fiche historique

LE RÔLE DE L’AVIATION DANS LA PRÉPARATION
DE LA CONTRE-OFFENSIVE DE SEPTEMBRE 1914

Si les performances techniques des aéroplanes de 1914 sont modestes, au regard des progrès accomplis depuis par l’aéronautique, leur rusticité leur confère en revanche une supériorité tactique. Elle les autorise à atterrir sur tout type de surface. Un simple pré à vaches leur suffit, ce qui permet un changement journalier du positionnement des escadrilles, afin de les placer au plus près des combats. Le 2 septembre, l’aviation de la 6ème armée arrive à Écouen où la direction s’installe à la Légion d’Honneur. Le lendemain, la direction quitte la Légion d’Honneur à 9 heures pour s’installer à la mairie du Raincy. L’escadrille R-15 s’envole à 8 heures, pour se baser à Vincennes, tandis que l’escadrille M-F 16 se transporte à Tremblay-lès-Gonesse. Le 6 septembre la direction s’installe à Compans la Ville où la rejoignent les escadrilles MF-16 et R 15, tandis que M-S 26 est encore à Vincennes. Le 8 septembre, la direction se déplace à Claye, les escadrilles R-15 et M-S 26 sont à Compans la Ville, l’escadrille M-F 16 se partage entre Compans et Saint-Soupplet. Le 11 septembre la direction est à Antilly, les escadrilles R 15 et M-F 16 sont à Saint-Soupplet. Le 12, les escadrilles et la direction s’installent à Villers-Cotterêts.

Un bon exemple de la souplesse tactique de l’aviation est donné par le compte rendu de mission de l’équipage Rugère, pilote, capitaine Faure, observateur. Ils décollent d’Issy-les-Moulineaux le 8 septembre, sur un appareil Voisin chargé de 8 bombes. La première est jetée sur un gros rassemblement aux environs de Lizy-sur-Ourcq. L’appareil remonte ensuite la vallée de l’Ourcq et largue 4 bombes vers Fublaines, sur un convoi ennemi. Une sixième est ensuite lancée sur un rassemblement de voitures et d’artillerie à Rouvre. Sous une pluie torrentielle, l’appareil atterrit ensuite à Claye-Souilly, où il se met à la disposition du général Maunoury. À 18 heures, celui-ci demande à l’équipage de préciser la position des batteries allemandes au nord de Meaux, vers Étrepilly. Comme il fait très noir, lors du survol de l’objectif, l’équipage les repère aux lueurs qui trahissent leur position, lorsqu’elles tirent. Il larguent alors les bombes embarquées au centre d’approvisionnement organisé à Claye-Souilly. Mission accomplie, le Voisin atterrit à Issy-les-Moulineaux à 19 h 20. Sa mobilité a permis de doubler sa capacité de feu et son rayon d’action, grâce à l’escale de Claye-Souilly, où avait été organisé un dépôt de munitions et de carburant.

Si la fiabilité des appareils n’est pas exemplaire, leur souplesse d’utilisation limite les pertes. Le 7 septembre l’équipage Chemet, pilote, Sismanaglou, observateur, part pour effectuer une longue reconnaissance au cours de laquelle il doit remonter la vallée de la Marne jusqu’à Meaux, la vallée de l’Ourcq jusqu’à La Ferté-Milon. Il doit ensuite aller sur Château-Thierry, reprendre la vallée de la Marne en direction de Paris jusqu’à Meaux où il doit atterrir, entre Charny et Messy. Il doit y attendre le commandant Bourdeau du 2ème bureau de l’État-Major du Gouverneur militaire de Paris.
L’appareil décolle à 8 h 50 mais connaît une légère panne qui le contraint à un atterrissage forcé à Aulnay-sous-Bois.  Il reprendra son vol à 9 h 42 et accomplira la mission prévue.

Beaucoup de communes ont accueilli les escadrilles de la 6ème armée au cours de la bataille de la Marne. Citons Écouen, Vincennes, Tremblay-lès-Gonesse, Compans, Villepinte, Saint-Soupplet, Villers-Cotterêts. Le fait d’arme le plus remarquable de l’aviation de la 6ème armée est sans conteste le rôle qu’elle a joué dans le domaine du renseignement.

Le 3 septembre, en raison de l'approche alle­mande, l’escadrille M-F 16 se replie sur Tremblay-lès-Gonesse. Elle est équipée d’appareils Maurice-Farman. Ce sont des biplans, de 16 mètres 15 d'envergure, mus par un moteur Renault de 80 chevaux. Leur vitesse à basse altitude est de 116 km/h, leur autonomie de 3 h 45 de vol. Ils peuvent atteindre l'altitude de 2000 mètres en 22 minutes. Leur charge utile est de 275 kg. Ces biplaces sont livrés aux armées sans équipement de guerre. Le train d’atterrissage est muni de patins recourbés à l'avant pour que l'appareil ne risque pas de capoter, si les roues heurtent un obstacle, au moment où elles prennent contact avec le sol.

Les appareils qui décollent de Tremblay, le 3 septembre, effectuent une série d'observations qui vont renseigner l'État-Major de la 6ème armée sur les mouvements de l'ennemi. L'activité aérienne intense de l'escadrille ne manque pas de frapper les observateurs présents dans le village. Le peintre André Mare, dans ses carnets de guerre représente la place de l'église dominée par le clocher de Saint-Médard que survole un aéroplane. L'aquarelle est datée du 3 septembre.

Ce jour-là, le lieutenant Prot, pilote, et le lieute­nant Hugel, observateur, effectuent une mission de 2 heures 10 qui couvre Écouen, Nanteuil, Crépy, Betz.
Le Sergent Jacquenaud opère une observation de 2 heures sur Senlis et Chantilly. Il effectue ensuite une deuxième mission de tir sur les 155 allemands de Senlis.
Le lieutenant Césari effectue également une re­connaissance offensive sur les 155, le sergent Prudommeau couvre le secteur Villers-Cotterets, Senlis, le sergent Mouillères, celui de Betz.
Le sergent Prudhommeau effectue une deuxième mission de 2 heures sur Chantilly, Senlis, Creil. Le lieutenant Prot effectue enfin une dernière sortie sur Saint-Cyr, Buc et Vincennes.

Vers midi, le capitaine Bellenger attend le retour des appareils. Le Maurice-Farman du lieutenant Prot atterrit. Le pilote et son observateur Hugel se précipitent vers leur supérieur pour lui rendre compte d'une observation de la plus haute importance : ils ont vu trois colonnes ennemies, de six à huit kilomètres de longueur, marchant en direction du sud-est. Elles partent respecti­vement de Douyla-Ramée, Nanteuil-Ie­Haudouin et Betz. En reportant leur axe de mar­che sur la carte, on aboutit à la Marne vers La Ferté-sous-Jouarre et Château-Thierry.

Cette observation s’avèrera capitale pour la suite de la bataille. Elle permettra de mener une contre-offensive victorieuse contre l’ennemi qui se présente de flanc devant la 6ème armée du général Maunoury. Avec beaucoup de difficultés cette observation parviendra jusqu’à Galliéni, qui ordonnera des reconnaissances aériennes complémentaires. Dès le 4 septembre, l’équipage Cheuret, pilote, capitaine Allouch, observateur confirmera la position aventurée de l’armée allemande. Partis de Buc sur un Blériot 196, en direction du nord-est, ils contournent Meaux pour remonter la vallée de l’Ourcq. Leur compte rendu de mission précise « Au N-E de Villers-Cotterets, sur la route qui passe au sud de Villers nous avons rencontré une force ennemie, une demi-brigade et demie de 3 armes (artillerie, cavalerie, infanterie) se dirigeant en ordre du NE vers le SE. » Confirmées par des reconnaissances de cavalerie, ces informations seront exploitées pour organiser la contre-offensive de la Bataille de la Marne.

Lors de leurs missions, les équipages essuient de nombreux tirs. Malgré la faiblesse des moyens anti-aériens de l’époque, ils ont des pertes. Ainsi le 5 septembre, l’équipage sergent Cohen, pilote, lieutenant Ragot observateur est porté disparu, alors qu’il effectue une mission sur Duperdussin 72. Le 16 septembre, leur appareil sera retrouvé aux environs de Varreddes par le capitaine Faucompré de la direction de l’aéronautique du Camp Retranché de Paris. Les deux aviateurs ont été tués.

Journal de marche et des opérations de l’aviation de la 6ème Armée.
Journée du 03.09.1914  : L’escadrille signale le changement de direction de l’ennemi.
Service Historique de la Défense, 23N20, cliché SEHT

 

Le Lieutenant PROT,
pilote de l’appareil qui a découvert le changement d’orientation de l’attaque allemande, le 3 septembre 1914.
Cliché Musée de l'Air et de l'Espace/Le Bourget - archives de la SEHT.

 

                                   

                                      Le Lieutenant HUGEL,
observateur qui a signalé le changement d’orientation de l’attaque allemande.
Cliché Service Historique de l’Armée de l’Air - archives de la SEHT

 

 

   

 

Fiche technique du Maurice Farman M-F 11
Planche extraite de la revue le Fana de l’aviation,
n° 235, juin 1989.

– moteur : 80 CV
– vitesse à basse altitude : 116 km/h
– montée à 2 000m : 22 mn
– autonomie de vol : 3 h 45
– charge utile 275 kg
– masse à vide 640 kg
– envergure : 16,15 m 
– longueur : 9,30 m
– hauteur : 3,15 m
– plafond : 4 200 m

MAURICE-FARMAN M-F 11
CPA édition étoile, collection SEHT

Ce sont des biplans, de 16 mètres 15 d'envergure, mus par un moteur Renault de 80 chevaux. Leur vitesse à basse altitude est de 116 km/h, leur autonomie de 3 h 45 de vol.

Ils peuvent atteindre l'altitude de 2000 mètres en 22 minutes. Leur charge utile est de 275 kg. Ces biplaces sont livrés aux armées sans équipement de guerre. Le train d'atterrissage est muni de patins recourbés à l'avant pour que l'appareil ne risque pas de capoter, si les roues heurtent un obstacle, au moment où elles prennent contact avec le sol.

 Article du Figaro
en date du 18.11.1970 Archives de la SEHT

 



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