Le V1 Du 3 OCTOBRE 1944

LE V1 DU 3 OCTOBRE 1944

Historique

 

Le 3 octobre 1944, à 10 h 45, une explosion de forte puissance secoue le quartier du Vert-Galant à Tremblay-lès-Gonesse. Un engin vient d’exploser place Pierre Curie. Par chance il est tombé sur une parcelle encore non construite et s’est enfoncé profondément dans le sol meuble avant d’exploser, ce qui a atténué sa capacité de destruction.

Tout porte à penser qu’il s’agissait d’un V1 :

- les statistiques de l’armée allemande mentionnent des tirs de V1 ce jour-là

- le bruit du moteur de l’engin décrit par un des témoins correspond bien à celui de ce type de fusée,

- 1’effet de souffle décrit par les témoins est caractéristique,

- la cible atteinte ne présente aucun intérêt stratégique, ce qui correspond bien à 1’imprécision des tirs de V1,

- il est évident que la cible était Paris, mais le rayon d’action de l’engin destructeur n’a pas été suffisant pour atteindre la capitale,

-1’éclat conservé par un des témoins est identifié par le Musée de l’Air et de l’Espace comme fragment du corps de bombe d’un V1. Toutefois, pour être absolument formel, il aurait fallu retrouver un fragment de 1’empennage de l’engin, le corps de bombe présentant en effet des similitudes avec des bombes classiques.

 

Fiche technique

 

Par son aspect extérieur, le V1 diffère peu de l’avion classique a ailes courtes, si ce n’est par la présence d’une tuyère au-dessus du fuselage, celle-ci constituant l’organe propulseur de l’engin.

Le V1 a 5,30 mètres d’envergure et 8,40m de long. Il est réalise en acier, à l’exception de l’avant du fuselage et des commandes qui sont en alliage léger.

Au moment du départ, l’engin a un poids d’environ 2 200 kg.

Le Vl présente des performances comparables à celles des aéronefs. Il est sensible au vent et aux trous d’air qui affectent sensiblement sa précision, bien que sa vitesse soit de l’ordre de 650 km/h.

Le groupe moto propulseur se compose d’une tuyère pourvue en sa partie avant d’un obturateur muni de 252 clapets. La pression engendrée par le déplacement du V1 ouvre les clapets, laisse l’air s’engouffrer dans la tuyère où il se charge en essence et s’enflamme grâce à un dispositif d’allumage. Le brusque accroissement de la pression à l’intérieur de la chambre de combustion referme les clapets, tandis que les gaz s’échappent vers l’arrière, assurant la propulsion de l’engin. Lorsque la pression à l’intérieur de la chambre est inférieure à la pression extérieure, les clapets s’ouvrent. C’est donc grâce à une série d’explosions successives, environ 45 à la seconde, que progresse le Vl. Le bruit qu’il émet diffère totalement de celui des autres moteurs aérothermiques à combustion constante. Il ressemble à celui d’un vélo moteur à échappement libre, ce qui correspond à la description du témoignage de Mme Josko Blanchot.

Le pilotage de l’engin est assuré par un groupe de gyroscopes actionné par air comprimé et agissant sur des servomoteurs reliés aux gouvernes. La portée de l’engin ne dépasse pas 300 km. Son altitude de vol varie de 500 à 2 500 mètres. Elle est réglée à l’avance au départ.

La chute du V1 peut s’accomplir avec arrêt du moteur et descente en vol plané, ou descente en piqué avec moteur en marche.

Longue de 45 mètres, la rampe de lancement est constituée par un tube de 29 cm de diamètre,

12 mmd’épaisseur, incliné à 6°.

 
   

TÉMOIGNAGE DE MADAME LOUISE JOSKO BLANCHOT

 

 

Jeune maman, Mme Josko Blanchot promenait son enfant en poussette, le 3 octobre 1944.

 « Je me trouvais dans la rue, à peu près en avant à 800 mètres. Avant sa chute j’ai entendu un bruit de vieille moto sans pot d’échappement, un bruit encerclant dont on ne pouvait définir la provenance. Dix minutes après, j’ai pu constater les dégâts qu’avait fait ce V1, et j’ai réalisé que ce bruit était le fait de cet engin. »

Son témoignage a été publié dans 1e bulletin n° 18 de la SEHT, année 1994

 

 

 

IMPACT DU V1 DU 3 OCTOBRE 1944.

Dossier dommages de guerre du Domaine du Vert-Galant,Archives de l’Association syndicale, collection SEHT

Le 3 octobre 1944, une bombe volante du type V1 tombe sur la place Pierre CURIE, à l’angle de l’avenue PASTEUR et de la rue d’Alsace.

L’enfant Jean-Claude GRIVOTET est tué

 

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR ARMAND SALA

 

Le 3 octobre j’étais à l’école. J’étais dans la classe du certificat d’études, avec M. Batard. Nous allions commencer la dictée. Elle était intitulée Souvenirs d’enfance. Il était environ onze heures moins le quart, onze heures, quand tout à coup il y a eu une déflagration. C’est à ce moment-la que le V1 est tombé. On s’est retrouvé sous les bureaux. Il n’y avait plus un carreau à l’école Jean Jaurès.

Je suppose que lors de la déflagration nous avons tous eu peur. Les vitres ont été brisées par l’explosion. Il n’y a pas eu de blessé. Tout de suite M. Batard est sorti sur le perron. Il a vu la fumée. Il m’a dit : « tiens, Sala, il faudrait que tu ailles voir chez toi. ». Effectivement, du perron on voyait ma maison, l’actuel n° 51 de l’avenue Pasteur. Une partie de la toiture s’était envolée. J’ai quitté l’école pour aller voir. »

Quand je suis arrivé, ma mère avait déjà été transportée à l’hôpital. Elle avait été blessée, mais dans son malheur elle avait eu de la chance. Elle faisait la lessive. Derrière on avait des hangars, où se trouvait un baquet où elle faisait la lessive, à la main. Elle était partie rincer, au robinet qui se trouvait derrière la maison. Le baquet où elle faisait la lessive était percé par les éclats du V1. Si elle avait été en train de laver, elle aurait peut-être été coupée en deux. Là où elle se trouvait, elle a reçu des tuiles sur la tête. Elle avait un doigt cassé et divers traumatismes dus à des chutes de matériaux. L’ossature de la maison elle-même avait tenu. À l’intérieur les cloisons ont été un peu soufflées, ainsi que la toiture. Mais dans l’ensemble la maison tenait encore debout. Elle était fissurée de partout, mais en comparaison d’autres, comme celle de Defosse qui était presque rasée, elle a tenu. Et pourtant on était pratiquement les plus près, puisqu’elle se trouvait à l’angle de l’avenue Pasteur et du rond-point. Le V1 est tombé juste à l’angle. À l’endroit où se trouve maintenant le foyer Ambroise Croizat. Il y avait là un cratère assez grand.

 

 

Entrée de l’avenue PASTEUR, ÉTÉ 1936.

Cliché SEHT, d’après une carte postale d’époque, collection SEHT.

À droite du cliché, la maison familiale des SALA

 Mme Raymonde Sala pose devant l’entrée, avec son fils Jean dans les bras. À gauche figure sa fille Lydia, à sa droite son fils Armand

 

J’ai retrouvé mon petit frère. Il n’a rien eu. Il était dans son berceau. Une porte est tombée sur lui, le protégeant des gravats. Je l’ai retrouvé dans les bras de Mme Bernard, qui habitait rue de Lorraine. Mon père n’était pas là.

Il eu d’autres blessés. M. Maillet avait reçu des éclats de verre. Il saignait d’un peu partout.

Le jeune Grivotet a été tué. Il habitait rue d’Alsace, au n° 64. Il allait à l’école Fénelon, où la rentrée avait été retardée. (...) J’étais arrivé le premier sur les lieux. Toute la vitrine de M. Bégaud , qui habitait à côté, et faisait quincaillerie avait été soufflée. Tout avait été dispersé par le souffle, la vaisselle se trouvait sur les trottoirs. En face, il n’y avait pas encore de pharmacie. C’était un terrain vague. À l’endroit du Foyer des personnes âgées, il y avait un gros chêne. Le Vert-Galant était beaucoup moins construit. Il y avait encore beaucoup de terrains non construits

 

LA PLACE PIERRE CURIE APRÈS L’EXPLOSION DE LA BOMBE VOLANTE DU 3 OCTOBRE 1944.

Cliché Christo Boutsivalis, collection SEHT

À l’entrée de l’avenue Pasteur on remarque la maison familiale des SALA, en partie détruite (51 avenue Pasteur).

 

J’ai deux sœurs un peu plus âgées que moi. Ma sœur aînée travaillait à Paris, chez le couturier Patou. Avertie par une amie, elle est rentrée sur Tremblay par le car Citroën de la ligne Stalingrad-Meaux. Elle a fait le trajet en compagnie de Mme Grivotet, qui certainement ignorait le sort tragique de son fils.

Sur la place, il y avait M. Boutsivalis. Il y avait aussi les Politis, également d’origine grecque. C’était le marchand de chaussures, chez Louison. Tous avaient souffert. Ceux qui ont le plus souffert, ce sont les Defosse, les Zaninetti, M. Maillet, à l’angle, puis M. Bégaud et nous : toutes les habitations qui se trouvaient autour du cratère. Après, il y a eu pas mal de fissures. Nous on n’avait plus rien, du jour au lendemain. On a été logé rue de Lille, puis à l’école Jean Jaurès. C’était pratique pour moi, parce que je descendais par l’escalier de la concierge, sans passer par la rue. À cette époque-la il y avait même la cantine. On avait été libérés, mais on était encore en guerre. Il n’y avait pas grand-chose. Tout marchait avec des tickets de rationnement. On mangeait à la cantine. Ce n’était pas formidable. Bien souvent, je remontais mon déjeuner chez ma mère, qui rajoutait un petit quelque chose, pour donner un peu plus de goût.

 

 

boutique de M. Boutsivalis fragment du cops de bombe

 

TÉMOIGNAGE DE MADAME MARIA WAGENER

 

En octobre 1944, je n’avais pas tout à fait 20 ans, parce que je suis née au mois de novembre. Je travaillais à l’épicerie Marcel, rue de Lorraine, et j’étais allée chez Marinette Boutsivalis, certainement pour prendre un rendez-vous. Marinette était mon amie. C’était la fille de M. Christo, le coiffeur de la place Pierre Curie. Je suis repartie et j’étais à peine arrivée avenue Pascal, devant le n° 44, lorsque le V1 est tombé. Je n’ai absolument rien eu, mais ce fut épouvantable. Tout a été soufflé. Je voyais des objets voler, comme la pierre à évier de la maison située a l’angle de la rue d’Alsace et de la rue de Reims. Chez M. Maillet, tout un pan de mur s’est effondré. On voyait le lit, en équilibre, prêt à tomber. Si cela s’était produit en pleine nuit, il y aurait eu beaucoup de morts. En plus c’était tout noir. Cela a fait une fumée toute noire et puis un cratère énorme. Le poteau, au centre de la place, avait disparu.

Le V1 est tombé sur la place, mais de l’autre coté. Les Defosse qui habitaient rue d’Alsace sont resté bloqués sous les décombres. Chez M. Boutsivalis c’était pareil. Il y a eu beaucoup de dégâts. Dans la première maison de la rue de Reims, coté pair, mon oncle qui habitait là avec ses enfants était seul ce jour-là avec un de mes cousins germains, âgé de 17 ans. Tout d’un coup la pierre à évier de la maison est passée par dessus la tête de mon cousin. Il a ouvert la porte et l’a refermée, voyant que tout était noir au dehors. L’armoire de la cuisine lui est alors tombée dessus. Il est resté coincé.

 

L’ENTRÉE DE L’AVENUE PASCAL APRÈS L’EXPLOSION DE LA BOMBE VOLANTE DU 3 OCTOBRE 1944. Cliché Christo Boutsivalis, 

collection SEHT

Au premier plan, à gauche du cliché,

la maison de M. Maillet, en grande partie détruite

 

 

L’explosion s’est  produite le matin, avant la sortie des classes, vers 11 heures. Quelques minutes plus tard, les enfants allaient traverser la place. Cela aurait été une catastrophe. J’ai vu sortir du salon de coiffure les dames avec leur peignoir et leurs bigoudis. L’une d’elles a été un peu blessée à l’arcade sourcilière. Marinette n’a rien eu. Sur la place, se trouvait le petit Jean-Claude Grivotet. Il était en nourrice chez Mme Venet, de l’autre coté de la rue d’Alsace, côté boulevard mais pas très loin. Il s’ennuyait et a voulu retourner chez lui, pour prendre un jouet. Il a demandé la permission à sa nourrice. Il a traversé la place. Il y avait Alfréda Defosse. Elle a été projetée à terre, mais n’a pas été blessée. Le petit garçon Grivotet a été atteint.

Tout a été soufflé autour de nous. Par exemple, à l’épicerie de mes futurs beaux-parents, où je travaillais. Le pavillon donnait sur l’avenue Pascal. L’armoire était tombée sur le lit, avec toutes les pendules. Dans l’épicerie, tout était bouleversé. Il y avait de la moutarde dans les pâtes. Plus une vitre, jusqu’à Mitry. Ici, rue de la Marne, dans la maison en bois de ma mère, tout était à terre : jusqu’à la cheminée et tout ce qu’il y avait dessus.

 

 

 

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR PIERRE ÉVRARD

 

Je suis né eu 1935, j’avais huit ans. En octobre 1944, je devais entrer à l’école Fénelon, avec Jean-Claude Grivotet. La rentrée des classes avait été retardée de huit ou dix jours, pour je ne sais quelle raison.

Ce jour-là j’étais avec un autre camarade, avenue Pasteur. J’ai rencontré Jean-Claude Grivotet. Il traînait comme moi, parce qu’il n’y avait pas d’école et on ne savait ou aller. Je lui ai proposé de venir avec moi à la Poste, où le camarade que j’accompagnais voulait aller. À l’époque, il n’y avait que la Poste de Vaujours. Pour s’y rendre il fallait remonter sur la route de Meaux . Jean-Claude voulait rentrer chez lui. Il m’a donc quitté et je suis allé avec 1’autre camarade, à la Poste de Vaujours.

 

JEAN-CLAUDE GRIVOTET, TUÉ LE 3 OCTOBRE 1944,

PAR L’EXPLOSION D’UNE BOMBE VOLANTE,

PLACE PIERRE CURIE.

Cliché SEHT, d’après l’original
 

À cette époque, il y avait ce que l’on appelait l’abreuvoir, à Vaujours. C’était une espèce de grand espace muré, ouvert d’un seul coté et qui servait, paraît-il, à faire boire les chevaux. I1 se trouvait pratiquement en face de la rue de la Mare Neuve, sur le boulevard Jacques Amyot. Nous étions a cet endroit 1orsqu’i1 s’est passé quelque chose de curieux, car au passage d’un nuage noir, nous avons été déséquilibrés par son souffle et avant d’avoir eu le temps de se poser des questions, nous avons entendu une forte explosion. Nous n’avons su qu’après qu’i1 s’agissait d’un V1. Nous avons continué notre chemin et, en rentrant chez moi, vers midi, midi et demie, mon père m’a dit : « tiens il est tombé une bombe sur la place et ton copain est blessé.»

 

Ma mère connaissait Mme Grivotet et je suis allé la voir. Comment j’ai su qu’i1 était mort ? Je ne sais pas. Je me revois très bien aller avec ma mère chez les Grivotet et entrevoir Jean-C1aude sur son lit de mort, la tête entourée de pansements. C’est là que je 1’ai vu pour la dernière fois.

Ses parents étaient assez âgés, par rapport aux miens. Je ne connais pas la situation de famille, mais autant que je me souvienne c’était un remariage. Il me parlait souvent d’un grand frère qui habitait en Suisse. C’était son demi-frère. Tout ça est très vague dans mon esprit. C’était l’enfant unique de ce couple. Ils avaient des enfants d’un autre lit. Le père s’exprimait moins. Mais c’est vrai que Mme Grivotet est restée inconsolable de la perte de son fils.

 

 

 

COPIE DE L’ACTE DE DÉCÈS DE JEAN-CLAUDE GRIVOTET, VICTIME CIVILE DE LA BOMBE VOLANTEDU 3 OCTOBRE 1944

 

Je me souviens que Mme Grivotet avait, le jour du décès de son fils, dit à ma mère : « il a un peu l’oreille coupée, mais ce n’est pas très grave, mais c’est le ventre qui est touché.» Je pense que c’est le souffle de la bombe qui l’a tué, plutôt que des éclats. Il y a eu un souffle extraordinaire, lors de cette explosion. Toutes les vitres sont descendues. Celles de l’école Jaurès, chez mes parents, pratiquement sur tout le quartier. Est-ce les éclats ? Est-ce le souffle ? (1) Pratiquement il est mort sur le coup. Il devait avoir huit ans. Il était un peu plus âgé que moi, de quelques mois.

 

 

(1) Un des éclats, conservé par le témoin a été soumis à l’expertise du Musée de l’Air et de l’Espace. Il s’agit d’un fragment du corps de bombe.

 



Les réactions

Avatar jean pierre GRIVOTET

Présent invitė par la mairie le jour de l'inaugutation de plaque commėmorative,j.
'aimerai savoir ce qui a permis à la mairie de me trouver, que sont devenus ses parents, je précise que ma mère les a connus avant la guerre de 39/45. merci à tous , pour vos rėponses
jean pierre grivotet, fils de georges grivotet et de Marie Thérèse segrėtain

Le 19-10-2012 à 12:06:24

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