l’occasion du décès du lieutenant colonel PROT, ancien pilote de l’avion qui a observé le changement d’orientation de l’attaque allemande

 

 



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