Les exactions de l'occupant

LES EXACTIONS DE L’OCCUPANT

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Aucun combat ne s’étant déroulé sur le territoire de la commune, elle a été exempte de destructions massives. Elle a toutefois été mise en coupe réglée par les réquisitions et les pillages dont elle a été l'objet. Tous les objets de luxe ont été pillés, les récoltes réquisitionnées. Le montant de ces enlèvements, après le départ des occupants, est évalué à 719 190 Fpar l’dminbistration.

L'hiver 1870-71 est particulièrement rigoureux. Les soldats Prussiens s'emparent pour se chauffer et pour faire cuire leur repas de tout ce qui est susceptible de brûler. Il s'en suit des dégâts d'autant plus considérables que l'effectif des troupes d'occupation est toujours supérieur à 1 000 hommes. La lettre de Mme Guenet à ses enfants, datée du 13 mars 1871, nous fournit un témoignage précis sur les exactions dont ont souffert les Tremblaysiens. Nous amputons ce courrier des éléments qui concernent la vie familiale et retenons la partie qui décrit les agressions subies par la population et le courage dont elle fit preuve ':

 

"Nous pensions être débarrassés des Prussiens mais il n'en était rien. Vendredi il en est arrivé environ 2000 qu'il a fallu loger dans Tremblay. Nous en avons eu pour notre part de 30 à 35. Heureusement cela n'a duré qu'une journée. Le lendemain ils sont partis, il est venu de la cavalerie qui ont été logés chez les fermiers, lesquels ont été forcés de les nourrir eux et leurs chevaux. Comme ces messieurs s'y refusaient, on les a mis en prison ensuite on les a conduits attachés avec des cordes chez le commandant qui n'a voulu rien entendre. Alors les fermiers ayant consenti on leur a rendu la liberté. Il y avait une vache qui appartenait à la commune que l'on a tuée pour fournir de la viande aux soldats. Ceux qui ont passé, au nombre de 2000, et qui étaient de l'infanterie, ont fait beaucoup de dégâts dans le pays. Chez nous ils voulaient prendre nos portes pour faire leur cuisine. Le lendemain à 3 h 1/2 du matin ils ont recommencé à faire du feu. Votre père les a trouvés en train de briser une demi porte persienne. Il laleur a reprise en les traitant de brigands, de voleurs. J'avais bien peur, je me suis levée, mais pas un n'a répondu. On nous dit qu'il en passera encore, aussi nous ne sommes pas décidés à terminer notre emménagement. Il

 

Le post-scriptum confirme que le mobilier des maisons abandonnées par les Tremblaysiens réfugiés à Paris fut utilisé sans ménagement et déplacé au gré de la fantaisie des occupants. Ceux qui rentraient chez eux, comme Mme Guenet, avaient la désagréable surprise de retrouver ici et là les pièces de mobilier qui avaient échappé au feu. Elles étaient généralement en piteux état:

 

"Nous avons reconnu chez M. Lecailler notre couchette de fer qui servait à maman bonne avec le sommier, à la couchette, il y a un dossier de brisé, le sommier n'a rien, une table de nuit en acajou carrée, entière, mais dégoûtante ( ... ) "

 

LETTRE AUTOGRAPHE DE Mme GUENET, 13 MARS 1871, original, archives déposées de la SEHT.
Le document se compose d’un seul feuillet recto/verso, plié en deux. Lorsque le document est déplié :
au recto la page 1 est à droite, la page 4 à gauche,au verso la 2 est à droite, la 3 à gauche.
Les pages 2 et 3 relatent les exactions infligées par les occupants

 

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Les relations des autorités locales avec l'occupant ne sont pas toujours mauvaises. Le rapport du maire précise même que "le Conseiller municipal chargé des fonctions de Maire a eu rarement à se plaindre des procédés de l'autorité allemande à son égard" .

 

Cette opinion, exprimée après le retour à la paix, ne rend pas pleinement compte des difficultés rencontrées. Notamment lors d'un incident, survenu le 17 janvier 1871. Ce jour-là l’occupant procède à l'arrestation des autorités locales, comme le relate d'ailleurs ce même rapport. Après qu'un des soldats, à la veille d'un combat au Bourget, a été signalé absent à l'appel, le village est cerné. Les notables et la presque totalité des habitants du Petit-Tremblay sont gardés à vue. Le corps du soldat Prussien est découvert le lendemain, mort par étouffement. Il est enseveli sous un tas de gerbes de blé, appartenant à M. Huimy, cultivateur. Il est prouvé que la mort est accidentelle.

Le soldat maraudeur a tenté de s'emparer de quelques gerbes. Il a eu l'imprudence de les prélever à la base de la meule, provoquant un effondrement sous lequel il a été écrasé. Après enquête, les otages sont .libérés. L'un d'eux, Louis-Victor Dumesnil ne reparaît pas. Il a été emmené au Bourget par les chasseurs de la Garde. Des soldats laissent entendre qu'il a été fusillé. Il laisse une épouse enceinte et deux enfants de sept et neuf ans.

Nous avons vainement cherché, dans le registre d'état-civil, mention du décès de Louis Victor Dumesnil.La seule précision que nous ayons trouvée figure à la date du 24 avril 1871, lors de l'enregistrement de la naissance de sa fille Louise, Claudine, née après les faits. Elle est déclarée fille légitime de Louis-Victor Dumesnil, disparu de la commune depuis le 5 mars dernier.

S'il ne subsiste guère de doute sur le sort fatal de ce malheureux, aucune preuve écrite ne vient l'étayer. On ne peut même pas être certain de la date de sa disparition, puisque celle indiquée par le maire dans son rapport diffère de celle mentionnée dans le registre d'état-civil. On ne sait qu'une chose: il ne reparaît plus après son enlèvement par les Prussiens. La rumeur affirme qu'il a été fusillé. Le corps n'ayant pas été rendu à la famille, celle-ci a gardé quelque temps l'espoir de son retour, ce qui rend plus cruel encore le sort de ce jeune père de famille.

LAISSEZ-PASSER, MAI  1871. Original, archives déposées de la SEHT.
Document signé AUBERT, adjoint au maire de Tremblay

LAISSEZ-PASSER BILINGUE, FÉVRIER 1871. Original, archives déposées de la SEHT.
Le document autorise M. DETOLLE Jules, Louis, à se rendre à se rendre à Tremblay pour y visiter sa propriété.

 

Visa des laissez-passer aux avants postes allemands, gravure extraite de l’Illustration, n° du 4 mars 1871



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