descriptif

LES THERMES DE LA VILLA DU NOURET

 

La fouille de sauvetage entreprise en 1991, dans le cadre du chantier  de réalisation de l’interconnexion des lignes TGV Nord et sud. a permis une étude exhaustive du complexe thermal de la villa du Nouret, située sur le territoire de Tremblay-en-France. Les fouilles de 96 complètent la connaissance du site,

 

Le site du Nouret, repéré par les prospections de surface de l’Association Jeunesse Préhistorique et Géologique du Pays de France (JPGF) est localisé à la limite sud des pistes de l’aéroport Charles de Gaulle, en bordure de l’ancien chemin antique reliant Tremblay à Dammartin en Goële. Sa superficie est d’environ 6 ha, emprise nettement supérieure à celle habituellement observée en Ile-de-France pour la période gallo-romaine. Le tracé définitif du TGV prend en enfilade la partie résidentielle de la villa, sur une superficie de 130 mètres de longueur par 60 mètres de largeur.

 

Le site a été sondé avant l’engagement des travaux de réalisation du TGV Nord, dès 1989. Le trajet de la ligne ayant été ensuite modifié pour des raisons techniques, ces sondages se sont trouvés hors l’emprise, mais leur localisation chanceuse a apporté des informations qui auraient échappé sans cela.

Le plan des bâtiments est organisé suivant deux ailes, l’une au nord, l’autre au sud, reliées par des bâtiments orientés nord-sud.  La partie résidentielle du site se situe à l’est de l’emprise et n’a pas été fouillée.

 

Le bâtiment thermal occupe approximativement  la partie centrale de l’espace décapé au cours de la fouille, à environ 5 m de la limite orientale de l’emprise TGV. La fondation du bâtiment recoupe le fossé  nord-sud dont le remplissage a livré du matériel céramique de la période Auguste-Tibère. De plus, l’épandage des terres extraites lors du creusement des fondations a occulté certaines structures dont le matériel céramique peut être daté de la seconde moitié du Ier siècle et du 1er quart du IIe siècle. L’édification  du complexe thermal peut donc être datée postérieurement à l’an 125 après J.C, son abandon date probablement du dernier quart du IIIe siècle, comme l’indiquent quatre monnaies retrouvées dans le caniveau.

 

Le complexe thermal du Nouret possédait un système de chauffage par le sol, dit sur hypocauste. L’air chaud produit par un foyer extérieur, praefurnium est envoyé sous un sol suspendu suspensura reposant sur des colonnettes en briques, les pilettes. L’air chargé de gaz et de fumées circule dans le vide ménagé sous la pièce et remonte le long des murs à l’intérieur de doubles cloisons montées avec des briques creuses de section rectangulaire, les  tubuli, chauffant ainsi tout le volume de la salle. Quelques cheminées aménagées dans la partie haute des murs, assurent le tirage du système. Les foyers sont aménagés dans des pièces de service excavées. Le canal de chauffe est constitué d’un conduit voûté communiquant avec les hypocaustes où le feu est entretenu.

 

L’eau, captée  plusieurs kilomètres au nord par un aqueduc, est distribuée par des canalisations aux diverses parties de l’édifice. Un réseau d’évacuation achemine les eaux usées vers un puisard.

 

Le schéma d’organisation classique des thermes suit un parcours qui fait transiter l’utilisateur d’une pièce froide pourvue de piscines et de baignoires, le frigidarium, à une pièce tiède sans eau, le tepidarium, puis à une pièce chaude avec des bassins et des baignoires, le caldarium. Selon l’importance des thermes viennent s’y adjoindre le vestiaire, l’étuve sèche, l’étuve humide, les salles destinées à l’onction du corps et à son décrassage, la piscine extérieure, la cour réservée au sport.

 

Architecture et ornementation

 

Un plan méthodique, déterminé par la fonction thermale, a régi l’implantation des salles, au cours d’une seule phase de construction.

 

Les salles de chauffe et le système de chauffage par le sol ont été réalisés en excavation, alors que les pièces froides ont été construites au niveau du sol. L’ensemble dessine un plan rectangulaire de 15.40 m par 9.80 m, soit une superficie de 150,92 m2, avec une adjonction de 5.10 m par 2.40 m (ST 34) sur la façade orientale. Les élévations conservées atteignent 1.70 m pour le niveau de service de la salle de chauffe, dont 0.50 m au-dessus du sol de circulation du caldarium. (ST 30).

 

 

Agencement.

 

L’ensemble du complexe thermal comprend :

 

-        la salle de chauffe au sud (ST 39). Occupant  toute la largeur du bâtiment, elle alimente :

-        à l’est par l’intermédiaire du foyer extérieur 1, praefurnium I, l’étuve sèche,  laconicum (ST29) puis la pièce tiède, tepidarium(ST33)

-        à l’ouest et par le foyer extérieur 2, praefurnium II, la pièce chaude, caldarium (ST30).

Ces trois pièces occupent la moitié sud de la surface des trois thermes.

 

-      La partie nord comprend le quart est du vestiaire, apoditerium (ST 89) et le quart ouest du frigidarium (ST31) avec le bassin froid (ST31 bis).

Un couloir dessert toutes ces pièces.

 

La fonction de la petite pièce ST 34, accolée à la façade orientale, n’a pu être précisée.

L’évacuation des eaux usées est  assurée par un  caniveau bétonné. Il longe les murs nord et ouest et se déverse dans un puisard, à l’écart du bâtiment.

Un aqueduc venant du nord alimente le bâtiment en eau. Il est raccordé au centre et au nord.

 

Les salles froides :

 

·         La pièce ST 34, d’une surface utile de 6,40 m2,  forme un appendice centré sur la façade est. Le sol est constitué de béton blanc incluant des fragments de terre cuite et des éclats de calcaire. Il repose sur un radier de pierres calcaires, gypse et fragments de tuiles. La fonction de cette pièce n’a pu être déterminée avec certitude, toutefois la vocation de lieu d’accès au balnéaire semble s’imposer.

 

·         A l’angle nord-est la pièce ST 89, d’une surface de 17,60 m2 présente  un sol de béton blanc analogue à celui de la ST 34. Une ouverture de 0,80m, aménagée dans le mur ouest donne accès au frigidarium. Cette pièce peut être interprétée comme le vestiaire, apoditerium, de l’ensemble thermal.

 

·         L’ensemble ST 31 et 31 bis forme l’angle nord-ouest du bâtiment. Il comprend une pièce de 10,20 m2 (3,40 m x 3 m) et une piscine de 3,12 m2 (2,40 m x 1,30 m). Le sol est composé d’un lit de béton rose de tuileau. On a relevé à sa surface des empreintes de dalles calcaires. La piscine à une profondeur de 0,80 m par rapport au sol du frigidarium.

 

Les salles chaudes :

 

la ST30 occupe l’angle sud-est du bâtiment et se  développe sur une surface de 25 m2 (5,20 m x 4,80 m). C’est la pièce la plus vaste de l’ensemble thermal. L’alimentation en chaleur est assurée par le praefurnium 2 s’ouvrant au milieu du mur sud (M25) à 2,20 m de chaque extrémité. Les tubuli, encore en place, répartis le long des murs  permettaient l’évacuation des gaz et des fumées dégagées par le foyer. La répartition de ces dispositifs paraît avoir été déterminée dès la construction, trois dans le mur est (M 26) et trois dans le mur ouest. Les tubuli sont toujours accolés deux par deux, dans un logement de 0,20 m par 0,40m. Les nombreux fragments de dalles calcaires retrouvés dans le remblai stratigraphique et les éléments de plinthe demeurés en place sur le niveau supérieur du chaînage  de briques laissent supposer l’aménagement d’un sol dallé et le plaquage de la base des murs. La partie supérieure des et le plaquage de la base des murs.  La partie supérieure des parois semble avoir été recouverte d’enduits peints.

Conclusion

Par leur dimension, la qualité du bâti et la sophistication de leurs installations techniques les thermes révélés par la fouille de 1991 permettent de qualifier la villa du Nouret  de demeure de type aristocratique. Les fouilles de 1996 ont complété la connaissance du site, mais la partie résidentielle de la villa n’a pas encore été fouillée. Seule cette opération, si elle se réalise un jour, permettra d’interpréter toutes les données recueillies.

 

Vocabulaire utilisé dans le DFS (document Final de synthèse) par les archéologues :

·         Hypocauste  du grec hupokauston, de hupo, «dessous » et kaiein, «brûler » : système de distribution de chaleur par le sol utilisé dans les établissements  antiques,

·         Praefurnium foyer extérieur produisant la chaleur utilisée pour chauffer les thermes,

·         Suspensura sol suspendu soutenu par des colonnettes, appelées pilettes. Ce dispositif ménage sous la pièce un vide oùcircule l’air chaud, chargé de gaz et de fumée.

·         Tubuli briques creuses de section rectangulaire disposées à l’intérieur des murs où elles forment des conduits dans lesquels s’engouffre l’air, qui après avoir chauffé le sol suspendu du caldarium réchauffe ainsi tout le volume de la salle.

·         Frigidarium pièce non chauffée présentant des baignoires ou piscines non chauffées,

·         Tepidarium pièce chauffée à température moyenne, sans eau,

·         Caldarium pièce chaude dotée de bassins et de baignoires,

·         Laconicum étuve sèche. La fonction de cette pièce est de favoriser, par une chaleur sèche, plus élevée que celle du caldarium, une sudation abondante, moyen le plus efficace de nettoyer la peau en profondeur.

·         Apoditerium  vestiaire.

 

BIBLIOGRAPHIE

LES THERMES DE LA VILLA DU NOURET, DOCUMENT FINAL DE SYNTHÈSE (D.F.S) DE LA FOUILLE DE 1991(rapport d’évaluation et de proposition de sauvetage programmé de Michel Martin et rapport de fouille de C. Duhamel, P. Toussaint et C. Vallet.)



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