les noms de rue liés à la résistance

PLACE DE LA RÉSISTANCE DANS LA NOMENCLATURE DES RUES DE LA VILLE DE TREMBLAY-EN-FRANCE

 
Nous limiterons l’inventaire qui suit aux Résistants locaux, les autres Résistants étant largement connus.

bibliographie:

Bulletin n° 27 de la SEHT, année 2003 article Place de la Résistance dans le répertoire des noms de rues, à Tremblay-en-France,par Maurice MONTACLAIR et Hervé REVEL

 

La Résistance est évoquée dans le répertoire des rues de Tremblay-en-France par des figures nationales et locales. Pour les premières, on compte principalement une rue du Général-de-Gaulle,  une avenue de la Résistance, une rue Pierre-BROSSOLETTE, une école Jean-MOULIN, une place du colonel FABIEN, une rue Marcel PAUL. Pour les secondes, les rues Louis-DEQUET, Antoine-CUSINO, Pierre-COLONGO et la place Fernand-DIVE.

 

Louis DEQUET 1898 - 1943 (Rue Louis-DEQUET)

Ancien du mouvement des Mal lotis, Louis DEQUET a exercé un premier mandat de Conseiller municipal de 1923 à 1929. Le 18 septembre 1932, il devient directeur syndic de l’Association syndicale du Bois Saint-Denis qui procède à la réhabilitation du quartier, dans le cadre de la loi du 14 mars 1928 sur la résorption des lotissements défectueux. Quelques mois plus tard, en décembre, il est élu conseiller municipal à la faveur d’élections partielles.

Louis Dequet est avant tout un militant communiste. C’est un manuel qui s’est formé dans l’action et qui fait passer ses préoccupations sociales dans les responsabilités qui lui sont confiées.

L’engagement de Louis Dequetdans la vie associative a contribué à le faire connaître et a favorisé ses succès électoraux, aux côtés du futur maire Gilbert Berger. On peut également affirmer qu’il l’a préparé à l’exercice de responsabilités politiques.  Ses fonctions de directeur syndic l’ont en effet amené à négocier avec les autorités préfectorales, à présider des réunions de travail avec des techniciens, à préparer des budgets, à communiquer avec le public. 

Sous l’occupation allemande, le militant garde intactes ses convictions et entre dans la Résistance. Arrêté en août 1943 au métro La Motte Piquet, il est torturé et meurt à la prison de la Santé

Cliché SEHT, d’après  un original des archives de M. Jean BLANCHOT
 
   

 

Fernand DIVE, dit commandant GOURGET 1912-1993   (Place Fernand-DIVE)

 
Cliché de Roger COSTER extrait du SATURDAY EVENING POST, n° du 4 octobre 1947. Ce cliché  illustre l’article d’Edgar SNOW « l’ouvrier français pourrait faire échouer le plan Marshall »
(nous avons marqué d’une croix la position de Fernand DIVE.)
 
   

Né à Argenteuil le 31 mars 1912, Fernand DIVE s’est installé à Tremblay, dans le quartier du Vert-Galant, à son retour de captivité. Ancien de chez Renault, il est décédé à Paris, le 19 mai 1993.

Rapatrié d’Allemagne en 1943, pour raison de santé, Fernand DIVE adopte le nom de guerre de GOURGET et crée un groupe de Francs Tireurs Partisans Français (F.T.P.F), rattaché à la 2ème région F.T.P.F de Paris. Au nombre de ses membres, il compte le docteur BRUMBERG de Villepinte, Georges et Sylvie SARTORIO, Madeleine, Louise et Jean BLANCHOT, Georges JÆGLE, Pierre DUPOUY, Antoine CUSINO et son père Auguste, Lucien DUBOIS, Robert NOËL, Marcel DUPRÉ, Jean SEGHEZZI, Roland et Pierre COLONGO, Claude VERDOIA, Paul LEFAUCHEUR, le cafetier PEYCELON et deux aviateurs russes cachés chez les SARTORIO. Notons parmi eux beaucoup de noms à consonance italienne. La plupart d'entre eux étaient affiliés aux F.T.P M.O.I (Main d'Œuvre Immigrée) mais travaillent au sein du groupe de Fernand DIVE.

Le groupe F.T.P.F du Vert-Galant rassemble toutes les catégories sociales et politiques persécutées par les nazis : Juifs avec le docteur BRUMBERG, prisonniers politiques avec l'évadé Pierre DUPOUY, militants communistes, antifascistes italiens et de très jeunes gens comme Robert NOËL ou Jean BLANCHOT, à peine âgé de seize ans en 1944.

Le groupe a une activité de propagande assez intense et également des activités de sabotage.

La préparation de l'insurrection armée de Paris s’est répercutée de façon très sensible sur l’activité militante des groupes locaux de résistance, liés hiérarchiquement à ceux de la capitale. Ainsi Fernand DIVE, alias commandant GOURGET, est-il impliqué dans un accrochage avec les Allemands, rue des Morillons. Après le 15 juin, il participe aux représailles décidées par l'état -major F.T.P.F, à la suite du massacre d'Oradour-sur-Glane.

Dans la deuxième quinzaine d'août, les liaisons avec l'état-major F.F.I. de la Région de Paris du Colonel ROLL sont quotidiennes. Tous ces déplacements augmentent les périls encourus.

Avisé par le docteur BRUMBERG d'une pénurie de levure qui risque de compromettre la fabrication du pain, Fernand DIVE se rend à Paris, le 27 août. Il a également l'intention de ramener des munitions pour son groupe.

Au retour, il doit traverser les lignes allemandes à Vaujours, où les chars américains sont engagés contre l’ennemi, retranché dans les usines Poliet et Chausson. Les Allemands ouvrent le feu. Le pilote de la moto, Jean SEGHEZZI, est tué, tandis que Fernand DIVE est gravement touché. Éjecté de la moto qui roule à vive allure, atteint de huit balles, il réussit à se traîner sur quelques dizaines de mètres, en longeant les murs de l'usine Chalot. Quelques camarades, qui ont suivi de loin la fusillade, lui portent secours et le ramènent vers le café Dubois. Jean BLANCHOT part à la recherche d'un médecin.

Après avoir reçu les premiers soins du docteur BRUMBERG, le blessé est conduit à l’Hôpital de Montfermeil où il est opéré clandestinement, le 29 août 1944,  par le docteur SIMON, chirurgien chef.

 

Antoine CUSINO  1924 – 1944 (Rue Antoine-CUSINO)

 
Cliché S.E.H.T. d’après un original des archives de M. Jean BLANCHOT
 

Né à Fontaine, dans l’Isère, Antoine CUSINO a fait partie du groupe F.T.P.F du Vert-Galant, C.O – 117. Titulaire du grade de caporal à l’approche de la libération, il a le matricule  311.

Les militants se préparent à l'insurrection qu'ils appellent de leurs vœux, à l'approche des armées alliées.

Le 18 août, le groupe monte une expédition  pour se procurer de l'essence. Il est informé d'une livraison effectuée à l'un des postes de la route des Petits Ponts, à Villepinte, à l'angle de la rue conduisant à la Mairie. Le caporal Antoine CUSINO conduira l'opération. Une camionnette prêtée par un boucher de Villeparisis emmène sur place les six hommes qui accompagnent Antoine CUSINO. Celui-ci n'est armé que d'un vieux pistolet qui fera l'affaire pour intimider un quelconque gêneur, mais ne sera d'aucun secours en cas de rencontre avec les Allemands. La proximité du château Bataille, siège de la Kommandantur locale, rend cette expédition particulièrement dangereuse, le véhicule risquant à tout moment d'être repéré et contrôlé par l’ennemi. À l'arrivée du groupe, cinq des membres de l'expédition pénètrent dans le café, tandis qu'Antoine CUSINO reste à l'extérieur, en compagnie de Georges JÆGLE. C'est alors que surgit une automitrailleuse allemande qui, venant de la Kommandantur, se dirige sur le véhicule. JÆGLE se précipite à l'intérieur du café et donne l'alerte. Tandis qu'il prend la fuite avec ses compagnons, Antoine CUSINO est surpris alors qu'il tente de dissimuler son pistolet dans la camionnette. Emmené baïonnette au canon par deux soldats, il est conduit séance tenante derrière le château Bataille où il est fusillé.

Après leur forfait, les nazis jettent le cadavre dans la Mairie. Transportée au sanatorium de Villepinte, la dépouille du jeune partisan est récupérée par ses camarades et ramenée au domicile de ses parents où une garde d'honneur veille le défunt jusqu'au jour de ses obsèques, mardi 22 août 1944.

Le président de la délégation spéciale, Monsieur TÉTARD, propose de prendre les frais d’obsèques à la charge de la commune. Son offre est déclinée avec éclat, en raison du passé collaborationniste de son auteur. Toutefois, le commandant GOURGET accepte le principe d'une concession gratuite, déclarant «au représentant de ce Monsieur que la terre de France appartient à ceux de ses fils qui savent la défendre et mourir pour elle et qu'il est normal qu'Antoine CUSINO en ait un morceau pour l'éternité ».

Les obsèques du jeune supplicié donnent lieu à une imposante manifestation populaire. Monsieur ODDOU, le receveur des Postes, a rejoint le cortège route des Petits-Ponts. Il rapporte que la foule s'étirait sur la chaussée et formait un ruban continu, de la route des Petits-Ponts jusqu'au Vieux-Pays. Elle est évaluée à 2 000 personnes par le commandant GOURGET, dans son rapport. Elle est encadrée par un service d'ordre dissimulant des armes sous les vestes ou dans des sacoches. Le convoi est accompagné d'un véhicule occupé par des partisans en armes. Fort heureusement, le régiment que les Allemands vont opposer au 22ème d'Infanterie de la IVème Division américaine, le mardi suivant, entre Tremblay et Villepinte, n'est pas encore là.

Au cimetière, Fernand DIVE, sous son pseudonyme de commandant GOURGET, rend hommage au disparu au nom de la compagnie «Commune de Paris» qu'il commande et à laquelle appartient le caporal CUSINO, matricule 311, tombé en service commandé. Le président du Comité de Libération prend également la parole. La cérémonie se termine sans incident.

 

Pierre COLONGO  1898 – 1944 (Rue Pierre-COLONGO)

 

Cliché S.E.H.T. d’après un original des archives de M. Jean BLANCHOT
 

Né à Valle San Nicolas, Italie,  Pierre COLONGO,  fils de Luigi COLONGO et AngiolinaCOLIGARIS appartient à une famille chassée d’Italie par le fascisme. Les traditions antifascistes de ses parents ont sans doute été renforcées par les tragiques journées de juin 1940. Il était en effet  présent à Tremblay, le 13 juin 1940, lorsque la 1ère Compagnie du 24ème B.C.A a interdit aux Allemands le franchissement du canal de l’Ourcq. Il a été témoin du crime de guerre dont l’envahisseur s’est rendu coupable, le 14 juin 1940. Pour venger les pertes subies la veille, au passage à niveau de l’avenue du Chemin de Fer, les Allemands ont fusillé 15 otages civils. On retrouve la signature de Pierre COLONGO, sur le registre d’état-civil de la ville de Tremblay, à la date du 13 juin, en qualité de témoin du décès de Mme Marie ANDRIEU, épouse PERNOUD, l’une des victimes civiles du combat du 13 juin 1940. En marge du registre, est inscrite la mention « mort pour la France », mention que recevra quatre ans plus tard l’acte de décès du résistant Pierre COLONGO.

Pierre COLONGO a appartenu au groupe F.T.P.F du Vert-Galant. À  la libération, le 27 août 1944, les soldats allemands, chassés de Vaujours, se regroupent au nord du canal pour rejoindre le Vieux-Pays, sous le couvert des Bois du Vert-Galant et du Bois Saint-Denis. Des francs-tireurs essaient de les harceler. Pierre COLONGO tient à être de la partie. À la recherche d'une arme pour faire le coup de feu, il se rend au 28 rue de Poitou, chez les SARTORIO, le point de ralliement des F.T.P.F. Madeleine BLANCHOT, faute d'arme de guerre disponible à ce moment-là, ne peut lui confier qu'un fusil de chasse. Déterminé à en découdre, il s'en empare et se dirige vers le canal, habillé d’un pantalon civil et d'une chemise blanche qui va trahir sa présence sous la futaie. L'ennemi, posté sur l'autre rive, le blesse mortellement. Touché à la poitrine, malgré les soins dispensés par le docteur BRUMBERG, il ne survit que quelques instants.

 

Marcel CALLO  1921-1945  (Allée Marcel CALLO

)

Marcel CALLO, d’après Vocations de la région Ile-de-France, juillet 1988, page 14

 

Né à Rennes le 6 décembre 1921, second d’une famille de 9 enfants, il entre au travail à l’âge de 13 ans, comme apprenti typographe et adhère à la J.O.C Jeunesse Ouvrière Chrétienne.

Début 1943, il est appelé au S.T.O  Service du Travail Obligatoireen Allemagne. Hésitation douloureuse… S’il se cache et rejoint la clandestinité, il craint des représailles contre sa famille, ses frères, ses sœurs. S’il part, comment ne pas servir les Allemands ? Enfin il se décide : « je pars, mais pour faire partager ma foi à mes camarades du S.T.O. Les aider à être solidaires dans leur opposition au régime nazi. »

Il part le 19 mars 1943. Pendant 13 mois, il vit activement la mission de la J.O.C, en lien avec d’autres militants jocistes, mais aussi scouts et séminaristes, ou aumôniers clandestins.

Il développe les initiatives de partage de la nourriture, d’organisation des loisirs, de réflexions sur les objectifs et méthodes nazis, en opposition avec les valeurs chrétiennes.

La Gestapo ne s’y trompe pas, qui l’arrête le 19 avril 1944 avec 11 de ses camarades. Il est déporté au camp de Flossenburg, puis à Mauthausen, avec ce motif :

« Par son action catholique auprès de ses camarades français, s’est rendu nuisible au régime nazi et au peuple allemand. »

Après des mois de travail épuisant dans une carrière de rochers, il meurt le 19 mars 1945. Béatifié par le pape en 1987, son nom est donné à l’église nouvellement érigée en 1990, au centre ville et à l’allée qui y conduit.

On peut d’ailleurs y voir, incrusté dans l’autel, un morceau de rocher venu de la carrière de Mauthausen, identique à ceux que devait transporter Marcel CALLO.



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