NOEL allemand au VERT GALANT

Noël allemand au Vert-Galant

 

L'hiver 1870-71 est d'une rigueur exceptionnelle. L'âpreté des conditions climatiques aggrave les souffrances des belligérants. Un journaliste anglais, attaché au quartier général de l'armée de la Meuse, commandée par le prince royal de Saxe, a laissé le témoignage des souffrances endurées par les combattants. Ce récit écrit pour le Harper's Monthly Magazine a été publié dans le n° de janvier 1866. A. Hustin, dans l'Echo du Raincy a publié la traduction de cet article.


Quelques jours avant la Noël, les soldais  français restent très actifs, malgré les conditions climatiques. Le journaliste leur rend hommage en ces termes :


"Les troupes françaises s'étaient montrées à découvert pendant quatre jours et autant de nuits, alors que la température était descendue à plusieurs degrés au-dessous de zéro. Il fallait vraiment du courage pour supporter ce froid la nuit, pour rester debout le jour, l'arme au bras, devant l'ennemi ! Aussi étais-je rempli d'admiration, de respect et de cordiale compassion pour ces héros pauvrement vêtus, mal nourris, que ne pouvaient soutenir l'espoir du succès et la foi dans la victoire ."


Après cette brève évocation des combattants français, le journaliste décrit l'atmosphère qui règne dans les lignes Allemandes, à la veille de Noël. L'époque n'a pas été choisie au hasard. Il s'agit d'émouvoir le grand public. La période de Noël est de ce point de vue particulièrement favorable pour mettre en scène les conséquences tragiques de la confrontation. Le trait est sans doute un peu forcé, mais le récit a valeur de témoignage sur ce qu’a été, pour beaucoup de combattants, le Noël de l'année terrible. Et encore le journaliste vit-il cette période dans le camp des vainqueurs.


" Quant aux Allemands, ils comptaient les heures ! Deux jours avant la Noël, lorsque le fourgon-poste arriva au Vert-Galant, les essieux raidis par la charge des cadeaux et des souvenirs envoyés par des amis de la mère patrie, une nuée de robustes Saxons entoura le bienheureux véhicule et lui fit fête.
Il s'était arrêté au-delà du cantonnement des troupes. Le clairon avait sonné le ralliement, pour opérer la distribution des colis avec la méthode chère aux Germains. Rien de plus curieux que leur diversité. Le fourgon-poste s'accommodait de tout. On y fourrait les calandres comme des perroquets. On ne s'occupait guère du volume de l'objet. Les boîtes à cigares enveloppées de toile, voisinaient avec d'appétissantes saucisses, de chauds tricots de laine et de petits rouleaux dans lesquels s'alignaient des thalers.

 

LE GÉNÉRAL VON WITTICH ET SES OFFICIERS D’ÉTAT-MAJOR AU VERT-GALANT. Cliché pris dans le parc du château du Vert-Galant par M. BRANCHE, photographe installé au Raincy en 1870-71, reproduction d’après le cliché publié par A. HUSTIN, Les Allemands à l’est de Paris, du canal de l’Ourcq à la Marne, 1870-1871.

 


Il s’y trouvait entre autres choses deux barils de bière que le major VON SCHONBERG attendait avec impatience. Et mon cœur s’emplissait de joie à la pensée que Frau MAJORIN avait répondu à la réquisition maritale depuis que son mari avait décidé d’organiser ce fameux dîner de Noël auquel j’étais convié.
Un tas de paquets s'alignait contre le mur. Un sergent le fit débarrasser, appela les destinataires en tenant à la main les bulletins d'expédition.
A beaucoup de ses appels il n'y eut pas de réponse, car le régiment avait été décimé à la dernière grande bataille.
- SCHUMANN ? appela le sergent d'état-major.
- Tué, répondirent d'une voix sourde quelques-uns de ses camarades.
Pour ce pauvre SCHUMANN, le cadeau de Noël arrivait trop tard.
- Kaspar? appela encore le sergent. Kaspar ne répondit pas. Quelqu'un de son régiment se contenta de dire: "Blessé!"
- BERGMANN ?
Le froid et les intempéries avaient terrassé BERGMANN. Le rapport, en ce qui le concernait, comportait deux mots: À l'Hôpital!"
- SCHRADER
SCHRADER n'était pas là pour retirer son cadeau. On disait de lui: "Disparu!"
Disparu! Terme bien vague, qui ne disait rien. Le disparu SCHRADER pouvait être prisonnier. Il pouvait être aussi blessé et soigné dans un autre hôpital de campagne que l'hôpital saxon. Peut-être était-il étendu sans sépulture, là-bas, dans la neige, dans le voisinage de la Marne.
Avait-il déserté? Non. Jamais on n'avait entendu dire qu'un soldat allemand désertait.
On pouvait dire des disparus comme SCHRADER : « Ils ne sont pas ici. Dieu seul sait où ils sont. » Lorsque le sergent eut achevé sa distribution, il resta un lot de paquets. Ceux à qui ils étaient destinés ne devaient jamais, hélas, venir les réclamer.

 

LE CHÂTEAU DU VERT-GALANT,

CPA datée du 15.01.1906, collection SEHT

   
   

 

 

LOCALISATION DU CHÂTEAU DU VERT-GALANT.
Extrait d’un plan de nivellement dressé, vers 1926, par MM. MANGÉ et MENAY, géomètres experts au Raincy
   
   


 


DISTRIBUTION DU COURRIER ET DES COLIS DE NOËL AU VERT-GALANT, DÉCEMBRE 1870. Dessin du Harper’s Magazine, d’après A. HUSTIN, Les Allemands à l’est de Paris, du canal de l’Ourcq à la Marne, 1870-1871.

 



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