Les Turgot grands serviteurs du royaume

LES TURGOT

grands serviteurs du Royaume

PROPRIÉTAIRE DU FIEF DES TOURNELLES À TREMBLAY

 

Michel Étienne Turgot

 

Le patronyme de Michel Étienne Turgot, marquis de Sousmont, est attaché à l'un des plus célèbres plans de Paris : le « plan de Turgot », vue cavalière de la capitale réalisée de 1734 à 1739. Né le 9 juin 1690, Michel Étienne Turgot débute sa carrière à l’âge de 21 ans, lorsqu’il est reçu conseiller au Parlement de Paris. Il est président en 1717, conseiller d’État en 1737 et premier président du Grand Conseil en 1740. Après le décès du prévôt des marchands Lambert, début de juillet 1729, il est élu à sa succession et assurera cette charge jusqu’en 1740.

 

Dès sa prise de fonction, il analyse dans le détail les attributions de la fonction municipale : police, justice, administration. Il décèle que le plus grand désordre règne dans les archives de la ville et que la cause des dérèglements réside dans le manque de locaux. En concertation avec les échevins et le procureur du roi, il  prend les mesures appropriées pour remettre sur le bon pied l’administration de la ville. (1)

1- Cf. Histoire de l’Hôtel de Ville de Paris, par Leroux de Lincy, Paris, J.B. Dumoulin, 1846, pages 48 et

suivantes

Il fait procéder à divers grands travaux d’urbanisme. On lui doit, entre autres monuments, la fontaine de la rue de Grenelle, une des plus belles œuvres de Bouchardon, terminée en 1739. On lui doit aussi la couverture du grand égout par des voûtes maçonnées, et la création d’un réservoir supérieur pour en assurer le curage régulier (1740).

 

C’est ente 1734 et1739 qu’il fait lever par Louis Bretez et graver par Claude Lucas le plan de Paris qui porte son nom. Il est constitué de 20 planches gravées sur cuivre qui, assemblées, forment une feuille de 249 x 318,5 cm. Ce "plan de Turgot " donne une représentation, en fausse perspective, de l'ensemble de la ville à l'époque, et, au-delà d'une valeur documentaire irremplaçable, présente un réel intérêt artistique.

Michel, Étienne Turgot, Prévôt des Marchands de Paris, portrait par Van Loo.

Cliché Société des Amis de Turgot

Ce tableau est conservé par les descendants de la famille  au château de Manneville, commune de Lantheuil, dans le Calvados..

 

Une plaque de cuivre, située au bas du cadre, porte la mention

« mort en son château du Tremblay ».

 

 

En une décennie, le prévôt marque de sa forte personnalité et de ses grandes compétences l’administration de Paris.  Avant l’incendie de 1871, les niches de l’ancienne façade de l’Hôtel de ville portaient les statues des hommes célèbres nés à Paris. Michel, Étienne Turgot y figuraitentouré de Le Brun, Mansart, Voyer d’Argenson, l’AbbÉdel’ÉpÉe, Bailly. (2)

2 - Histoire de l’Hôtel de Ville de Paris, ouvrage cité, page 94.

 

Le 24 mai 1871, l’incendie de l’Hôtel de ville réduit le bâtiment à l’état de ruine. Les murs qui restent encore debout sont si profondément endommagés qu’il faut envisager une reconstruction complète. Elle sera décidée par le nouveau Conseil municipal. Un concours est ouvert en 1872, le programme n’envisage qu’un simple agrandissement de l’édifice, sur le même emplacement, reconstruit sur le modèle de l’ancienne façade de Domenico da Cortona, dit Boccador. Comme son aînée, la nouvelle façade sera ornée de statues, mais Michel Étienne Turgot n’y reprendra pas place. On y trouve tout de même un Turgot, dû au ciseau du sculpteur Oliva. Il s’agit d’Anne, Robert, Jacques. La notoriété du fils a effacé celle du père, y compris dans la sphère municipale. (3)

3 -Livre du centenaire de la reconstruction  de l’Hôtel de Ville 1882-1982.

 

Anne, Robert, Jacques Turgot

Bien que le parcours politique du Ministre d’État mériterait un ample développement, nous ne donnerons qu’un court résumé de la carrière de ce haut personnage, dont la personnalité libérale initie une tradition familiale qui n’est pas sans incidences sur la gestion de la ferme du Tremblay. (4)

4 - Gustave SCHELLE, Œuvres de Turgot et documents le concernant avec Biographie et Notes,

Paris, 1913-1923, 5 vol.

Edgar Faure, La disgrâce de Turgot, 1961,Gallimard.

Jean-Pierre PoirierTurgot, laissez faire et progrès social, 1999, Perrin,

Né à Paris le 10 mai 1727, il y décède 54 ans plus tard, le 20 mars 1781. Il semble qu’il ait eu le pressentiment de cette mort précoce, car il avait coutume de dire que, dans sa famille, les hommes mouraient jeunes. Ceci explique en partie la diligence expresse qu’il mettait dans la conduite des affaires, ce qui a peut-être contribué à sa faillite politique.

D'abord destiné à l'Église, il fait de brillantes études au cours desquelles il découvre la physique de Newton et les idées de Rousseau et de Voltaire. En octobre 1749, il commence ses études de théologie en Sorbonne, en est élu prieur en décembre, ce qui constitue une marque d'estime recherchée et l'engage à prononcer, en latin, divers discours où ses qualités intellectuelles seront remarquées, dès cette époque. C'est ainsi que, le 11 décembre 1750, il prononce son  Tableau philosophique des progrès successifs de l'esprit humain.

Anne, Robert, Jacques Turgot, baron de l’Aulne.

Pastel par Ducreux. Cliché Société des Amis de Turgot.
 

Son esprit critique lui ayant fait préférer la magistrature, il renonce à l'état ecclésiastique. Il occupe les charges de conseiller au parlement de Paris (1752) et de maître des requêtes (1753). C'est alors qu'il fréquente les philosophes et collabore à l'Encyclopédie, pour laquelle il rédige les articles «Étymologie», «Existence», «Expansibilité», «Foires et marchés», «Fondations», «Langues».

 

Le 8 août 1761, il est nommé intendant de la généralité de Limoges, poste qu’il occupera jusqu'en 1774. À l'époque, le Limousin est l'une des régions les plus pauvres de France, très en retard sur le plan des techniques agricoles. Les impôts y sont durement ressentis par la population. Le nouvel intendant est aussitôt confronté à la nécessité de soulager la pauvreté de ses administrés, tout en cherchant à appliquer ses idées, qui vont à l'encontre d'une intervention de l'État dans le jeu économique.

 

Pragmatique, il cherche à stimuler l'initiative privée en utilisant les moyens que lui offre sa charge. Il  procède à d'importantes réformes fiscales : établissement du cadastre, réforme des modalités de perception de la taille et remplacement de la corvée par une taxe sur tous les propriétaires. Il agit également dans les domaines administratifs et économiques : création de routes, fondation d'une école vétérinaire, introduction du mouton mérinos et de la pomme de terre, création d'ateliers de charité.

 

Le ministère Turgot (1774-1776)

 

Sur les conseils de Maurepas, le jeune Louis XVI appelle Turgot au gouvernement, d'abord à la Marine, en juillet 1774, puis le 4 août au Contrôle Général , où il succède à l’abbé Terray.

 

Turgotexpose ses projets dans sa lettre au roi du 24 août 1774 : «Point de banqueroute, point d'augmentation d'impositions, point d'emprunts.» Il propose de mettre en œuvre de saines méthodes d'administration et de réaliser des économies, car les finances royales sont obérées par une énorme dette, égale à environ dix années de rentrées fiscales. Chaque année, le Trésor royal doit rembourser quelque 120 millions de livres, soit un montant équivalent à 30 % du budget. Le ministre fait cesser divers abus et réduit ainsi les sommes dues par le Trésor. Quant à la question des impôts, sans doute la plus importante, elle doit être réglée à l'avantage mutuel du roi et du peuple ; il ne s'agit donc pas, selon Turgot, d'augmenter les impôts, mais d'en améliorer la répartition pour aboutir au remplacement des vingtièmes par un impôt proportionnel aux revenus.

 

Nous ne donnerons pas le détail des réformes de Turgot, mais un aperçu des idées qu’il entendait appliquer.

Il  est partisan d'une nette séparation des pouvoirs législatif et exécutif. Les lois doivent contribuer au bonheur public en dirigeant adroitement les intérêts, les passions et jusqu'aux vices des particuliers dans le sens de l'intérêt général ; l'autorité doit assurer l'ordre et la tranquillité de l'État sans jamais nuire à la liberté individuelle. La richesse provenant du travail, Turgot est opposé à la charité, qui ne fait que «soudoyer l'oisiveté et tous les désordres qui en sont la suite» - Enfin, il est opposé à l'esclavage, qu'il considère comme une «abominable coutume».

 

Si les privilégiés s’opposent à lui, Turgot a le soutien des philosophes. Voltaire traite ses opposants de « fripons » et de « reptiles ». Condorcet reproche aux adversaires des réformes leurs « vues d’avarice et d’ambition » et leur « vénération des sottises antiques ».  Dans le monde rural les premières mesures sont bien accueillies. La suppression des corvées soulève l’enthousiasme. Les paysans, dit Voltaire,« donnent des marques d’adoration pour leur souverain. » On chante dans les villages :

Je n’irons plus aux chemins,

Comme à la galère,

Travailler soir et matin,

Sans aucun salaire,

Le Roi, je ne mentons pas,

A mis la corvée à bas. (5)

5 - Cité d’après Ernest Lavisse, Histoire de France, depuis les origines jusqu’à la Révolution, tome IX, 1ère partie.

 

La faiblesse de Louis XVI, l'hostilité des parlementaires et la haine de la reine Marie-Antoinette seront fatales à Turgot. Les parlementaires trouvent des alliés chez certains princes du sang comme le prince de Conti, chez les privilégiés et dans les corporations. En mars 1776, le parlement de Paris présente des remontrances sur les édits de Turgot. Devenu l'ennemi d'une formidable coalition d'intérêts, il doit démissionner, le 12 mai 1776, en même temps que Malesherbes.

 

Considéré par les Anglo-saxons eux-mêmes comme l’un des pères fondateurs de la science économique, et un précurseur d’Adam Smith, Turgot a laissé une œuvre considérable. Signalons notamment ses Réflexions sur la formation et la distribution des richessespubliées en 1769 et 1770.(6)

6 - Les Œuvres complètes de Turgot ont été publiées par Dupont de Nemours en 9 vol. in-8 (1808-11), et l'essentiel en a été donné par Eugène Daire, en 2 vol. dans la Collectiondes principaux économistes (1844). Condorcet a écritl'Éloge de Turgot. La Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot (1770-79) a été publiée par Ch. Henry (1883).

 

Le chevalier Étienne, François,Turgot, dernier vivant des frères Turgot

Nous avons vu que Michel ÉtienneTurgot épouse en 1718 Madeleine Françoise Martineau. Le couple a quatre enfants :

·         Michel, Jacques, né le 21 août 1719, marquis de Sousmont, maître des requêtes,

·         Étienne, François, né le 16 juin 1721, chevalier, puis marquis de Sousmont,

·         Anne, Robert, Jacques, né le 10 mai 1727, ministre d’État,

·         Françoise, Hélène, Étiennette, née le 20 septembre 1729, mariée le 9 novembre 1757 avec Paul Hippolyte de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan.

L’aîné de la fratrie, Michel, Jacques, mène une vie retirée.  Président à mortier, goutteux et podagre avant l’âge, il ne se montre guère qu’au palais et  meurt  à 54 ans.  Anne, Robert, Jacques le ministre d’État meurt au même âge, le 20 mars 1781.

Étienne, François Turgot survivra à ses frères. Il héritera de la ferme du Tremblay, puis du fief des Tournelles ou Château Bleu, en 1784, au décès de sa sœur.

Destiné par sa famille à l’état militaire, il débute sa carrière à Malte où il commande une galère. Après avoir fait ses preuves comme officier, il se montre sur cette  île un administrateur habile. Il s’occupe de perfectionner l’éducation des habitants, établit une bibliothèque, forme un jardin botanique, attire des chirurgiens habiles, des pharmaciens instruits, enfin il est soucieux de faire prospérer l’agriculture et le commerce.

De retour en France, en 1764, il est élevé au grade de brigadier des armées du roi. Il propose au duc de Choiseul de régénérer la colonie de Cayenne et d’établir, sous le nom de France équinoxiale, une colonie nouvelle capable de résister, sans aucun secours de la métropole, aux attaques étrangères.

Les difficultés de l’entreprise et les malversations de l’intendant Chauvallon ayant fait échouer l’entreprise, celle-ci se solde, pour  le chevalier Turgot,par une lettre de cachet qui le prive de sa liberté,  Chauvallon l’accusant d’abus de pouvoir.

 

Après sa détention, le chevaliers’enferme dans son cabinet, uniquement occupé de ses études, et reste dans cette retraite philosophique, même lorsque son frère est élevé au ministère.

En 1760, il participe à la fondation de la Société Royale d’Agriculture, pour laquelle il a rédigé plusieurs mémoires importants. Dans le recueil de l’Académie des sciences, où il a été reçu associé libre en 1762, on a de lui, entre autres mémoires intéressants, des Observations sur l’espèce de résine élastique de l’Île-de-France, à peu près semblable à celle de Cayenne (1769). Il a fourni, pour l’histoire du ministère de son frère, quelques matériaux insérés textuellement dans les Mémoires historiques sur le règne de Louis XVI. Il meurt, le 21 octobre 1789, d’une attaque, comme son père et ses deux frères.

 

Il laisse l’usufruit de la propriété à son épouse Marguerite Capon, comtesseTurgot et la nue propriété à ses cinq enfants :

·         Marie-Françoise Renée, Turgot, épouse du comte de Coubert

·         le marquis Anne, Étienne, Michel Turgot,

·         Marie, Victoire Turgot,  veuve de Henry René d’Angerville d’Auvrecher,

·         Antoine, Étienne, Marie Turgot,

·         Marie, Anne, Adélaïde Turgot, épouse de Jean Antoine Costard deSaint LÉger.

La  succession restera dans l’indivision jusqu’en 1816. Par contrat passé devant par Me Lebrun et son collègue notaires à Paris, le 23.12.1816, la comtesse de Coubert acquiert de ses frères, sœurs, neveu et nièces leurs droits sur la ferme du Tremblay, moyennant le prix principal de 132 000 francs, payés comptant.

Au moyen de cette acquisition, la comtesse de Coubert devient seule propriétaire de la ferme du Tremblay.

L’insertion des Turgot dans la communauté villageoise de Tremblay

Plusieurs faits démontrent une bonne insertion des Turgot dans la communauté villageoise. En 1764, les Dames de Saint-Cyr sont imposées de 435 livres, au titre de la contribution levée sur tous les habitants de la paroisse pour la réparation du presbytère. Elles sont taxées au titre des fermes de Conac et de Mortières et des dîmes qu’elles perçoivent. Afin d’obtenir une minoration de leur charge, elles produisent un mémoire et obtiennent une réduction de 61 livres 8 sols, qui majore d’autant la part des autres assujettis de la paroisse. La communauté villageoise produit à son tour un mémoire contestant l’argumentation des Dames de Saint-Cyr. En août 1764, Madame Turgot intervient en faveur des habitants. (7) Sa démarche ne sera pas couronnée de succès, mais elle atteste la libéralité de la famille Turgot et l’intérêt qu’elle porte aux affaires du village.

7 - AD Yvelines D 900

Cette affaire laisse une trace profonde dans la mémoire locale. Elle ressurgira 25 ans plus tard lors de la rédaction du cahier de doléances de la paroisse. L’article 8 du document, en écho à cette affaire, demande : « qu’il soit prélevé sur tous les biens ecclésiastiques une somme suffisante pour les réparations et reconstruction des églises paroissiales et des presbytères (..) »

LE PARC DU FIEF DES TOURNELLES EN 1739,

CARTE DELAGRIVE 1740, FEUILLE IX

 
   

Si l’arrivée de la famille à Tremblay remonte à Michel, Etienne Turgot, celui-ci n’a pas limité ses ambitions foncières au Pays de France. Il avait également acquis la plupart des terres de la vallée de l’Eaulne : Saint Germain sur Eaulne, Vatierville, Lucy, Sainte Beuve-en-Rivière, Epinay et Sausseuzemare. Elles seront vendues en  1774, par sa fille Françoise, Hélène, Étiennette au fermier général Gigault de Crisenoy. En revanche, comme nous l’avons vu, la duchesse de Saint-Aignan consolide les positions foncières de la famille à Tremblay.

Pendant la période révolutionnaire Marguerite Capon, comtesseTurgot, réside à Tremblay avec ses proches. Personne ne sera inquiété, à aucun moment, ce qui prouve que la famille vit en assez bonne harmonie avec les habitants. Pourtant l’un des enfants Antoine, Étienne, Marie Turgot, né à Paris le 24 décembre 1766, lieutenant en 1789, a émigré en 1792. Il a fait campagne dans l’armée des princes en 1792, en qualité de lieutenant dans les hommes d’armes. Il a servi en 1795 à Quiberon et à l’Île d’Yeux, dans le corps noble d’émigrés au service de l’Angleterre, sous les ordres du Comte Williamson. Il obtiendra son intégration dans l’armée à la Restauration et fera une carrière très médiocre de commandant de place au fort royal de Cherbourg, puis à l’Île d’Oléron. (8)

8 - S.H.A.T Vincennes, 2YE

La plupart des membres de la famille Turgot acceptent les leçons de l’histoire. Ils occupent des responsabilités locales, dans tous les régimes post-révolutionnaires. Le comte de Coubert, beau-fils des Turgot, est nommé maire du village sous l’Empire. (9)Il continue l’exercice de  cette charge à la Restauration, puis sous la monarchie de Juillet.

9- Descendant de Samuel Bernard,  comte de Coubert, le célèbre financier français né à Sancerre en 1651 et mort le 18 janvier 1739. Créateur de  la Compagnie française de Guinée, le  « plus fameux et le plus riche banquier de l’Europe » selon Saint-Simon.  Il prêta des fonds importants au royaume sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Le Roi soleil, à bout de ressources, dut notamment avoir recours à lui, en 1708, pour financer la Guerre de Succession d'Espagne.

En 1817, le Château Bleu est vendu à un boutiquier parisien, le sieur Roulle, qui entreprend la démolition de l’antique demeure, exploitée comme carrière de matériaux. Contrairement aux Turgot, il ne tardera pas à entrer en conflit avec le Conseil municipal. Cette affaire nous éclaire sur les bonnes relations des anciens propriétaires avec les habitants et, a contrario, sur la personnalité du nouveau maître des lieux. Les archives nous révèlent un propriétaire jaloux de ses droits et âpre au gain. Il dépose, en 1819, une réclamation auprès du tribunal de Gonesse. Suite à cette requête, le sous-préfet de Pontoise écrit au Conseil municipal, le 1er septembre 1819. Le maire a fait procéder à l'élagage de certains arbres dont le sieur Roullese considère propriétaire...

 

Une déclaration de François PrÉvost, ancien syndic, consignée dans le procès-verbal de la réunion du 12 septembre 1819 de l’Assemblée municipale, évoque avec nostalgie le désintéressement de l’ancienne propriétaire.

“ Il y a environ quinze ans, précise le document, le sieur PrÉvostse trouvait chez la dame Turgot  alors propriétaire de ce château, cette dame lui avait demandé s'il ne s'opposait pas à ce qu'elle fit planter quelques arbres sur ce terrain que réclame le sieur Roulle, parce que comme elle y passait souvent, elle serait bien aise de se procurer de l'ombrage, qu'elle ne prétendait rien à la propriété du terrain, et que les arbres seraient pour la commune. Le sieur PrÉvostlui avait répondu qu'il ne s'opposerait jamais à ce qu'elle fit du bien à la commune, et les arbres furent plantés, par les agents de la dame Turgot, que la dame comte de Coubert, fille de Mme Turgot, qui était alors avec sa mère, peut témoigner de ce fait ”. (10)  

10 - Registre des délibérations du Conseil municipal de Tremblay, séance du 12 septembre 1819.

 

A l'unanimité le Conseil municipal estime qu'il n'a pas à délibérer sur la réclamation du sieur Roulle, et demande l’autorisation de plaider contre lui. Le 21 novembre, le Conseil est réuni, sur convocation faite par M. Duvivier, membre du Conseil de l'arrondissement, autorisé à cet effet par le sous-préfet qui le nomme commissaire spécial, afin de procéder à l’examen de cette contestation. Le sieur Roulle a intenté une action judiciaire contre la commune. Le 19 mars 1819, le tribunal de Gonesse renvoie l'affaire devant l’autorité administrative. A l’appui de sa revendication, le nouveau propriétaire du Château Bleu a produit 12 titres de propriété. Le commissaire spécial, dépassant le cadre de l’acte de vente du 3 octobre 1817, remonte jusqu'à l’acte du 1er avril 1666. Au terme  de son analyse, Il conclut que les arbres sur la  berge, du côté de la place vague du Lavoir appartiennent à la commune et que ceux du côté opposé font partie de la propriété de M. Roulle.  Introduit dans le Conseil, ce dernier approuve les déclarations du Commissaire et déclare qu'il reconnaît « les habitants de Tremblay  propriétaires de la place vague dite du Lavoir, jusque et y compris le milieu du fossé, se désistant de tout l'avantage qu'il pouvait tirer des termes de l'acte de vente du 3 octobre 1817 ou d'autres pièces. ” Le sieur Roulle renonce à tout produit ou indemnité de l'élagage réalisé par le sieur Evrard, sur ordre dumaire. Le Conseil, pour sa part, consent à payer tous les frais. (11)

11 -Archives municipales de Tremblay, Registre des délibérations du Conseil Municipal, séances du 12 septembre 1819 et du 21 novembre 1819.

On pourrait multiplier les signes d’attachement desTurgot à Tremblay. Si l’on doutait de ce lien, il suffirait pour s’en convaincre de franchir la porte du cimetière. On y trouve les tombes de plusieurs membres de la famille, notamment celle de la marquise douairière Turgot,  décédée le 29 mars 1815, âgée de 79 ans, celle de son fils le lieutenant colonel Antoine, Étienne, Marie Turgot, celle de sa fille Marie, Françoise, Rénée Turgot, comtesse deCoubert , décédée à Tremblay le 6 mars 1855, âgée de 82 ans,  celle de Mathieu, Olivier, Samuel Bernard, comte de Coubert, chevalier de l’Ordre impérial de la Légion d’honneur, décédé à Tremblay le 3 février 1865, dans sa 94ème année,

 



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